L’écologie au cœur de l’humanité

Ouest-France 16/05/2019 Par Jean-Michel DJIAN, journaliste et écrivain
« Que manque-t-il pour que nous puissions en Europe et en Afrique, en Amérique comme en Asie, manger mieux, polluer moins, vivre dans un environnement qui respecte la nature, l’habitat, les animaux et évidemment l’humain ? » s’interroge Jean-Michel Djian, journaliste et écrivain.

La récente mobilisation internationale de la jeunesse lycéenne, ici le 15 mars à Nantes, donne espoir | FRANCK DUBRAY / OUEST FRANCE
Editorial – « Depuis l’année où, première crise du pétrole oblige, le candidat à l’élection présidentielle de 1974, René Dumont, a surpris son monde sur les dangers du gaspillage, jamais l’écologie n’a été si présente dans les consciences, si attractive pour le commerce, si juteuse pour des partis politiques convaincus qu’elle reste le seul terreau fertile au renouveau idéologique. Que manque-t-il alors pour que nous puissions en Europe et en Afrique, en Amérique comme en Asie, manger mieux, polluer moins, vivre dans un environnement qui respecte la nature, l’habitat, les animaux et évidemment l’humain ? Tout et rien.
Tout, parce que contrairement aux idées reçues, l’écologie ne se décrète pas, ne s’assigne pas, ne s’invente pas à l’échelle d’une nation mais d’une planète. Et c’est toute la difficulté du pouvoir d’imposer politiquement des mesures d’urgence qui non seulement ne devraient plus faire débat mais relèvent pour l’essentiel autant de la coopération diplomatique internationale (et d’abord européenne) que de multinationales industrielles plus soucieuses de défendre l’intérêt de leurs actionnaires que celui des populations du globe. La souveraineté de chacun des États, si respectable et défendable soit-elle, travaille contre l’urgence climatique, la destruction de la biosphère, la démographie galopante et la transition énergétique.
On pourrait dire aussi qu’il ne manque rien non plus pour faire de l’écologie notre Graal commun puisque grosso modo chacun, à des degrés divers, est averti des limites d’un modèle économique qui, en l’état, détruit sans répit des ressources naturelles. Dans La Terre est un être vivant, l’hypothèse Gaïa de l’anglais James Lovelock publié en 1999, l’auteur expliquait déjà « qu’il est vain de penser les solutions à l’échelle d’une nation » parce que la Terre est un tout.
Danger apocalyptique
Mais puisque pour la première fois de son histoire, l’humanité semble être consciente au même moment du danger apocalyptique qui l’attend, comment est-ce encore possible qu’un Donald Trump aux États-Unis ou un Bolsonaro au Brésil puissent, sans être inquiétés, continuer à exploiter les énergies fossiles ou déforester à si grande échelle ? Pourquoi l’Organisation des Nations unies ne cherche-t-elle pas, à ce moment précis de l’Histoire, à forcer le destin pour poursuivre des États contre toute attaque environnementale avérée puisque depuis 2015 la majorité des pays ont approuvé la notion de « crime écologique » ? C’est à rien n’y comprendre.
La récente mobilisation internationale de la jeunesse lycéenne, outrée de voir nos dirigeants considérer l’urgence écologique comme une variable d’ajustement, donne espoir. Elle est le signe avant-coureur d’une probable transformation radicale par la base de nos pratiques domestiques et alimentaires comme de notre envie de vivre autrement. Et encore faudra-t-il attendre que les égoïsmes des uns succombent à la force de conviction contagieuse des autres ; que la perspective d’une déroute humanitaire nous oblige à y voir clair, d’abord avec nous-mêmes. Ce n’est pas gagné. Mais si, comme le dit avec un certain courage la secrétaire d’État à la transition écologique et solidaire Brune Poirson « les citoyens ne tolèrent plus cette société où l’on peut produire pour détruire » qu’on les laisse donc « renverser la table » puisqu’à l’évidence aucun chef d’État n’a plus le pouvoir de le faire. »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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