Sortie du grand débat : l’audace plutôt que la carambouille

L’Opinion 23/04/2019 Rémi Godeau
Il fut un temps où l’intendance suivait. Elle précède désormais. Avant même de dévoiler ses pistes de réformes, Emmanuel Macron a installé une discussion sur leur financement. Il le sait, l’acte II du quinquennat – avec son octosyllabe « rien ne sera comme avant » – se joue sur sa capacité à dégager des marges. Dans sa Lettre, le Président avait tenté de cadrer la question. Pas de baisse fiscale sans recul des dépenses, notait-il. Où sont les économies prioritaires, demandait-il. Sans surprise, le grand débat a accouché d’un déni : moins d’impôts et plus de services publics, plus pour le climat mais sans taxe carbone, etc.
Alors, que faire ? Alourdir la pression fiscale des uns pour alléger celle des autres ? Une ficelle usée. Réduire la dépense? Oui ; las, il ose à peine. Laisser filer le déficit ? Du déjà-vu. En 2018, il a atteint cinq fois la moyenne de la zone euro. Au risque d’affaiblir notre position en Europe : nous serons donc les derniers à penser que nos maux trouveront remède dans de nouvelles largesses financées à crédit. Désendettée, l’Allemagne peut imaginer profiter des taux bas pour créer un fonds dédié aux retraites modestes. Surendettée, la France envisage de détourner les gains sur le coût de sa dette en investissements publics. Vertu contre carambouille, quel contraste !
Le Président met maintenant les Français devant leurs responsabilités et les incite à travailler plus – une solution très sensible pour être dégainée dans une telle confusion. Que cette audace ne l’empêche pas d’en suivre d’autres, loin des facilités habituelles : simplification du système administratif, normatif et fiscal ; décentralisation en vue de redistribuer du pouvoir et de faciliter l’initiative ; promotion de la transparence dans les choix politiques et budgétaires afin de rétablir la confiance. Trois révolutions à faible coût et fort dividende.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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