SNCF : le pari de la réforme

Editorial. Le rapport Spinetta sur « l’avenir du ferroviaire » souligne une évidence : le système est à bout de souffle et attendre pour agir ne ferait qu’aggraver la situation.
Le Monde | 17.02.2018
Editorial du Monde. Le rapport Spinetta sur « l’avenir du ferroviaire » est-il la première étape d’une réforme de la SNCF différée depuis plus de vingt ans ou bien un nouveau ballon d’essai lancé par le gouvernement avant qu’il se résolve, comme ses prédécesseurs, à reculer devant de probables mouvements sociaux ? En tout cas, le document remis le 15 février par l’ex-patron d’Air France au premier ministre décrit avec lucidité une situation que nul ne peut plus ignorer, celle d’un système ferroviaire à bout de souffle, maintenu sous oxygène par un Etat qui n’en a décemment plus les moyens.

France February 15, 2018. REUTERS/Regis Duvignau

Lire aussi :   SNCF : neuf propositions-chocs et une révolution dans le rapport Spinetta
Comment ainsi justifier 10,5 milliards d’euros de concours publics, alors que chaque année la dette continue de gonfler de 3 milliards ? Comment celle-ci, qui a déjà atteint 46 milliards, pourrait-elle passer à 62 milliards en 2026, sans que l’on entrevoie une quelconque sortie de ce cercle vicieux ? Comment continuer à dépenser 1,7 milliard d’euros chaque année pour des lignes qui transportent seulement 2 % des voyageurs ?
Pour résoudre cette équation devenue impossible, le rapport propose deux principes de bon sens – qualité qui a justement fait cruellement défaut ces dernières décennies : la « cohérence des choix publics » et la « responsabilisation des acteurs ». Leur mise en œuvre passe par des mesures-chocs. Il s’agit notamment d’une remise à zéro, ou presque, des compteurs de la dette (qui serait reprise par l’Etat) pour que l’entreprise puisse assumer sereinement l’effort de modernisation de son réseau, dont les bugs à répétition ces derniers mois ne font que souligner l’urgence. En échange de quoi, la SNCF deviendrait une société anonyme à capitaux publics, ce qui mettrait fin à la possibilité de s’endetter quasiment sans limite comme c’est le cas aujourd’hui.
Une vision comptable
Autre mesure explosive : la révision du statut des agents de la SNCF pour les nouveaux embauchés, qui se verraient ainsi privés notamment de la garantie de l’emploi et d’augmentations automatiques en dehors de toute logique économique. Un système qui ne garantit en rien la capacité de l’entreprise à remplir ses missions, mais qui génère un surcoût de 30 % difficilement supportable au moment de l’ouverture du secteur à la concurrence.
On peut reprocher au rapport de se contenter d’une vision comptable du système ferroviaire, avec pour seule perspective son attrition, sans vraiment redéfinir la place du ferroviaire sur un plan sociétal, notamment par rapport à la route, dont le coût réel reste peu transparent et les conséquences environnementales lourdes. Mais il a le mérite de souligner une évidence : la situation n’a que trop duré et attendre pour agir ne ferait que l’aggraver.
C’est dans ce contexte que le premier ministre doit maintenant ouvrir une « première phase de concertation ». Certains syndicats parlent déjà de « déclaration de guerre », tandis que la CGT appelle à une « manifestation nationale » des cheminots le 22 mars, espérant raviver le souvenir des grandes grèves de 1995, qui n’a cessé de hanter tous les gouvernements au cours des deux dernières décennies.
Emmanuel Macron prend le pari que la France de 2018 a changé, et que les propositions de réforme qui avaient conduit, il y a vingt-trois ans, aux fameuses « grèves par procuration » d’une partie de la population ont fini par infuser dans les esprits. C’est un pari risqué, mais s’il n’est pas tenté, c’est notre système ferroviaire qui pourrait être le grand perdant.
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Bien choisir son paquebot …? – Pugilat en mer, la croisière vire au cauchemar

Ouest-France 19/08/2018
La croisière ne s’amuse plus du tout… Vingt-trois membres d’une même famille, qui terrorisaient les autres passagers, ont été débarqués en Australie après une violente bagarre. C’est le deuxième incident du genre en quelques jours.

Mais que se passe-t-il donc dans eaux australiennes ? Il y a huit jours, une bagarre avait éclaté dans la file d’attente masculine des toilettes du Pacific Explorer, un bateau de croisière la compagnie P&O. Dans la mêlée, une passagère russe avait cassé une bouteille de vin sur la tête d’un des messieurs. Le paquebot avait dû rentrer à Sydney pour débarquer les importuns. Un incident similaire, mais avec un degré de violence semble-t-il plus élevé, vient de se reproduire.
La scène s’est passée cette fois à bord du Carnival Legend, un paquebot de la compagnie Carnival Cruise, qui était en mer pour une croisière de dix jours. Il se trouvait dans la baie de Jervis, à plus de 200 km du littoral australien, quant une bagarre a éclaté entre plusieurs passagers. « C’était un bain de sang », a décrit un croisiériste sur la chaîne de télévision 9News. « Une croisière en enfer », dit un autre. D’après ce qu’on peut voir sur des vidéos tournées à bord, près d’une trentaine de personnes étaient impliquées dans la rixe, dont l’origine reste confuse.

Le Carnival Legend. (Photo : DR)
Tolérance zéro
Le navire s’est dérouté en urgence pour faire une escale – non prévue ! – dans le port d’Eden. Vingt-trois personnes appartenant même famille – des hommes, des femmes, des ados, des enfants – ont été débarquées de force et remis à la police. « Nous appliquons une tolérance zéro avec les comportements excessifs qui dérangent les autres passagers », s’est justifiée la compagnie.
Selon plusieurs témoignages, cette famille de Melbourne terrorisait les autres passagers depuis le début de la croisière. Les bagarres – jusqu’à sept, d’après la chaîne ABC – se sont enchaînées. Un homme, qui avait eu l’audace de leur faire une remarque, s’est retrouvé cerné par cinq membres de cette famille. « Ils lui ont dit de faire attention à ses arrières », raconte son épouse. Une autre, alors que les perturbateurs étaient toujours à bord, racontait : « Nous ne quitterons plus notre cabine. Nous avons trop peur pour notre sécurité. »
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L’aviation, ce pollueur auquel personne ne veut s’attaquer

Siné Mensuel – février 2018 – Maxime Carsel – 
En dix ans, le trafic aérien a bondi de 65 % et cette progression va continuer de croitre. Pourtant, l’aviation est une des principales responsables du changement climatique. Alors, pourquoi une telle inertie politique ?L’aviation, ce pollueur auquel personne ne veut s’attaquerQuand les attentats du 11 septembre 2001 ont ébranlé le monde, la totalité du trafic aérien s’est arrêtée aux États-Unis ce jour-là. On n’avait pas vu ciel plus clair depuis des décennies. Les télescopes étaient de sortie et les scientifiques s’en sont donné à cœur joie.
Parmi les nombreuses observations, le docteur David Travis, climatologue à l’université du Wisconsin à Whitewater, a mis en lumière que la température avait baissé de l’ordre de 2°C durant cette seule journée du 11 septembre : « L’absence d’avions combinée à des conditions météorologiques favorables ont créé cette variation de température », explique-t-il.
En d’autres termes, il s’est aperçu que les traînées de condensation laissées dans le ciel à des kilomètres de la surface de la Terre, donc inoffensives à première vue, produisaient un effet de serre. Ce type de nuage est même récemment entré dans l’Atlas international des nuages sous le nom de cirrus homogenitus. Une découverte qui a conforté les scientifiques se doutant déjà de l’impact des avions sur les nuages.
Selon eux, le trafic aérien mondial est responsable de 5 % du réchauffement, deux fois plus que ce qu’émet la France en une année. « Il y a aussi une pollution en haute altitude par le NOx (oxyde d’azote). Ces émissions ne sont pas régulées par les politiques. Et de son côté, l’aviation civile est très en retard sur ses objectifs », confie Lorelei Limousin, responsable des politiques de transports au Réseau Action Climat. « Le seuil des 2°C de la COP21 n’est atteignable que si le trafic aérien baisse ses émissions », poursuit-elle.

Amendement retoqué
Or l’aviation civile devrait s’accroître considérablement dans un futur proche et ce sans efforts supplémentaires pour limiter les dites émissions. Au 10 juillet 2017, 28 235 appareils volent à travers le monde d’après le site Flightglobal.com, soit 65 % de plus qu’en 2008 ! Et ce chiffre devrait quasiment doubler sur les vingt prochaines années pour atteindre 51 200 appareils en 2036. Pour la première fois, on a dépassé les 4 milliards de passagers transportés par l’aviation civile dans le monde en 2017.
Un chiffre qui nous semblera vite ridicule ! Car le nombre de passagers transportés pourrait atteindre 7,3 milliards en 20134 et même 16 milliards en 2050 d’après l’association internationale du transport aérien (Iata).
Cette croissance rapide est en partie alimentée par une absence totale de taxes sur le kérosène depuis la convention de Chicago qui date de… 1944 ! « A cette époque là, on ne parlait pas de réchauffement climatique. Les objectifs étaient de développer les liaisons aériennes, rien d’autre », explique Lorelei Limousin (1). depuis, malgré de nombreuses révisions (neuf au total), cet accord n’impose pas la moindre taxation du précieux carburant. En France, l’ancienne députée de l’Essonne Eva Sas avait pourtant essayé de proposer des amendements qui allaient dans ce sens : « Chaque année, je proposais l’amendement au projet de loi de finance. Je  l’affinais pour qu’il passe mais c’était peine perdue. Le lobby aérien est très fort« .

Pourtant, à l’heure actuelle, la seule solution pour freiner cette course folle vers le dérèglement climatique serait d’inciter les voyageurs à utiliser des transports annexes moins polluants comme le train. Le combat d’Eva sas est aujourd’hui repris par d’autres députés. « Nous avons proposé d’instaurer une telle taxe dans un amendement que nous avons déposé dans le projet de loi de finance 2018, mais il a été retoqué… » raconte le député France insoumise Loïc Prud’homme, de la commission du développement durable à l’Assemblée nationale. La SNCF paie une taxe sur l’électricité, les automobilistes la paient aussi mais les compagnies aériennes profitent depuis soixante-quatorze ans d’une niche fiscale. En France, la ristourne est estimée à 3 milliards d’euros pour les vols internationaux et 500 millions d’euros pour les vols nationaux. « On attend encore une législation environnementale de haute exigence en France et en Europe mais c’est un vœu pieux« , ajoute le député. Cet argent servirait à développer l’offre ferroviaire à l’échelle nationale, plus économique et moins coûteuse, quand on sait qu’un passager en avion pollue quarante fois plus qu’un passager en train. « 20 % du trafic aérien en France est exclusivement métropolitain, on peut donc aisément imaginer un transfert de ces voyageurs sur les trains » précise Lorelei Limousin. 
Les Assises du transport aérien devraient se tenir dans les mois à venir et la loi sur les transports pourrait être l’occasion de mettre en place une fiscalité écologique en attendant de voir – dans un futur lointain –  des moteurs parfaitement propres comme les décrit Frank Gire, professeur agrégé en mécanique à l’École nationale d’ingénieurs de Saint-Étienne. « Il est possible de concevoir des moteurs à combustible alimentés en hydrogène avec une filière d’énergies renouvelables en amont mais aucun pays ne veut mettre l’argent. Le problème est politique, pas technique« .
423 aéroports en chantier !
En janvier, le dossier sur l’aéroport de Notre-Dame-des-landes a été définitivement enterré. Mais cette victoire semble dérisoire face aux 423 aéroports en cours de construction dans le monde. Atlanta, qui possède le plus fréquenté de la planète, avec 104 millions de passagers par an, devrait se faire doubler par le pimpant Istambul New Airport qui ouvrira ses portes cette année. Lui-même sera vite détrôné par celui de Daxing, qui desservira Pékin, un monstre de 700 000 m2 que la Chine inaugurera en 2029 pour accueillir plus de 100 millions de passagers  chaque année. Alors que neuf pays de l’UE ont été convoqués par Bruxelles fin janvier pour non-respect  des normes de qualité de l’air, personne ne prend réellement en compte la problématique aérienne… De quoi « tomber du ciel à travers les nuages », comme le chante notre ami Jacques Higelin.
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« Autisme  » : Les grands oubliés de l’autisme sont les adultes

Le JDD  17/02/2018
Autisme – Tribune de la présidente de la Haute autorité de santé sur l’autisme : « Poursuivons nos efforts »
TRIBUNE – Dominique Le Guludec,* présidente de la Haute autorité de santé (HAS) dévoile la philosophie des nouvelles recommandations de son institution pour la prise en charge de l’autisme.

Dominique Le Guludec, présidente de la HAS (HAS)
Dans trois semaines, à la mi-mars, le gouvernement dévoilera le contenu du quatrième plan autisme, préparé par Sophie Cluzel, la secrétaire d’Etat chargée du handicap. Mais dès ce lundi, la situation des 700.000 personnes atteintes de troubles neuro-développementaux sera au cœur du débat. Deux nouvelles recommandations de prise en charge de l’autisme, destinées aux professionnels de la santé et du social mais aussi aux personnes autistes et à leurs familles, vont en effet être présentées. La première, actualisation d’un travail achevé en 2012, concerne les enfants et cherche à renforcer leur accès à un diagnostic précoce. La seconde traite, pour la première fois, de l’accompagnement des adultes, grands oubliés des politiques publiques, comme vient de le pointer un rapport de la Cour des comptes. Dans une tribune publiée par le JDD.fr, la professeure Dominique Le Guludec, présidente du collège de la Haute autorité de santé (HAS), dévoile la philosophie des nouvelles recommandations, centrées sur la mise en place d’ »interventions personnalisées, adaptées et réévaluées tout au long de la vie ». Voici sa tribune :
Un parcours souvent chaotique
« Depuis une vingtaine d’année, des progrès considérables ont été réalisés dans la connaissance de l’autisme et des interventions à mettre en œuvre. Il est impossible cependant de se satisfaire de la situation actuelle, tant pour les personnes autistes et leur famille, que pour les professionnels qui les accompagnent. Aujourd’hui, le parcours des enfants et de leur famille est encore souvent chaotique, fait d’errances et de ruptures pour nombre d’entre eux. L’accompagnement des personnes adultes a trop longtemps été laissé de côté alors que le respect de leurs droits impose de penser les moyens de leur inclusion dans la société. Quant aux professionnels, ils ne savent pas toujours vers qui orienter les personnes et leur famille, dans un contexte où l’offre doit encore être organisée, structurée et équitablement répartie sur le territoire.

Sans tomber dans l’angélisme ni empêcher le débat d’idées, nous devons unir nos efforts au profit d’une amélioration effective de la qualité de vie des personnes autistes. Cela passe par un changement de paradigme : ne plus s’arrêter aux déficits et difficultés des personnes autistes mais miser sur leurs capacités et compétences pour parvenir à leur autonomie et leur inclusion dans la société. Cela nécessite aussi de dépasser les querelles pour concentrer les énergies à renforcer l’accès à un diagnostic précoce et à déployer rapidement des interventions personnalisées, adaptées et réévaluées tout au long de la vie.
Un engagement continue depuis 2005
Depuis 2005, la Haute autorité de santé (HAS) s’est engagée de manière continue sur le sujet de l’autisme en mettant à disposition différents travaux – notamment sur les interventions auprès des enfants en 2012 – pour aider les professionnels dans leurs pratiques au quotidien. Nous complétons notre contribution ce lundi par deux nouvelles recommandations élaborées avec les personnes autistes, leur famille et l’ensemble des professionnels concernés au sein de l’univers sanitaire et médico-social. Il s’agit d’une part de l’actualisation des recommandations sur le diagnostic de trouble du spectre de l’autisme chez l’enfant qui est possible dès 18 mois si les signaux sont identifiés et pris en compte ; et d’autre part de la première recommandation sur les interventions à organiser pour les personnes adultes, en vue du respect de leurs droits et de leur accompagnement à l’autonomie*.
Avec ces deux nouvelles publications, nous achevons un premier cycle complet de recommandations de pratiques professionnelles à déployer : du repérage et de l’identification des signes d’autisme, au diagnostic et à la mise en œuvre de pratiques médicales, paramédicales et médico-sociales personnalisées et coordonnées, de la petite enfance à l’âge adulte.
Un chemin encore long
Les défis qui restent à relever reposent sur une multitudes d’acteurs : les chercheurs, qui doivent permettre une meilleure connaissance des mécanismes physiopathologiques de l’autisme et qui doivent mener des études cliniques pour évaluer l’efficacité des interventions mises en place ; les professionnels qui doivent s’investir pour délivrer des soins et des accompagnements sociaux et médico-sociaux sur l’ensemble du territoire et dans chacun des domaines de la vie, en se coordonnant et en s’appuyant sur des repères conformes aux données actuelles de la science ; l’éducation nationale et les organismes de formation professionnelle qui doivent s’engager plus encore pour proposer des formations adaptées aux compétences des personnes autistes ; les agences régionales de santé dont l’enjeu est de structurer et d’accompagner une organisation efficiente et de qualité au plus près des territoires et d’en informer les parents et les personnes elles-mêmes.
La HAS va elle aussi poursuivre son investissement au service des personnes autistes. En premier lieu, nous avons la responsabilité de faire connaître les recommandations aux professionnels. En second lieu, nous devons inciter à leur mise en œuvre effective en nous appuyant, notamment, sur l’évaluation des établissements (certification des hôpitaux et cliniques, évaluation externe des établissements médico-sociaux). L’élargissement prochain de nos missions dans le domaine social et du médico-social, voulu par le législateur, renforce notre devoir et notre intérêt à agir aux côtés de tous les acteurs.
A la veille du 4e plan autisme, le chemin à parcourir est encore long. Nous espérons que l’engagement de tous sera à la hauteur des enjeux. La HAS sera à l’écoute des besoins qui émergeront et se tient prête à mobiliser ses compétences. »
* Réalisée avec l’Anesm, agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux
Brigitte Macron et l’autisme : une première forme d’engagement pour la première dame?

* Par Professeure Dominique Le Guludec, présidente du collège de la Haute autorité de santé (HAS)
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États-Unis. Prochaine tuerie de masse : le scénario est déjà connu

Le Courrier International – 18/02/2018 – The Boston Globe – Boston –
Des personnes se sont regroupées pour une veillée funèbre à Parkland, en Floride, après la fusillade dans un lycée de la ville le 14 février.  REUTERS/Carlos Garcia Rawlins
Après San Bernardino, Las Vegas ou encore Orlando, c’est cette fois un lycée de Parkland, en Floride, qui a été la cible d’une fusillade de masse cette semaine. Un événement devenu si courant dans l’actualité américaine que le Boston Globe déroule déjà le scénario du prochain scénario de la prochaine tuerie de masse aux États-Unis, “des événements devenus si communs qu’ils semblent suivre le même triste déroulé”. Le quotidien américain estime que seuls trois éléments ne sont pas encore connus : “Qui, où et combien de victimes ? »
“Ce sera un homme, ou peut-être encore un garçon”, écrit le Boston Globe. “Il aura un fusil semi-automatique […] acheté légalement,” comme c’était le cas de Nikolas Cruz, accusé d’avoir tué 17 personnes dans son ancien lycée, en Floride, le 14 février.
“Il se dirigera à pied vers une école, une salle de concert ou un bureau. Et il ouvrira le feu sur une foule d’innocents. Alors qu’il sera encore en train de tirer – crak crak crak – le mot commencera à se répandre. Les survivants cachés dans les vestiaires ou derrière les kiosques enverront des photos, des textos et des vidéos à un monde une fois de plus atterré.”
“Il” est déjà prêt
Ces vidéos, ces images, seront reprises par les chaînes de télévision, qui donneront la parole aux victimes – “des voix familières”, précise le Boston Globe – puis trouveront des héros, citoyens ordinaires qui ont aidé leur prochain dans ces moments de terreur. Les médias l’évoqueront ensuite, “lui”, le tueur : « Il était bizarre, confus et cruel avec les animaux ; il montrait des signes de troubles psychiques ; il avait perdu son travail ; il battait sa femme.
Puis les débats politiques auront lieu : interdiction des armes, respect du deuxième amendement de la Constitution, pensées et prières… “Puis tout cela se reproduira. Qui que ce soit, il possède sans doute déjà son fusil. Et il suivra le scénario. Nous aussi.”

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Dissuasion nucléaire : les docteurs Folamour vous saluent bien

Le Canard enchaîné – 14/02/2018 – Jean-Luc Porquet –
Qu’est-ce qui coûte horriblement cher et qui ne sert à rien ? La Bombe, évidemment. Chaque année, la France jette par la fenêtre environ 3,6 milliards (le montant exact est tenu secret) pour sa dissuasion nucléaire, et ce depuis plus de soixante-dix ans. A partir de 2020, la dissuasion coûtera encore plus cher, environ 5 ou 6 milliards par an : fervent partisan de ce petit jeu atomique du « je te tiens, tu me tiens », Macron vient de promettre aux armées de redoubler d’efforts pour que notre Bombe qui ne sert à rien soit la plus moderne possible.
De son côté, Trump fait plus fort encore. Il vient de trouver une brillante idée pour moderniser le sienne, de Bombe. Dans un petit document de quelques pages rendu public le 2 février, le « Nuclear Posture Review », il annonce que les États-Unis vont se doter de bombes nucléaires « miniatures », dans les 5 kilotonnes, soit le tiers d’Hiroshima. Son raisonnement est imparable. Considérant que les grosses bombes classiques feraient tellement de dégâts que personne n’osera s’en servir, il saute aux yeux que, des bombinettes qui ne tueraient que 30 000 personnes d’un coup ça devient plus plausible comme menace, non ? Qui douterait que lui, Trump, oserait s’en servir, hmmm ?
Certes, voilà encore des dépenses en perspective à ajouter au colossal budget de la Défense américaine (716 milliards de dollars). Mais qu’importe ! Enfin des bombes atomiques qui pourraient ne pas servir à rien ! Çà, c’est du pragmatisme ! Évidemment, Beatrice Fihn, une représentante de l’Ican, ce mouvement pour l’abolition des armes nucléaires qui a reçu le prix Nobel de la paix l’an dernier pour avoir réussi à convaincre 122 États de voter l’interdiction des armes nucléaires, s’est aussitôt inquiétée : « Cela baisse le seuil d’utilisation des armes nucléaires »  (La Croix 5/2). Ces pacifistes ne sont jamais contents. Puisqu’on vous dit qu’en rendant la menace plus crédible ces bombes renforcent la paix !
AFP PHOTO / Fabrice COFFRINI (Photo credit should read FABRICE COFFRINI/AFP/Getty Images)
 Trump récrit les règles du jeu.Le monde entier se réarme. Macron ne veut pas être en reste. Comment menacer sérieusement la terre entière avec nos 300 têtes nucléaires ? Nos quatre sous-marins nucléaires qui promènent en permanence 16 missiles balistiques contenant chacun 6 têtes (dont chacune peut déclencher un nouvel Hiroshima), commencent à fatiguer : il va falloir en construire quatre autres.
50 ans du Redoutable : pourquoi la France a-t-elle toujours besoin de ses sous- marins ?
Et la « composante aéroportée« , comme disent les experts ? Nos Rafale sont magnifiques et pourraient balancer des missiles n’importe où s’il n’y avait pas ces satanées défenses antimissiles.Il va donc falloir fabriquer des missiles à la fois hyper-véloces, difficiles à courser et hyper-furtifs, qui échappent aux radars. Tout cela nécessite des technologies hyper-pointues, des investissements faramineux, l’embauche de chercheurs spécialisés… Bref, une telle montagne de fric que ça serait dommage de ne pas s’en servir un jour !
Présentez, larmes !
Se félicitant de l’effort exceptionnel de Macron en faveur de la défense nationale – près de 300 milliards d’euros d’ici à 2025 – un responsable militaire anonyme a tenu à livrer au « Monde » (9/2) cette analyse : « Les victimes de attentats de 2015 et 2016 ne seront pas morts pour rien. »
On attend avec impatience le lancement du sous-marin nucléaire « Jean-Cabu », un hélicoptère Charb, des avions d’attaque Wolinski et Tignous, des chars de combat Honoré, des frégates « La Belle Epoque » et su^porte-avions Bataclan…
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Groenland – Une ancienne base secrète menace l’Arctique

Ouest-France 16/02/2018 Par Caroline Durand

Le réchauffement climatique a fait resurgir la base militaire secrète américaine de Camp Century, dans les glaciers du Groenland. Elle regorge de produits chimiques qui menacent de se déverser dans l’océan à cause de la fonte des glaces et inquiète les scientifiques.
Camp Century est une ancienne base militaire, construite par les Américains dans les années 1950 pendant la guerre froide. Située dans le nord-ouest du Groenland, elle portait le mystérieux nom d’Iceworm : le projet « Ver de glace ».
Les États-Unis ont décidé à l’époque de construire en secret cette base au cœur des glaciers arctiques, afin de mettre le territoire soviétique à portée de missiles américains. Dans l’immensité blanche, les militaires ont creusé de longues galeries pour y stocker leurs missiles. Mais le projet restera inachevé. En 1967, les États-Unis quittent la base, car les ingénieurs s’aperçoivent que les tunnels ne résistent pas, la glace les fait s’effondrer. Ils abandonnent derrière eux, dans la glace, de nombreux produits chimiques et des déchets potentiellement radioactifs.
Ils ne pensaient pas aux risques climatiques
Cette base a été redécouverte en 2016, en partie à cause du réchauffement climatique. La fonte de la calotte glaciaire inquiète depuis de nombreuses années les scientifiques.
« Personne ne pensait que la base ferait surface mais le monde a changé. Au train où vont les choses, elle devrait être peu à peu mise au jour à partir de 2090 », explique William Colgan, glaciologue à l’université canadienne d’York.

(Photo : the_lightwriter/Fotolia)
Dans une récente étude publiée le 8 janvier 2018 par le Massachusetts Institute of Technology (MIT), les scientifiques expliquent que la glace autour de la base militaire recèle encore des dizaines de milliers de litres de fuel, de grandes quantités de produits chimiques et de possibles matières radioactives de faible activité.
Selon les chercheurs à l’origine de l’étude, les produits chimiques en question sont essentiellement synthétiques. Ils seraient très dangereux pour la santé et l’environnement. Cela soulève également un autre problème : l’élévation du niveau de la mer pourrait entraîner l’écoulement de ces matières toxiques dans l’océan.
D’autres bases militaires à surveiller de près
« Les îles du Pacifique sont particulièrement vulnérables », souligne le rapport publié par le MIT. Selon les scientifiques, il y a encore des déchets radioactifs militaires dans la plupart des bases construites pendant la guerre froide. Par exemple, sur l’atoll Johnston, aux larges de Honolulu ainsi qu’aux îles Marshall, près de l’île de Nouvelle-Guinée.

« D’autres matériaux toxiques peuvent être trouvés sur d’autres sites, y compris la pointe d’Orote à Guam, l’atoll d’Ulithi sur les îles Carolines, les îles Salomon et l’île Midway », ajoute encore Jeff D. Colgan, professeur agrégé de science politique et d’études internationales à l’Université Brown.
Un problème diplomatique sérieux

Donald Trump. (Photo : Manan Vatsyayana/Reuters)
Si les chercheurs ont publié ces études, c’est avant tout pour alerter les dirigeants des différents pays du monde. Le premier rapport, publié en 2016 dans la revue Geographical Research Letters avait fait réagir le Pentagone, qui avait reconnu la « réalité du changement climatique et les risques quil pose ».
Pourtant, le 30 janvier 2018, Donald Trump et son gouvernement ont présenté un nouveau plan d’actions stratégiques pour la défense des États-Unis, dans lequel les problèmes créés par le réchauffement climatique n’étaient nullement évoqués…
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Insolite – Huit heures d’avion avec un enfant qui crie

Ouest-France 16/02/2018
Ces passagers doivent maintenant détester les enfants… Pendant un vol de 8 heures entre l’Allemagne et le New Jersey, aux États-Unis, les passagers ont vécu l’enfer.

Un enfant de 3 ans a crié pendant presque tout le vol. Dans la vidéo, on le voit debout sur son siège, hurlant et frappant le plafond de l’avion. On le voit également courir dans les allées, toujours en criant, sans que sa mère réagisse. Un vrai petit ange…

Vidéo

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Laurent Wauquiez s’est porté un mauvais coup tout seul : Laurent Wauquiez consterne la droite

Le JDD 18/02/2018

L’EDITO DU JDDSur Europe 1, le directeur de la rédaction du JDD, Hervé Gattegno, revient avec Wendy Bouchard sur les propos polémiques tenus par Laurent Wauquiez à l’EM Lyon
Bonjour Hervé Gattegno. Vous revenez ce matin sur les propos de Laurent Wauquiez devant des étudiants à Lyon, qui ont été dévoilés par l’émission Quotidien et qui ont déclenché une polémique. Est-ce que ces réactions vous paraissent excessives ou est-ce que, pour vous, c’est une polémique justifiée?
C’est la moindre des choses qu’on soit choqué par les propos de Laurent Wauquiez. Que devant des étudiants d’une grande école à qui il donne des cours – on se demande des cours de quoi –, qu’il tienne des propos à l’emporte-pièce, qu’il porte des accusations parfois très graves (contre Nicolas Sarkozy, contre Emmanuel Macron, contre Gérald Darmanin), c’est déjà en soi complètement insane. Mais le plus grave, c’est qu’il dise en commençant son cours que pour une fois, il va dire la vérité et par des bullshit comme quand il passe à la télévision (c’est-à-dire du tout et n’importe quoi) – là, c’est vraiment consternant pour un politique de ce niveau. Qu’on prenne ça pour de la démagogie ou pour de la désinvolture, c’est affligeant. Pour tout dire, ce mélange d’arrogance et de complotisme à deux sous, ça ressemble à du mauvais Donald Trump – c’est dire que ça ne vole pas très haut…
Laurent Wauquiez s’est excusé auprès de Nicolas Sarkozy, mais pas des autres… Il dit que ses propos étaient tenus dans un cadre privé, il menace de porter plainte. Il a tort?
Sur ce point précis, j’ai un peu envie de lui donner raison. Oui, c’étaient des paroles tenues en privé, donc elles n’auraient pas dû être diffusées à son insu – c’est vrai. Sauf qu’on peut s’en désoler, mais on ne vient pas de découvrir qu’aujourd’hui, pour un politique, il n’y a plus grand-chose de privé. Et surtout, sur le fond, ça n’empêche qu’il a bien prononcé ces mots – et que ces mots, ce qu’ils révèlent, c’est ce que la plupart de ceux qui le connaissent lui reprochent (même chez ceux qui le soutiennent), c’est-à-dire son insincérité. Vous savez, ce qu’on appelle le « off », c’est un peu l’inconscient des politiques : c’est quand ils disent ce qu’ils ne devraient pas dire. Donc en l’occurrence, Laurent Wauquiez voulait apparaître sincère en disant que, puisque c’était en privé, il dirait la vérité. Eh bien, ce qu’on retiendra, c’est que quand il parle en public, il dit n’importe quoi. Tant pis pour lui.
Depuis son élection à la tête des Républicains, Laurent Wauquiez semblait dans une bonne phase, il grimpait dans les sondages… Cette affaire peut l’entraver dans sa stratégie de reconquête?
Pour être franc, ce serait justice. Dans n’importe quelle grande démocratie, des propos pareils seraient dévastateurs pour un responsable politique – au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, ce serait peut-être la fin de sa carrière politique, il devrait faire des excuses publiques. En France, il y a une relation compliquée avec les politiques, qui est faite à la fois d’une intolérance systématique et d’une mansuétude troublante. Comme si nous étions aussi cyniques que nous leur reprochons de l’être. Donc soyons clair, Laurent Wauquiez va s’en remettre mais oui, c’est un mauvais coup qu’il s’est porté tout seul. Il voulait moderniser l’opposition, je crois qu’il s’est ringardisé tout seul. Disons qu’après des débuts réussis, il a commis un bel acte manqué.Par Hervé Gattegno

Laurent Wauquiez consterne la droite

Le JDD  18/02/ 2018
Après ses propos fracassants devant des étudiants, Laurent Wauquiez a reçu peu de soutiens.
Laurent Wauquiez est difficilement défendu par les siens (Reuters)
« Mais quelle mouche l’a piqué? », s’étonne un sarkozyste pourtant bienveillant à l’égard de Laurent Wauquiez. Alors que le président des Républicains pouvait savourer une embellie dans les sondages et qu’il venait d’engranger deux victoires dans des législatives partielles, il a provoqué une mini-tornade politique et a même dû ­s’excuser auprès de ­Nicolas Sarkozy… pour s’être un peu trop lâché lors d’une conférence devant des étudiants de l’école de management de Lyon. « Il faut que tout ce que je dise reste entre nous […]. Sinon ce que je vais vous sortir sera juste le bullshit [la connerie] que je peux sortir sur un plateau ­médiatique », les avait-il prévenus. Raté. Enregistrés à son insu, ses propos ont été diffusés dans l’émission Quotidien sur TMC vendredi soir.
Brutal, cynique et vulgaire »
« C’est déloyal – parce qu’un étudiant enregistre un prof à son insu – et malsain – parce qu’il donne l’enregistrement à un média. C’est doublement malveillant », s’est ­insurgé le secrétaire général délégué de LR Geoffroy Didier, quand le porte-parole Gilles Platret évoquait des « bouts de phrases sortis de leur contexte ». On y entend le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes décrire un Sarkozy paranoïaque qui avait mis ses ­ministres « sur écoute pour pomper tous les mails, tous les textos ». ­Expliquer qu’Angela Merkel manque de charisme ou qu’Emmanuel Macron aurait contribué à une « cellule de démolition » du candidat François Fillon pendant la campagne présidentielle. Quant à Gérald Darmanin, visé par une plainte pour « abus de faiblesse », « il va tomber », prétend Wauquiez.
Valérie Pécresse ne veut pas commenter « des propos qui se passent de commentaires »
Ses détracteurs n’en demandaient pas tant. Alors que la majorité s’en donnait à cœur joie samedi – « il y a de drôles d’enseignements dans de drôles d’écoles de commerce », a ironisé ­Darmanin –, c’est d’abord un grand silence consterné qui, à droite, a accueilli ces propos. Sollicitée, la présidente d’Île-de-France, Valérie Pécresse, « refuse de commenter des propos qui se passent de commentaires », selon son entourage. Sous couvert ­d’anonymat, les mots sont durs. « C’est un fou furieux, s’indigne un élu LR. C’est une faute de gamin de 14 ans qui se lancerait en ­politique. » « Il montre son vrai visage : brutal, cynique et vulgaire », assène un responsable de LR. « Wauquiez a lui-même ­officialisé tout ce qui fait que les Français se méfient de lui : il ne pense rien de ce qu’il dit », estime un ancien ministre LR, qui évoque « une énorme sortie de route ».
Plus grave sans doute aux yeux d’une base militante sarkolâtre, Sarkozy n’a pas du tout apprécié. Et l’a fait comprendre. Les deux hommes se sont téléphoné samedi matin et Wauquiez « s’est excusé » auprès de l’ancien président, lequel « en a pris note », a fait savoir l’entourage de Sarkozy. Le président de LR s’est fendu d’un communiqué pour assurer qu’il « n’a jamais été question dans [son] esprit de soutenir qu’on ait fait surveiller des membres du gouvernement ». Il y dénonce par ailleurs la diffusion de propos « enregistrés de façon illégale », menace de « suites judiciaires » et, sur le fond, évoque une « discussion libre avec des étudiants, parfois sur le ton de l’humour ».
Cela montre qu’il est cash« 
Son entourage s’efforçait samedi de minimiser : « C’est microcosmique. » « Ce sont des propos tenus à huis clos à des étudiants qui attendaient des anecdotes croustillantes », relativise Brice ­Hortefeux. Parallèlement, l’équipe de Wauquiez relayait la tribune de soutien rédigée par un des élèves du cours, Anatole ­Flahault, qui évoque « une discussion à cœur ouvert, avec des questions des ­étudiants qui étaient tout aussi cash ». Un proche du président de LR ­positive : « Cela montre qu’il est cash et ça fait partie des bons aspects de sa personnalité. » ­Atterré, un élu LR peu suspect de sympathie pour Wauquiez se montre sceptique sur d’éventuels ­dégâts sur son image : « Cela va simplement accentuer la polarisation autour de lui entre ceux qui l’aiment et ceux qui le détestent. Un peu comme pour Trump aux Etats-Unis ».
Lire aussi : Sarkozy, Macron, Darmanin… Les accusations « off » de Laurent Wauquiez
Par Christine Ollivier

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L’Allemagne envisage la gratuité des transports en commun urbains afin de réduire la pollution

Goodplanet info – 14/02/2018 – © AFP –
Berlin– Le gouvernement allemand propose la gratuité des transports en commun afin de réduire la pollution dans les villes, sous la menace d’amendes de l’UE et alors que la justice pourrait bientôt interdire les véhicules diesel dans certaines métropoles.
Dans un courrier de plusieurs ministres allemands, dont celle de l’Environnement, adressé le 11 février à Bruxelles, Berlin dit envisager d’instaurer « la gratuité des transports publics afin de réduire le nombre des voitures particulières » en circulation, en concertation avec les États régionaux et les communes. Cette lettre à la Commission européenne, dont l’AFP a eu copie, devra être testée dans 5 villes du pays, dont l’ancienne capitale Bonn (300.000 habitants environ) et la métropole industrielle de la Ruhr, Essen, qui compte près de 600.000 habitants.
Elle est néanmoins dévoilée alors que la chancelière Angela Merkel n’a pas encore finalisé son nouveau gouvernement, ce qui en limite la portée. Parmi les trois ministres signataires de la lettre, seule celle de l’Environnement, la social-démocrate Barbara Hendricks, devrait être reconduite dans ses fonctions.
Le gouvernement envisage aussi de « fixer des règles contraignantes » aux bus et aux taxis pour qu’ils respectent des seuils de pollution. Si le projet se concrétise, « au plus tard à la fin de l’année », Bonn, Essen, Herrenberg, Reutlingen et Mannheim devraient donc proposer aux usagers de voyager gratuitement à bord des bus, trams et autres transports en commun utilisés par des centaines de milliers de personnes chaque jour. Une mesure qui si elle est mise en place devrait ravir les utilisateurs qui déboursent dans certaines villes comme Berlin 2,80 euros ou Munich 2,90 euros pour un ticket à l’unité.
En Allemagne, pays où la voiture est reine, le nombre d’usagers des transports en commun connaît une croissance sans interruption depuis vingt ans. L’an dernier, la Fédération allemande des entreprises de transports a ainsi enregistré 10,3 milliards de déplacements. Mais d’ores et déjà le projet inquiète les communes qui risquent de devoir gérer un flot soudain et considérable de nouveaux voyageurs. Elles s’interrogent en outre sur l’épineuse question du financement: « Le gouvernement fédéral doit dire comment il veut financer cela », a prévenu Michael Ebling, président d’une fédération de régies communales (VKU).
La part de financement de l’État fédéral pour appliquer la gratuité des transports et acquérir de nouveaux véhicules, tout en embauchant du personnel supplémentaire dans les régies de transport, n’est encore nullement définie. Le maire de Bonn, Ashok Sridharan, avertit aussi qu’il va devoir subitement accroître le parc de bus et de tramways écologiques dans sa cité. Or, « je ne connais pas de constructeur qui puisse livrer en un si court laps de temps les bus électriques dont nous aurions besoin », a-t-il averti. L’ONG Greenpeace réclame de son côté de diminuer les possibilités de parking ou d’augmenter les « péages » dans les villes pour limiter la circulation automobile.
Avec ce paquet de mesures, Berlin espère convaincre Bruxelles de ne pas saisir la Cour européenne de justice à son encontre, comme il menace de le faire pour neuf pays au total, dont la France. Bruxelles est exaspérée devant l’absence de propositions de ces États pour réduire la pollution de l’air dans les villes, en dépit de nombreuses mises en demeure adressées aux pays par le passé. Les neuf pays avaient été sommés fin janvier de s’expliquer alors qu’ils dépassent régulièrement les limites d’émissions destinées à protéger la santé des Européens pour deux polluants clés: les particules fines (PM10) et le dioxyde d’azote (NO2).
Dieselgate. Si vous êtes une victime de Volkswagen…
Les dernières propositions de Berlin interviennent aussi à un moment où les autorités sont sous pression au sujet du diesel, avec le risque de voir certaines villes interdire les véhicules roulant au gazole pour réduire les émissions polluantes. Un jugement clé dans ce domaine est prochainement attendu en Allemagne.
Les tentatives ponctuelles d’instaurer la gratuité des transports en commun se sont avérées jusqu’ici plutôt infructueuses. Aux États-Unis, la grande métropole de Seattle a ainsi abandonné une telle mesure.
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Un temps pour soi – #01 Se connaître et s’aimer, ou le narcissisme réhabilité

Le Temps 16/02/2018

#01 Se connaître et s’aimer, ou le narcissisme réhabilité

Fabrice Midal, auteur de «Foutez-vous la paix!», récidive avec «Sauvez votre peau!» dans lequel il réhabilite l’amour de soi comme ouverture vers l’autre
Non, le narcissisme n’est pas un vilain défaut. Ce n’est pas un trouble de la personnalité qui se manifeste par un sentiment excessif de son importance et le besoin tout aussi excessif d’être admiré en conséquence, comme l’indique le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders).
Fabrice Midal est formel. Selon cet écrivain et philosophe français qui publie ces jours Sauvez votre peau! Devenez narcissique, le narcissisme bien compris correspond au contraire à la capacité de se rencontrer en profondeur et de s’accepter tel que l’on est, avec ses forces et faiblesses, pour en finir avec la culpabilité. «Le mythe de Narcisse a été mal interprété et, depuis les Pères de l’Eglise et les théories de l’altruisme, l’être occidental n’est pas autorisé à s’aimer. Il doit se mépriser et se sacrifier. Résultat, on a façonné une société malheureuse, névrosée, incapable de recevoir et de donner.»
Entretien de réhabilitation avant deux conférences sur le sujet, à Vidy-Lausanne, le 19 février et à Genève, le 14 mars.

Fabrice Midal, en quoi le mythe de Narcisse a-t-il été mal compris?
On dit que Narcisse s’aime tant qu’il ne peut quitter son image des yeux. C’est faux. Lorsqu’il se regarde dans l’étang, Narcisse ignore qu’il s’agit de son propre reflet. Il est amoureux de cet autre aux traits parfaits qu’il essaie de saisir sans succès. Lorsqu’il réalise qu’il s’admire lui-même, il est si malheureux qu’il finit par mourir de tristesse, donnant naissance à la fleur qui prendra son nom. Narcisse ne s’aime donc pas trop, il se méconnaît.
Comment, de cette fable malheureuse, arrivez-vous à cette vision positive du narcissisme?
A travers la fleur, justement. Par sa pureté et sa précocité, le narcisse symbolise le printemps. Le narcissisme que je prône n’est pas amour de soi, niais et infatué. Il est connaissance de soi, lucide et consciente, pour s’accepter sans faux-semblants et avancer.
Vous dites que Socrate, comme Jésus, prônait cette idée de connaissance de soi bienveillante, mais que les choses se sont gâtées avec les Pères de l’Eglise…
Exactement. Avec le «connais-toi toi-même» que Socrate n’a pas inventé, mais qu’il a popularisé, l’être humain était invité à une quête aimante de son intériorité. Rien de punitif. Pareille clémence quand Jésus dit: «Aime ton prochain comme toi-même.» S’aimer soi-même est le socle de la charité. En revanche, quand, au IVe siècle, saint Augustin prend l’homme en dégoût et le somme de se mépriser pour faire toute la place à la parole divine, il piétine l’enseignement du Nouveau Testament et transforme le fait de s’aimer en une obscénité.
A partir de là, le narcissisme est trop souvent vu comme un péché.
Etonnamment, vous regrettez aussi l’altruisme qu’Auguste Comte a élaboré au milieu du XIXe siècle. Cette lutte contre l’individualisme n’est-elle pourtant pas bénéfique?
Pas tant que cela, car cette idée d’altruisme repose sur une mutilation de soi au profit d’un collectif de plus en plus déshumanisé et déshumanisant. Je vous rappelle que toutes les études de marché sont basées sur la collectivité, sur la multitude. S’oublier et se fondre dans la masse, c’est aussi faire fonctionner la société de production et de consommation.
Vous contestez encore le concept d’estime de soi, le fameux «self-esteem» anglo-saxon, alors que ce principe semble aller dans votre sens. Pourquoi?
Parce que ce procédé, trop vague, ne porte pas ses fruits. Dans les années 1980, l’Etat de Californie a pensé que tous les problèmes de société seraient résolus en galvanisant l’ego des habitants. Dans les écoles, dans les homes pour personnes âgées, dans les bureaux, dans la rue, à la télé, on entendait en boucle: «Vous êtes formidables!» Après quelques années, un bilan a montré qu’il y avait toujours autant d’échecs scolaires, d’obésité, de violence ou de drogue. Inviter les gens à s’aimer et s’admirer dans l’absolu ne suffit pas. Le narcissisme passe par l’examen personnalisé de ses qualités et de ses défauts, le pardon pour ses échecs et, surtout, l’admiration pour tout ce qu’on a réussi. C’est une étude ciblée, qui peut impliquer la méditation ou non, mais qui n’est jamais un refrain rabâché.
L’être humain, écrivez-vous, doit se trouver génial… N’est-ce pas abuser? Le génie est affaire d’exception, si tout le monde est génial, plus personne ne l’est, non?
(Rires.) J’exagère peut-être un peu cet amour de soi, mais c’est une réaction à des siècles d’auto-détestation. Se harceler soi-même est une habitude, un geste machinal que l’on effectue sans s’en rendre compte. Jamais l’Occidental moyen n’oserait imposer aux autres le traitement malveillant qu’il s’inflige à lui-même. Les médias ne cessent de fustiger les sujets-rois, les individualistes forcenés, les ego sur pattes… Je ne sais pas vous, mais moi je ne les vois pas, ces êtres-là! Je ne vois que des hommes et des femmes stressés par leur travail, leurs obligations familiales, les diktats sociaux, etc. qui veulent toujours mieux faire au point de se pourrir la vie.
Pourtant, les réseaux sociaux ont érigé le «je» en instance toute-puissante. L’individu ne s’est jamais autant exprimé, autant signalé…
Oui, mais cette frénésie à s’exhiber ne révèle pas un amour de soi. Elle révèle au contraire une immense insécurité. Le vrai narcissique n’a pas besoin de s’afficher constamment sur des supports artificiels. Il est suffisamment serein et sûr de sa valeur pour ne pas avoir à inonder la Toile de sa présence assoiffée et espérer des litres de «like» en retour. La fille de l’un de mes amis ne cesse de se photographier pour sa page Facebook et demande à son père s’il la trouve assez jolie. Souffre-t-elle d’un amour immodéré d’elle-même? Non. Au contraire. Elle manque complètement de confiance en elle. Elle n’est donc pas du tout assez narcissique.
L’autre idée reçue que vous battez en brèche est le péché d’orgueil. L’orgueil, dites-vous, est positif.
Oui et je l’oppose en cela à la vanité. La vanité, c’est l’histoire de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. C’est Trump qui, contrairement à ce que l’on croit, ne s’aime pas. Donald Trump est dans une inquiétude constante quant à sa propre identité, alors il bombe le torse, dit et répète qu’il est le meilleur, le sauveur, mais c’est pure vanité. Le narcissique se sait riche de ce qu’il est. Le vaniteux se fuit, sort de lui, occupe tout l’espace et pourrit la vie de ceux qu’il côtoie.
Et l’orgueil, alors? En quoi cet élan est-il porteur?
Comme le narcissisme, l’orgueil a été conspué par des siècles d’une moralisation aveugle qui nous empêche de nous aimer. Or, si nous réussissons quelque chose, on a le droit, je dirais même on a le devoir, d’être fier de cette réalisation. Traditionnellement, quand un enfant ramène un bon résultat de l’école, on le félicite à peine et, droit derrière, on lui dit qu’il peut mieux faire par crainte qu’il ne se relâche. Je crois au contraire que plus on encense un individu pour ses prouesses, plus il souhaitera poursuivre sur cette voie.
Je dirais la même chose de la coquetterie. Une personne qui prend soin de soi et se fait belle n’est pas vaniteuse, mais respectueuse d’elle-même et des autres. Dans ce sens, il n’y a pas péché d’orgueil, mais vertu d’orgueil! Jusqu’à la fin de sa vie à plus de 95 ans, ma grand-mère a pris soin d’elle. Elle ne voulait pas que je vienne la voir avant d’avoir été chez le coiffeur. Est-ce une faute? Non! Elle était pétillante et heureuse. Elle est un exemple pour moi.
On parle beaucoup ces temps de pervers narcissique. Qu’avez-vous à dire au sujet de ce profil ?
Le pervers narcissique est un individu qui pervertit le narcissisme à l’extrême. Il est fasciné par une fiction qui n’a rien à voir avec la réalité et utilise cette image comme rempart contre lui-même. Elle le coupe de ce qu’il est profondément. Et c’est parce qu’il est abstrait qu’il est violent. Le pervers narcissique contrôle et manipule les autres, car il ne peut se permettre de prendre aucun risque. C’est l’inverse de l’être humain, qui dis «je» et prend le risque du «non» lorsqu’il exprime ses projets, ses problèmes, ses envies et ses besoins. Le narcissique s’expose, le pervers narcissique se barricade.
Nul besoin de s’isoler pour se retrouver, dites-vous. La solitude n’est-elle pas pourtant la voie royale vers soi?
Non, pas forcément. Je suis contre ces concepts creux qui ne font rien progresser en profondeur: l’idée du lâcher-prise, celle de se défaire de son ego ou, comme je l’ai dit plus haut, de travailler sur l’estime de soi… Ce sont des principes vagues qui égarent. Pareil pour l’isolement qui serait la seule manière de s’explorer en profondeur. Pour se trouver, il faut au contraire partir à l’aventure, faire des rencontres, éprouver ses capacités, ses difficultés. C’est en parlant en public que j’ai découvert que j’en étais capable et que j’aimais ça, non en y réfléchissant dans mon lit! S’aimer n’est ni laxiste, ni mou, ni sucré, c’est une expérience d’apaisement final qui peut inclure des séismes en route.
Au fond, vous appelez «narcissisme» ce qu’on qualifierait plus généralement d’examen de conscience bienveillant…
Si vous voulez, mais je dis en un mot ce que vous dites en plusieurs! Et surtout, je réhabilite un terme qui a été mal compris et méprisé depuis des siècles. Ce n’est pas compliqué: je pense qu’il est impossible d’aimer et de faire plaisir à autrui sans s’aimer et se faire plaisir d’abord. Je ne crois pas à l’amour construit sur une privation. C’est la névrose assurée. Croyez-moi, vous ne trouverez jamais personne qui s’aime trop. Les gens dont on dit qu’ils se vénèrent sont en fait des angoissés qui s’exhibent pour se rassurer. Les vrais narcissiques, ceux qui sont en paix avec eux-mêmes et avancent sereinement, sont lumineux, solidaires et joyeux. Qui ne serait pas tenté par cet objectif?
Sauvez votre peau! Devenez narcissique, Flammarion, Paris, 2017.
Fabrice Midal sera le 19 février au Théâtre Vidy-Lausanne et le 14 mars au Théâtre de la Madeleine, à Genève.
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L’homme diminué

La Décroissance – février 2018 – Simon Charbonneau –
A l’heure où une propagande intense relative à « l’homme augmenté »(1)  est en train de nous être infligée par les « élites » du système, , émerge un sujet tabou qui prend à revers l’idéologie du « progrès » sans limites : le déclin de l’espèce humaine, concomitant de la destruction de nos écosystèmes engendrée par le capitalisme technologique. 
En quoi consiste cette dégénérescence constatée par de nombreux spécialistes de la pensée ? Elle est à la fois physiologique et mentale, et sa cause est toujours la même, à savoir l’emprise de la technologie sur nos vies. Aujourd’hui, si l’on prend le premier cas de figure, il est évident qu’au cours du XXème siècle, le développement des moyens d’assistance mécanique destinés à soulager le travail physique dans l’industrie, les transports, l’agriculture et d’une manière générale dans toutes les tâches pénibles de notre vie quotidienne n’a pas été sans conséquences sur nos capacités physiques.
La généralisation de l’usage de la voiture pour nous déplacer explique les difficultés du consommateur à marcher pour aller au supermarché sans assistance motorisée. Cette assistance, qu’elle soit thermique ou électrique s’est maintenant étendue à tous les gestes familiers de notre vie, depuis l’aspirateur remplaçant le balai jusqu’à l’ouvre-boîte électrique. Même le vélo, qui peut être considéré comme bénéfique pour notre forme physique, se voit maintenant affublé d’un moteur électrique qui devrait être réservé aux personnes âgées. Cette évolution ne peut aboutir q’à une dégradation de nos aptitudes corporelles et de notre santé en général.
C’est d’ailleurs ce qu’à constaté récemment la fédération française de cardiologie à propos des jeunes très tôt concernés par diverses formes d’assistance mécanique pour vivre. De là des adolescents incapables de résistance physiologique et toujours tentés par le moindre effort. Entre le paysan beauceron bedonnant car assis toute la journée sur son tracteur et son collègue afghan parcourant ses montagnes à la poursuite de ses troupeaux, le contraste physique est saisissant !
Aujourd’hui, ce n’est plus simplement le corps qui est concerné mais également notre esprit et nos capacités mentales. Avec tous les moyens fournis par nos ordinateurs connectés à Internet, ce n’est plus la peine de prendre une encyclopédie pour chercher une information ! Et pour faire ses comptes, plus besoin du calcul mental : on peut recevoir passivement le résultat. De là ce que l’on pourrait appeler « un effet prothèse » (2), en développement exponentiel avec l’humain connecté qui peut à terme le transformer en larve humaine décérébrée ! Des médecins ont d’ailleurs constaté récemment plusieurs signes de régression des capacités intellectuelles chez nos jeunes qui constituent le signe tragique de l’émergence d’un « homme diminué », une ère qui sera celui du cyborg bardé de prothèses numériques pour pouvoir vivre.
Réagir contre cette évolution désastreuse de l’espèce humaine me semble certainement indispensable pour rester fidèle à notre condition qui est faite de nature et de liberté. De là la nécessité de réfléchir à un programme éducatif concernant d’abord les jeunes  mais également les moins jeunes fondé sur une culture de l’effort et du plaisir de vivre qui peut en découler !
(1) A propos de l' »homme augmenté », lire : Soyons les « chimpanzés du futur » !
 (2) Simon Charbonneau, Le Prix de la démesure, Libre et Solidaire, 2015 / 16 € 90

 

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Baccalauréat : une modernisation nécessaire

Editorial. La réforme de cet examen symbolique a été présentée le mercredi 14 février par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale. Courageux et périlleux, ce chantier est une nécessité.
Le Monde | 15.02.2018
Editorial du « Monde ». Le baccalauréat est un monument historique. Depuis sa création par Napoléon, il a traversé plus de deux siècles d’empires, de royautés et de Républiques. Mais l’édifice est en péril. Passeport de l’entrée à l’université, il fut longtemps la chasse gardée des enfants des élites sociales ou culturelles. L’on ne comptait encore que 60 000 bacheliers en 1960 ; ils ont été 640 000 l’an dernier, soit près de 80 % des jeunes Français.
Depuis trois décennies, tous les ministres de l’éducation nationale ont envisagé de moderniser l’examen. Ils avaient raison. Non seulement le bac est devenu un monstre d’organisation, coûteux et chronophage. Mais il apparaît comme un viatique inadapté aux études supérieures, si l’on en juge par les taux d’échecs massifs des bacheliers dans les premiers cycles universitaires.

 Education in Paris on February 14, 2018. / AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

Excellent connaisseur du système éducatif, fort des engagements pris par le chef de l’Etat durant sa campagne présidentielle, l’actuel ministre, Jean-Michel Blanquer, est bien décidé à réussir là où ses prédécesseurs ont échoué ou renoncé. La réforme qu’il a présentée, mercredi 14 février, est aussi sérieuse et courageuse que périlleuse.
Trois innovations
Sérieuse, car ce sont la conception et la finalité des baccalauréats généraux et technologiques qui sont repensées – les filières professionnelles (27 % des lauréats) faisant l’objet d’une réflexion complémentaire. Pour les bacs généraux, en particulier, trois innovations sont destinées, à partir de 2021, à simplifier l’examen et à mieux l’articuler avec les études supérieures.
Tout d’abord, les trois séries actuelles (littéraire, économique et social, scientifique) vont être supprimées. Outre un socle de culture commune (français, histoire-géographie, deux langues vivantes, « humanités scientifiques et numériques »…), les élèves devront choisir trois disciplines dominantes en classe de première, puis deux en classe de terminale dans un menu d’une dizaine de spécialités (des arts à la physique-chimie en passant par les sciences économiques et la philosophie).
Lire aussi.   Réforme du bac : de l’ambition et des questions
Deuxième innovation, le nombre d’épreuves sera sensiblement réduit : après celles inchangées de français en fin de première, les élèves passeront en terminale, au printemps, deux épreuves écrites sur leurs deux spécialités, puis, en juin, une de philosophie et un oral adossé à un projet préparé durant les deux dernières années. Enfin, une part de contrôle continu sur les autres disciplines est introduite et comptera pour 40 % dans la note finale, dont 10 % prenant en compte les bulletins scolaires de première et de terminale.
Réforme courageuse, ensuite. Car l’histoire des dernières décennies a démontré que l’on ne touche pas au baccalauréat sans être immédiatement soupçonné par les enseignants, les élèves et leurs familles d’en affaiblir le prestige. Le ministre le sait, qui a immédiatement allumé des contre-feux et vanté le caractère national, égalitaire et « remusclé » du bac rénové.
Il s’agit enfin d’un chantier périlleux. Sur le papier, ce baccalauréat new-look ressemble à un impeccable jardin à la française. Quand il s’agira de mettre en place cette nouvelle machinerie, d’organiser en première et en terminale des épreuves anonymisées pour le contrôle continu, de modifier les programmes en conséquence et d’accompagner les choix des élèves, ce sera une autre paire de manches.
Chacun reconnaît qu’il fallait moderniser l’examen fétiche des Français. Le gouvernement y est déterminé. On lui souhaite de réussir.
Lire aussi. Tribune.   François Dubet : « Une réforme du bac s’imposait »
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#dessin / Réforme de la SNCF : les syndicats aux aguets

Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
L’Opinion 16 Février 2018

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Insolite – Le maire de Challans, en Vendée, prend un arrêté pour faire venir le soleil et limiter la pluie

France Bleu 15/02/2018 Par Antoine Denéchère, France Bleu Loire Océan et France Bleu
C’est évidemment un faux arrêté municipal, mais il fait sourire : le maire de Challans, en Vendée, devrait faire le buzz avec cet arrêté pour obliger le soleil à briller en journée, et faire en sorte que la pluie ne tombe désormais que trois nuits par semaine.

Challans, France
On le sait, il n’avait jamais autant plu en France durant la période décembre-janvier depuis ces 59 dernières années. Cette pluviométrie record concerne également la Vendée, et en ce mois de février, entre la neige et la pluie, les précipitations restent abondantes. Ce qui provoque cette initiative originale du maire de Challans, dans le nord-est de la Vendée. Serge Rondeau a publié sur le compte Twitter de la Ville un faux arrêté municipal, plus vrai que nature, en date du 14 février 2018, « portant obligation d’ensoleillement toute la journée du lundi au dimanche, et de pluie trois nuits par semaine ».
#Arrêté du Maire portant obligation d’#ensoleillement #météo #insolite #OnVeutDuSoleil #VivementlÉté

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