« La Perche », une première paille en paille pour oublier le plastique

Le Perche – 22/08/2019 –
La première paille en paille made in Orne suscite l’engouement. Pour faire face à la demande, les porteurs du projet devront investir dans du matériel et créer une start-up.
Les pailles« jolies et utilisables » seront bientôt dans de nombreux verres et desserts.Les pailles« jolies et utilisables » seront bientôt dans de nombreux verres et desserts.
La moisson a débuté fin juillet 2019, dans les champs de l’Earl Les Gaillons, à Courgeoût (Orne). Les tiges de seigle qui poussent ici serviront à fabriquer une paille en paille : La PercheUn projet plein de bon sens et une première alternative française sérieuse à la paille en plastique.
L’initiative, portée par le designer parisien Jeff Lubrano et l’agriculteur percheron Mike Sallard, suscite l’intérêt des professionnels comme des particuliers. La paille La Perche, pas encore livrée, est déjà un succès.
Jeff Lubrano (à gauche) et Mike Sallard. Jeff Lubrano (à gauche) et Mike Sallard. (©Le Perche )
Restauration collective et cuisine étoilée
Le produit 100 % local est ensuite stocké et travaillé à Bellême (une commune de 1 500 habitants, située dans le département de l’Orne en région Normandie). Il a reçu l’aide de nombreux contributeurs, depuis sa médiatisation, début 2019. Une campagne de financement participatif a permis de récolter 16 000 €. Et de nombreux CHR – cafés, hôtels, restaurants – ont joué le jeu, notamment dans l’Orne. En tout, « 6 à 10 millions de pailles La Perche seront fabriquées », estime Jeff Lubrano, « dont un bon tiers est déjà commandé. »
Une paille en paille, il fallait y penser !Une paille en paille, il fallait y penser ! (©Le Perche)
Une prouesse, sachant que les commandes en ligne n’étaient jusqu’alors pas ouvertes. « Elles le sont depuis mi-août. » Parmi les clients : la société Sodexo, en charge de la restauration scolaire pour la Communauté urbaine d’Alençon. À compter de septembre, nous lui livrerons 6 000 pailles par mois. Mais aussi des établissements prestigieux, étoilés.
Moisson tardive mais exceptionnelle
Les associés Mike Sallard et Jeff Lubrano pourront répondre à la demande. « Notre première moisson a débuté tardivement mais est exceptionnelle. » Afin de couper les tiges de seigle sur les 11 ha de parcelle, les deux hommes utilisent une lieuse. « Une machine des années 40 retapée. Elle fonctionne très bien, c’est l’outil parfait pour ne pas abîmer la paille.« Les céréales sont vendues à la coopérative Biocer.
Les restaurateurs du Perche ont joué le jeu et pré-commandé des pailles. Les restaurateurs du Perche ont joué le jeu et pré-commandé des pailles. (©Le Perche )
La paille, elle, est stockée dans un hangar ventilé, avant d’être mise au gabarit (deux formats sont proposés : 13 et 21 cm), stérilisée et conditionnée dans l’atelier de 160 m2 que les associés louent (dans la pépinière d’entreprises de Bellême). Les pailles gravées le sont au sein du Fab lab de l’Elabo.  
Comment faire face à la masse de travail ?
Nous avons conclu un partenariat avec l’IME (Institut médico-éducatif) du Perche. Des équipes vont venir nous aider à préparer les pailles, dès septembre. De nouvelles machines sont également en cours d’installation, dans l’atelier.
Pari gagné
Le projet La Perche tient ses promesses. « La récolte est au niveau espéré. Et ce que l’on a théorisé fonctionne. Nous sommes super-contents« , confie Jeff Lubrano. Les pailles « jolies et utilisables » seront bientôt dans de nombreux verres et desserts.
La paille en paille est une alternative intelligente au plastique. La paille en paille est une alternative intelligente au plastique. (©Le Perche )
Pour faire face aux commandes futures et développer de nouveaux projets autour de produits biosourcés (lire encadré), Jeff Lubrano et Mike Sallard, aujourd’hui réunis au sein de l’association « Bien mieux », envisagent de créer une start-up : Créative culture.Elle pourrait rejoindre l’incubateur de projets innovants « Normandie incubation ».
Des couverts en paille et des cotons-tiges… en tige de céréale
Les associés Mike Sallard et Jeff Lubrano ne manquent pas d’idées. Avec leur future start-up, ils ambitionnent de développer des produits biosourcés. « L’idée est de travailler à partir des coproduits de l’agriculture. Ceux qu’on n’utilise pas aujourd’hui, ceux dont on ne sait pas quoi faire. » Ainsi, les chutes de paille issues de la fabrication de « La Perche » pourront servir à la création de packaging. « Le broyat de pailles, mêlé à un liant naturel et local, pourra être thermoformé », explique Jeff Lubrano. « On pourra en faire un contenant, ou bien réaliser des couverts. » Le process est actuellement étudié, en collaboration avec l’Institut polytechnique UniLaSalle de Rouen. Le reste de la tige de seigle non utilisé pourrait, lui, servir à la fabrication de cotons-tiges.
Autre projet : « La sucette normande ». Elle comporterait une friandise à la pomme, fixée au bout d’un bâtonnet de seigle. L’emballage serait biodégradable et ensemencé, afin de semer des fleurs. « Ce serait la première sucette au monde sans bâtonnet en plastique », assure Jeff Lubrano.
Ce dernier réfléchit également à l’utilisation des rafles de raisins et des écales de sarrasin. Pour tous ces projets, le Percheron est en contact avec la Chambre régionale d’agriculture de Normandie. « Elle nous aide à orienter nos recherches ici, dans l’Orne, afin de trouver des alternatives intelligentes au plastique. »

A propos werdna01

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