Manifs – Le social et la loi de la violence

L’Opinion 02/05/2019 Nicolas Beytout
L’édito de l’OpinionLes manifs ne sont plus ce qu’elles étaient : la loi du nombre a été remplacée par celle de la violence. Bien entendu, ce n’est pas un phénomène totalement nouveau, et on a connu, de longue date, des moments de tension et d’affrontements en marge des grands rassemblements. Mais ce qui était la plupart du temps une exception, ou un épiphénomène, est devenu la norme. De sorte qu’on ne mesure plus le succès d’une manifestation à la densité de ses cortèges mais au niveau de casse provoqué, à l’intensité des heurts observés.
Comme dans de modernes jeux du cirque, les (télé)spectateurs sont informés, des jours à l’avance, que l’événement sera spectaculaire. Les consignes de sécurité abondent, les commerçants sont invités à se protéger, les transports en commun préviennent qu’ils seront figés, la police déploie les grands moyens de communication pour faire savoir qu’elle sera à la hauteur de l’événement. On recense les Black Blocs qui s’échauffent, on évalue les ultra-jaunes, cette nouvelle famille de vrais violents. Et on en oublie l’objet même de la manif, dont les slogans s’estompent dans la fumée des gaz lacrymogènes.
Les manifs ne sont plus ce qu’elles étaient : elles ne servent plus une cause, elles ne soutiennent plus des revendications, elles expriment des colères. Il est là, le problème de ces nouveaux cortèges : trop de messages tue le message. Les syndicats, porteurs traditionnels de la protestation, deviennent inaudibles, en témoigne la très symbolique évacuation de Philippe Martinez, le leader de la CGT, un moment empêché hier de prendre la parole à Paris.
Les syndicats pourront toujours accuser Emmanuel Macron de les avoir ignorés, ils doivent ouvrir les yeux et admettre que ce sont les manifestants eux-mêmes, et au-delà les Français, qui ne les considèrent plus incontournables. C’est tout un pan du jeu social qu’il faut repenser.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Social, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.