L’écho de la crise autrichienne

Ouest-France 22/05/2019 par Laurent MARCHAND

Le chancelier Sébastian Kurz à Vienne, le 21 mai 2019. | CHRISTIAN BRUNA/MAXPPP
EditorialLe président du Parlement autrichien a fixé au lundi 27 mai la date du vote d’une motion de censure présentée par l’opposition contre le chancelier Sebastian Kurz, affaibli par le départ de ses anciens partenaires d’extrême droite (FPÖ). Depuis le samedi 18 mai, l’Autriche est plongée dans une grave crise institutionnelle dont l’écho dépasse largement les frontières nationales.
Elle fait partie démographiquement des petits pays, réputée pour sa qualité de la vie et son faible chômage. Elle profite à plein de l’effet d’aimant de l’économie allemande, tout en soignant son particularisme. Elle fut l’un des premiers pays où, dans les années 1980, le nouveau populisme identitaire fit son apparition. Elle est, depuis samedi, plongée dans une grave crise institutionnelle dont l’écho dépasse largement les frontières autrichiennes…
La vidéo qui a révélé samedi la disponibilité du vice-Chancelier autrichien, Heinz-Christian Strache, à se laisser corrompre par une prétendue nièce d’un oligarque russe a fait l’effet d’une bombe à Vienne. La coalition, unissant le centre droit du jeune Chancelier Kurz et l’extrême droite du Parti de la Liberté (FPÖ) de M. Strache, a volé en éclats. Lundi, tous les ministres du FPÖ, dont le redoutable ministre de l’Intérieur, idéologue du parti, ont été contraints de démissionner.
Le scandale a confirmé un secret de polichinelle : les liens de proximité des extrêmes droites européennes avec la Russie.
L’idée de nation qu’ils défendent prête souvent allégeance à une puissance dont le comportement est systématiquement aux antipodes de nos valeurs démocratiques.
Mais l’affaire Strache va bien au-delà du prisme russe. Cet ancien militant néo-nazi (au pays d’Hitler) voulait monnayer l’argent russe contre la prise de contrôle du tabloïd le plus vendu en Autriche. En déclarant explicitement dans la vidéo s’inspirer du modèle Orban, le voisin hongrois, admiré pour sa capacité à museler les médias.
Les dilemmes du PPE
Corruption, intelligence avec un pays étranger, atteintes aux contre-pouvoirs démocratiques… L’amateurisme de M. Strache a permis de révéler au grand jour la menace que constitue son mouvement. Depuis un an, les services de renseignement allemands avaient mis leur coopération avec les services autrichiens (tous contrôlés par des ministres du FPÖ) sous surveillance. Notamment après l’irruption dans les archives du renseignement intérieur d’un groupuscule affilié au FPÖ.
La crise autrichienne met ainsi fin à une expérimentation très observée en Europe. Celle d’une alliance entre un parti de droite classique et modéré et un parti d’extrême droite. Matteo Salvini, l’homme fort du moment en Italie, y voyait un modèle pour lâcher à terme son allié actuel. Marine Le Pen, très proche de M. Strache, voyait dans l’expérience viennoise une pièce majeure du puzzle nationaliste en Europe. L’Autriche s’était rapprochée du groupe de Visegrad (Pologne, Slovaquie, Tchéquie, Hongrie) pour peser en ce sens. Dans l’axe du vent anti-Bruxelles attisé tant par Moscou que par Washington.
L’explosion en vol de M. Strache dans une villa d’Ibiza dénote un mélange d’amateurisme et de corruption consternant. Elle porte ainsi une ombre pesante sur les partis d’extrême droite et la sincérité du patriotisme qu’ils brandissent. Elle lance aussi un avertissement au PPE, le Parti populaire européen, tiraillé entre deux stratégies à la veille des européennes : se montrer intransigeant avec les nationalistes comme Salvini, Orban et autres, ou dialoguer.
Depuis vingt ans, sa capacité à ne pas trancher cette question a permis au PPE d’occuper une position dominante dans toutes les institutions européennes. Mais le grand écart semble difficilement tenable aujourd’hui. Le scandale autrichien nous dit clairement l’impasse où mène tout compromis avec l’extrême droite

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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