Le temps des cathédrales

Ouest-France 21/04/2019 Philippe LEMOINE
Commentaire – Les cloches de Notre-Dame sont silencieuses et les Français ont le bourdon. En ce dimanche de Pâques, elles ne sonneront pas à toute volée pour diffuser le message d’espérance et de foi qui anime les catholiques : celui de la résurrection.

La cathédrale Notre-Dame de Paris en juillet 2017. | JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP
Les cloches de Notre-Dame sont silencieuses et les Français ont le bourdon. En ce dimanche de Pâques
Elles n’inscriront pas dans le temps présent un son multiséculaire, témoin de notre histoire et de nos fondations, que l’on soit croyant ou non.
Mais le silence est aussi le souverain moteur de la réflexion et du retour sur nous-mêmes. Après le temps de la sidération face aux flammes détruisant des symboles d’éternité vient celui des leçons, des questions puis, de la reconstruction. De notre reconstruction.
Quel sens donner à la réparation d’un monument de pierres, joyau de notre patrimoine, héros de notre roman national, flèche dressée vers des cieux que les fidèles implorent ? Notre-Dame est tout cela à la fois et mérite qu’on lui redonne vie. En le faisant, nous honorons notre passé mais nous devons aussi nous interroger sur notre futur.
Le temps des cathédrales était celui de la célébration, par l’homme, d’un Dieu créateur. Il était aussi l’expression du génie humain capable d’ériger de flamboyants clochers tutoyant le ciel. L’homme a toujours eu besoin de bâtir des repères et tremble de les voir disparaître.
Quels sont-ils aujourd’hui, nos repères ? D’où vient cette sourde colère qui gronde, enflamme les esprits et les rues ? Pourquoi les théoriciens du repli et pire, ceux du chaos, prospèrent-ils dans ces temps agités ?
À cette question cruciale, le philosophe Bernard-Henri Lévy, apporte une réponse qu’il nous faut méditer. Depuis 4 000 ans, pense-t-il, l’humanité judéo-chrétienne vit dans l’idée que le temps est orienté vers un mieux. Et ce malgré les errements et les accidents de l’Histoire. Aujourd’hui, pour la première fois, une génération grandit avec le sentiment que demain sera moins bien qu’hier.
« Notre planète, cathédrale des cathédrales, brûle de toute part »
Plus grave encore, la fin du monde, l’Apocalypse, jusque-là cantonnée au domaine métaphysique, devient une réalité historique. Au vu des dérèglements climatiques, de notre carbonisation mortifère, les scientifiques alertent sur la destruction des écosystèmes et des espèces.
Notre planète, cathédrale des cathédrales, brûle de toute part. Son ciel s’obscurcit, ses eaux montent et nous ne parvenons pas à endiguer ces périls.
Selon les Évangiles, face au temple de Jérusalem, le Christ en aurait annoncé la destruction. « Voyez-vous tout cela? Je vous le dis en vérité, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée. » Au cœur du week-end pascal, et des cendres encore fumantes, la citation résonne étrangement.
À travers cette reconstruction de Notre-Dame, nous devons certes sauver notre passé mais sans doute y gagner aussi un supplément d’âme.
Il est pourtant venu le temps de l’action. À l’image des Parisiens, applaudissant en communion le courage des sapeurs-pompiers, sommes-nous capables de regarder vers un avenir commun préservant l’homme et la nature ?

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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