Après l’affaire François de Rugy, l’État doit changer de régime

Ouest-France – 17/07/2019 – Stéphane Vernay –
François de Rugy à l'Assemblée nationale, le 16 octobre 2017.François de Rugy à l’Assemblée nationale, le 16 octobre 2017. | JOEL SAGET / AFP
Les réactions suscitées par les révélations autour des dîners fastueux du ministre de la Transition écologique et solidaire, quand il était président de l’Assemblée nationale, montre que les « ors de la République » ne passent plus dans l’opinion. C’est aux responsables politiques de faire en sorte d’abolir ces privilèges que ne peuvent plus accepter les Français !
Sa position n’était pas tenable. Il n’a pas tenu. François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, ne voulait pourtant pas démissionner. Il l’a dit et redit tout le week-end. Sûr de son bon droit, fort des mesures d’économies – réelles – qu’il avait prises à l’époque où il présidait l’Assemblée nationale, il affirmait encore hier matin, dans nos colonnes, qu’il ne partirait pas. Il ne le pouvait pas dans pareil contexte, sauf à accepter de tirer un trait sur sa carrière et renoncer à toute ambition politique.
Isolé dès le départ, François de Rugy n’a été défendu – du bout des lèvres – que par un nombre très limité de députés de sa propre famille. Dans les rangs de l’opposition, on a pu se frotter les mains à l’avènement d’un nouveau scandale d’été mettant le gouvernement en difficulté, un an après le déclenchement de l’affaire Benalla. Certains y ont trouvé une revanche à l’égard d’un transfuge, Vert devenu candidat à la primaire du Parti socialiste pour la présidentielle de 2017, passé ensuite chez En Marche. Tous, tous bords confondus, lui en ont voulu pour l’image désastreuse donnée des élus, en quelques photos ravageuses, inconcevables et indéfendables après les Gilets jaunes.
Légales ou pas, les agapes ne passent pas. Et c’est aujourd’hui toute la question des « ors de la République » qui sont sur le tapis. Le faste républicain, confisqué (plus qu’hérité) à l’ancien régime, est désormais perçu comme une persistance des privilèges, et non plus la marque d’un État fort. Les moyens mis à disposition des hautes personnalités sont devenus synonymes d’injustifiable gabegie et non de grandeur de la France. Le flou qui entoure leur utilisation – peuvent-ils en jouir à discrétion ou dans le seul cadre de leurs fonctions, en transparence totale ? – n’est plus permis.
De nouvelles règles
Pour ne pas l’avoir compris, François de Rugy a formidablement raté sa défense. De nouveaux soupçons portés sur l’utilisation de ses indemnités de représentation de frais de mandat (IRFM), à l’époque où il était député, ont précipité sa chute. À ce stade, plus de maintien possible. Le gouvernement va devoir retrouver un numéro 2 dans l’urgence, alors même que la démission fracassante de Nicolas Hulot, fin août 2018, est encore dans toutes les têtes. À moins que cette nouvelle « péripétie » ne l’oblige à procéder à un remaniement plus large, qui marquerait l’avènement de l’Acte II du quinquennat et permettrait de « libérer » les ministres qui voudraient briguer des villes aux prochaines municipales.
Quelle que soit l’option retenue, mieux vaudrait la choisir vite. L’urgence climatique n’attend pas et l’exécutif ne peut pas se payer le luxe d’une attente prolongée qui ne ferait que renforcer la crise. Restera, au-delà de cette urgence politique, la question du train de vie de l’État et de ses grands élus. Plus que de morale, d’éthique et de vertu, c’est de nouvelles règles dont notre démocratie a besoin.
Le « changement de méthode » ne peut pas reposer que sur la droiture, le sens de l’exemplarité et la bonne volonté de nos responsables. Pour lever tous soupçons et rétablir la confiance, ils vont devoir changer de régime. Dire précisément ce qui est acceptable en matière de dépenses, ce qui ne l’est plus, et organiser leur contrôle en dehors des seules déclarations des intéressés ou du jugement de leurs pairs.
François de Rugy, en tant que président de l’Assemblée nationale, avait cette exigence. Cruelle ironie.

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