Fessenheim : l’ogre nucléaire en veux toujours plus

Charlie Hebdo – 26/02/2020 – Natacha Devanda –
C’était le suspense du dernier Week-end. Alors que l’arrêt du premier réacteur de la centrale de Fessenheim était prévu pour le samedi 22 février à 2h30 du matin, les salariés d’EDF menaçaient de désobéir et de pas appliquer les procédures d’arrêt. Un coup de gueule qui a immédiatement fait pschitt ! Et, malgré les pleurs du maire, des habitants et des salariés d’EDF, le débranchement du réacteur a bien eu lieu.
Pour autant, on n’en a pas fini avec le nucléaire. Non seulement, il fait courir des risques majeurs, mais on y met aussi « un pognon de dingue ». Et ça n’est qu’un début. 
Mise en service en 1977, la centrale alsacienne aura survécu à six présidents de la république et, rien qu’entre 2013 et 2018, connu 1 044 jours d' »indisponibilités fortuites ou planifiées », selon la terminologie d’EDF. Soit près de trois ans sur cinq. Un arrêt de maladie qu’on pourrait presque appeler de complaisance, tant cette industrie est la chouchoute de l’État français.
Cette vieille bouilloire multipliait les accidents et les pannes. En 2015, par exemple, une fuite officiellement considérée comme un simple « défaut d’étanchéité » avait suscité la panique dans la centrale. « Une rupture de tuyauterie avait décleché une fuite de 100 m3 d’eau, provoquant des courts-circuits sur les équipements électriques et fait dangereusement baisser le niveau du réservoir destiné au refroidissement du réacteur, imposant son arrêt en urgence« , explique le Réseau Sortir du nucléaire. Il avait alors saisi la justice, et gagné en cassation. 
On n’ donc pas fini de parler de Fessenheim. D’abord parce qu’il faudra sans doute attendre entre dix et quinze ans pour parvenir au démantèlement total de la centrale. Ensuite parce que la note risque d’être très salée. EDF réclame quelque 400 millions d’euros d’indemnités pour faire face à ce démantèlement. Un comble. « Depuis 2012, sous la présidence Hollande, on savait que la centrale allait fermer. EDF aurait dû provisionner ces dépenses. Ce n’est pas aux contribuables de payer le démantèlement des réacteurs« , explique Charlotte Mijeon, du Réseau Sortir du nucléaire. Ce dernier, associé à de nombreuses autres associations, porte d’ailleurs l’affaire devant la Commission européenne.
Finalement, pour EDF, même à l’arrêt, une centrale est une manne. Mais pour les contribuables, c’est une plaie.

A propos werdna01

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