« Oui, au débat sur la durée du temps de travail »

Ouest-France – 18/07/2020 – Courrier des lecteurs – Jean-Claude Gaudin –
Social. « La productivité horaire du travail en France a été multipliée par vingt depuis la fin du XIXe siècle, alors que le temps de travail a été seulement divisé par deux. »
« La productivité horaire du travail en France a été multipliée par vingt depuis la fin du XIXème siècle. Ici, l’usine Saupiquet à Quimper (Finistère) – Archives Ouest-France –
Dans votre édition du 30 juin, une lectrice évoque l’aberration que serait, selon elle, la semaine de travail de 28 heures proposée par la Convention citoyenne.
Alors que, depuis la fin du XIXe siècle, la productivité horaire du travail en France a considérablement augmenté (elle a été multipliée par vingt entre 1870 et la fin du XXe siècle), le temps de travail a, lui, été seulement divisé par deux.
On peut débattre de la question de la durée du travail dans notre société et, tout en sachant que la tendance séculaire de cette durée est à la baisse, s’interroger sur la pertinence d’une semaine de travail à 28 heures dans le contexte actuel est tout à fait légitime.
Mais ce qui est par contre « aberrant », ce sont les arguments développés par votre lectrice pour défendre son point de vue. « L’oisiveté apportera dans le meilleur des cas : la jalousie, la pauvreté […] et, au pire, l’alcoolisme, le vol, la violence. »
On retrouve exactement les mots utilisés par le grand patronat et la bourgeoisie à la fin du XIXsiècle, il y a près de 150 ans, lorsqu’il s’agissait d’introduire les premières lois limitant la durée du travail.
Nous connaissons tous les conditions de travail d’alors : des journées de douze heures, des enfants à l’usine ou dans les mines, pas de congé, pas de jour non-travaillé, et des salaires dérisoires.
Que disaient alors les contempteurs de la réduction du temps de travail ?
Que cette oisiveté allait conduire la classe ouvrière de l’époque à la pauvreté, à l’alcoolisme et à la violence ! Les exacts termes de votre lectrice.
Aujourd’hui, plus encore qu’hier, quel mépris pour les salariés en général et pour les plus modestes en particulier car implicitement, c’est bien à eux que pense cette personne. Ainsi, les salariés seraient incapables de pratiquer des loisirs « sains », de se cultiver en lisant, en allant au théâtre, au cinéma, de pratiquer des activités sportives… Bref, de mettre à profit leur temps libre.
Comment, au XXIe siècle, peut-on encore véhiculer une idéologie aussi rétrograde ? Il faut, d’urgence, relire Bertrand Russell, Éloge de l’oisiveté, (1932), traduction Fr. Michel Parmentier, éditions Allia, 2010.

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