Des paroles aux actes : que mangera-t-on demain ?

Foodwatch France – 12/06/2020 –
   Bonjour,
J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.
On alertait début mai sur la pression des lobbies des pesticides et de l’agroalimentaire, en pleine crise du Covid-19, pour protéger leur business. Une de leurs priorités était d’obtenir le report de la nouvelle stratégie alimentaire européenne : De la ferme à la fourchette (farm to fork). Pour gagner du temps et avoir le champ libre.
Bonne nouvelle : ils n’ont pas réussi à retarder ce plan, qui fait partie de la nouvelle stratégie européenne dite « Accord vert » (Green deal). Publiée le 20 mai, elle promet, sur le papier, quelques avancées pour lesquelles on se bat avec vous depuis longtemps : lutter contre l’épidémie d’obésité, réduire la dépendance aux pesticides et aux antibiotiques, améliorer le bien-être animal, lutter contre la perte de biodiversité…
Mauvaise nouvelle : le bras de fer est loin d’être terminé pour autant avant que ce plan ne devienne une réalité pour une alimentation plus saine pour tou.tes. Avec votre soutien, ensemble, nous allons surveiller le déploiement de la stratégie de très près et pousser pour des mesures concrètes qui profitent aux citoyens plutôt qu’aux lobbies.
Car entre les annonces sur le papier et la réalité, deux dangers que l’on connait bien pointent le bout de leur nez : d’abord les géants de l’industrie agroalimentaire vont tout faire pour éviter qu’on leur impose de nouvelles règles (plus de bio, moins d’antibios, etc.), ensuite ils vont continuer d’orchestrer dans l’ombre pour déroger au maximum aux règles déjà existantes. 
L’exemple des pesticides est là encore flagrant : la promesse de la stratégie est de réduire de 50% l’usage des pesticides chimiques d’ici 2030. Mais les lobbies sont déjà à la manœuvre pour rejeter des demandes d’interdictions, comme sur le glyphosate, et obtenir des extensions d’autorisations. Sans compter que la stratégie De la ferme à la fourchette ne mentionne même pas le besoin d’interdire la production et l’exportation hors de l’Europe des pesticides qui sont bannis dans l’UE car trop dangereux, ce que foodwatch réclame dans une pétition lancée le 17 avril.  
Autre exemple, ce plan dit enfin ce que nous répétons chaque jour : il faut que l’alimentation saine soit le choix le plus simple pour tou.tes. Mais il manque cruellement d’actions concrètes, comme l’interdiction d’additifs dangereux pour la santé. Un grand pas est certes franchi avec la décision d’adopter un logo nutritionnel enfin obligatoire, comme le Nutri-score – car on se souvient que les lobbies de l’agroalimentaire avaient dépensé 1 milliard d’euro en 2010 pour bloquer une telle mesure européenne-. Mais nous savons que les géants de la malbouffe cherchent déjà à peser de tout leur poids pour semer la zizanie dans ce projet et influencer les méthodes de calcul du logo à leur avantage. Ce que nous ne laisserons pas faire.
Enfin, il reste la schizophrénie du libre-échange : aucune des intentions et des promesses de cette stratégie pour une alimentation plus saine et durable ne sera vraiment applicable tant que l’Union européenne continuera à signer des accords de libre-échange anti-démocratiques comme le CETA (avec le Canada) et le MERCOSUR (avec le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). C’est incompatible car ces accords donnent encore plus de pouvoir aux lobbies des multinationales, pour bloquer les mesures pourtant nécessaires pour mieux protéger les citoyen.nes et la planète. Et nous continuerons à le crier haut et fort. 
La stratégie De la ferme à la fourchette est bienvenue – il était temps ! – car elle reconnaît que le système d’aujourd’hui ne fonctionne pas et qu’il faut l’améliorer. Mais il nous faut plus que jamais être vigilant.es et nous mobiliser pour obtenir des actes, en France et dans les autres pays européens.
Recettes modifiées, étiquettes inchangées : la crise ne justifie pas le manque de transparence !
Dans le contexte du Covid-19, les fabricants peuvent modifier les recettes de leurs produits sans l’indiquer sur l’étiquette. On peut comprendre le besoin de flexibilité en cette période en cas de difficultés d’approvisionnement par exemple, mais foodwatch insiste sur le besoin plus que jamais de transparence sur ces dérogations car c’est d’habitude totalement illégal.
Après 5 semaines de pression sur la Direction Générale de la Répression des Fraudes (DGCCRF), les premières informations ont enfin été publiées le 12 mai. Mais elles sont très incomplètes et laissent planer de nombreux doutes et questions : certains industriels ne profiteraient-ils pas de la crise pour modifier les recettes et l’origine de certains ingrédients sans réelle justification ?
On notera 3 exemples particulièrement marquants : des œufs étiquetés comme issus de poules élevées en « plein air » ne le sont pas – les défenseurs du bien-être animal apprécieront ; de la viande de porc ne venant plus de France mais d’Allemagne ou d’Espagne chez Auchan et Intermarché  – les consommateurs voulant favoriser les filières françaises seront bien déçus.
La publication d’une liste sur le site internet de la DGCCRF ne répond vraiment pas au besoin d’informations sur tous ces cas de produits modifiés en catimini, d’autant moins que la grande distribution ne donne aucune explication.
foodwatch exige urgemment une totale transparence de la part des autorités, mais aussi des distributeurs, responsables des produits qu’ils commercialisent et de l’information aux consommateurs. Les distributeurs doivent signaler ces changements de recettes sur leurs produits, dans leurs rayons et sur leurs sites de vente en ligne et les justifier dans le contexte de la crise Covid-19.

foodwatch a lancé cette Pétition le 13 mai 2020

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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