« On les empêche de vivre pour ne pas qu’on meure ! »

Ouest-France – 21/08/2020 – Paul Bonhommeau / Courrier des lecteurs –
Société. « Nos gouvernants sont davantage attentifs aux intérêts et aux préoccupations des vieux les plus riches qu’à l’avenir des jeunes. »
Depuis le confinement et pour encore longtemps hélas, ce sont les jeunes générations, assurant l’activité économique, qui paient le plus lourd tribut social et économique. » | OUEST-FRANCE
Je partage l’inquiétude de Michel Wievorka dans l’édition de Ouest-France du 5 août concernant le risque d’une fracture générationnelle générée (ou amplifiée) par la crise du coronavirus. Mais je ne suis pas vraiment d’accord avec lui quand il fustige ceux qui font preuve d’insouciance : les jeunes, parce que, notamment, ils sont et se savent moins vulnérables à la maladie. Bien sûr, le Covid est toujours là et il faut faire attention.
Mais, en même temps, on constate que depuis le début du mois de juin, les nombreux rassemblements (Fête de la musique notamment), brassages de population avec les vacances et autres relâchements des gestes barrières auxquels beaucoup de gens se sont livrés n’ont pas généré la reprise exponentielle des contaminations, et encore moins celle des cas graves et mortalités. Personnellement, j’ai 75 ans et je fais partie des personnes à risque. J’en viens à considérer que, les jeunes, on les empêche de vivre pour que nous, les vieux, on ne meure… un peu plus tôt !
Depuis le confinement, et pour encore longtemps hélas, ce sont les jeunes générations assurant l’activité économique qui paient le plus lourd tribut social et économique : d’un côté, les responsables d’entreprises, très peu nombreux mais qui savent se faire entendre et de l’autre, en très grande majorité, les salariés qui connaissent perturbations dans leur travail, chômage, difficultés accrues des plus jeunes à trouver du travail ; et à qui on promet de travailler plus longtemps avec des salaires en baisse et une retraite au rabais. Et pour toutes ces (plus) jeunes générations : soucis pour la scolarisation de leurs enfants, entraves multiples à la vie sociale, relationnelle et affective.
Pendant ce temps, nous, les vieux, continuons de toucher intégralement notre retraite et, pour les plus riches d’entre nous, augmentons notre épargne (placée à la banque ou même dans des fonds spéculatifs !) vu que nous ne pouvons/voulons plus sortir et voyager.
Ne sommes-nous pas les plus gros clients des compagnies aériennes low cost et du tourisme de masse ? Et c’est bien notre génération les plus de 65 ans, qui a sali la planète avec l’insouciance du productivisme et de la consommation de masse, avec l’habitat pavillonnaire destructeur de terres agricoles, etc.
Autre indice de la fracture générationnelle : l’âge moyen de l’acheteur d’une voiture neuve ne cesse d’augmenter d’année en année. En réalité, je suis effaré et inquiet de la docilité et du silence des jeunes, sauf sur les questions écologiques. Mais pour l’instant, sur ce sujet, ils ne sont pas vraiment entendus. C’est plutôt l’ambition du retour, coûte que coûte, au monde d’avant.
C’est bien la preuve que notre société et nos gouvernants sont davantage attentifs aux intérêts et aux préoccupations des vieux les plus riches (santé physique, moins d’impôts, patrimoine, sécurité…) que l’avenir des jeunes.
Ne sommes-nous pas aussi victimes d’une overdose du discours médical dans les médias ? Comme si vivre se résumait à la santé du corps, comme si l’obsession de rester vivant le plus longtemps possible devait s’imposer au détriment de la vie sociale, culturelle, sportive, relationnelle, affective… et de nos libertés fondamentales.
En ces temps de Covid, le discours médical semble avoir pris le pas sur tout autre discours, dont le discours politique qui s’y révèle complètement subordonné. À moins que ce dernier y trouve intérêt pour annihiler toute fronde sociale…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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