Le bas de laine du Cac40

Charlie Hebdo – 18/09/2019 – Jacques Littauer –
Vous qui vous inquiétez de la santé des entreprises, vous pouvez vous servir un bon scotch, mettre votre CD de jazz préféré et commencer à faire couler votre bain moussant à la camomille. Car, je vous le dis, elles vont bien, très bien même.
Clôture Paris : « Le CAC40 tout proche de ses sommets annuels » (Boursier.com – 19/09/2019) – Crédit photo © Reuters
Prenez EDF : cette entreprise, dont certaines légendes prétendent qu’elle aurait été, à l’époque où la France était comme l’URSS, un « service public », possède 34 milliards d’euros de trésorerie. Qu’est-ce que la trésorerie d’une entreprise ? C’est de l’argent honnêtement gagné, dont elle ne fait rien, mais alors rien du tout. Total, qui n’accumule pas du pognon par hasard, dispose de son côté d’un matelas de 26 milliards (1).
Comme nous ne sommes rentrés en classe que depuis deux semaines, je vais vous tenir la main, 34 milliards + 26 milliards font 60 milliards. il y a 50 millions d’adultes en France. Donc, en se partageant l’oseille de ces deux seules entreprises françaises, bien d’autres dégoulinent aussi de cash -, on pourrait donner à chaque citoyenne et à chaque citoyen de ce pays 1 200 euros, soit tout de même 100 euros par mois. 
Comment est-ce possible ? Tout d’abord parce que, comme le répétait oncle B., la fadaise de la concurrence est… une fadaise, justement. EDF et Total font très largement ce qu’elles veulent, puisqu’elles ont des millions de consommateurs qui, pour tout un tas de raisons, achètent bêtement leur électricité et leur essence.  Et donc, elles nous font payer des peix trop élevés.
Autrement dit, elles se gavent. En effet, sans vouloir être trop pédant, je me permets de vous rappeler que la première leçon des manuels d’économie est la suivante : lorsque les entreprises sont en concurrence, elles ne gagent pas d’argent, où alors très peu. Ainsi, même le géant Uber accumule les pertes (et pas des petites, hein : 5 milliards de dollars rien que  depuis le début de cette année) et licencie à tour de bras (2).
Pourquoi ? Parce qu’il propose un service banal – même avec les bouteilles d’eau gratuites et les bonbons à la menthe – que n’importe qui ou presque peut proposer. C’est la dure loi du capitalisme : si tu proposes la même chose que tout le monde, et que, en plus, ce quelque chose est facile à faire, tu ne gagnes pas un radis.
Revenons à EDF et à Total. Il se trouve que, comme le dit la presse capitaliste,  nous vivons dans un « environnement incertain ». Le Brexit, Trump et sa guéguerre commerciale avec la Chine, Bolsonaro, les élections municipales à Paris… Toutes ces petites choses terrorisent les entreprises, qui sont des êtres sensibles. Elles ne savent pas où investir, combien, comment, et avec qui. Et donc elles ne font rien de leur cash.  
Or, pendant ce temps-là, les océans brûlent, où peu s’en faut. Et EDF et Total sont deux entreprises très polluantes (car le nucléaire pollue – vous voulez des déchets dans votre jardin, ou près de chez vous ? Moi non plus). Si j’écrivais dans un journal de gauche, je vous dirais qu’une petite planification écologique les forcerait délicatement à utiliser leurs montagnes de pognon pour procéder à des investissements rentables pour elles, pour nous, pour la planète. Mais; comme à Charlie, nous sommes des anars, je n’aurai qu’un mot : arrêtez la bagnole, l’eau chaude, le chauffage et mangez cru !
(1)  Sophie Rolland, « Les entreprises européennes amassent toujours plus de cash« , les Échos, 10 septembre 2019.
(2) « Uber va, à nouveau supprimer 435 postes », 20 minutes avec AFP, 11 septembre 2019.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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