L’école aux pieds nus

Charlie Hebdo – 18/12/201*9 – Jacques Littauer –
Le budget de l’Éducation nationale est l’un des plus importants de l’État. En 2020, la France consacrera 72 milliards à l’enseignement scolaire, soit bien plus que les dépenses du ministère de la Guerre (44 milliards). Ce budget est doublement mystérieux. on pourrait pense que si cette dépense est si élevée, c’est parce que nos bambins se prélassent au sein de petites classes, éventuellement « dédoublées », voire en compagnie de seulement 8 ou 10 camarades. C’est loin d’être le cas (1). Chaque professeur, à l’école maternelle, a en face de lui 22 Téo, Alison, Karim Cloé… En Pologne, ils ne sont que 17; en Espagne, 15. Et en Suède, il n’y a que 6 marmots pour chaque prof – bon, si ce sont toutes de Greta, c’est déjà trop !
Les profs, à l’école maternelle ou au primaire, ont en France beaucoup d’enfants, très jeunes, face à eux que leurs collègues d’autres pays, y compris dans des États bien moins riches que le notre. Et comme les écoliers français sont les recordmen du nombre d’heures passées par jour et par an vissés à leur chaise, c’est la double peine pour leurs instits !
Mais alors , les 72 milliards ? Nos profs, relativement moins nombreux, seraient-ils grassement rémunérés ? Non. En France, un enseignant du primaire avec quinze ans d’ancienneté touche, en arrondissant et en moyenne, 2 800 euros brut par mois. En Suède, c’est 3 200 euros, ce qui est déjà nettement mieux. Mais allez chez les Belges : les profs y sont payés 4 000 euros par mois !Mais ce n’est pas fini. un voyage à Dublin ? Le tarif est de 4 600 euros au pays de la Guinness. Les USA vous tentent ? Vous avez raison : 4 900 euros. Mais le paradis se trouve bien sûr chez les Allemands qui culminent à 5 200 euros par mois (2). 
Prenez le temps de mesurer ces écarts délirants, et vous verrez à quel point les profs de France ne sont pas à envier.Ils sont payés une misère pour s’occuper de plus d’enfants. Un très grand merci et une chouette tape sur l’épaule à eux tous…
Car nous sommes le seul pays riche où le salaire des profs a baissé au cours des dernières années. Ah, non, pardon, il y en a un autre : le Royaume-Uni. A l’inverse, les salaires ont augmenté de 20 % en Irlande et en Finlande, pleurez chers collègues, pleurez.
Conséquence évidente : plus personne ne veut enseigner au collège pour 1 600 euros par mois. Cette année encore, le nombre de candidats au concours s’est effondré : – 17 % en maths, – 10 % en physique-chimie, où les bons étudiants décrochent des emplois bien plus rémunérateurs (et où ils ne doivent pas acheter eux-mêmes leur ordi) (3).
Puisqu’il y a moins de candidats et que ce sont lez meilleurs qui s’en vont, je vous laisse deviner ce qui nous attend… Dans de nombreux collèges et lycées enseignent déjà des « profs » qui n’ont ni le Capes ni l’agrégation. Évidemment, les lycéens scolarisés à Louis-le-Grand sont moins concernés que les élèves du collège Jules-Ferry de Mantes-la-Jolie. 
Il y a près de 1 million d’enseignants en France. Il faudrait augmenter les salaires de 500 euros pour retenir les bons candidats. Dans un pays riche comme le notre, ce serait évidemment possible. Mais quand je vois tous ces articles qui discutent du montant de la potentielle augmentation du ministre Blanquer pour faire passer la pilule amère de la retraite à points… Les gars ne savent manifestement pas faire une multiplication. Il y a décidément longtemps que le niveau a baissé.
Lire : « Blanquer est-il le ministre qui a le plus augmenté les enseignants, comme l’affirme Darmanin ? » (LCI 16 décembre 2019)
(1) « Élémentaire et maternelle : des classes très chargées » (centre d’observation de la société, 2 septembre 2019)
(2) « Dans quel pays les enseignants sont-iles le mieux payés ? Pas en France…« , par Laurent Jeanneau (alternatives économiques.fr, 20 janvier 2016).
(3) « Concours enseignants, où sont passés les candidats?« , par Denis Peiron (La Croix, 27 novembre 2019).

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Education, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.