Travailler plus… pour ne pas diminuer le chômage

Charlie Hebdo – 30/04/2019 – Jacques Littauer –
Le gouvernement aimerait bien réaliser cette chose impossible : financer de nouvelles dépenses de protection sociale, comme la dépendance des nos papys et mamies Alzheimer, sans augmenter les impôts. Sa solution : repousser l’âge de départ à la retraite et augmenter le temps de travail durant a semaine. Une drôle de façon de fêter les 1er Mai.
Pour Macron et Philippe, les français ne suent pas assez, avec leurs 35 heures dignes de l’URSS… Sauf que c’est faux, archifaux : en France, les personnes à temps plein bossent en moyenne 36 heures par semaine. C’est nettement plus qu’en Allemagne (35,4 heures). D’ailleurs, en Europe, les pays où la semaine de travail est la plus courte, comme le Danemark (32 heures), sont ceux où les personnes disposent de la meilleure qualité de vie, bien supérieure à celle des Portugais et des Grecs, qui, loin des clichés, turbinent 39 heures en moyenne (1). Surtout, ce gouvernement oublie d’être , comme il l’avait promis, « pragmatique ». Sa démarche est en effet étonnante : pourquoi demander aux salariés ayant déjà un boulot d’être à 45 heures par semaine jusqu’à 70 ans plutôt que de donner du travail aux 5 millions de chômeurs ?
Car les solutions sont connues. Il faut assurer une garde collective, aussi peu chère que possible, de tous les enfants jusqu’à leur entrée à l’école maternelle, afin de permettre aux femmes soit de travailler, soit de passer à temps plein. Et punir les entreprises qui dérogent grossièrement à l’égalité entre hommes et femmes. Pour les moins diplômés, un plan massif de formation, qui s’avérera hyper-rentable, doit être lancé. Cela nécessitera certes quelques milliards, mais Notre-Dame a montré qu’on pouvait les trouver du jour au lendemain. La formation aidera aussi les plus de 50 ans, balourdés par les boîtes parce qu’ils ont le malheur e gagner plus de 2 000 euros par mois. Et il faudrait aussi punir, par la fiscalité, les entreprises qui se débarrassent un peu trop vite de leurs salariés « âgés ». Les jeunes générations n’ont plus envie d’aller bosser chez Total où à la Société Générale ?  Tant mieux ! Donnons-leur une raison d’avoir le sourire le matin, en plus d’un bon salaire, en allant construire des éoliennes, des tramways, des fermes urbaines, en mettant sur pied des  coopératives de recyclage… 
On croit souvent que la France a plus de fonctionnaires par habitant qu’ailleurs. Or, là aussi, c’est faux (2). Pour avoir la même qualité de services publics et associatifs que les pays scandinaves, il nous faudrait 1 million d’emplois en plus (3). Ça, c’est du « travailler plus », certes, mais du travailler plus intelligent, utile et peu polluant.
Un dernier mot, Manu : il ne faut pas chercher à augmenter la durée du travail, mais à la diminuer. La réduction collective du temps de travail est non seulement la seule réponse au chômage, puisque la croissance ne crée par d’emplois – eh non (4) -, mais aussi une nécessité d’un point de vue écologique. Ainsi, c’est à cause de leurs délirantes semaines de travail que les Américains polluent 30 % de plus que nous (5). A l’inverse, les personnes qui travaillent quatre jours par semaine cuisinent, réparent,bricolent, jardinent, cousent. Elles achètent moins de babioles. Elles polluent moins, en plus de se faire du bien au mains, au cœur, au cerveau (6)
(1) OCDE. « Durée moyenne hebdomadaire du travail dans l’emploi principal »
 (2) France Stratégie, « Tableau de bord de l’emploi public« , décembre 2017
(3) Jean Gadrey « Il manque environ un million d’emplois publics et associatifs » Alternatives Économiques 04/02/2018.
(4) Michel Husson – « Et si la croissance ne créait pas d’emplois ?« , octobre 2010
(5) Aurore Lalucq « Réduire le temps de travail pour sauver l’environnement« , Alternatives Économiques 09/11/2018
(6) Juliet Schor, La véritable richesse, ECLM, 2013. « Une économie du temps retrouvé » Texte intégral ici

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