Miracle à Fessenheim

Le Canard enchaîné – 09/10/2019 – Jean-Luc Porquet –
Chers frères en Atome, enfin ! Depuis longtemps, nous redoutions cette épreuve : la fermeture de la centrale originelle, celle de Fessenheim. Elle est la plus ancienne de toutes celles en activité. Son premier réacteur de 900 MW, couplé au réseau en 1977, fermera le 22 février prochain. Le second, de même puissance, couplé en 1978, fermera le 30 juin. En acceptant cet arrêt, mieux, en le réclamant, notre Sainte Mère L’Église EDF a opéré un grand miracle. 
Avouons-le, mes chers frères, cette très vieille centrale était éreintée. Jamais elle n’aurait réussi à passer la VD4, la quatrième visite décennale de sécurité, obligatoire pour tout réacteur ayant dépassé les 40 ans.  Nous n’égrèneront pas ici la liste interminable de tous les maux qui l’accablent, dûment identifiés par nos frères inquisiteurs de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN)… Mais sachez qu’elle était percluse d’équipements non conformes (ainsi son radier trop mince et ses piscines non bunkérisées), farcies de matériaux et d’équipements obsolètes (ainsi les joints des 163 traversées du bâtiment réacteur).
Ajoutez à cela ses deux grands risques spécifiques, un risque sismique, qu’elle était loin d’être prête à affronter, et le risque d’être submergée par le grand canal d’Alsace qui la surplombe de plus de 8 mètres, et avouez-le : il aurait été ruineux de la rustiner sans cesse.
Notre Sainte Mère EDF le savait bien, qui s’est abstenue de l’équiper de ces fameux « diesels ultimes secours » obligatoires après la diabolique erreur de Fukushima (la date butoir était fin 2018). Sur ce péché, pas vraiment véniel, nos frères compatissants de l’ASN ont bien voulu fermer les yeux… Reconnaissons-le en toute humilité, lors de la très proche VD4, ils n’auraient pas hésité à arrêter les deux réacteurs de Fessenheim pour leurs multiples manquements à la sécurité.  Cela aurait nui à notre Sainte Réputation et aurait fait pâlir la très verte auréole du président Macron.
Et c’est là que miracle ! par l’opération du Saint-Esprit Atomique, EDF et le gouvernement  se sont entendus pour présenter cet arrêt comme une « fermeture anticipée » ! Ils ont signé un protocole qui prévoit que l’État, et donc, ces mécréants de contribuables, devront, pour commencer, lui verser cash une belle obole de 400 millions d’euros. Ô divine surprise, L’État s’engage aussi à offrir à notre Sainte Mère, dans les années qui viennent, l’équivalent de ce qu’elle appelle son « manque à gagner ». C’est-à-dire les deniers que lui aurait rapportés l’électricité produite par Fessenheim jusqu’en 2041. Comme si ces deux vieux réacteurs allaient tenir sans faillir vingt années de plus ! Une durée de vie de presque 65 ans qu’aucun texte sacré n’a jamais prévue.
Cette électricité nucléaire purement virtuelle, donc enfin sûre et enfin propre, va renflouer les caisses d’EDF… Le miracle pourra se poursuivre avec les prochains arrêts prévus par le gouvernement. Bref, la meilleure façon de sauver EDF au bord de la faillite serait d’arrêter tous ses réacteurs !
Lire aussi : EPR de Flamanville : la facture s’alourdit de 1,5 milliard d’euros en raison d’un problème de soudures – (France Info – 09/10/2019)
Énième déconvenue pour EDF dans le dossier du réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche). La facture du chantier devrait s’alourdir de 1,5 milliard d’euros pour atteindre 12,4 milliards d’euros, à la suite des problèmes de soudures, a annoncé l’électricien mercredi 9 octobre.

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