Les inspecteurs des fraudes ne sont pas dans leur assiette

Le Canard enchaîné – 06/11/2019 – Conflit de Canard –
Les agents de la Répression des fraudes,chargés notamment de veiller sur la sécurité de notre assiette, vont bientôt savoir à quelle sauce ils vont être mangés. Depuis la mi-avril, trois inspections générales, celles des finances, des affaires sociales et de l’intérieur, planchent sur une réorganisation des contrôles sanitaires.
Le rapport visant à tirer des leçons de l’affaire Lactalis (lait infantile contaminé) aurait dû être déposé il y a un mois déjà sur le bureau des ministres. Mais l’objectif affiché de remettre à plat les contrôles pour améliorer la sécurité du consommateur s’est transformé en lutte de pouvoir entre la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui dépende de Bercy, et la Direction générale de l’alimentation (DGAL) pilotée par le ministère de l’Agriculture. Chacun défendant bec et ongles son pré carré. 
Prenez le contrôle du lait : la DGAL le surveille lorsqu’il est sous forme liquide, la DGCCRF quand il est en poudre. Ce qui explique en partie pourquoi les services de l’État chargés des contrôles dans le dossier Lactalis se sont noyés dans un verre de lait.  Pour bien compliquer les choses, le gouvernement Fillon a mis sur pied en 2009 une machine de contrôles d’une complexité unique au mode. Cocorico ! Depuis cette date, en effet, au niveau des départements, les Fraudes, les services vétérinaires et les inspecteurs de la Jeunesse et des Sports sont tous mélangés dans un même bouzin à l’acronyme imprononçable : DDCSPP, pour « Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations » Résultat, les agents départementaux des Fraudes, même s’ils restent payés par Bercy, ne dépendent plus de la DGCCRF mais des préfets, tandis que leurs collègues vétos, rémunérés par le ministère de l’Agriculture, relèvent toujours, eux, de la DGAL, via un échelon régional, le SRAL… Comprenne qui pourra.
Pour couronner le tout, les effectifs fondent comme motte de beurre au soleil. Ces dix dernières années, le nombre de contrôleurs s’est affaissé de 11 % à DGAL et de 20 % à la DGCCRF. Avec à la clé une dégringolade de 24 % des contrôles alimentaires réalisés par l’État. 
Qu’à cela ne tienne, dans son projet de finances pour 2020, actuellement en discussion au Parlement, le gouvernement prévoit de supprimer 213 emplois à la DGAL et 274 à la DSCCRF… Bon appétit !

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