Le plus long mur du monde se trouve au Bangladesh

Le Vif.be – 08/11/2019 – Marie Gathon –
À l’occasion des 30 ans de la chute du mur de Berlin, beaucoup de médias parlent des murs, encore plus nombreux aujourd’hui, qui servent à séparer les peuples. Un mur, le plus long de tous, est pratiquement inconnu en Occident. Il s’agit du mur séparant l’Inde du Bangladesh.
Ces dernières années, le Bangladesh a été mis à la Une, notamment pour le drame du Rana Plaza à Dacca qui a coûté la vie à 1127 personnes et mis en lumière la précarité des travailleurs du textile dans ce pays qui est l’un des plus pauvres de la planète. « Le Bangladesh n’est pas un vieux pays pauvre, c’est un nouveau pays pauvre », affirme, sur Arte, Runa Khan, une entrepreneuse sociale bangladaise, fondatrice de l’association Friendship qui vient en aide aux personnes les plus précarisées et isolées du pays.
Un pays enclavé
Le Bangladesh est un pays musulman enclavé dans l’Inde. Il possède une petite frontière avec la Birmanie au sud. Dans les années cinquante, il a été soumis à l’autorité pakistanaise au moment de la partition des Indes en raison de leur religion commune. Mais l’éloignement entre les deux régions (1600 km) rendra la gouvernance compliquée. En 1971, le Bangladesh obtient son indépendance vis-à-vis du Pakistan, au prix d’une guerre qui fera 3 millions de morts et 10 millions de réfugiés. S’en est suivie une grande instabilité politique dans le pays.
En outre, avec ses 160 millions d’habitants (1237 personnes par kilomètre carré), le Bangladesh est l’un des pays les plus densément peuplés du monde. Sa population a ainsi triplé entre 1960 et 2000.
© Reuters
Une terre fertile
C’est aussi le pays « aux mille rivières ». Il possède les plus gros delta du monde où trois fleuves majeurs viennent se jeter (le Gange, le Brahmapoutre et le Meghna), 62 % du pays est constamment sous eaux. « C’est un pays de défis », atteste Runa Khan. « Lorsque sa population ne représentait qu’un dixième de ce qu’elle est actuellement, c’était une des terres les plus riches des Indes ». L’abondance en eau en fait, en effet, une terre très fertile. Mais cela ne suffit pas lorsque la densité de population est trop forte pour nourrir tout le monde. Le plus gros problème du Bangladesh est donc sa démographie.
Un mur-frontière
Entre 1993 et 2013, l’Inde a construit un mur-frontière de briques (ou d’une double clôture de barbelés) de près de 3.200 kilomètres de long autour du Bangladesh. New Delhi a justifié sa construction, légale au regard du droit international, par la lutte contre l’infiltration terroriste, l’immigration clandestine et la contrebande.
Cet ouvrage a conduit à l’abandon, dans un no man’s land, de quelque 100.000 personnes, coupées de tous services publics. La construction du mur a coûté 4 milliards de dollars, selon le photographe belge, Gaël Turin, qui est un des rares à s’être rendu sur place. « Deux cent vingt mille hommes sont employés par la Border Security Force et entre 60 000 et 80 000 soldats sont postés en permanence à la frontière. Malgré le coût faramineux des équipements et de l’entretien de cette armée, la population indienne, influencée par la propagande de la presse en phase avec le gouvernement et les vidéos publiées sur Internet, est plus que jamais convaincue de l’intérêt de cette séparation », expliquait-il à Libération en 2015.
Chaque jour, des milliers de Bangladais tentent de le passer, pour des raisons économiques, familiales ou religieuses. Des dizaines d’entre eux périssent chaque année sous les balles des troupes de l’India’s Border Security Forces (BSF), selon Libération.
© Reuters
Ce mur est considéré comme légal, car il est situé sur le territoire indien, à 150 mètres de la frontière avec le Bangladesh. « On peut imaginer que c’est sous la pression de Delhi que Dacca évite d’attirer l’attention, et même couvre les exactions commises à la frontière », argumente Gaël Turin pour expliquer le silence du Bangladesh qui reste très dépendant de son immense voisin.
Pris en étaux entre un mur et la montée des eaux
Le pays est confronté à un autre problème de taille : les conséquences du réchauffement climatique. Pris en étaux entre la fonte des neiges de l’Himalaya au nord et la montée des eaux de l’océan indien au sud, les Bangladais sont véritablement submergés par l’eau, comme le relate Yann Arthus-Bertrand dans son film sur le pays.

Les inondations sont de plus en plus courantes et les gens sont obligés de quitter leurs habitations et leurs terres. L’eau salée s’infiltre dans les sols et détruit les terres agricoles. Les cyclones sont devenus imprévisibles. On estime que plus de 8000 personnes meurent chaque année dans le pays à cause d’évènements climatiques extrêmes. Ce qui est plus que dans n’importe quel autre pays du monde.
© Reuters
D’ici 2050, à cause du réchauffement climatique et de la montée des eaux, le pays pourrait perdre 17% de son territoire. Entre 20 et 40 millions de personnes se retrouveraient alors sans terre. Ils seraient alors obligés de migrer dans des zones où la densité de population est déjà extrême.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans International, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.