Espèces végétales : s’adapter ou mourir

Siné Mensuel – octobre 2019 – Bklandine Flipo –
A causer extinction des espèces, on en viendrait à penser que le réchauffement climatique combiné à la pollution urbaine, va laisser une planète stérile. C’est oublier le potentiel d’adaptation des espèces vivantes, végétales en particulier.
Dans l’aube d’un été surchauffé, cette information a résonné jusqu’en France : dans le Jura suisse, toute une forêt est en train de mourir (Le Temps, 8 juillet). De beaux arbres, parfois centenaires, ont séché sur pied, littéralement.
Avec plus de 100 000 m3 de bois sec, le gouvernement n’a pas hésité à décréter une « catastrophe forestière » ayant pour cause le réchauffement climatique. Après les oiseaux, insectes, pandas, les forêts maintenant ? Michel Vennetier, ingénieur agronome et chercheur à l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea), étudie l’influence du changement climatique sur la forêt méditerranéenne. Il confirme : « Il y a des informations très claires de la flore : les plantes les plus exigeantes en ombre et en humidité tendant à disparaître au profit de celles résistantes à la sécheresse. » Ainsi le thym, le romarin, le ciste ou le pin d’Alep ont moins souffert que la moyenne. En revanche, le chêne blanc ou le pin sylvestre, si typiques des paysages du Sud, dépérissent… Pas moins de 50 % d’entre eux ! Et avec eux meurt tout un cortège de champignons et de microfaune invisibles qui constituent l’essentiel de la biodiversité. Certes, une flore plus résistante prend le dessus. Sauf que cette adaptation se fait au prix d’une « casse climatique » très forte. Explications. 
Pin d’Alep en Provence
Rajeunir la forêt
« Pour qu’une forêt s’adapte, il faut la rajeunir, explique Michel Vennetier. Car les arbres sont comme nous : vous prenez un pin d’Alep adulte; même s’il peut s’adapter à la sécheresse, il a grandi dans d’autres conditions et risque de mourir. Comme l’être humain : si vous envoyez un Esquimau au sahel, il peut y passer. Son enfant, lui, a plus de chances de s’adapter. » Pour l’ingénieur agronome, il faut donc absolument accompagner les forêts dans ce changement pour éviter des disparitions massives. 
Même constat pour Gabrielle Martin, chercheuse au Muséum national d’histoire naturelle. Grâce au progamme de sciences participatives Vigie-Nature, elle a pu récupérer des données sur l’état de la flore française dans tous les milieux (forêt, prairie, champ…). Elle remarque : « C’est en montagne que l’on observe la réponse la plus forte de la flore au changement. En plaine, c’est différent, les espèces ont plus de distance à parcourir pour s’adapter et sont plus tolérantes au stress thermique. La flore forestière remonte, et les espèces qui les accompagnent avec.« 
Jusqu’à un certain point. Ainsi, l’apollon, beau papillon aimant batifoler à la fraîche à plus de 1 000 mètres, a pratiquement disparu d’Auvergne. Il fait désormais trop chaud sur les hauteurs des volcans… En plaine, les adaptations commencent à émerger aussi. des espèces tolérantes au choc thermique, comme l’avoine pubescente ou le brome de Madrid, prolifèrent gaiement tandis que l’anémone hépatique décline en France. Comme son collègue, la chercheuse Gabrielle Martin reste prudente sur les conséquences à long terme : « On ne sait pas si les espèces répondront assez vite au changement. Ce qui est sûr, c’est que tout est en train de changer. Y aura-t-il un déclin généralisé ou s’adapteront-telles ? Aujourd’hui, on ne le sait pas. » On ne tardera pas à le savoir. 
Poissons, papillons et oiseaux ; direction, le Nord
Les animaux aussi développent des stratégies d’adaptation. Ainsi, la sardine et l’anchois, jadis très rares en mer du Nord, s’avèrent abondants dans ces eaux européennes devenues plus chaudes. Les papillons, on l’a vu, n’hésitent pas à migrer. Le robert-le-diable, espèce emblématique de l’Angleterre, s’est désormais exilé en Écosse ! Les espèces méridionales de Chauves-souris se portent mieux que prévu grâce à une forte migration vers le nord. Certaines espèces opportunistes, comme les goélands, migrent carrément en ville pour nidifier – trop de présence humaine au bord des plages. Ce qui n’est pas sans ennuyer certains qui les trouvent trop bruyants ! Les humains sont vraiment les pires voisins du monde.

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