L’état est-il « volé » par les concessionnaires des autoroutes ?

Journal satirique indépendant « Le Connard » – août/septembre 2019 – Louisa Berckmeyer –
Nous sommes très nombreux à nous poser la question , surtout lorsqu’on prend la route des vacances en été et que l’on constate combien les passages aux péages font mal aux fesses ! On se demande aussi pourquoi l’État n’a pas gardé ce business si juteux qui enrichit les sociétés routières, le privant ainsi de recettes conséquentes. 
« Après les privatisations partielles de MM. Jospin et Raffarin, Dominique de Villepin a vendu, en 2006, contre quinze milliards d’euros, la totalité des titres des sociétés d’autoroutes restés en possession de l’État alors que l’exploitation du réseau commençait à rapporter après que sa construction eut été amortie« , rappelle Christian de Moliner sur le site Boulevard Voltaire. 
« La vente aurait été sous-évaluée de dix milliards, selon un avis de 2009 de la Cour des comptes », rappelle-t-il. « Le Trésor s’est ainsi privé de deux milliards de bénéfices par an ! Le prix des péages devait rester sage, avec un seuil garanti de 70 % de l’inflation, l’emploi préservé, mais les effectifs des salariés ont baissé de 30 % et la hausse des tarifs a été de 20 % en dix ans – bien plus que l’inflation. Les sociétés ont obtenu que leurs tarifs soient revalorisés en échange de travaux que, souvent, elles étaient obligées de faire ». 
« M. Hollande avait protesté, promis de renationaliser, laissé les députés créer une commission d’enquête, amis comme l’État était incapable de financer les travaux d’infrastructure nécessaires, le gouvernement socialiste a imité M. Sarkozy et prolongé de trois ans la durée des concessions en échange d’investissements. En 2015, les tarifs ont été gelés mais avec la promesse d’un rattrapage entre 2019 et 2023 ». Attendons-nous donc au pire dans un proche avenir ! 
« La contrepartie accordée par l’État en 2015 est estimée à 15 milliards par la Cour des comptes, alors que les investissements réalisés en échange se montaient à 3,2 milliards. Le contrat de 2015 était resté secret et il a fallu que M. Avrillé, un tenace écologiste grenoblois saisisse la justice pour qu’il soit enfin rendu public ». 
M. Migaud, le président de la Cour des comptes, vient de rendre un rapport très sévère : l’État serait un piètre négociateur. Il n’a pas obtenu le juste prix du patrimoine, lors de la cession en 20006, ni obtenu des clauses permettant de réviser la partage des bénéfices si ceux-ci augmentaient trop tandis que les investissements obligatoires n’étaient pas précisés. Les compagnies autoroutières sont soupçonnées d’avoir introduit des travaux déjà programmés dans la liste de ceux qu’elle proposaient en échange de l’allongement des concessions : 23 sur 57 seraient ainsi abusifs. Elles feraient également coup double en faisant réaliser au prix fort les travaux par des sociétés de travaux publics qu’elles contrôlent.  En outre, le calcul des compensations dues aux sociétés autoroutières qui intègrent l’inflation, trafic routier et coût des travaux est bien trop pessimiste et défavorise systématiquement l’État ». 
« M. Migaud estime qu’il y a urgence à redresser la barre, alors que de nouvelles négociations vont s’ouvrir. Selon lui, les évaluations des contreparties devraient être confiées à un organisme indépendant, car les agents de l’État seraient moins habiles que ceux des sociétés autoroutières pour manier la calculette. En outre, les concessionnaires disposeraient, au sein des commis de l’État, de relais efficaces »… (quelques noms ?)
de son côté, Raymond Avrillé, l’ancien élu écologiste de Grenoble a adressé début juillet un recours gracieux auprès du Premier ministre, demandant l’annulation de protocole signé en avril 2015 entre l’État et les sociétés autoroutières. « Ce contrat est manifestement contraire à l’intérêt général », a-t-il tout simplement indiqué. Affaire à suivre…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Transport, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.