En marche sur les algues vertes

Le Canard enchaîné – 17/07/2019 – « Conflit de canard » –
« L’Agriculture doit rester un atout et une force pour la Bretagne. Nous allons l’aider dans ce virage ! » C’était il y a dix ans presque jour pour jour. Bruno Le Maire, le ministre de l’Agriculture de Nicolas Sarkozy, inaugurait avec enthousiasme à Launay-Lantic, dans les Côtes-d’Armor, une usine de recyclage des algues vertes en compost. Coût de l’installation : 5,7 millions d’euros. De quoi traiter normalement 25 000 tonnes par an d’ulves, ces envahissantes « laitues de mer » qui, tous les étés, pourrissent les vacances des touristes sur les littoraux bretons et atlantique. 
Dans la baie de Saint-Brieuc
Mais le 3 juillet dernier, sortie de route. L’usine de valorisation organique a fermé en catastrophe, elle n’arrivait plus à éponger la marée d’algues vertes dans la baie de Saint-Brieuc, qui, à elle seule, abrite la moitié des ulves bretonnes. Les algues couvrent déjà plus de 500 hectares de la baie, deux fois plus que l’an dernier à la même époque, et on pourrait atteindre 10 000 tonnes à la fin de la saison. En attendant, faute de pouvoir être recyclées, elles sont épandues dans les champs où elles dégagent une odeur pestilentielle.
Une mauvaise surprise pour les riverains, d’autant que, il y a trois mois, les élus bretons et les chambres d’agriculture criaient victoire : les tonnages d’algues vertes ramassées dans la région aveint fortement baissé en 2018, avec 20 000 tonnes « seulement », contre 40 000 les années précédentes. 
En fait, la quantité de laitues de mer ne diminue plus depuis quatre ans, et ce malgré les millions d’euros déversés- comptez, depuis 2009, deux « plans de lutte contre les algues vertes », pour un total de 137 millions d’euros. Cette année là, François Fillon, Premier ministre, avait dû écourter ses vacances, après qu’un cheval ait été asphyxié sur une plage des Côtes-d’Armor et que son cavalier avait manqué d’y passer pour avoir inhalé l’hydrogène sulfuré relargué par les ulves en putréfaction. Ces dernières sont, depuis, soupçonnées d’avoir tué un conducteur de tractopelle qui s’échinait à nettoyer une plage, un joggeur et, il y a deux semaines, à peine, un ostréiculteur. 
Pourquoi une telle malédiction ? Parce que l’on n’a jamais osé réduire le cheptel breton. La région concentre 50 % des cochons et 20 % des volailles de l’Hexagone, dont les déjections déversent des torrents de nitrates, le carrant préféré des algues vertes.  Fermer des porcheries et des poulaillers, ça ferait trop de salades…

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