Policiers accrocs aux gilets jaunes

Le Canard enchaîné – 22/05/2019 – Didier Hassoux et Christophe Labbé –
Ils ont beau leur cogner (parfois) dessus, les CRS adorent les gilets jaunes ! Grâce à eux, ils n’ont jamais gagné autant d’argent. Depuis l’acte 1, en novembre, le montant de leurs heures sup s’élève à plus de 2 millions d’euros par mois. Le nombre de ces heures payées 12,27 euros a doublé. Aujourd’hui, chaque casqué empoche un surplus mensuel et défiscalisé d’environ 800 euros. Auquel s’ajoutent des indemnités de déplacement – 43 euros l’heure -, elles aussi exemptées.
Du beurre dans les épinards pour la troupe et un casse-tête pour le patron des CRS. Grevé par ces dépenses imprévues, le budget 2019 est quasiment consommé. Hors salaires et heures sup, une compagnie en déplacement coûte en principe 10 000 euros par jour : un tiers pour la gamelle, un tiers pour les transports et un tiers pour les « indemnités journalières d’absence temporaire ».
Ruineuses grenades
Au cours des sept derniers mois, les CRS ont sillonné la France comme jamais. Pour encadrer les manifs des gilets jaunes, bien sûr, mais aussi pour sécuriser les visites de Macron en province. A lui seul, le président mobilise de 13 à 15 compagnies de CRS ou d’escadrons de gendarmes. Là où, du temps de Sarkozy, qui électrisait pourtant les foules, il en fallait « seulement » 10. D’autres dépenses – l’utilisation de milliers de grenades ( entre 30 et 50 euros pièce) ou la casse des équipements pendant les manifestations – font encore grimper la facture de plusieurs millions d’euros.
 Sur la réserve
Il n’y a pas que les CRS : tous les policiers profitent des gilets jaunes ! En décembre 2018, le ministère de l’Intérieur et les syndicats de police ont conclu un « protocole d’accord » prévoyant « des mesures de revalorisation indemnitaire » et une prime de résultats exceptionnels. Dans son rapport du 15 mai consacré au budget de l’État, la Cour des comptes estime ce surcoût à près de 110 millions d’euros. Or le Parlement n’a provisionné que 33 millions ! Ce qui fait dire aux magistrats : « La réalisation des objectifs paraît s’éloigner d’une trajectoire de dépenses soutenable, pour un surcroît d’efficacité opérationnelle encore incertain. » Aimable !
Pour limiter le dérapage budgétaire, la police a décidé de réaliser des économies sur le dos des réservistes – ces policiers d’appoint, retraités, pour l’essentiel, de la grande maison. Depuis le début du mois, plusieurs centaines d’entre eux ont été priés de rester chez eux. Émoi dans les rangs : les 5 000 réservistes employés chaque année pallient le sous-effectif sz la Sécurité publique. Payés, suivant le grade, entre 60 et 200 euros défiscalisés pour une vacation de sept heures, ils assurent l’accueil dans les commissariats, éclusent des dossiers en souffrance ou remplument les patrouilles.  Face à la grogne, le ministère vient, en raclant ses fonds de tiroirs, de trouver 3 millions d’euros pour rappeler une poignée d’entre eux jusqu’en juin. Les délinquants et autres monte-en-l’air (9 % de cambriolages en plus depuis novembre) peuvent espérer un été tranquille.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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