Vladimir Poutine, parrain de l’extrême droite européenne

Le Monde avril 2019 Par Isabelle Mandraud

Enquête Le Monde  Réservé à nos abonnés

A partir d’aujourd’hui, « Le Monde » publie une série sur l’influence et les réseaux de la Russie à l’étranger. Premier volet : ses liens avec certains partis radicaux.
Le buste penché en avant sur la table, Vladimir Poutine darde un regard peu amène sur son homologue ukrainien Petro Porochenko, en présence de François Hollande et d’Angela Merkel, aussi figés que des statues de cire. Ce 17 octobre 2014, c’est le dernier rendez-vous du chef du Kremlin de son voyage en Italie. Enfin, presque. Après deux jours de discussions tous azimuts à Milan, où se sont retrouvés une cinquantaine de dirigeants dans le cadre d’un sommet Europe-Asie, il reste au président russe un dernier interlocuteur à voir : Matteo Salvini.
L’entrevue ne figure sur aucun agenda. Certes, Vladimir Poutine s’est déjà échappé du MiCo, le Centre de congrès de la ville lombarde, pour aller voir son vieil ami Silvio Berlusconi, ce qui n’a pas échappé aux journalistes. Mais nul ne se doute alors qu’un autre aparté va se tenir non loin de là, dans un café. A l’époque, Matteo Salvini n’est que député européen, secrétaire fédéral de la Ligue du Nord, un parti raciste et xénophobe. Personne n’imagine qu’il sera quatre ans plus tard la figure politique la plus en vue d’Italie, à la fois ministre de l’intérieur et vice-président du conseil. C’est pourtant lui que le président russe choisit de voir hors des obligations protocolaires du sommet.

Vladimir Poutine (à droite) rencontre discrètement, dans un bar, le secrétaire fédéral de la Ligue du Nord Matteo Salvini, à Milan, le 17 octobre 2014, en marge d’un sommet Europe-Asie. Aleksey Nikolskyi / Sputnik
La photo de cette rencontre insolite ne paraît pas tout de suite. Matteo Salvini attend le 9 mai 2015 pour la rendre lui-même publique sur son compte Facebook, assortie des mots suivants : « lo sto con lui » (« Je suis avec lui »). La date choisie pour diffuser ce cliché ne doit rien au hasard : elle correspond au 70e anniversaire de la « grande victoire patriotique », comme on nomme en Russie la fin de la seconde guerre mondiale, fêtée au même moment avec faste sur la place Rouge à Moscou. Les dirigeants occidentaux ont boudé l’invitation, mais d’autres visiteurs ont pris place dans les tribunes : des intermédiaires et des représentants méconnus de l’extrême droite européenne.
La vengeance du banni

Lire

Marine Le Pen (à gauche) rencontre Vladimir Poutine, à Moscou, le 24 mars 2017. Michael Klimentyev / Sputnik

Vladimir Poutine valse avec Karin Kneissl, ministre autrichienne des affaires étrangères apparentée au Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ, extrême droite), lors de son mariage. ALEXEI DRUZHININ / AFP

Thierry Mariani, en visite en Crimée, territoire annexé par la Russie, le 14 mars 2019. AFP

Isabelle Mandraud  Le Monde

La suite

Les ingérences russes, une série en 5 épisodes
  1. Vladimir Poutine, parrain de l’extrême droite européenne
  2. L’Ukraine, cible préférée des hackeurs russes
  3. Comment l’Estonie résiste à l’influence médiatique du Kremlin
  4. En Transcarpathie, l’art russe de l’intox fait des étincelles
  5. A Genève, les grandes oreilles de Moscou

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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