Trop d’Europe, ou pas assez ?

Charlie Hebdo – 15/05/2019 – Jacques Littauer –
Dans le numéro du 10 avril dernier, j’écrivais que le gouvernement français faisait semblant de s’opposer à la réouverture des négociations commerciales entre L’Union européenne et les États-Unis. Je me disais alors que tout cela n’était qu’hypocrisie, et que l’Union se précipiterait dans les bras de The Donald une fois les élections européennes passées. Eh bien, j’ai été devancé : l’Union européenne a décidé qu’il était urgent d’augmenter nos importations en provenance des États-Unis, afin de dégrader un peu plus la planète et de faire venir dans nos assiettes de jolis légumes OGM et autres bœufs aux hormones. La France, seule, s’y est opposée, afin d’afficher ses valeurs environnementales. Mais l’aurait-elle fait s’il y avait eu la moindre chance qu’une majorité d’États dise non à Trump ? Hum ?
Enfin, quand je dis « l’Union »… Vous allez encore penser aux obscurs fonctionnaires de la commission européenne. Alors qu’il s’agit des ministres et des chefs d’États des Vingt-Huit, des figures on ne peut plus publiques, réunies au sein du Conseil de l’UE et qui pris cette décision. Les responsables , c’est eux.  Certes, ils ne sont pas les seuls, car, comme le rapporte Mathilde Dupré (Institut Veblen), notre grande et belle Commission européenne s’est publiquement réjouie que les importations de gaz naturel liquéfié (issu des gaz de schiste) et de soja, tous deux venus du pays de l’Oncle Sam, aient été multipliées respectivement par 3,7 et 2,2 depuis juillet 2018 !
Ça dérape à un point tel que même Bernd Lange, qui préside la Commission du commerce international du Parlement européen, a vu rouge. Bernd est un Européen bien comme il faut : Allemand, 63 ans, social-démocrate, marié, un enfant; diplômé de science politique et de théologie. Pas vraiment un fou furieux. 
Qu’a écrit Bernd ? Que les droits de douane imposés par les États-Unis sur l’acier et l’aluminium européens étaient illégaux; que l’Union devait faire du respect de l’accord de Paris sur le climat une condition à la conclusion d’accords commerciaux; que l’Union ne devait pas négocier « sous la menace »  et que « les conditions politiques et économiques » pour un accord entre l’UE et les États-Unis n’étaient « pas réunies« .  Dans sa résolution, soumise au vote du Parlement, Bernd Lange réclamait que l’agriculture soit exclue du champ des négociations. De plus, il demandait au Conseil l’approbation préalable du Parlement à toute reprise des négociations.
Lors du vote en séance plénière, la résolution de Brend a été rejetée. Mais, lors de la discussion, les parlementaires européens ont malgré tout adopté, par 230 voix contre 224, un amendement très important qui demandait au Conseil de l’UE (ministres et chefs d’État) de ne pas rouvrir les négociations. 
C’est d’ailleurs l’adoption de cet amendement qui a suscité une panique au sein de la droite européenne. En effet, si la résolution avait été adoptée dans son ensemble par le Parlement européen, cela aurait été un véritable camouflet pour la Commission européenne et le Conseil de l’UE La droite a donc battu le rappel pour expédier les justes critiques de l’ami Bernd à la corbeille.
Ensuite, le Conseil de l’UE – c’est-à-dire les États, à qui appartient le véritable pouvoir – a voté (sauf la France) en faveur de toujours plus d’importations de trucs américains inutiles et/ou dangereux. 
Et le Parlement dans tout ça ? Eh bien ! qu’il soit pour ou contre, on s’en fout quand même un petit peu.
Hémicycle du bâtiment Louise-Weiss du Parlement européen à Strasbourg, lors d’une séance plénière en 2014.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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