Nouvelle sortie d’autoroute pour le gouvernement face aux concessionnaires privés

Le Canard enchaîné – 30/04/2019 – H. M. –
Carte France / autoroutes 2015
Malgré ses moulinets, gel des tarifs des péages et menace de nationalisation sans lendemain, l’État s’est méchamment faire rouler dans la farine (une nouvelle  fois) par les sociétés d’autoroutes privées. « Le Canard » l’avait écrit à de multiples reprises, la Cour des comptes l’a confirmé, le 19 avril, dans un référé révélant des chiffre spectaculaires. En 2015, l’Etat, à la demande pressante des concessionnaires (principalement Vinci, Eiffage et Abertis), leur a confié la réalisation de 3,2 milliards de travaux « nécessaires« . 
En contrepartie, leurs concessions ont été rallongées de 1 à 3 ans. Ce qui va majorer leurs recettes de 15 milliards. Plus de 4 euros récoltés pour 1 euro investi : l’investissement fait rêver.
Comment en est-on arrivé à ce marché de dupes ? La Cour énumère quelques raisons : aucun texte juridique ne précise le critère de « stricte nécessité » des travaux supplémentaires. Par conséquent, l’État accepte (presque) n’importe quoi – y compris certains travaux déjà prévus et financés dans les contrats de concession, et qu’il paie donc deux fois. Simple étourderie ! Dans d’autres cas, l’État fixe simplement une enveloppe financière pour la réalisation de travaux non précisés. On verra plus tard lesquels…
Vient ensuite le calcul des compensations demandées par les autoroutiers. Mais ce calcul exige « indépendance et expertise« , selon la Cour. Qui estime entre les lignes que les deux institutions qui en ont été chargées – l’Inspection générale des des finances et les Haut Conseil de l’environnement- n’ont pas été à la hauteur. Les pouvoirs publics sont donc « souvent apparus en position de faiblesse » face aux juristes et experts affûtés des bétonneurs. 
Les compensations ont ainsi été calculées sur des prévisions toujours « trop pessimistes quand aux risques réels supportés par les sociétés d’autoroute« . Et, évidemment, il n’y a pas la moindre « clause de retour à meilleure fortune » permettant, par exemple, de réduire les montants versés aux autoroutiers s’il s’avère que les coûts qu’ils ont supportés ont été surestimés ou leurs recettes sous-estimées…
Et ça continue : la Cour souligne qu’un nouveau plan d’allongement des concessions est en cours de discussion avec l’État, en contrepartie de la prise en charge de travaux sur des portions non concédées.
L’avis de la Cour des comptes fait des heureux. Ségolène Royal, d’abord, ministre de l’Environnement en 2015, elle avait promis de faire rendre gorge aux sociétés d’autoroutes. Beau résultat ! Quant à Élisabeth Borne, aujourd’hui ministre des Transports et destinataire du rapport, elle n’a pas dû être trop surprise : elle était à l’époque directrice du cabinet de Royal. Pas plus qu’Emmanuel Macron, qui, en tant que ministre de l’Économie, supervisait alors les négociations entre l’État et les sociétés d’autoroutes.
Mais peut-être avait-il déjà la tête ailleurs ?

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