Tous décroissants !

Charlie Hebdo – 03/07/2019 – Jacques Littauer –
« Cette canicule est la conséquence d’un dérèglement climatique dont l’homme est responsable. Il faut le noter : il n’y a aujourd’hui, plus de climatosceptiques. Des esprits malins parlent de « croissance verte ». mais le mot est faux. Le concept n’existe pas. Ce qu’il faut organiser, c’est la décroissance. Consommer moins, voyager moins, se déplacer moins, produire moins. »
Une déclaration de  Fabrice Nicolino ou de Nicolas Hulot ? Non, Jean-Michel Apathie, au micro d’Europe 1, le 24 juin dernier. Lui-Même. Nous y sommes, donc. Tout le monde le sait, si nous ne faisons rien, la « décroissance » nous sera imposée : îles du Pacifique submergées, ouragans à répétition,  sécheresse (comme cette année)… Chaque jour, le climat réduit notre production, parfois de façon violente. Demandez aux habitants de Paradise, en Californie. Ah ! mince, c’est vrai, vous ne pouvez pas, ils sont tous morts ou déplacés*.
L’alternative, ce serait une décroissance organisée : interdire la production, et l’importation d’innombrables merdouilles qui inondent les magasins; manger moins de viande, remplacer les transports individuels, y compris les trottinettes nucléaires par des transports collectifs, isoler les bâtiments, réorganiser les villes pour limiter les transports, etc.
L’Est Républicain / Photo HD My Kozy Shop
Si nous faisons cela nous consommerons moins d’énergie et de matières premières, et nous rejetterons moins de déchets. Mais il faut aller beaucoup plus loin, et faire en sorte que, dans « le panier du ménager », les services, moins polluants, remplacent les objets. Moins d’ordis et plus de cours de musique. Moins, beaucoup moins de fringues et plus de dessins. Bref, « moins de biens, plus de liens ».
Le problème, outre les immenses intérêts économiques en jeu, c’est que le mot « décroissance » fait peur. Il y a une très bonne raison à cela : qui dit récession dit pauvreté, chômage et déficits. De plus, la décroissance a été l’étendard porté par quelques illuminés pour laisser libre cours à leur haine sans nuances de l’humanité.   
Les critiques de cette décroissance-là ont raison : notre société ne peut pas, dans son état actuel, ralentir la cadence. Tant que nos décisions seront aux mains des entreprises, irresponsables, aucune « transition écologique » ne sera possible. 
Pour passer à un mode de vie moins destructeur, il faut tout réorganiser, en commençant par répondre aux questions qui devraient être au centre de notre vie démocratique : quels besoins satisfaire ? Que produire pour y répondre ? Comment organiser cette production ? 
Le pas de côté intellectuel à effectuer est donc double . Un : renoncer à faire « croître » sans cesse la baudruche économique. C’est déjà extrêmement difficile encore plus, d’ailleurs, pour la gauche – historiquement productiviste pour des raisons sociales – que pour la droite -, qui se satisfait de faire du pognon dans toutes les positions. 
Deux : renoncer au libre choix, figure centrale de la modernité, et incarné par le marché. Et comprendre que seules de fortes contraintes nous sauveront. Là, c’est vraiment balèze. Jean-Michel, tu nous explique çà la semaine prochaine ?
* Le 8 novembre au matin, les habitants de Paradise, dans le nord de la Californie aux États-Unis, tentent de quitter leur ville en flammes piégés par les feux de forêt. Selon le dernier bilan, 85 personnes ont été tuées dans l’incendie. Paradise, ville de 26 000 habitants avant le drame, est presque entièrement détruite aujourd’hui. Sans beaucoup d’aide de l’État, souvent sans assurance, beaucoup de ces réfugiés du pire incendie de l’histoire californienne n’ont aucune idée du temps qu’ils devront passer dans un camp humanitaire, autre visage de la première puissance mondiale.

Jacob Saylors, 11 ans, marche sur les restes brûlés de sa maison à Paradise, en Californie, le 18 novembre 2018. Sa famille a perdu une maison au même endroit suite à un incendie 10 ans auparavant. AFP/Josh Edelson

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