Retraites : l’envers du décor

Siné Mensuel -Octobre 2019 – Pierre Concialdi –
La grand chamboule-tout des retraites prépare la paupérisation des retraités et favorise le développement de la capitalisation pour les plus hauts salaires. Étonnant, non ?
Inégalité ici, « privilège » par là… On jase beaucoup sur les prétendus avantages des divers régimes de retraite. Mais on parle peu du système de retraite dans son ensemble, lequel organise avant tout un transfert global des actifs vers les retraités.  Sue ce point, le projet du gouvernement est simple et clair : il fige le niveau des recette à son niveau actuel. La part du revenu national consacré aux pensions n’augmentera plus. Avec une proportion de retraités en hausse, cela se traduira mécaniquement par une baisse des pensions. 
Imagine-t-on un couple qui vient d’avoir un troisième enfant décider de subvenir aux besoins de sa progéniture en partageant désormais en trois le budget qu’il consacrait auparavant à ses deux premiers enfants ?  C’est le projet de Macron pour les vieux. Serrez-vous les retraités, faites de la place aux nouveaux et débrouillez-vous avec ce qu’on vous donnait avant !
La baisse du taux de remplacement (rapport entre la première pension et le dernier salaire) était déjà engagée avec les régressions des trente dernières années. Le projet Macron poursuit et accentue cette baisse. C’est la paupérisation programmée des retraités. En 2050, le rapport entre la pension moyenne et le revenu par habitant sera revenu à son niveau de 1970. A l’époque le taux de pauvreté parmi les retraités était de 35 %, quatre fois plus qu’aujourd’hui. 
Avec cette chute des pensions, le projet gouvernemental accentue les inégalités entre les salariés. Certains pourront travailler plus pour accumuler des droits supplémentaires, la plupart des autres non. Aujourd’hui déjà, la moitié des salariés qui partent à la retraite ne sont plus en emploi. Le « libre choix » est un leurre.
Un projet régressif et inégalitaire
Reste alors la « liberté » de travailler à la retraite, du moins pour ceux qui n’auront pas été trop cassés par le travail. C’est ce que les américains appellent « le quatrième étage des retraites », à savoir la nécessité de travailler pour compléter des pensions trop faibles. Ça tombe bien, le projet de loi ouvre totalement les vannes du cumul emploi-retraite. La pension devient alors, de façon de plus en plus évidente, une forme de de subvention qui permet aux pensionnés d’accepter des petits boulots mal payés. Avec à la clé une pression accrue sur l’emploi et les rémunérations des autres salariés. La concurrence salariale, rien de mieux pour booster les profits.
Pour les hauts salaires, il sera désormais interdit de cotiser eu système « universel » au-delà d’un salaire équivalent à trois fois le plafond de la Sécurité sociale (contre huit fois aujourd’hui). Peu de salariés sont concernés (2 à 3 %), mais ils gagent beaucoup. Entre 15 et 20 milliards de salaires échapperont au pot commun de la cotisation retraite. C’est la voie royale pour le développement des plans d’épargne retraite. Le gouvernement ne dit pas si ces plans bénéficieront d’avantages fiscaux, mais c’est le cas  dans tous les pays où ce dispositif existe. Avec un coût caché exorbitant pour les finances publiques : entre 1 à 3 % du PIB, soit au bas mot 10 à 15 % des dépense s publiques de retraite. Une manne qui se concentre sur les plus hauts salaires. 
En agitant le chiffon rouge des inégalités entre régimes de retraite, le gouvernement masque ainsi la réalité d’un projet non seulement régressif mais fortement inégalitaire. 

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Solidarité, Travail, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.