Quand le soleil nous remet à la bonne heure

L’âge de faire – décembre 2019 – Nicole Gellot –
Nous sommes fait-es pour vivre à l’heure la plus proche de celle du soleil. Ce point de vue développé par les chronobiologistes sera-t-il pris en compte lorsqu’il s’agira de choisir entre l’heure d’hiver et l’heure d’été ? La question reste posée.
Changement d’heure à Dresde (Allemagne), le 22 mars 2018.Changement d’heure à Dresde (Allemagne), le 22 mars 2018. DPA / Photononstop –
La lumière remet notre pendule à l’heure
« Notre horloge biologique se cale sur la lumière du matin. Donc on recommande de s’exposer à la lumière au moins une demi-heure entre 8h30 et 9 heures pour dire à l’horloge biologique, voilà, c’est la journée, il faut être réveillé, explique Joëlle Adrien, neurobiologiste, directrice de recherche à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Et si on fait ça tous les jours, l’horloge biologique va être bien synchronisée. c’est très important pour avoir un bon sommeil et une bonne santé« . La neurobiologiste recommande même de marcher sur le chemin de l’école et du travail, et précise que par temps gris, « il y a 10 000 lux (1) dehors, alors que dans une maison, même avec de grandes baies vitrées, il y a 500 lux au maximum« .  
Mais pourquoi se synchroniser chaque matin ? Notre métabolisme, comme celui de tous les êtres vivants, repose sur notre horloge interne qui fonctionne sur un rythme d’environ 24 heures que l’on appelle circadien (circa : autour et diem : jour). Chez l’humain, l’horloge interne possède son propre rythme estimé en moyenne à 24h10. Ainsi, si notre horloge interne n’était pas « remise à l »heure » sur un rythme de 24 heures, nous nous décalerions tous les jours un peu plus. La synchronisation s’opère principalement par la lumière. L’activité physique et la température extérieure le font aussi, mais de façon moindre.
La lumière est captée au niveau de la rétine par des cellules sensibles au bleu (fréquence de la lumière très présente le matin) qui transmettent un signal à l’horloge interne (située dans le cerveau), qui peut alors synchroniser le cycle sur 24 heures. Presque toutes les fonctions de notre organisme y sont soumises : le système veille-sommeil, la pression artérielle, la température du corps, la production d’hormones, la fréquence cardiaque, les capacités cognitives, l’humeur, la mémoire… 
L’importance de la lumière du jour ne doit pas faire oublier que la nuit est tout aussi nécessaire pour régler l’horloge interne et réguler le sommeil. En effet, « si on s’expose trop à la lumière en fin de journée, non seulement si les journées durent très tard » mais également si on s’expose « à la lumière des écrans, des smartphones, des ordinateurs…, ça trompe l’horloge biologique, ça lui fait croire que c’est le début de la journée, et on a du mal à s’endormir. Si on y arrive, le sommeil va être de mauvaise qualité donc moins récupérateur« , explique Joëlle Adrien.
Dans la perspective de la fin du changement d’heure saisonnier à compter de 2021, votée par le Parlement européen le 26 mars dernier, trois chronobiologistes ont signé une tribune dans Le Monde (2). Ils se prononcent pour l’adoption toute l’année de l’heure d’hiver , « mieux adaptée aux rythmes biologiques des individus. En effet, pour une majorité de la population, l’heure standard favorisera un meilleur sommeil, une meilleure santé physique et mentale et de meilleures performances physiques et intellectuelles… A l’inverse, l’heure d’été constante pourrait accentuer les troubles observés lors du passage à l’heure d’été et augmenter la prévalence des troubles du sommeil, de dépression, d’obésité, de diabète et de cancers, dans une proportion importante de la population« .
Une consultation peu représentative
Lors d’une consultation en ligne, sans valeur contraignante, lancée par la commission européenne, 59 % des Français-es se sont prononcés entre le 4 février et le 3 mars pour l’heure d’été toute l’année. « Cette consultation n’est pas du tout représentative, estime Lætitia Moreau-Gabarain, présidente de l’association ACHED (Association contre l’heure d’été) Elle est outrageante, car des personnes se sont vantées d’avoir répondu dix ou cinquante fois, dans un sens ou dans l’autre. Il n’y a pas eu de publicité sur cette consultation et les résultats étaient données en cours de route. »
La présidente de l’association fait valoir les nombreuses études et contributions produites depuis 1976. Elle estime qu’on a suffisamment d’éléments, et depuis longtemps, pour prendre les bonnes décisions : « Déjà en 1999, le Sénat s’était prononcé pour l’arrêt de l’heure d’été double et le maintien de l’heure d’hiver toute l’année (3). C’est resté lettre morte. » Une recommandation de Parlement européen (4), la même année, conseillait l’abandon de l’heure d’été pour des raisons environnementales et sanitaires liées à la rupture des rythmes biologiques.
L’heure d’été imposée par décret a débuté sous des auspices bien peu démocratiques . Il reste à savoir, quand il s’agira d’y mettre fin, quelle prise en compte de l’intérêt général sera mis en œuvre et quelle oreille sera prêtée aux professionnels de santé.
(1) Unité de mesure de l’éclairement lumineux. 
(2) «L’heure d’hiver est mieux adaptée aux horloges biologiques des individus» – Le Monde.fr du 26/10/2019. Les signataires : Etienne Challet (CNRS), Claude Gronfer (Iserm), Martine Migaud (INRA), Valérie Simonneaux (CNRS), directeurs de recherche et membres de la Société francophone de Chronobiologie.
(3) Rapport du Sénat n°13. 1999. 
(4) Recommandation 1432.1999

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