Les milliards du plan hôpital fondent déjà comme neige au soleil

Le Canard enchaîné 27/11/2019 – Isabelle Barré –
L’effort triomphalement annoncé par le gouvernement se limitera à 292 millions en 2020.
Des milliards plein la vue ! En présentant son plan d’urgence pour les hostos, le 20 novembre, Édouard Philippe a fait valser les chiffres spectaculaires. Mais le Collectif inter-hôpitaux (CIH) a qualifié de « miettes » les cadeaux du gouvernement. Ingrats !
Le budget de l’hôpital augmentera de « 1,5 milliard sur trois ans » a annoncé le Premier ministre. Sauf que l’essentiel de la rallonge sera versé en 2022… Vous avez dit « urgence » ? Pour 2020, l’effort atteindra royalement 300 millions d’euros. « Une goutte d’eau ! Le budget des hôpitaux, c’est 84 milliards, vous voyez le ratio ! » dénonce Anne Gervais, porte-parole du CIH.
Surprise du chef : au lendemain de ses annonces, le gouvernement a fait voter à l’Assemblée un amendement au budget de la Sécu ne prévoyant finalement que… 200 millions de rab pour les hostos ! Les 100 millions restants iront, en réalité aux Ehpad. Ils en ont certes besoin mais c’est une première entourloupe. 
Médecins à bloc
Deuxième chiffre époustouflant : l’État reprendra 10 milliards de dette des hôpitaux en trois ans (soit 3,3 milliard l’an prochain). « Comme si l’hôpital était un pays sous-développé qu’il fallait aider, commente l’économiste Brigitte Dormont titulaire de la  chaire santé à l’université Paris-Dauphine. En réalité, cette dette [de 30 milliards au total] a été crée par l’insuffisance des moyens attribués aux hôpitaux  ces dernières années« . Chaque année, les hôpitaux claquent 840 millions pour rembourser les intérêts de cette gigantesque ardoise. Combien économiseront-ils, en 2020, en refilant une partie du fardeau à l’État ? « A peu près 92 millions« , estime la Fédération hospitalière de France, qui a salué ce bon d’air. Coup de pouce total pour l’an prochain : 292 millions. Moins chic et choc que des milliards…
Les infirmières et autres aides-soignants auront ainsi droit, eux, à des primes mirifiques : de 25 à 66 euros par mois – et encore, pas pour tout le monde ! « C’est insultant et ça ne retiendra pas le personnel, avertit la porte-parole du CIH. Il aurait fallu 1,6 milliard en 2020 pour commencer à revaloriser le salaire des infirmières, des aides-soignants, des manipulateurs radio, etc… et arrêter leur fuite [vers le secteur libéral] ». En raison de cette fuite, des blocs opératoires ne peuvent déjà plus tourner, des scanners restent à l’arrêt, des opérations et des soins sont (trop) retardés.
Le plus farce, si l’on peut dire, c’est que les hôpitaux seront toujours tenus de réaliser 800 millions d’économies en 2020… comme avant le plan d’urgence ! « Certes, il y a des recettes nouvelles, mais c’est pour financer des mesures nouvelles », explique la Fédération hospitalière au « Canard ». Moralité : comme les années précédentes, des suppressions de postes sont à prévoir. C’est ce qui s’appelle « entendre la colère des soignants« , comme dirait Édouard Philippe…

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