EDF et le gouvernement Philippe s’enfoncent dans l’EPR

La Décroissance – 25/11/2019 – La chronique antinucléaire de Stéphane Lhomme –
Depuis neuf ans que cette chronique existe, La Décroissance a détaillé le désastre industriel du nucléaire en général, et de l’EPR en particulier. Le Chantier du réacteur en construction à Flamanville a déjà vu son coût plus que quadrupler, et accuse au moins dix ans de retard. Loin de vouloir freiner le fiasco, EDF et le gouvernement d’Édouard Philippe (Ex-Areva) envisagent d’en construire six autres. Pas moins.
Le nucléaire français et son « fleuron », le fameux réacteur catastrophique EPR, ne cessent de repousser les limites de l’incompétence et du ridicule. Entre-temps, nous avons enfin appris quelles seraient les conséquences d’une des plus lourdes malfaçons détectées, à savoir les fameuses huit soudures défectueuses et terriblement difficiles à réparer car situées entre les deux enceintes de confinement : 3 ans de de retard de plus et 1,5 milliard d’euros supplémentaires.
A ce jour, EDF ose avancer une mise en service « fin 2022 », au lieu de 2012, pour un coût final de 12,4 milliards au lieu de 2,8 (*). Mais on peut sans risque prédire que le retard sera encore plus grand et le surcoût encore plus lourd : d’abord parce que c’est toujours comme ça avec EDF ensuite parce que les réparations à effectuer sont tellement complexes qu’il est possible que le réacteur soit endommagé au passage, ce qui entraînerait de nouveaux retards et surcoûts, et enfin parce que, après avoir été ridiculisé pendant des années par EDF, l’Autorité de sureté du nucléaire finit par se rebeller et pourrait remettre en cause les options de « réparation » choisies par EDF, en particulier le recours à des robots, sensés aller réparer tout seuls lesdites soudures. A suivre.
Mais le plus croustillant dans cette affaire et que, loin de raser les murs et de mourir de honte, les dirigeants d’EDF et le pouvoir politique ont au contraire fait fuiter début octobre l’info – méthode bien connue pour  « préparer l’opinion » – selon laquelle EDF allait se lancer dans la construction de… six EPR ! Un choix qui ne prend pas en compte les alternatives écologiques,, ignore le risque financier et les règles de la démocratie.
La fuite en avant…
Bigre, ces minables sont incapables d’en fabriquer un seul et voilà qu’ils veulent en faire une demi-douzaine ! Leur stratégie se résume donc ainsi : « Plus nous sommes nuls, plus nous nous entêtons. » Pourtant, terriblement endettée, EDF n’a absolument pas le premier euro pour se payer ces réacteurs – a supposer qu’ils puissent être construits. Mais, sous Macron, encore plus que sous ses prédécesseurs, les citoyens de France sont rabaissés au rang de pauvres gens seulement bons à payer et se taire : on ne peut donc prévoir que, si personne ne parvient à stopper Jupiter et ses séides, il va falloir débourser des dizaines, des vingtaines, des cinquantaines et peut-être même des centaines de milliards d’euros, gaspillés, détruits, irradiés.
Premier ministre atomique
Pourtant, des gens lucides ont dénoncé l’EPR avant même qu’il ne soit mis en chantier, et ont continué des années durant, annonçant les pires déconvenues. Par exemple, en décembre 2007, votre serviteur et ses amis ont « accueilli » Anne Lauvergeon, alors présidente d’Areva et grande prêtresse de l’atome, qui venait d’animer une soirée de propagande radioactive à l’invitation du maire de Bordeaux Alain Juppé. Immortalisée par un photographe du quotidien Sud-Ouest, la scène ne manque pas de piquant. Mais à priori, un « détail » saute aux yeux : derrière Atomic Anne, un jeune cadre atomiste – 37 ans à l’époque – fixe l’objectif et, de fait, le lecteur. Qui est donc ce mystérieux individu au regard à la fois inquiétant et narquois ? 
Mais non, vous ne vous trompez pas, c’est bien Édouard Philippe quoi vous fixe « les yeux dans les yeux » avec autant d’aplomb que Jérôme Cahuzac… peu de temps avant sa chute. Mais celui-là n’est pas encore tombé et pourtant il y a urgence à l’y aider : en effet, autrefois sbire de Lauvergeon, le bonhomme est aujourd’hui à la barre, car c’est en tant que Premier ministre qu’il poursuit ses basse manœuvres commerciales commencées à l’époque d’Areva. 
Personne n’a pu trouver la moindre trace de ses activités d’alors, mais il n’était pas grassement rémunéré (avec notre argent) à se tourner les pouces. des activistes vont jusqu’à imaginer qu’il serait largement mouillé dans divers dossiers sombres, comme le pillage de l’uranium du Niger ou l’affaire de corruption Uramin — environ 10 milliards d’euros évanouis – pour lesquels sa patronne est mise en examen. 
Si le mystère règne encore sur ces manœuvres de l’époque, il est désormais levé sur celles d’aujourd’hui : le bonhomme demande à EDF de se préparer à fabriquer 6 EPR. Est-il simplement « fidèle » à cette industrie ou tenu par elle ? Pure spéculation, certes, mais il ne serait pas étonnant que le lobby du nucléaire lui ait laissé entendre qu’il serait bien inspiré de relacer le nucléaire et EDF… sous peine de voir fuite des infos sur ses troubles années lauvergeonnesques. Dans le nucléaire, c’est bien connu, les fuites peuvent être mortelles…
(*) Les « grands » médias parlent toujours d’un coût prévu au départ de 3,3 milliards, mais l’Observatoire du nucléaire (ou officie votre serviteur) a exhumé un document d’EDF affichant 2,8 milliards. Il est vrai que le surcoût est tel qu’on ne va pas chipoter pour 500 petits millions…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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