Députés, affirmez-vous !

Ouest-France – 12/02/2020 – Stéphane Vernay –
Emmanuel Macron a reçu ce mardi les députés de sa majorité. L’occasion de dissiper les malentendus de ces dernières semaines.
La majorité compte 300 députés En marche.La majorité compte 300 députés En marche. | CHRISTOPHE ARCHAMBAULT /
Emmanuel Macron reçoit les députés marcheurs à l’Élysée ce mardi. Pour dissiper tout malentendu. Ce n’est pas à eux qu’il pensait lorsqu’il a invité le gouvernement à faire preuve d’humanité après le rejet de la proposition de loi sur le congé pour deuil d’enfant. Non, il n’a pas voulu dire qu’ils n’avaient pas de cœur. Oui, il les estime. Et il a besoin d’eux.
L’affaire met en lumière les cuisines de l’Assemblée. Avant leur examen en commission ou en séance publique, les propositions de loi sont étudiées en réunion interministérielle. Les représentants de sept ministères différents ont participé à celle qui a décidé d’écarter le texte de l’UDI et donné consigne aux députés de la majorité de la rejeter. Ils l’ont fait sans se poser de questions. Défendu l’indéfendable. Jusqu’à l’absurde.
« Cabinet noir »
Cette façon de procéder n’a pas été inventée par La République en marche, mais elle est très ancien monde, en contradiction avec les prétentions initiales des marcheurs. À la sortie du grand débat, ils assuraient pourtant avoir compris. Les élus de la majorité s’étaient montrés probablement trop subtils, trop intelligents, trop techniques, comme l’expliquait – sans rire – leur patron, Gilles Legendre, en décembre 2018 sur Public Sénat. Avec l’Acte II du quinquennat, tout allait changer. Nouvelles méthodes. Écoute. Respect. Concertation. Considération.
Raté. Le tollé en cours conforte au contraire la thèse d’un groupe de parlementaires soumis au président de la République. Entre Emmanuel Macron et les députés, il y a une sorte de cabinet noir d’une vingtaine de personnes non élues, des technocrates qui décident de tout et leur disent quoi voter affirme François-Michel Lambert dans un sujet diffusé au 20 h de France 2, samedi. Député des Bouches-du-Rhône, il a quitté LREM l’an dernier.
D’autres sont en plein doute. Les mots d’Emmanuel Macron n’ont pas bousculé les membres des cabinets ministériels qu’il visait, mais ses fidèles. Loyaux, ils se sentent injustement lâchés, et ce, au plus mauvais moment. Menacés, injuriés, voire molestés sur le terrain lorsqu’ils font campagne, beaucoup ont le sentiment que le degré de détestation – et de violence – à leur égard dépasse le pic atteint au plus fort de la crise des gilets jaunes. Sans parler de l’image donnée par l’examen de la réforme des retraites, quand l’obstruction orchestrée par la France insoumise conduit certains députés de la majorité à perdre leur sang-froid sous l’œil des caméras.
La crise – car c’en est une – ne coûtera pas la majorité absolue à La République en marche à l’Assemblée. Elle y est de 289 sièges quand le groupe LREM en détient encore 300, contre 314 en début de législature. On est loin de l’hémorragie prophétisée par certains, mais le malaise qui se joue à l’intérieur de la Macronie est réel. D’où l’opération rabibochage de ce jour, visant à rétablir la confiance entre le Président et ses marcheurs.
C’est bien. Mais peut-être serait-il grand temps de penser à rétablir aussi la confiance entre les citoyens et leurs représentants élus. Que nos députés s’affranchissent de toute tutelle. Qu’ils s’affirment en discutant les lois sur la base de l’intérêt général et de leurs convictions, et non de consignes. Ils n’ont plus l’excuse de l’inexpérience. Et nous avons besoin de continuer à espérer en la démocratie…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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