Réconcilier politique, économie et écologie

Ouest-France 23/04/2019 Ali Aït Abdelmalek
Ali Aït Abdelmalek, professeur des Universités en Sociologie (Rennes 2), président du Groupe d’Études et de recherches sur les pays.

Manifestation pour le climat sur le Vieux-Port à Marseille le 15 mars (illustration) | CHRISTOPHE SIMON / AFP
Certes, nous ne pouvons pas ne pas relativiser notre avenir, ne pas appeler au secours de la planète, ne pas penser que nous allons « droit dans le mur » concernant la sauvegarde de la nature et de l’environnement.
En matière de situation politique et sociale, nous ne donnerons pas de conseil, car chacun a l’impression de comprendre. Mais le schéma est-il aussi désastreux qu’on peut l’entendre, le lire et le dire ? Alors, quelques réflexions, au risque de surprendre, voire décevoir, pour rappeler qu’il s’agit de se méfier des dogmes et des idéologies, et d’accepter la part d’incertitude, indissociable du futur, comme le rappelle Edgar Morin.
Notons, d’abord, que la démission du ministre écologiste, Nicolas Hulot, a confirmé, s’il le fallait, que les solutions aux problèmes actuels n’étaient pas que politiques. Car les enjeux, les causes et préoccupations, dans la société française contemporaine, sont de plus en plus déterminés et liés à l’économique.
Gouvernement et Gilets jaunes
Il est urgent que ce système dit « capitaliste et libéral », évolue, « pivote sur lui-même », disent parfois les penseurs critiques, pour tenter de limiter, voire d’abolir, son aspect destructeur. Faut-il, pour autant, être « catastrophiste », céder aux sirènes du « néopoujadisme » et aux excès des « populismes » ? Rien n’est moins sûr…
L’enjeu est, d’un mot, la sauvegarde et le maintien de la démocratie. Ne faudrait-il pas se concentrer sur l’essentiel ? Sur la véritable catastrophe qui concerne la destruction du monde, des espèces végétales et des races animales, des mers… Et admettre, concernant la violence, dont on parle aujourd’hui dans les réseaux sociaux et les discours médiatisés, que la société s’est considérablement « civilisée » ? Et même, que la violence n’a, globalement et sur le temps long, cessé de baisser ?
L’engagement des citoyens et des citoyennes, qui semble si utile aujourd’hui, n’est plus uniquement politique mais tellement plus global… Entre un désordre invraisemblable et un ordre excessif, voire dictatorial et impérialiste économiquement notamment, n’avons-nous pas plutôt intérêt à trouver, collectivement et dans l’échange, un équilibre ?
À cet égard, concernant l’invitation au débat : les tenants de la démocratie dite « représentative » ne devraient-ils pas, davantage, prendre en considération les préoccupations et les revendications, ou les doléances, légitimes, de citoyens, notamment celles des habitants des territoires ruraux, souvent enclavés et oubliés, parfois abandonnés par les services publics ?
Et, les politiques et les citoyens plus « critiques » (et, parfois, « utopistes »), qui souhaitent la mise en œuvre d’une démocratie plus « participative », profiter plus encore de la sensibilité sociale exacerbée et se concentrer autant sur la catastrophe écologique que sur les inégalités sociales et sur la justice fiscale ? C’est notre responsabilité collective de gérer la « complexité », non seulement du débat, mais aussi de la justice et de la liberté ! »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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