Règlementation sur les pesticides : Rio ne répond plus

Le Canard enchaîné – 24/07/2019 – « Conflit de Canard » –
Chaque année, l’Europe retire du marché les pesticides jugés trop dangereux au regard des dernières données scientifiques. Qu’à cela ne tienne, les fabricants d’herbicides et autres fongicides ont trouvé une terre d’asile pour leurs produits bannis du Vieux Continent : le Brésil.
Le gouvernement Bolsonaro a homologué 239 pesticides depuis son entrée en fonctions en janvier. En Suède, une chaîne de magasins qui a décidé de boycotter les produits agricoles brésiliens a suscité une vague de soutien sur les réseaux sociaux.
Depuis qu’il a été élu président, il y a six mois, Jair Bolsonaro a fait autoriser 239 nouveaux pesticides, dont un quart sont frappés d’interdiction par Bruxelles. Ces six derniers mois, le géant suisse de l’agrochimie Syngenta a, par exemple, exporté vers le Brésil, depuis ses usines italiennes, 200 tonnes d’atrazine, un herbicide décrété non grata en Europe il y a quinze ans parce ultra-toxique pour la faune aquatique et soupçonné d’être cancérigène pour l’homme.
Peut-on se rassurer à l’idée que les fruits exotiques, le persil, le quinoa, le café ou encore les agrumes massivement importés du Brésil seraient scrupuleusement contrôlés au moment de passer la frontière ? Ce ne serait pas un luxe, alors que 60 % des oranges consommées dans le monde sont brésiliennes.
Interrogée par « Le Canard »,la Répression des fraudes ne panique pas : « Seuls deux produits étaient dans la zone d’incertitude analytique. » Sauf que cette administration s’est limitée en 2018 à 36 analyses en recherche de pesticides sur les produits importés du Brésil, et à 6 seulement depuis le début de l’année. Alors qu’avec Bolsonaro, les pulvérisateurs tournent à plein régime dans les plantations. Même optimisme à Bruxelles, qui fait valoir que son réseau d’alerte n’a détecté en dix-huit mois que 3 produits farcis de molécules interdites. Pas question dans ces conditions, d’augmenter les contrôles. Cette nonchalance fait bondir les ONG. « 
Récolte du soja à Campo Novo do Parecis, au sud du bassin amazonien, dans l’Etat du Mato Grosso, au Brésil, en 2012 (YASUYOSHI CHIBA / AFP)
« Non seulement les mailles du filet sont trop larges, mais il y a un gros trou dans la raquette« , s’agace François Veillerette, directeur de l’association Générations futures. Explication : la réglementation européenne autorise dans nos assiettes des aliments traités avec des pesticides interdits pourvu que les résidus ne dépassent pas une certaine limite.  « Cette tolérance induit une tromperie pour le consommateur et une concurrence déloyale pour les agriculteurs européens. Il est urgent que la Commission change les règles« , insiste François Veillerette.
Pour montrer à Bolsonaro que, l’Europe, c’est pas du bidon ?  
Lire : La dangereuse course aux pesticides du Brésil – Claire Gatinois/ LeMonde – 26 juin 2019
Amazonie, pesticides… pourquoi l’accord avec le Mercosur fait scandale – L’Obs 1er juillet 2019 –

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