La 5G : en plein dans la tronche

Charlie Hebdo – 11/12/2019 – Fabrice Nicolino –
Tu t’en fous, mais t’as tort. La 5G est vraiment une rupture. un rupture mentale et technologique, après bien d’autres, mais celle-là, crois-moi, tu vas la sentir.  personne ne sera plus jamais à l’abri, où que ce soit. où que ce soit sur terre, que tu sois un chien, une cétoine dorée, un Ginkbo Biloba, un brin d’herbe ou un humain, tu recevras les radiofréquences de la 5G. A des niveaux compris entre des dizaines et des centaines de fois ce que tu prends dans les narines aujourd’hui. 
Or, des gens crient dans le vide sidéral depuis plusieurs années déjà. Au moment où j’écris à toi, l’éternel sacrifié du si beau « progrès », un texte foudroyant, signé par des milliers de scientifiques, des milliers de citoyens, des centaines d’ONG de 204 pays au total, réclame  » l’arrêt du déploiement de la 5G sur Terre et dans l’espace » (1).
Dans les années 1980, le prodige commence avec la 2G -deuxième génération -, commercialisée pour la première fois en 1991, une technologie qui transforme les « vieilles » communications téléphoniques en un cryptage numérique transporté par des ondes électromagnétiques. Rapidement, il va falloir installer des antennes partout, car tout le monde – pas moi – veut téléphoner de partout. Et bientôt, envoyer des SMS, cette joie du cœur. Trafic possible de 9,05 kbit à la seconde. En 2001 déjà, il y a 35 millions d’abonnements pour mobiles, contre 34 millions pour les fixes, ces ringards.
La 3G ? Génial. Apparu en 2000, le système permet de voir enfin des vidéo sur l’écran, et la tronche de celui ou celle que vous appelez. 1,9 Mbit par seconde, soit 210 fois plus que la 2G. En France, des fréquences sont accordées pour la 4G en 2011, puis en 2015. les gagnants, ces doux héros, sont Free (proprio de journaux), Bouygues (proprio d ejournaux télévisés) et Orange (installé dans le business télé). Le croiras-tu ? plus tu as de journaux, plus tu as fréquences et de relais.
Enfin arrive dans sa splendeur la 5G. Le gouvernement, peut-être un poil à la botte, est entrain d’attribuer dans la discrétion des fréquences, de manière que les offres commerciales soient disponibles dès 2020. Comptez plusieurs gigabits – certains disent 20 – par seconde, soit plusieurs centaines de milliers de fois que cette pouilleuse 2G. Qui pousse avec autant d’ardeur au crime ? L’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), qui affirme sans trop rire, apparemment, que la 5G est fantastique « parce qu’elle représente un enjeu majeur de compétitivité pour notre industrie, nos infrastructures et nos territoires« . 
N’aurions-nous pas entendu ce cri du cœur un certain nombre de fois ?  voyons, réfléchissons. Les autoroutes peut-être ? La bagnole ? L’élevage concentrationnaire ? Mais n’oublions surtout pas le nucléaire, et d’autant que le collège qui dirige l’Arcep, outre qu’il compte des obligés de politiciens comme Hollande ou Larcher, abrite un bon nombre d’ingénieurs des Mines. Et c’est à eux que l’on doit les grandioses naufrages d’Areva ou de Superphénix. Je n’ai pas le temps de rire à gorge déployée de gens comme Pierre Guillaumat (2) – les « avions renifleurs » – André Giraud (3).
Que va-t-on faire de cette « merveille » de la 5G ? Oh, ben plein de choses. Lisez plutôt la propagande de la page Wikipédia, d’ordinaire mieux disposée à la vérité : « Avec ces débits potentiels, la 5G vise à répondre à la demande croissante de données avec l’essor des smartphones et objets communicants, connectés en réseau. Ce type de réseau devrait favoriser le cloud computing, l’intégration, l’interopérabilité d’objets communicants et de smartgrids et autres réseaux dits intelligents, dans un environnement domotisé, contribuant à l’essor du concept de « ville intelligente ».
Ce qui achève de rassurer, c’est que l »Anses, agence publique de Sécurité sanitaire – elle s’est vaillamment illustrée dans l’affaire des pesticides SDHI -, a décidé de s’en occuper. Quand ? Fin 220, quand le commerce et l’industrie auront triomphé.
(1) 5gspaceappeal.org/the-appeal (avec une version en français)
(2) 1909 – 1991 – Ministre délégué auprès du Premier ministre  Chargé de l’Énergie atomique sous la présidence de Charles de Gaulle
(3) 1925 – 1997 – haut fonctionnaire au ministère de l’Industrie et dans les entreprises nationales, notamment des secteurs énergétiques pétroliers et nucléaires. 
20 000 satellites, sans compter les cancers
Donc, un appel de milliers de scientifiques. Je ne prétend nullement avaliser tout ce qui est écrit, car n’étant pas Dieu le Père, je ne sais pas tout, et d’assez loin tout de même. Mais le texte, dans tous les cas est délirant. Il affirme par exemple qu’il faudra des millions de relais terrestres nouveaux, car l’usage d’ondes millimétriques, qui traversent mal la matière solide, impose des antennes très rapprochées. Ainsi que la mobilisation dans l’espace de 20 000 satellites, ces choses qui font de l’azur une décharge sauvage à -expression consacrée – ciel ouvert.
Que fera-t-on de cette énième merveille ? C’est difficile à décrire, mais ce sera géant. Car le but est cette fois de tout connecter : les brosse à dents et les couches du bébé – attention, c’est vrai – les frigos bien sûr, les machines à laver et même les cartons de lait. Tous disposerons de puces et de microantennes, grâce à quoi plus rien n’échappera à notre attention survoltée. Avant, cela va de soi, que rien n’échappe aux surveillants de notre prison domotisée.
Comme je vois que tu ne pense qu’à toi, abordons la seule chose qui t’intéresse, ta santé. Est-ce bon ? L’appel dit que non, ou plutôt détaille la liste, que je ne peux citer entière, des effets sur les organismes. Parmi lesquels l’infertilité, les déficiences cognitives, les lésions de l’ADN, les cancers, les troubles neurologiques, le stress oxydant, l’obésité et les diabète. De leur côté, les arbres et les forêts, les grenouilles, les abeilles, les insectes, les mammifères – dont nous sommes, rappelons-le gentiment – morfleraient également.
Oui, l’appel se plante peut-être. Mais la raison égrotante (qui est malade de façon continue, permanente) qui nous sert d’esprit n’a-telle rien à dire ? Des travaux convaincants – je pense à ecux d’Oreskes et Conway – montrent qu’une stratégie du doute a été imaginée par l’industrie dès les années 50 du siècle passé pour faire passer en force le tabac, l’amiante, les pesticides, les écrans et d’autres jolis cadeaux. Non ?

A propos werdna01

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