Les dauphins sévèrement chalutés

Le Canard enchaîné – 27/11/2019 – Professeur Canardeau –
© Pascal Xiclina/ Min.Agri.Fr
L’hiver arrive, et avec lui les échouages de dauphins. Au Mont-Saint-Michel, un grand dauphin a été retrouvé mort le 16 novembre. Ce n’est qu’un début : l’hiver dernier, 1 200 dauphins communs ont échoué sur la côte atlantique, surtout en Vendée et en Charente-Maritime. Pourquoi cette hécatombe ? Dans neuf cas sur dix, à cause d’un « accident de pêche » : le dauphin se retrouve pris dans un chalut ou dans des filets dérivants, et rejeté à la mer par les pêcheurs. Car, de janvier à avril, les dauphins sont particulièrement nombreux dans le golfe de Gascogne. 
Face à l’émotion publique, notamment celle des enfants d’une école primaire de Mios (Gironde), qui ont lancé une pétition et recueilli 35 000 signatures en faveur des dauphins, l’ex-ministre de l’Environnement, François de Rugy avait annoncé, le 22 mars, un « grand plan national ». Lequel devrait bientôt être dévoilé par le gouvernement.
Un chalutier-senneur dans le port des Sables-d’Olonne
Cinq cent mètres d’envergure !
Mais comme toujours, « en même temps« , le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation s’apprête a sortir un arrêté qui devrait autoriser la pêche au chalut sur le plateau de Rochebonne pendant deux mois, du 1er décembre 2019 au 31 janvier 2020. Située au large de l’île de Ré (Charente-Maritime), cette zone Natura 2000 de 97 km2 est riche en bars, mais aussi en dauphins communs et autres marsouins, lesquels y trouvent la même nourriture (petits poissons, maquereaux, seiches).
Contactée par « Le Canard », la direction interrégionale de la mer Sud-Atlantique indique que cet arrêté est pris en vertu des accords Pellerin de 1976, qui autorisent la pêche à cet endroit une année sur deux, en alternance avec une autre zone au large de l’île d’Yeu. Elle se veut rassurante : tous les chaluts seront équipés d’un dispositif sonore pinger. Deux petits boîtiers sont fixés à chaque extrémité du chalut et balancent des basses fréquences (50 hertz) à 145 décibels. Inaudible par les poissons, ce vacarme fait fuir les dauphins.
« Le pinger a ses limites » note Sophie Mjati, de France Nature Environnement. S’il permet d’éloigner les dauphins de plusieurs centaines de mètres, il ne les empêche pas tous d’entrer dans les chaluts, dont certains ont plus de 500 mètres d’envergure« . Une fois pris dans le chalut, le dauphin panique et meurt. Et, sur les 18 mesures du futur plan, une seule vise à « réduire significativement les captures accidentelles » et préconise l’utilisation du pinger. Les dauphins n’ont pas fini de flipper !
Le plateau de Rochebonne
Qu’est ce qu’un pinger ?
Le pinger est un dispositif de dissuasion acoustique visant à réduire les captures accidentelles de cétacés (marsouins et dauphins principalement). Il émet des impulsions sonores suffisamment puissantes pour repousser les cétacés et autres mammifères marins des chaluts pélagiques. Le signal émis est inaudible par les poissons et n’a pas d’influence sur la pêche. Certains dispositifs, d’une portée de 2 km, permettent d’espacer les pingers sur les filets. Ils réduisent ainsi le coût de la mesure tout en garantissant un effet identique sur les captures accidentelles de mammifères marins.
Afin de mesurer l’impact des pingers, la durée de validité d’une autorisation d’utilisation de dispositif acoustique ne peut dépasser deux ans et doit faire l’objet d’un suivi scientifique quant à l’effet sur les captures accidentelles de cétacés.
De plus, conformément à l’article 4 du règlement (CE) n°812/2004, les États membres mettent en œuvre et conçoivent des programmes qui permettent de surveiller les captures accidentelles de cétacés grâce à la présence d’observateurs à bord des navires.

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