Mais où va la SNCF ?

Lutopik – 02/04/2018 – Guillaume –
La politique ferroviaire a tout misé depuis 1980 sur les TGV, plus rentables que les lignes classiques désormais délaissées. Avec une dette de 45 milliards d’euros et des infrastructures usées, la mission de service public de la SNCF est remise en cause, et la prochaine ouverture à la concurrence des services ferroviaires de voyageurs ne devrait pas arranger les choses.
Retards, annulations, hausse des prix, baisse de la qualité du service, etc. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la fiabilité et le niveau de satisfaction ne sont pas les premiers termes associés à la SNCF, Société nationale des chemins de fer français. « L’état de la SNCF est aujourd’hui très mauvais, même s’il n’a jamais été très bon et qu’elle a toujours manqué de moyens », affirme Philippe Mühlstein, ingénieur retraité de la SNCF, toujours syndicaliste à Sud Rail. « On observe un dysfonctionnement sur l’ensemble du réseau et une réduction considérable du nombre de lignes, de 41.000 km à la création de la SNCF en 1938 à 29.000 km actuellement », renchérit Pierre Ménard, président de la Convergence nationale rail, qui regroupe différentes organisations et collectifs qui défendent le ferroviaire et dénoncent les fermetures de lignes.                                                      Cette situation résulte d’une évolution marquée par d’importants changements. Au XIXe siècle, la puissance publique s’associe au privé pour développer le chemin de fer. L’État achète les terrains et impulse la création de lignes en finançant l’infrastructure et les ouvrages d’art. Des concessions de longues durées sont octroyées aux compagnies qui construisent et exploitent leurs propres réseaux. Elles doivent respecter un cahier des charges qui les oblige à desservir certaines destinations et leur impose un tarif. Les conditions sont avantageuses pour les compagnies : elles bénéficient de subventions et de l’assurance du versement par l’État de dividendes à leurs actionnaires en cas de déficit, ce qui arrive avec la multiplication des lignes moins fréquentées.
La SNCF est créée en 1938. Elle absorbe les compagnies privées et exploite l’ensemble des lignes ferroviaires du territoire. La nouvelle société d’économie mixte est détenue à 51 % par l’État, le reste revenant aux actionnaires des anciennes firmes. Le premier amendement à cette « nationalisation » intervient en 1971, lorsque la SNCF obtient l’autonomie de sa gestion. Elle a désormais plus de liberté sur sa politique tarifaire et sur ses choix de dessertes, mais a l’obligation d’être rentable. En contrepartie, l’État paie pour ses missions de service public, comme avec les RER, les Transiliens et les Intercités. Il rachète également progressivement les parts des actionnaires privés jusqu’à en devenir l’unique propriétaire. En 1983, la SNCF change de statut et devient un Épic (Établissement public à caractère industriel et commercial).
L’UE instaure la concurrence dès 1991
Selon Philippe Mühlstein, les choses commencent à vraiment mal tourner après 1991, lorsque l’Union européenne instaure progressivement l’ouverture à la concurrence. Elle impose pour cela de distinguer le gestionnaire réseau du gestionnaire transport, afin que plusieurs compagnies puissent faire circuler des trains en concurrence sur les mêmes lignes. « On est allé plus loin que les directives européennes qui imposaient seulement une séparation comptable entre la gestion des infrastructures ferroviaires et celle des services », déplore le syndicaliste. La France choisit en 1997 de créer une nouvelle entité, RFF (Réseau ferré de France), qui devient propriétaire des infrastructures et responsable de son entretien. La SNCF paie alors à RFF les « sillons », des redevances pour l’utilisation commerciale des lignes, tandis que RFF délègue à la SNCF les opérations de maintenance du réseau. « Les intérêts sont contradictoires, l’un veut faire payer cher le droit d’accès au rail en réduisant le montant des travaux, tandis que l’autre veut un réseau de qualité et payer le moins cher possible. Un système ferroviaire ne peut être optimal que si ces deux gestions sont entre les mêmes mains », estime Philippe Mülhlstein.
Aujourd’hui, RFF n’existe plus. La nouvelle restructuration issue de la réforme de 2014, qui devait simplifier ce système complexe, a conduit à la création d’un « groupe industriel public intégré » composé de trois Épic : SNCF Réseau, le gestionnaire de l’infrastructure, SNCF Mobilité, qui exploite les trains, et SNCF tout court, qui chapeaute le tout. Mais cela ne règle toujours pas le principal problème de la SNCF, sa dette, qui dépasse 44 milliards d’euros. Rien que les intérêts lui coûtent chaque année 1,5 à 2 milliards d’euros. Pour répondre à l’obligation d’équilibrer ses comptes, la SNCF a emprunté sur les marchés financiers et a eu recours à des partenariats publics-privés pour développer ce qui était le plus rentable : les TGV. Mais les dernières lignes construites sont beaucoup moins intéressantes. « La rentabilité d’un Lyon-Paris est supérieure à 10 %, Paris-Strasbourg de quelques pourcents et le Rhin-Rhône est déficitaire, il n’est pas assez fréquenté », constate Philippe Mühlstein. « Il y avait l’idée de lutter contre la concurrence des avions, cela se justifiait dans un certain nombre de cas, mais nous sommes tombés dans les excès. Les lignes à grande vitesse (LGV) coûtent extrêmement cher, mais sont devenues un argument électoral. On continue d’installer des LGV là où elles ne se justifient pas, parce qu’elles entrent en concurrence avec d’autres lignes classiques qui fonctionnent, mais qui nécessiteraient un entretien pour être efficaces », déclare quant à lui Pierre Ménard. La Cour des comptes est aussi parvenue plusieurs fois à la même conclusion.
Défaillances à la chaîne
« On a complètement laissé de côté les lignes classiques, le réseau et le matériel se sont dégradés et on en a vu les conséquences avec l’accident de Brétigny. C’est le point extrême, mais cette dégradation se traduit en général par de mauvaises conditions de circulation », alerte le président de la Convergence nationale rail. De nombreuses raisons expliquent ces défaillances. « On sait qu’il faut changer un aiguillage, mais on attend un an alors qu’il faudrait un entretien presque en continu. Dans l’attente des travaux, on met en place des limitations temporaires de vitesse. Il y a aujourd’hui environ 5.000 km de ralentissement pour attente d’entretien, alors qu’il n’y en avait que quelques centaines dans les années 1980. Cela conduit à des engorgements, des retards, des trains qui sont supprimés pour des périodes d’un mois, six mois. L’entretien est réalisé par des boites qui ont l’habitude de travailler pour le BTP, et donc de fermer les routes. Quand la SNCF le faisait, il y avait suffisamment de savoir-faire pour effectuer les travaux tout en maintenant à peu près le trafic. Cela nécessitait plus de personnel, mais il y avait moins de retard. Les entreprises de BTP n’ont pas le même souci de la qualité du service rendu et ne sont pas redevables de la satisfaction du public », égraine Philippe Mühlstein.
Pour noircir un peu plus le tableau, les Régions, qui ont mis beaucoup d’argent dans les TER après le désengagement de l’État, sont aujourd’hui elles aussi en difficultés. « Le transport est toujours leur premier poste de dépense, mais elles ont de moins en moins de moyens et commencent à supprimer des lignes de TER pour les remplacer par des autocars ».Si l’on se base sur l’expérience du fret, l’ouverture à la concurrence pour les voyageurs prévue en 2020 pour les TGV et en 2023 pour les Intercités et les TER, ne devrait pas arranger la situation. Depuis 2006, le secteur du fret est entièrement ouvert à la concurrence, et il ne s’est jamais aussi mal porté qu’aujourd’hui : le trafic a baissé, les prix ont augmenté et certaines lignes ont été délaissées au profit du routier. En matière de fret ferroviaire, les trains rentables sont ceux dits complets, ceux qui joignent deux destinations sans manœuvre. Inversement, les wagons isolés coûtent cher. Quand un client demande un ou peu de wagons, il faut les acheminer vers une gare de triage pour constituer un train pour le trajet principal. Ils sont à nouveau manœuvrés en triage afin d’être amenés ensuite à leur destination finale. « Avant la concurrence, le monopole de la SNCF permettait de conserver les wagons isolés en comblant leurs déficits. Mais le secteur privé ne cherche que la rentabilité et ne s’intéresse qu’aux trains entiers, ce qui a conduit la SNCF à abandonner des wagons isolés », explique Philippe Mühlstein.

La SNCF est devenue une fiction
Avec l’ouverture à la concurrence, il n’est plus possible d’effectuer la balance des coûts et des recettes, qui permettait de compenser en partie les pertes de certaines activités. Cela inquiète d’autant Philippe Mühlstein que chaque offre de la SNCF, TGV, Intercités, Transiliens, fret, etc., effectue en autonomie sa propre gestion. « Ce sont autant d’entreprises distinctes, avec un personnel et du matériel dédiés. C’est dramatique pour les branches ou services peu ou pas rentables. La SNCF est devenue une fiction, composée en réalité d’entreprises distinctes placées les unes à côté des autres. Cela favorisera une privatisation par morceaux. Ils vont dire qu’ils ne vont pas le faire, mais ça a déjà commencé de manière rampante. La SNCF a créé des filiales de droit privé et confie la gestion de la restauration, le nettoyage des wagons, le gardiennage, la réparation des locomotives, l’entretien des infrastructures, à des prestataires privés. »
Pour lui, l’explication de ces choix politiques est simple. « Les raisons sont essentiellement financières, le ferroviaire est cher alors que le développement du transport routier est une vache à lait, grâce à la taxe sur les produits pétroliers et la TVA. Depuis 1990, on a dépensé en France 500 milliards d’euros pour les infrastructures de transport, dont les deux tiers pour la route, et seulement 18 % pour la SNCF, dont 7 % pour le TGV. L’État n’a jamais voulu reprendre la dette de la SNCF. Il faudrait une délibération, afin que les citoyens décident de ce qui doit relever d’un service public. Quand ce sera décidé, il faudra procéder à une véritable nationalisation du service public ferroviaire et l’État devra y mettre les moyens. Le débat public aurait permis de soulever la question de construire un TGV ou de privilégier les plus petites distances et l’entretien des infrastructures ». L’une des seules notes d’optimisme que relève Pierre Ménard dans la situation actuelle serait peut-être la réapparition des tramways dans certaines villes. « C‘est dommage de les avoir fait disparaître, cela coûte cher aux collectivités et aux citoyens, mais on finit par revenir à des choses un peu plus sensées. » Espérons qu’on ne se rendra pas compte trop tard de la richesse que constituait un bon maillage ferroviaire comme moyen de transport.
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Le projet de réforme de la justice : une justice très à l’écoute

Le Canard enchaîné – 11/04/2018 – D. S. –
Une mainmise accrue des procureurs sur les procédures, l’extension des intrusions dans la vie privée et la multiplication des visioconférences : voilà ce que promet, entre autres réjouissances, le projet de réforme de la justice. Pas sûr, pourtant, que le texte qui sera présenté le 18 avril en Conseil des ministres sortira indemne de son examen par le Conseil d’État, dont un éminent membre confie que « certaines dispositions posent problème ». Et c’est peu dire.
Aujourd’hui, autorisées pour les délits passibles cinq ans de prison, les écoutes téléphoniques, interceptions électroniques, géolocalisations et perquisitions pourraient l’être demain pour des infractions punies de 3ans. Soit quasiment toutes, depuis le vol à l’étalage. Et ce sera au procureur d’en décider sans même le regard d’un juge indépendant. Vous pensez que ça ne touchera que les vilains délinquants ? Erreur ! Avec eux, leur famille, leurs proches, leurs copains seront aussi écoutés et localisés.

Quant à la visioconférence, elle sera étendue partout où c’est possible afin d’éviter de coûteuses extractions de prison et les voyages d’experts ou de témoins. Hélas, le terme pompeux de « visioconférence » recouvre des écrans crachotants, et, de ceux qui y apparaissent, on ne capte souvent qu’une voix lointaine et un visage brouillé.
Sans compter le flou artistique du projet sur la fusion des tribunaux d’instance -dits – « de proximité – avec leurs grands frères, dits, eux, « de grande instance ». Du coup, le 11 avril, magistrats, avocats ou greffiers ont manifesté devant la Chancellerie contre « une justice déshumanisée ». Tout de suite les grands mots, quand il ne s’agit  que de petites économies…

Lire : Journée « justice morte » : 4 000 à 7 000 avocats et magistrats défilent à Paris contre la réforme (France Info 11/04/2018)
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Chasseurs : la « vengeance » du lapin

Le Canard enchaîné – 11/04/2018 – Conflit de Canard –
La saison de la chasse s’est achevée. On la dit aussi giboyeuse que la précédente, où plus de 500 000 chevreuils, près de 600 000 sangliers, plus de 61 000 cerfs, 13 000 mouflons… sanas compter le smillions de faisans, lapins de garenne et perdrix rouges avaient été zigouillés. de quoi ripailler à la table des chasseurs et dans les restaurants gastronomiques. Sauf que, une fois dans l’assiette, il arrive que le gibier se venge.
Dans un tout récent rapport, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) raconte à quel point la venaison pourrait s’avérer plombante pour la santé.  Au fil des 74 pages, on découvre ainsi que le gibier est farci de métaux lourds et de contaminants chimiques. Les animaux sauvages profitent aux aussi des pollutions industrielles, quand ils « broutent » sur des sols pollués à la dioxine, au furane et aux PCB, ou se désaltèrent dans des cours d’eau chimiqués. Quant aux terres agricoles, elles sont bourrées de cadmium, apporté par les engrais phosphatés et les boues d’épuration. Et, dixit l’Anses, ce sont les sangliers qui dégustent le plus, à cause de leur fâcheuse habitude de retourner la terre avec leur groin.
Mais là où les toxicologues se font vraiment du mouron, c’est pour la dose de plomb contenus dans le gibier. Après avoir analysé les foies et les muscles des pauvres bêtes, ils évoquent « une préoccupation sanitaire liée au plomb présent dans la viande de grands gibiers sauvages (sangliers, cerfs, chevreuils…) qui provient pour partie de son environnement mais apparaît surtout lié au phénomène de fragmentation des munitions ». Des résidus souvent invisibles à l’œil nu.
Et l’Anses d’enfoncer le clou (en plomb). Avec 1,2 million de chasseurs, dont beaucoup consomment en famille le contenu de leur gibecière, la chasse pourrait être « le premier contributeur à l’exposition au plomb par ingestion ». C’est pourquoi l’Agence recommande de ne pas manger du gibier sauvage plus de trois fois par an et le proscrit carrément pour les femmes enceintes et les enfants. Tout cela alors que Macron vient de réhabiliter les chasses présidentielles (1).
On espère que ça ne va pas plomber l’ambiance autour de la table, à Chambord !
(1) Le coût du permis de chasse national va passer de 400 à 200 euros. Moitié moins cher pour tuer deux fois plus dans  tous les départements… Un cadeau de 18 millions aux chasseurs – ce qui représente à peu près le budget des réserves naturelles.
Bilan de la dernière saison de chasse communiqué par l’Aspas fin février : douze morts dont deux mineurs et trois non-chasseurs.
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En Vrac – De tout un peu …

Catastrophe sur la Grande Barrière de corail. La revue Nature publie cette semaine une étude alarmante. La canicule marine qui a frappé l’Australie entre mars et novembre 2016 aurait détruit près de 30 % du plus grand récif corallien du monde. « Le réchauffement climatique émerge rapidement comme une menace universelle à l’intégrité écologique », prévient la parution scientifique qui assure que la Grande Barrière n’est pas condamnée, à condition d’agir rapidement pour réduire les gaz à effet de serre
En Syrie, les difficultés de l’OIAC pour inspecter le site de Douma. Le chef de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a dit ignorer quand la mission pourrait être déployée dans la ville de Ghouta orientale. Les Occidentaux craignent une « altération » de la zone, onze jours après l’attaque.
La NASA lance son télescope en quête d’exoplanètes. TESS, un télescope conçu pour rechercher des planètes d’une taille comparable à celle de la Terre et susceptibles d’abriter la vie, a été propulsé dans l’espace mercredi à 18 h 51 par une fusée Falcon 9 de SpaceX depuis Cap Canaveral, en Floride.
164 000 milliards.C’est le montant actuel, en dollars, de la dette mondiale, a alerté mercredi Vitor Gaspar, responsable des affaires budgétaires du Fonds monétaire international (FMI). Une somme qui équivaut à 132 000 milliards d’euros et à près de 225 % du produit intérieur brut global. Ce record dépasse de 12 % le précédent, enregistré en 2009, juste après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, soit au début de la récession mondiale. Le FMI exhorte les Etats à prendre, sans délai, des mesures pour améliorer leurs finances avant l’inévitable prochain cycle de ralentissement.
Scandale à Malte après les premières révélations du « Projet Daphne ». L’opposition de centre droit a demandé « au gouvernement de faire la vérité et d’arrêter de nuire à la réputation du pays ».Lire la suite
Les gens de Monsanto, la multinationale de l’agrochimie. Notre journaliste s’est rendue à Saint-Louis, dans l’Etat américain du Missouri, pour découvrir les coulisses de cette entreprise à la stratégie de communication très élaborée. Lire la suite
Le Monde 19/04/2018
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Jean- Claude Guillebaud – Le grand deuil des idées

Télé Obs – 16/04/2018 – Jean-Claude Guillebaud –
« Nous sommes à court d’idées! », déplorent les médias et les réseaux sociaux. Mais il entre de l’ingénuité dans cette exclamation.
En ce début de printemps, les médias s’accordent pour constater une « montée de l’insignifiance », pour reprendre le titre d’un livre du grand helléniste que fut Cornelius Castoriadis, disparu en 1997. Citant certains éditoriaux de la presse écrite – mais renchérissant souvent sur ces derniers –, les réseaux sociaux répètent à peu près la même chose : nous sommes à court d’idées ! Comme une armée en campagne à qui manquent les munitions, la classe politique se chamaille d’autant plus férocement qu’elle est en état de manque intellectuel et idéologique manifeste. Du bruit et de la fureur, mais plus la moindre imagination créatrice.
La droite, entre Front national disqualifié et Les Républicains en panade, ne sait plus quoi défendre. La gauche devenue zombie ne va pas beaucoup mieux. Quant aux formations plus marginales (ou plus radicales), elles puisent encore dans quelques nostalgies militantes de quoi faire illusion. Dans ce désert, la boutique « macroniste » ne cesse elle-même de décevoir – ou de faire enrager – presque toutes les catégories de la population. On commence donc à entrevoir l’hypothèse d’une impopularité record – à la Giscard d’Estaing – de celui qui ne prend plus de gants pour s’identifier à l’ancienne « dame de fer », Margaret Thatcher. Laquelle brisa les syndicats et laissa exsangue le Royaume-Uni.
Aujourd’hui, après moins d’une année de « règne », Emmanuel Macron devrait prendre garde à une désaffection qui commence à toucher les commentateurs les plus modérés. En témoigne l’éditorial du dernier numéro (avril 2018) de la revue « Esprit ». Avec une pointe d’étonnement bien élevé, on y décrit, « face aux corps intermédiaires, un retour étrange du “tout-Etat” qui évacue le rôle de la société et la réalité des fonctionnements démocratiques« . On s’y pose ouvertement la question : quel projet Emmanuel Macron propose-t-il véritablement aux Français ?
Politiquement, le débat démocratique devient aphasique et creux comme une vieille noix. De partout montent des signaux d’alerte et des appels de détresse : trouvez-nous des idées ! Trouvez-nous un cerveau ! Misère et désert du sens… Du côté des médias, les choses ne vont pas beaucoup mieux. Certains dérapages nous ramènent en arrière, aux temps de la presse domestiquée. Un exemple : le 1er avril, la une du « Journal du Dimanche » ressemblait à une proclamation d’allégeance au pouvoir, toute décence oubliée. Pour annoncer la grève des cheminots, un titre barrait la page, au-dessus d’une photo du secrétaire général de la CGT : « Cet homme va-t-il bloquer la France ? » Dans un bref article, Hervé Gattegno en rajoutait en adjurant le chef de l’Etat de ne pas « lâcher les commandes« . Un autre article flagornait sur une demi-page Elisabeth Borne, ministre chargée des Transports. Cela faisait beaucoup ! Quand un journal dérape jusqu’à imiter inconsciemment l’ancienne « Pravda » soviétique, c’est bien la preuve que les idées battent la campagne.

Plus d’idées, donc ! Certes, il entre de l’ingénuité médiatique dans cette exclamation. Objectivement, prétendre que les idées font défaut n’a pas grand sens. Notamment pour la gauche. N’y aurait-il donc plus d’injustices à combattre ? En aurions-nous fini avec l’inégalité ? Faudrait-il renoncer à guerroyer contre ces formes nouvelles de domination ? Devrait-on consentir à la sotte barbarie du « tout-marché » ?
Plus d’idées ? Contextualisée, cette sottise finit pourtant par devenir vraie. Dans cet univers de l’immédiateté, de l’amnésie et de la déréliction qui prévaut dans le « médiatico-politique », les idées ne sont plus que des figures de style. Elles durent ce que durent les roses. Comme certains gadgets, elles s’autodétruisent à mesure. L’appareil consomme des « idées » comme on brûle un combustible. Au fil des jours, on voit s’imposer des vérités successives, des prêches sans lendemain, des références aussitôt oubliées. Ainsi laissons-nous sans cesse derrière nous un monceau de dogmes et d’idées d’autant plus jetables qu’elles n’étaient pas si justes que cela.
Le « modèle » britannique, la « réussite » des Pays-Bas en matière de chômage, le « rajeunissement » de la social-démocratie par la grâce de Tony Blair et de Gerhard Schröder, la « puissance » de l’euro, la « sagesse » des marchés financiers, l' »idéalisme américain » au Proche-Orient, etc. Soumis jour après jour à ces injonctions comminatoires, nous nous accoutumons au bruit des tambours d’autant plus bruyants qu’ils font sonner le vide. Pour les idées, il nous faut réapprendre cette vertu démocratique élémentaire qui aujourd’hui fait défaut : la force de conviction.
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Une commission de l’Assemblée nationale a voté l’expérimentation de l’épandage de pesticides par drone

Reporterre – 20/04/2018  –
Des agriculteurs utilisent un drone pour pulvériser des pesticides à Meishan, dans la province du Sichuan. (Photo / China Daily)
Ce vendredi 20 avril au matin, dans le cadre de l’examen du projet de loi « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable », la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale a voté un amendement autorisant l’expérimentation de la pulvérisation de pesticides par drone. Plus précisément, « une expérimentation de l’utilisation des aéronefs télépilotés pour la pulvérisation aérienne de produits phytopharmaceutiques sera menée sur des surfaces agricoles plantées en vigne et présentant une pente supérieure ou égale à 30 %, pour une période maximale de trois ans ».
Ce vote a fait bondir François Veillerette, président de l’association de lutte contre les pesticides Générations futures. « Cette utilisation apparaît à titre expérimental mais ce n’est quand même pas une bonne nouvelle. C’est un petit pas en arrière et une nouvelle dérogation à l’interdiction communautaire de la pulvérisation aérienne, alerte-t-il. On nous dit que ce sera seulement pour les sols en pente, et puis pour des produits bio — ce qui n’est pas précisé dans l’amendement. Mais c’est un pied dans la porte et on nous dira bientôt que la pulvérisation par drone est formidable et sans danger, et qu’on va pouvoir mettre des drones à la place des avions ou des êtres humains. Mais nous, ce qu’on veut, ce ne sont pas des drones, c’est la réduction de l’utilisation des pesticides. »

Les drones agricoles, utilisés très tôt au Japon, remplissent de plus en plus de fonctions vitales en agriculture. Leur marché pourrait dépasser 30 milliards de dollars dans les prochaines années.
Cet amendement à la loi qui fait suite aux états généraux de l’alimentation a été déposé par le député (Les Républicains) du Bas-Rhin Antoine Herth, par ailleurs agriculteur. « Mais une quinzaine d’amendements ont été déposés qui allaient dans le même sens, dont certains posés par la majorité, s’alarme M. Veillerette. Ce n’est pas une adoption définitive mais c’est jamais une bonne nouvelle quand la commission économique prend ce genre de vote, avec le soutien du gouvernement. »
Reste à savoir si cet amendement sera adopté en plénière par l’Assemblée nationale. Le vote est prévu pendant la deuxième quinzaine de mai, selon le président de Générations futures.
Vive le rendement et le progrès…
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#dessin – Apaisement

Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
Retraités: on peut vraiment leur dire merci !

L’Opinion 19/04/2018 Irène Inchauspé
Villes dépourvues de maires, enfants laissés à eux-mêmes, populations fragiles sans ressources ni accompagnement, chute brutale de la consommation : la France sans ses 17 millions de retraités ne tournerait pas rond
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Royaume-Uni – Camouflet pour Theresa May à la Chambre des lords

Theresa May, à Downing Street, le 16 avril. STEFAN ROUSSEAU / PA/DPA
La défaite est au choix « écrasante » pour The Daily Telegraph, « embarrassante » pour The Independent, « lourde » pour Sky News ou encore « majeure » pour The Irish Times. Elle est en tout cas incontestable pour Theresa May. La Chambre des lords a voté à 348 voix contre 225 (soit 123 voix d’écart) en faveur d’un amendement qui laisse au Royaume-Uni l’option de rester au sein de l’union douanière européenne. La première ministre britannique et son gouvernement se sont pourtant engagés à en sortir dans le cadre du Brexit. Le Royaume-Uni pourrait ainsi imposer ses propres droits de douanes.
« L’ampleur de la défaite est une mauvaise nouvelle pour le gouvernement et suggère qu’il y aura de nombreux autres amendements quand le texte retournera à la Chambre des communes le mois prochain », estime Sky News. Une analyse partagée par The Guardian : « l’opposition espère que le soutien substantiel à l’amendement puisse renforcer la conviction des conservateurs pro-union douanière » dans l’optique de l’examen du texte à la chambre basse. Vingt-quatre élus conservateurs ont soutenu l’amendement. « Une rébellion significative », commente le quotidien.
L’amendement oblige le gouvernement à expliquer devant le Parlement les efforts mis en place pour tenter de continuer à participer à l’Union européenne (UE). « Ce n’est pas catastrophique en soi pour Theresa May », tempère The Spectator. Mais elle doit, poursuit le magazine, « travailler pour convaincre ses collègues que le Brexit envisagé par son gouvernement est celui en lequel ils peuvent croire ». The Times voit lui le maintien dans l’union douanière comme un « piège » tendu aux partisans d’un divorce avec Bruxelles. Il constituerait même une « arme de choix » pour « tuer le Brexit » et faire en sorte que le Royaume-Uni quitte l’UE mais continue à en subir les règles. La Chambre des lords a encore cinq jours pour décortiquer le texte.

Le Monde 19/04/2018
En partenariat avec Réveil Courrier. Chaque matin à 7 heures, le meilleur de la presse étrangère par Courrier International.
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Economie – Poker ou jeu de go ?

Dans le combat que se livrent la Chine et les Etats-Unis, s’affrontent deux conceptions de la marche du monde. Avec un même objectif : le leadership planétaire, souligne notre éditorialiste Stéphane Lauer dans sa chronique.
Le Monde | 16.04.2018 | Par Stéphane Lauer
Commerce mondial : « Trump joue au poker, Xi Jinping fait une partie de jeu de go »

Chronique. Pour avoir une chance de gagner une partie, il faut au minimum savoir à quel jeu l’on joue. Dans le bras de fer commercial dans lequel se sont lancés les Etats-Unis avec la Chine, cela n’a rien d’évident. Tandis que Donald Trump croit s’asseoir à une table de poker, Xi Jinping semble poursuivre une partie de jeu de go. Deux cultures et deux conceptions de la marche du monde que tout oppose et qui ont pourtant le même objectif : le leadership planétaire.
Une partie de poker se gagne grâce à la chance et au bluff, tandis que, dans le jeu de go, tout est question de stratégie et de patience, en encerclant l’adversaire pour conquérir des « territoires ». Depuis qu’il a lancé sa croisade contre la Chine, M. Trump donne l’impression de jouer au second avec les règles du premier. Quand Pékin avance ses pions de façon méthodique, le président américain alterne menaces et flatteries en espérant tordre le bras à son adversaire, tout en désorientant ses alliés.
Lorsque M. Trump a déboulé dans le saloon des relations internationales, il avait deux convictions. La première était que son principal partenaire de jeu était un tricheur invétéré. La seconde consistait à se persuader que, pour gagner, il suffirait de faire croire qu’il avait un carré d’as pour que tous les joueurs se couchent. La réalité se révèle plus compliquée.
À force de caricaturer la Chine, Donald Trump a fini par perdre toute crédibilité
L’assertion selon laquelle Pékin ne joue pas à la loyale n’est pas fausse. La Chine a une conception très relative du respect des droits de propriété intellectuelle et exige systématiquement des transferts de technologie de la part des investisseurs étrangers. Il est également évident que les entreprises d’Etat, gavées de subventions publiques, représentent une part substantielle de son économie. Mais à force de caricaturer la Chine, M. Trump a fini par perdre toute crédibilité.
L’énorme déficit commercial…
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Le monde bouge

En 780 signes, un regard décalé, piquant et ironique sur l’actualité 
Le billet de Michel Schifres
L’Opinion 18/9/04/2018
Si attentif qu’on soit à la marche du monde, il arrive qu’on ne parvienne pas à hiérarchiser les événements tant ils foisonnent. Car que retenir ? La mort de Willow ? C’était le dernier corgi de la reine Elisabeth II, elle qui depuis ses dix-huit ans, a toujours vécu avec cette race de chiens. Oui cette disparition, ou la tenue pour la première fois en Arabie saoudite, d’un concert donné par une chanteuse ? Après, pour les femmes, le droit de conduire et de pénétrer dans les stades, voilà une nouvelle preuve, parait-il, de la libéralisation de ce pays. Que les inquiets se rassurent, tout n’est pas perdu. Là-bas, les femmes doivent toujours avoir l’autorisation d’un homme pour sortir, se marier, travailler, ouvrir un compte en banque ou se faire examiner par un médecin !

Michel Schifres mschifres@lopinion.fr
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Divergences – sur NDL : D’un point de vue à l’autre

 Notre-Dame-des-Landes, Tolbiac : plus belle la vie
L’édito de l’Opinion  17/04/2018  Rêverie – Elle est pas belle, la vie ?  Nicolas Beytout
Zad de NDDL : Une position sans concession de M. Macron et quelques arguments très mal fondés.
Publié le 18 avril 2018 par werdna01 Reporterre – 16/04/2018 –Hervé Kempf (Reporterre) – 

Habitations de fortune près du site du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. /Photo d’archives/REUTERS/Stéphane Mahé

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Animaux – Monica recueille les chevaux cabossés de la vie

Ouest-France 06/04/2018 par Mikaël PICHARD

Monica Vaccarezza est agricultrice près de Laval (Mayenne). Elle a créé une association pour « remettre sur pattes » les équidés dont plus personne ne veut. Entre elle et eux, c’est une vraie histoire d’amour.

Dans une autre vie, Monica Vaccarezza, 34 ans, travaillait dans la publicité pour la télé italienne. Un monde dans lequel cette petite-fille d’agriculteurs ne se retrouvait pas. Il y a six ans, elle quitte ce milieu pour retourner à la terre. Monica l’Italienne, est éleveuse de moutons à Montigné-le-Brillant, près de Laval. Mais sa véritable passion, ses premières amours, ce sont les chevaux.. « Leur donner une deuxième chance »

Elle a créé tout récemment Les Enfants de Pégase. C’est une association pour recueillir et « remettre sur pattes » chevaux, poneys et ânes dont plus personne ne veut. Des éclopés de la vie. Des animaux blessés, abandonnés, voire battus. Des bêtes dont les propriétaires ne voient plus l’utilité.

« C’est tout mignon un âne quand il est petit. Puis il grandit. Il lui faut de l’espace, des soins… » À ce jour, Monica a recueilli une dizaine de chevaux, sept ânes et quelques poneys. Chacun a une histoire. Aucune n’est très belle.

Entre Monica Vaccarezza et les chevaux cabossés par la vie (ici Kaid) c’est une histoire d’amour. (Photo : Ouest-France)
Il y a Primola. Une jument qui faisait de la compétition de saut d’obstacles. « Elle avait fait partie de la Garde républicaine, assure Monica. Le couple qui en était propriétaire s’est séparé. Aucun des deux n’en voulait… »
Il y a Kaid. Un crack, lui aussi. « Il faisait du haut niveau et puis il est devenu borgne. » Il y a cette ponette retrouvée attachée à un arbre. Il y a Claque. Fût un temps, ce pur-sang anglais filait presque aussi vite que le vent sur les champs de course. « Elle s’est brisé une patte arrière. Comme elle ne pouvait plus rapporter d’argent, elle allait finir à l’abattoir. Elle n’a que huit ans. Elle peut encore être montée. »
« Folle de rage »
Ânes, chevaux et poneys vivent en très bonne intelligence et en pleine nature, sur les dix-huit hectares de la ferme de Monica Vaccarezza. Elle leur apporte tous les soins et l’amour qu’elle peut. Pour certains équidés malmenés par l’homme, il y a tout un travail à faire pour leur redonner confiance dans l’être humain. « Ils ont une vie paisible ici. Ensuite, on recherche des familles d’accueil. On ne veut pas qu’ils terminent à la boucherie ! »

Une belle complicité entre Emir, trotteur français et Claque, pur-sang anglais. (Photo : Ouest-France)
« On essaie de leur redonner une deuxième chance. On a tous le droit à une deuxième chance dans la vie, résume la jeune femme. Voir que l’on peut abandonner des animaux comme cela, me rend vraiment folle de rage. » Monica a de jolies étoiles dans les yeux quand elle parle des animaux qu’elle a recueillis. Et des petits éclairs quand elle pense au sort que certains hommes leur réservent. « Combien d’entre eux sont aussi morts sur les champs de bataille par le passé ? L’Histoire de l’être humain doit énormément aux chevaux. » Monica veut leur rendre justice.
Facebook : Association Les Enfants de Pégase. Mail : les.enfants.de.pegase@gmail.com. Pour soutenir l’association en faisant un don, c’est ici ou là.

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Loi SRU sur les logements sociaux : encore des centaines de cancres

Journal de la Fondation abbé Pierre – avril 2018 –
10/01/2018 | Crédits photos : © Pierre Faure
En publiant son 3ème palmarès 2014-2016, la Fondation souligne à nouveau que cette bonne loi (elle a permis sur la même période la construction de 187 000 logements sociaux) est bafouée par des centaines de villes qui ne respectent pas le quota de 20 ou 25 % de logements sociaux qui leur est assigné.
Le 5 mars 2007, la loi instaurant un Droit au Logement Opposable (Dalo) garanti par l’État était votée à l’unanimité. Sur les 210 287 ménages reconnus prioritaires entre 2008 et fin 2016, plus d’un quart (55 089 ménages) sont toujours en attente d’un logement. Onze ans plus tard, cette loin ambitieuse est encore trop ignorée.
Parmi les 649 communes qui n’ont pas respecté leurs objectifs qualitatifs ou quantitatifs, certaines sont même multirécidivistes (Neuilly, Saint-Maur-des-Fossés, Chazay-d’Azergues…). Face à cette résistance inquiétante, la Fondation demande que L’État applique avec plus de fermeté les nouvelles dispositions de la loi SRU votées en 2013, dont notamment l’autorisation du quintuplement des pénalités financières pour les communes carencées.

FONDATION ABBÉ PIERRE POUR LE LOGEMENT DES DÉFAVORISÉS
3, rue de Romainville – 75019 Paris / Tél. : 01 55 56 37 00
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Pourquoi un énième projet de loi sur l’immigration discuté cette semaine à l’Assemblée ?

France info – 18/04/2018 – 14h/17h – Agathe Mahuet –
Il veut un referendum est une réduction de l’immigration en France. Laurent Wauquiez à la tête du parti Les Républicains, pour qui le projet de loi sur l’immigration qui est discuté cette semaine à l’Assemblée ne va pas assez loin. Il faut plutôt selon lui durcir le droit  du sol ou mettre en place des quotas d’immigration. Devant les membres de son parti réunis en convention aujourd’hui, Laurent Wauquiez a pointé le « laxisme » d’Emmanuel Macron : « 2017, première année du mandat d’Emmanuel Macron : 262 000 titres de séjour ! C’est un record ! (…) Si rien n’est fait, et si la tendance n’est pas inversée, le quinquennat d’Emmanuel Macron se traduira par 1 million d’immigrés en plus au bout de cinq ans. Et encore, je prend les chiffres qui sont les plus optimistes… »
France Info – Nous accueillons maintenant Pierre Henry, directeur général de l’Association France terre d’asile.
Qu’est-ce qui différencie encore le parti « Les Républicains » du FN ? 
Pierre Henry – Eh bien, je me le demande, parce que manifestement, Laurent Wauquiez et marine Le Pen sont dans un espèce de concours des inventions populistes.
F. I. – Vous parlez d’invention ? C’est au sujet du referendum ?
P. H. –  C’est le referendum, c’est l’abandon du droit du sol, mais aussi la remise en cause de l’immigration légale parce lorsqu’il cite le chiffre de 262 000 titres de séjour en 2017, il faut juste faire l’effort de la déconstruction de ce chiffre.
Il y a 75 000 étudiants étrangers qui ont été accueillis par nos universités et cela fait consensus, en règle générale, de droite comme de gauche. Les étudiants internationaux représentent un marché et une chance pour nos grandes écoles et nos universités. De la même manière, il faut savoir que nos compatriotes se sont mariés avec des personnes non européennes à raison de 50 000. Ou est le problème ? Et la France l’année dernière a accordé 40 000 titres de séjour pour raisons humanitaires et en fonction des crises qui se manifestent à nos frontières. Donc le programme de la peur semble être le seul credo de Monsieur Wauquiez.
F. I. – Justement, ces mesures sont considérées comme pas assez dures par la droite et trop dangereuses en revanche par la gauche. C’est ce que disait ce matin le porte-parole du gouvernement, Benjamin Grivaux : « Pour la gauche, nous sommes des fascistes, pour la la droite, nous sommes de laxistes , c’est sans doute que nous sommes dans le vrai ! ». Quelle est votre opinion ?  » 
P. H. – Ce projet de loi n’inspire ni un esprit de louange ni un esprit de critique. Il ne répond pas aux défis de l’heure, notamment celui du premier accueil, où l’on voit sur les trottoirs de nos grandes villes des milliers de personnes qui sont obligées de reste là, à l’abandon. Le projet de loi ne répond pas à la crise des instruments européens, tout simplement parce que la solidarité n’est pas la valeur la mieux partagée entre les états membres. Et puis le projet de loi ne répond pas plus à la crise de défiance que manifestent les pays d’origine à notre égard lorsqu’il s’agit de renvoyer des personnes qui n’ont pas eu le droit d’asile. Et ce n’est pas en allongeant la durée de rétention de 45 à 90 jours pour les étrangers (et ce, quelque soit l’âge des personnes retenues, mineurs inclus) en situation irrégulière que cela va changer. Je crois vraiment qu’il aurait fallu prendre le temps de la discussion, parce vous savez, depuis 1981 il y a eu treize lois sur l’asile et l’immigration, une loi tous les vingt-sept mois. Or, on évalue jamais les effets de la loi précédente que déjà, on en écrit une autre.
F. I. – Alors, était-il nécessaire de refaire une énième loi sur la question de l’asile ?
P. H. – Je ne le crois pas, et en tout cas, pas de manière aussi précipitée. D’abord parce que cette question ne se règle pas prioritairement au niveau national, mais au niveau européen. La question de l’asile demande des convergences, une harmonisation du droit entre les principaux pays d’accueil et une révision complète d’un règlement dit « de responsabilité » qui en réalité est kafkaïen : le règlement de Dublin sur les états de première entrée qui ont normalement la responsabilité de prendre en charge les immigrés. Mais vous savez très bien qu’il ne fonctionne ni en Grèce, ni en Italie qui subissent l’arrivée massive d’immigrés. Donc, c’est au niveau européen que cela se joue.
Deuxièmement, je crois qu’il fallait véritablement prendre le temps de la concertation, arrêter de raisonner en politiques, tout seul de son côté, sans s’appuyer sur la réflexion des universitaires ou l’expérience des associations  qui sont sur le terrain. Je trouve que finalement, cette précipitation alimente un certain nombre de polémiques qui font peut-être le bonheur des éditorialistes, mais qui en réalité ne règlent rien sur le terrain.
Nous avons véritablement des défis à relever ensemble, car la question migratoire ne va pas s’arrêter demain. Des défis sont communs à toute la communauté internationale. Donc il faudrait lever la tête et ne pas vouloir parler ou flatter les mauvais côtés de l’opinion publique. Je crois que c’est cela que nous avons à faire et que le politique doit aussi faire : il a à éclairer les populations, à faire de la pédagogie sur une question qui est ressentie avec beaucoup d’anxiété par un certain nombre de nos concitoyens…
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#dessin – Voie de disparition : Syndicats, le déclin s’accélère

Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
L’Opinion 18/04/2018 Fanny Guinochet

Une étude choc de la Fondapol, l’administration arrange les chiffres de mesure d’audience dans le but de masquer la perte de représentativité des syndicats
 
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