Le mirage de la baisse du chômage

Charlie Hebdo – 21/08/2019 – Jacques Littauer –
Mercredi 14 août 2019 , la nouvelle, attendue depuis des siècles, tombe : le chômage a baissé en France. Il ne concerne désormais plus « que » 8,5 % de la population active. Pierre Weill, journaliste à France Inter n’hésite pas : pour fêter la bonne nouvelle, il invite deux économistes, deux hommes, non seulement libéraux, mais des conseillers, pardon, des amis du pouvoir, des proches d’Emmanuel et d’Édouard.
Le premier, Gilbert Cette, beugle depuis des années que nous devrions « réformer » notre « marché du travail » pour le rendre aussi compétitif que celui des Ricains, ce beau pays de la pauvreté de masse, du gaspillage et de l’obésité. Par contre, pour payer son loyer, Gilbert est fonctionnaire, lui, et plutôt deux fois qu’une : Banque de France et professeur à l’université d’Aix-Marseille. Tout compris, on parle là de 10 000 euros par mois, au bas mot. Payé par vous, chers lecteurs.
Le second, Stéphane Carcillo, est lui aussi fonctionnaire, mais de cette belle organisation qu’est l’OCDE* : les salaires y sont astronomiques, on ne paye pas l’impôt sur le revenu parce qu’on est « fonctionnaire international », mais, en revanche, on ne se prive pas de dire aux chômeurs que leurs allocations sont trop généreuses, et aux smicards que leur salaire est trop élevé. Payé par vous, encore.
La baisse du chômage ? Pour Gilbert, c’est la preuve de l’efficacité des « réformes du marché du travail », à savoir le CICE et les ordonnances travail de la sinistre Pénicaud. Petit problème : France Stratégie, l’organisme de référence en la matière, répète depuis des années que le CICE n’a créé qu’un nombre dérisoire d’emplois. Stéphane, de son côté, regrette que la France « reste quand même, malgré ses réformes, parmi les pays européens où le taux de chômage est le plus élevé ». Et donc, bien sûr, il appelle à de nouvelles « réformes ». Enfin, pour les autres.
Il se trouve que nos deux génies sont des quiches intégrales : la baisse du chômage intervenue au cours du premier trimestre 2019 n’a rien à voir avec leurs réformes chéries, qui ne créent que de la précarité. Elle est la conséquence du fait que… moins de gens cherchent du travail. L’ami Guillaume Duval l’explique très bien (1).
En fait, le problème est beaucoup plus simple : nous n’avons pas besoin de toutes les braves personnes qui cherchent du boulot pour produire toutes nos merdouilles. C’est la faute aux machines. Savez-vous que moins d’heures sont travaillées en France en 2019 qu’il y a quarante ans, alors que la population et le PIB ont explosé depuis ?
Je répète : nous produisons de plus  en plus de choses en de moins en moins de temps. Ce fait est expliqué par Pierre Larrouturou et Domnique Méda dans leur ouvrage Einstein avait raison. Il faut réduire le temps de travail (2). Car le grand Albert avait compris ça aussi. 
Autrement dit, comme l’explique Michel Husson, l’un des plus grands économistes de France que vous n’entendrez jamais sur France Inter ou BFM, la croissance ne crée pas d’emplois (3). Est-ce que quelqu’un comprend ce que cela veut dire ? Et quelles en sont les implications ? …
(1) Guillaume Duval, « La vraie-fausse baisse du chômage » (alternatives économiques – 14 août 2019 –
(2) Éditions de l’Atelier / 96 p. / 14 €
(3) Michel Husson, « Et si la croissance ne créait pas d’emplois ? » (octobre 2010)
* L’Organisation de coopération et de développement économiques est une organisation internationale d’études économiques, dont les pays membres — des pays développés pour la plupart — ont en commun un système de gouvernement démocratique et une économie de marché.

A propos werdna01

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