Le courage – Jean Claude Ameisen : «  Permettre à chacun d’accéder à la liberté »

Bon courage ! 3|6. Il n’est pas ici question d’héroïsme, mais de cette vertu qui fait tenir au quotidien. Cette semaine, le médecin Jean Claude Ameisen convoque le courage collectif de la société face au handicap.
LE MONDE IDEES | 28.07.2018 | Propos recueillis par Catherine Vincent

Médecin, chercheur, directeur du Centre d’études du vivant (Institut des humanités, sciences et société – université Paris-Diderot), Jean Claude Ameisen a été président du Comité consultatif national d’éthique de 2012 à 2016.

Avoir du courage face au handicap, qu’est-ce que cela signifie ?
C’est faire face, jour après jour, aux difficultés, à la souffrance, à la détresse et à l’angoisse liées à la situation de handicap. Il faut du courage pour affronter l’isolement, l’indifférence, l’exclusion. Pour vivre dans une société qui ne tient pas compte de votre singularité et de vos besoins particuliers. Il faut du courage aux proches, qui font face à la solitude et à l’épuisement pour apporter, chaque jour, l’amour, l’affection et le soutien indispensables, et pallier le manque cruel d’aide humaine, matérielle et professionnelle, notamment pour les soins infirmiers et l’accompagnement au jour le jour.
Il faut du courage aux associations, aux familles et aux bénévoles pour combattre sans cesse, et si souvent en vain, afin qu’enfants et adultes puissent accéder à leurs droits fon­damentaux : le droit à une scolarisation, à un logement adapté, le droit d’aller et venir dans les lieux et transports publics, le droit à une formation, à un emploi, aux soins, à la culture, à une vie affective et sexuelle. Le droit de vivre avec les autres, parmi les autres, et de ne pas être relégué aux marges de la société.
On estime qu’il y a, en France, 12 millions de personnes en situation de handicap, et 8 millions de proches aidants. Plus que du courage, c’est un héroïsme quotidien – et méconnu – qui leur permet de tenter de ne pas sombrer, de ne pas s’effondrer.
Ce courage au quotidien concerne-t-il aussi les aidants professionnels ?
Il les concerne d’autant plus que les soignants sont en nombre insuffisant, débordés, épuisés et en burn-out. C’est aussi le cas des aides de vie à domicile et des auxiliaires…
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et des auxiliaires de vie scolaire qui, le plus souvent, n’ont même pas été formés et vivent dans des conditions de grande précarité. Comme si la société avait décidé de déléguer à ses membres vulnérables son devoir de solidarité à l’égard des plus vulnérables.
Sur quelles valeurs morales s’appuie cette forme de courage ?
Sur le refus du repli sur soi. Sur le refus de tracer des frontières entre « nous » et les « autres » – entre ceux qui disent « nous » et ceux qu’on abandonne, qu’on oublie et qu’on retranche de la collectivité. Sur l’ouverture à l’autre, la rencontre avec l’autre. Sur la reconnaissance, dans chaque personne, par-delà toutes les différences, de ce qu’elle a d’unique et d’universel et qui fonde notre commune humanité. Sur la volonté de permettre à chacun d’accéder à la liberté. « On entre véritablement en éthique, dit Paul Ricœur, quand, à l’affirmation par soi de sa liberté, on ajoute l’affirmation de la volonté que la liberté de l’autre soit. Je veux que ta liberté soit. » Ce n’est pas la vision habituelle de la liberté – une liberté de l’un qui s’arrêterait là où commence celle de l’autre. C’est une vision plus riche, plus complexe, plus ouverte.
Ce que propose Ricœur, c’est que l’on doit penser la liberté comme inséparable de la solidarité.
Ma liberté a besoin de la tienne, et ta liberté a besoin de la mienne pour se construire. Elles se construisent ensemble, dans et par la relation, l’écoute, le partage, l’accompagnement. Tous, nous avons besoin de l’aide des autres pour exercer pleinement notre liberté et accéder à l’autonomie. Et pour celles et ceux d’entre nous qui sont en situation de handicap, cette aide indispensable doit être spécifique, particulière, adaptée.
Cela suppose aussi un courage collectif de la société. En quoi consiste-t-il ?
En premier lieu à rendre enfin effectifs les droits inscrits dans la loi du 5 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ; et dans la Convention de l’ONU du 13 décembre 2006 relative aux droits des personnes handicapées, qui a force de loi dans notre pays.
Dans le préambule de la Convention, les pays qui l’ont ratifiée, dont la France, reconnaissent que le handicap résulte essentiellement des « barrières » sociétales qui empêchent la personne de participer à la société sur la base de « l’égalité avec les autres ». La Convention reconnaît le droit de tous les enfants handicapés à « l’insertion scolaire au sein du système d’enseignement général avec l’accompagnement nécessaire » – mais l’immense majorité de ces enfants, en France, est privée de ce droit. Elle reconnaît le droit des personnes handicapées « à un niveau de vie adéquat » – mais le montant de l’allocation aux adultes handicapés est sous le seuil de pauvreté. Elle leur reconnaît le droit « de choisir, sur la base de l’égalité avec les autres, leur lieu de résidence » – mais c’est sur ce droit que revient le projet de loi ELAN, que l’Assemblée nationale vient de voter, et qui, en restreignant à 10 %, par immeuble à bâtir, le nombre de logements accessibles à tous, nie de fait la notion « égalité » que porte la Convention. Les 90 % des logements restants seront « évolutifs » – c’est-à-dire que les personnes confrontées à une situation de handicap devront se charger elles-mêmes de les rendre accessibles.
Cette régression manifeste un manque inquiétant de courage, d’empathie et de solidarité : plutôt que de se donner les moyens d’appliquer la loi, on élabore une nouvelle loi qui en limite, voire en nie la portée. La Convention reconnaît également aux personnes en situation de handicap le droit « de ne pas être obligées de vivre dans un milieu de vie particulier » – mais en raison du défaut de logement accessible et d’accompagnement à domicile, un très grand nombre de personnes se voient contraintes de vivre en institution ou en Ephad. Sans compter celles que notre pays envoie en « exil à vie » dans des institutions en Belgique, comme c’est le cas de nombreuses personnes avec autisme…
Qu’en est-il dans d’autres pays ?
Contrairement à nous, des pays aux cultures aussi différentes que la Suède et l’Italie ont réussi, en mettant en œuvre des approches distinctes, à scolariser tous les enfants en situation de handicap dans leur système scolaire général. En Suède, chaque enfant est accompagné en permanence par un assistant de vie scolaire formé à ses besoins spécifiques. En Italie, ­l’effectif d’une classe qui accueille un enfant handicapé est divisé par deux, et la classe ­dispose d’un deuxième enseignant, formé.
En Suède, le fait d’isoler une personne de la société en l’obligeant à vivre dans une institution est considéré comme une privation de ses droits civiques – dont le droit de vivre avec les autres, parmi les autres. Toutes les institutions pour personnes handicapées, y compris celles qui correspondraient à nos Ehpad, où seraient regroupées les personnes âgées handicapées, ont été interdites et supprimées. Chaque personne, quels que soient la nature de son handicap et son âge, est accompagnée près des siens, soit chez elle, soit dans un appartement ou une maison qu’elle partage avec, au maximum, sept personnes en situation de handicap.
Comment faire pour aller dans ce sens ?
Il faut accepter d’apprendre des pays qui ont réussi là où nous avons échoué. Et avoir le courage d’opérer un profond changement culturel, un profond changement de société. Tisser des liens, pour inclure chaque personne, en lui donnant les moyens d’exercer librement ses choix. Faire en sorte que les principes que nous proclamons – « Liberté, Egalité, Fraternité » – soient mis en application. En 2007, le Comité consultatif national d’éthique concluait son avis n° 102, « Sur la situation en France des personnes, enfants et adultes, atteintes d’autisme », par ces mots : « Une société incapable de reconnaître la dignité et la souffrance de la personne, enfant, adolescent ou adulte, la plus vulnérable et la plus démunie, et qui la retranche de la collectivité en raison même de son extrême vulnérabilité, est une société qui perd son humanité. » Il nous faut trouver le courage d’être humain.
De quoi est révélatrice l’expression « bon courage ! », qui fuse désormais ?
D’une bonne intention, mais trop souvent aussi, d’une forme d’indifférence. C’est une gentille formule de politesse qui permet de s’éloigner de l’autre en exprimant son empathie, alors qu’on est sur le point de l’abandonner, seul, face à ses difficultés. C’est très différent de : « Vous pouvez compter sur moi. »
Bon courage !, une série en six volets
Il n’est pas question ici d’héroïsme, mais de cette vertu qui fait tenir au quotidien. En six épisodes, Le Monde donne la parole à des philosophes, écrivains et médecins.
Propos recueillis par Catherine Vincent
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Malgré ses astuces fiscales au Luxembourg, McDonald’s est épargné par l’UE

Le Vif.be – 19/09/2018 –
L’UE a jugé légal mercredi le traitement fiscal avantageux accordé par le Luxembourg à McDonald’s, épargnant ainsi le roi du Big Mac, contrairement à d’autres géants américains, comme Apple, condamnés à rembourser des impôts non payés.
Malgré ses astuces fiscales au Luxembourg, McDonald's est épargné par l'UE Getty Images
La Commission européenne, la gardienne de la concurrence dans l’UE, a ainsi mis fin, sans prendre de sanctions, à une enquête ouverte en décembre 2015.
Elle a « conclu que l’absence d’imposition de certains bénéfices de McDonald’s au Luxembourg n’a pas entraîné d’aide d’Etat illégale, étant donné qu’elle était conforme à la législation fiscale nationale et à la convention sur les doubles impositions entre le Luxembourg et les États-Unis ».
« Le Luxembourg n’a pas enfreint les règles », a-t-elle conclu.
« Une occasion manquée »
« La Commission a manqué une occasion de s’attaquer à McDonald’s », a regretté l’ONG britannique de lutte contre la pauvreté War on Want, à l’origine de la plainte, début 2015, avec trois fédérations syndicales internationales, qui avait débouché sur cette enquête.
L’ONG et les syndicats avaient accusé le géant de la restauration rapide d’avoir mis au point une stratégie d’optimisation fiscale qui lui aurait permis d’éviter de payer environ un milliard d’euros d’impôts entre 2009 et 2013 en Europe.
Selon l’enquête de la Commission, McDonald’s a transféré au Luxembourg certains bénéfices réalisés en Europe, avant d’expliquer au Grand-Duché que ces revenus ne pouvaient pas être soumis à l’impôt car ils seraient taxés aux États-Unis.
Une double non-imposition
Mais cela n’a pas été le cas, permettant au groupe de bénéficier au final d’une double non-imposition.
En rendant sa décision mercredi, la Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a convenu que « McDonald’s n’avait payé aucun impôt sur les bénéfices en cause -ce qui n’était pas conforme au principe d’équité fiscale ».
« C’est pourquoi, nous accueillons avec une grande satisfaction le fait que le Luxembourg prenne des mesures législatives pour remédier au problème qui s’est posé dans cette affaire et éviter que de tels cas ne se reproduisent à l’avenir », a poursuivi Mme Vestager, surnommée « Tax Lady » par le président américain Donald Trump, justement pour avoir sanctionné de nombreux groupes américains en raison de leurs combines fiscales illégales.
« Territoires offshore »
Le ministre luxembourgeois des Finances, Pierre Gramegna, a salué la décision de mercredi, affirmant « avoir collaboré pleinement avec la Commission tout au long de son enquête ».
Tout comme McDonald’s : « Nous payons les impôts que nous devons », a-t-il écrit dans un courrier électronique à l’AFP. »De 2013 à 2017, les sociétés McDonald’s ont payé plus de trois milliards de dollars d’impôt sur le revenu des sociétés dans l’UE, avec un taux d’imposition moyen proche de 29% », a-t-il ajouté.
Des affirmations contestées par Eva Joly, une eurodéputée verte française : « Depuis l’ouverture de l’enquête, McDonald’s a complexifié ses structures dans le but de trouver de nouveaux échappatoires à l’impôt, en déplaçant notamment ses structures du Luxembourg vers le Royaume-Uni ».
« C’est pourquoi il est aussi essentiel que, dans le cadre des négociations sur le Brexit, l’UE obtienne du Royaume-Uni qu’il règle le problème de ses territoires offshore » a-t-elle asséné.
La décision sur McDonald’s survient le lendemain de celle faite mardi par le gouvernement irlandais, qui a collecté auprès d’Apple 14,3 milliards d’euros pour des avantages fiscaux jugés indus par la Commissaire Vestager.
Apple et Dublin font toujours front commun pour contester ces accusations, jugeant tout à fait légales les conditions fiscales entourant l’activité de la marque à la pomme en Irlande.
Apple et McDonald’s font partie d’une longue liste d’entreprises dans le collimateur de la Commission européenne pour leurs combines fiscales.
Après le scandale de LuxLeaks fin 2014, mettant au jour les avantages fiscaux dont avaient bénéficié de nombreuses multinationales au Luxembourg, l’exécutif européen avait en effet promis de faire le ménage. Une promesse qui semblait d’autant plus nécessaire que le président de la Commission entrant alors en place, Jean-Claude Juncker, avait été un ancien Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg.
Parmi les autres sociétés punies après des accords fiscaux avantageux passés au Luxembourg, on compte Fiat en octobre 2015, Amazon en octobre 2017, le Français Engie en juin 2018. L’Américain Starbucks a quant à lui été sanctionné en octobre 2015 pour avoir bénéficié d’avantages sur ses impôts payés aux Pays-Bas.

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Un café (trop) gourmand

Le Canard enchaîné – 19/08/2018 – Conflit de canard –
D’où vient cette insistance du garçon à nous fourguer un « café gourmand », un petit noir encadré de mignardises, à la fin du repas ? Tout part d’une idée de génie de l’industrie pâtissière française pour compenser la chute des commandes de desserts au restau, qui ont fondu de 10 % en dix ans.
Histoire d’alléger l’addition et leur poids sur la balance, les clients ont en effet commencé, dès la fin des années 90, à se réfréner sur l’île flottante ou la tarte Tatin. Heureusement, le café gourmand a été conçu pour nous déculpabiliser tout en nous donnant l’impression que l’addition est légère.  Une recette payante, puisque l’année dernière, les 500 millions de cafés gourmands servis ont rapporté peu ou prou aux restaurateurs 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Surtout, le café gourmand fait flamber la marge : 70 % de bénéfices, contre 30 % max pour les desserts.

Une remarquable invention qui plaît beaucoup aux grandes marques de café. La mode du café gourmand leur permet de contrebalancer la consommation de l’expresso avalé solo au restau, qui pique du nez au fur et à masure que les machines à dosette envahissent les apparts et les bureaux. Le vendeur de capsules Nespresso a d’ailleurs lancé, en 2012, pour les chefs et apprentis pâtissiers, un grand concours de cafés gourmands. Fort de café !
Le plus goûteux, c’est que ces minifondants au chocolat et autres minicannelés ou minichoux à la crème, facturés proportionnellement plus cher qu’un dessert classique, sont la plupart du temps des pâtisseries industrielles surgelées. Lesquelles sont discrètement livrées en cartons ou par palettes entières par des firmes spécialisées. Telles que Coup de pâtes, la filiale du groupe agroalimentaire irlando-suisse Aryzta, l’un des leaders mondiaux des « solutions culinaires sur mesure », qui fournit aux restaurants des « produits finis ou semi-finis surgelés ». Ou encore Mademoiselle Desserts, autre champion de la pâtisserie clé en main, qui propose sur catalogue, par exemple, un mini moelleux au chocolat à réchauffer vingt secondes au micro-ondes et consommable jusqu’à douze mois après sa dtae de fabrication. Sans oublier Metro, le grossiste des restaurateurs, qui a créé sa propre gamme « Spécial café gourmand ».
Vous reprendrez bien un café… gourmand ? 
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#dessin – Etats des lieux

Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
 Adhérents des Républicains : les vrais chiffres

L’Opinion 20/09/2018 Ludovic Vigogne
Le parti de Laurent Wauquiez a connu une vraie hémorragie en 2017, aujourd’hui stoppée. L’Ile-de-France est particulièrement touchée. Les Alpes-Maritimes sont désormais la première fédération
Les faits
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En Vrac – Japon, Nouvelle Zélande, Inde : New Delhi.

Le Monde 18/09/2018
Nouveau record du nombre de centenaires au Japon. En septembre, 69 785 Japonais étaient âgés de plus de 100 ans – dont 88 % de femmes –, soit 2 014 de plus que l’an dernier. Cette hausse intervient pour la 48e année consécutive. Le nombre de centenaires devrait dépasser 100 000 dans cinq ans. L’espérance de vie au Japon est de 87,2 ans pour les femmes et de 81 ans pour les hommes, rappelle le Japan Times.
La Nouvelle Zélande redécouvre le maori. Du rock en maori, des cours de maori, des émissions de radio en maori : la langue des indigènes néo-zélandais connaît une renaissance à travers le pays. La population d’origine rejette des décennies de discrimination et de honte associée à la pratique de cette langue et les blancs s’y intéressent aussi désormais, raconte un reportage du New York Times.
Mystérieuses disparitions au zoo de Delhi. New Delhi. Il y a d’abord eu les singes noyés, l’hippopotame mort de la tuberculose, et enfin la girafe étranglée. En 2017, 325 des 1 259 animaux du zoo de Delhi sont morts ou ont mystérieusement disparu. Un comble, pour un lieu dont la mission est la « conservation » de la faune et de la flore et qui a même été promu en 1982 comme un « zoo modèle » par son ministère de tutelle. Assassinats ? Grande évasion ? Ou décès liés aux températures qui frôlent les 45 degrés pendant l’été ? Plusieurs organisations de défense des animaux ne réclament rien de moins qu’une enquête du FBI indien, le CBI (Central bureau of investigation). Saisie en mai 2018, la Haute cour de justice de Delhi devrait bientôt rendre son avis. Lire l’article de Julien Bouissou.
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Les deux Corée – Guerre tarifaire et paix coréenne

L’Opinion 19/09/2018 Claude Leblanc
L‘EditoCe qui n’était qu’un doux rêve il y a à peine un an, lorsque Donald Trump promettait de déclencher « la colère et le feu » en réponse aux provocations nord-coréennes, ne semble plus relever de l’utopie : à l’issue de la troisième rencontre au sommet de l’année entre Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in, qui se déroule en ce moment à Pyongyang, la dénucléarisation de la péninsule coréenne apparaît réalisable.
Vu d’Europe, un tel accord semble pourtant irréaliste voire impossible parce qu’exigeant la participation et la collaboration actives des Etats-Unis et de la Chine. Dans le contexte de guerre tarifaire que les deux premières puissances économiques de la planète se livrent depuis plusieurs semaines, on imagine facilement à quel point le processus entamé lors de la rencontre historique du 12 juin, à Singapour, entre Donald Trump et Kim Jong-un, pourrait être en danger. La confrontation commerciale sino-américaine devrait être synonyme de blocage diplomatique, Pékin jouant la « carte nord-coréenne » pour empêcher Washington d’obtenir un succès diplomatique.
Mais c’est oublier que la Chine de Xi Jinping cherche désormais à instaurer de nouveaux rapports dans le monde, des partenariats souples plutôt que des alliances figées. C’est toute l’appréciation des relations internationales qui doit être révisée à cette aune.
Il y a quelques jours, à Vladivostok, dans le cadre du Forum économique oriental, le leader chinois a expliqué que son pays pourrait accepter une déclaration trilatérale – les deux Corées et les Etats-Unis – mettant fin à la situation de guerre dans la péninsule. Le président Xi Jinping indiquait ainsi qu’il voulait donner sa chance à la dénucléarisation. La balle est désormais dans le camp de Donald Trump, lui aussi pourfendeur de l’ancien monde, et qui commente à coup de « very exciting » les échanges entre Kim et Moon.
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Retraite : non, le système n’est pas dépassé !

Charlie Hebdo – 19/09/2018 – Jacques Littauer –
C’est amusant comme le même chiffre peut être interprété en sens inverse : actuellement, le déficit public du système de retraite est de l’ordre de 3 milliards d’euros par an.  Énorme, non ? Mais chaque année, ce sont 300 milliards d’euros de retraite qui sont versés. Il suffirait donc d’accroître les recettes d’un seul petit pour cent, et on serait à l’équilibre. Avec une politique de réduction du temps de travail qui créerait 1 ou 2 millions d’emplois, et donc autant de cotisants, ce serait plus que facile. 
Car nos bonnes vielles caisses d’assurance vieillesse sont le meilleur système qui soit. Retraites complémentaires, assurances privées, sans parler des affreux fonds de pension où vous pouvez tout perdre, tous les autres systèmes sont bien plus coûteux, car ils gérés par des gens qui se paient autant qu’ils le peuvent.
Là, le système est quasi magique : tous les pois, les salariés versent automatiquement de l’argent à papy et mamy, et seulement 1 à 2 % des sommes prélevées sont perdues en frais de gestion, contre dix fois plus dans tous les systèmes privés, qui font de la retape en permanence, parce qu’on a méticuleusement mis dans les têtes que « le système était menacé ». Or le système est clair, stable, efficace. Bien sûr, comme tous les systèmes, il nécessite des ajustements. Franchement, ‘il faut bosser un ou deux ans de plus dans les années qui viennent, ce n’est pas la mort, si ? Évidemment, il faudrait que ce soit fait de façon intelligente : par exemple, la durée de cotisation n’augmenterait pas pour les maçons, mais elle serait accrue de quatre ans pour les banquiers, ou pour les profs de fac. Et ne venez pas râler car vous vivez dix ans de plus que les prolos, et vous êtes assis sur votre siège toute la journée !
Et il serait bon aussi d’en finir avec cette prétendue « guerre des générations ». Si les vieux vivent bien – leur taux de pauvreté, de 7 %, est de moitié  inférieur à celui du reste de la population -, c’est parce qu’ils ont connu les Trente glorieuses. Et si les jeunes galèrent, c’est parce que les gouvernements ont donné la priorité à la rentabilité du capital. Ce n’est donc pas parce qu’on est jeune qu’on est pauvre, c’est parce qu’on vit dans une économie où la part des salaires dans le gâteau national s’est effondrée, et où le progrès technique détruit les emplois beaucoup plus vite que la maudite croissance n’en crée.
Dans l’histoire humaine, la vieillesse a toujours été synonyme de pauvreté, sauf pour Liliane Bettencourt et Michel Drucker. Grâce à notre système  de protection sociale, une nouvelle vie s’ouvre à chacun de nous après la vie active. Et il n’y a aucune bonne raison que cela ne dure pas, surtout si pépé, et tatie descendent dans la rue avec leur déambulateur pour se faire entendre !
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Europe : la mémoire courte italienne

Accueil des migrants
Ouest-France 19/09/2018 Dominique Moïsi, Conseiller spécial de l’Institut Montaigne.

©FLORIAN WIESER/EPA/MAXPPP –

Le ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini, le 14 septembre 2018 à Vienne en Autriche.
En juin 2017 – un mois à peine après l’élection présidentielle française -, des amis italiens demandaient, avec un mélange de soulagement et d’envie, où ils pouvaient trouver un « Macron » dans leur pays.
L’histoire va si vite… En cette mi-septembre 2018, selon les derniers sondages, la coalition en place en Italie a une popularité de 61 %, le double de celle d’Emmanuel Macron en France. Certes, Salvini et ses alliés ne sont au pouvoir que depuis quelques mois, une période trop courte pour que l’érosion inévitable de leur popularité n’ait déjà produit ses effets. Pourtant, la popularité des « populistes » est bien réelle. Les démocrates libéraux doivent en prendre pleinement conscience, à sept mois des élections européennes.
Cette réalité, je l’ai touchée du doigt il y a quelques jours, à l’occasion d’une conférence dans le sud de l’Italie, dans la région des Pouilles. Depuis quatorze ans, la petite ville de Conversano, à une trentaine de kilomètres de Bari, organise un festival culturel qui se concluait, cette année, par l’intervention de l’archevêque Bruno Forte, philosophe et théologien de renom, membre du conseil pontifical à la culture.
Ses propos emplis d’humanité dénonçaient « la scandaleuse désunion de l’Union européenne » face à la question des migrants. Il en appelait au devoir moral des chrétiens face au sort des plus faibles et des plus démunis. Il évoquait aussi l’histoire et la démographie. En accueillant par millions les réfugiés italiens, les États-Unis n’avaient-ils pas, il y a un peu plus d’un siècle, contribué à la croissance de leur jeune puissance ?
Aujourd’hui, l’Italie est un pays vieillissant qui, plus encore que d’autres pays européens, a besoin de l’apport d’énergies nouvelles. Les migrants sont là pour la fournir. Les mots de l’archevêque reprenant les appels réitérés du pape François étaient prononcés avec force et conviction. Ils sonnaient juste. Mais ils semblaient tomber dans le vide.
Des élections difficiles
Au fil des minutes, la place de Conversano où se déroulait cette conférence s’est vidée lentement. Les Italiens présents votaient avec leurs pieds. Ils se retiraient et à la fin, ce sont des applaudissements polis mais très réservés qui ont salué les propos « pro-migrants et proeuropéens » de l’archevêque. Il n’a pas convaincu ses auditeurs.
Nous n’étions pas en Hongrie, terre de Viktor Orban, mais en Italie, le pays d’Alcide de Gasperi, l’un des pères fondateurs du projet européen. Un des pays qui a le plus cru en l’Europe, qui a le plus bénéficié aussi des fonds de développement européen. Presque à chaque coin de rue, une plaque discrète aux couleurs bleu et or de l’Union rappelle que tel projet urbain, telle structure culturelle n’auraient pu être réalisés sans l’aide de l’Union.
Les peuples, dira-t-on, ont la mémoire courte, la reconnaissance toujours plus discrète. Mais ce serait oublier l’essentiel. La façon de donner est aussi importante que l’aide elle-même. Dans sa froideur impersonnelle, en dépit de sa générosité éclairée, l’Europe a aliéné ceux et celles qu’elle aidait. En Italie, dans sa vulgarité habile, son sens du marketing à la Donald Trump, Salvini, le tout-puissant ministre de l’Intérieur, n’évoque pas seulement Berlusconi, mais Mussolini lui-même.
La question des migrants a été un révélateur et un accélérateur de la montée d’une colère et d’une peur que les élites bruxelloises n’ont perçu que bien trop lentement et tardivement. Les élections européennes de mai 2019 seront difficiles.
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#dessin – Perfusion

 Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
Réforme de la santé: réorganiser la médecine libérale pour désengorger les hôpitaux

L’Opinion 18/09/2018 Mireille Weinberg
Suppression du numerus clausus, développement d’hôpitaux de proximité, création d’« assistants médicaux », embauche de 400 généralistes salariés pour les déserts médicaux… Le plan santé de Macron vise large
Les faits
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Tous ensemble – Santé : Macron met fin à la guerre de religion

L’Opinion 18/09/2018 Olivier Auguste
L’édito  – Quel changement ! Pendant cinq ans, médecins libéraux et cliniques ont été tenus à l’écart par François Hollande et sa ministre de la Santé, Marisol Touraine. Honnis, au fond, pour une raison idéologico-puérile : «mélanger l’argent et la santé, c’est sale». Il n’y en avait que pour l’hôpital public, par essence aussi désintéressé et mu par le bien-être du patient que son voisin du privé était animé par la seule cupidité. Comme si l’on pouvait se passer de la moitié des soignants du pays… Mardi, Emmanuel Macron a témoigné aux uns et aux autres de sa «reconnaissance républicaine», mettant en avant leur dévouement à tous plutôt que de chercher à les opposer, et surtout affichant sa volonté de les faire travailler ensemble. Il parachève le travail d’Agnès Buzyn qui, bien qu’elle-même pur produit de l’hôpital, a renoué le dialogue avec les libéraux.
Quel changement ! Les médecins libéraux, de leur côté, à rebours de leur tradition d’indépendance voire d’individualisme, admettent enfin que vivre de l’argent public – via le remboursement de leurs patients par la Sécu – leur confère des responsabilités collectives. Qu’ils doivent s’organiser pour faciliter l’accès aux soins dans les zones «désertiques» ou en-dehors des horaires de bureau, pour suivre ensemble les malades chroniques.
Les conditions sont ainsi réunies pour entamer la mue d’un système de santé qui craque de partout. Il faudra néanmoins rester vigilant à ne pas dévier des objectifs. Financer des «assistants» pour redonner du temps aux médecins, aider les professionnels de santé à se coordonner, oui, parfait ; que cela se traduise par de la paperasse ou des schémas imposés par l’administration, non, par pitié. Favoriser l’exercice mixte ville-hôpital, très bien ; transformer les généralistes en fonctionnaires, très peu. Il ne s’agirait pas de transfuser le pire de l’hôpital – la bureaucratie – à la médecine libérale.
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Le regard de Plantu – Gérard Collomb

Le Monde 19 septembre 2018

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Astronomie – Pourquoi Pluton n’est plus une planète

LE MONDE | 10.07.2015
En août 2006, Pluton a perdu son statut de neuvième planète du Système solaire. A la suite d’un vote de l’Union astronomique internationale, elle s’est vue rétrogradée en planète naine. La raison principale de ce changement d’appellation provient d’une redéfinition de ce qu’est une planète.
Aujourd’hui, cette décision fait toujours polémique au sein de la communauté scientifique. Dans une étude américaine publiée dans la revue Icarus en août 2018, des chercheurs suggèrent de revoir la définition des planètes. Il faut rappeler au passage que Pluton est un symbole important aux Etats-Unis : c’est la seule planète découverte par un Américain.

 

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#dessin – Dysfonctionnements

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L’affaire Benalla et le pouvoir selon Macron

L’Opinion 19/09/2018 Nathalie Segaunes
Alexandre Benalla est auditionné ce mercredi par la commission d’enquête du Sénat. Le scandale a révélé la conception que le Président se fait de sa fonction.
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En Vrac – Pyongyang, Somalie, BBC, Espagne

La diplomatie sud-coréenne à l’œuvre à Pyongyang. Trois mois après la spectaculaire rencontre entre les président américain et nord-coréen à Singapour, les négociations sur le nucléaire nord-coréen sont dans l’impasse. Cela n’empêche pas le dirigeant sud-coréen Moon Jae-in de croire encore aux chances de parvenir à un accord. Il rencontrera mardi son homologue nord-coréen Kim Jong-un à Pyongyang, où il se rend pour la troisième fois en quelques mois. M. Moon reste en effet convaincu que des liens de confiance doivent être tissés pour obtenir le démantèlement de l’arsenal nucléaire de son voisin, contrairement à l’administration Trump qui voit dans ce processus le préalable à toute avancée diplomatique. Aussi les deux Corées multiplient les petits pas : réunion de familles, échanges sportifs et culturels, forums commerciaux en prévision de la possible levée des sanctions économiques… Un bureau de liaison diplomatique a même été créé, une première depuis la fin de la guerre, en 1953. Une stratégie qui ne convient guère aux Etats-Unis mais dont Pyongyang pour l’heure entend profiter, rapporte le Washington Post.
Le calvaire de l’excision pour les jeunes Somaliennes. Deux sœurs sont mortes ces derniers jours des suites de l’excision et de l’infibulation pratiquées dans leur village. Ce drame, raconté par la radio américaine NPR met l’accent sur la Somalie où l’excision est légale et où 98 % des femmes entre 15 et 49 ans sont mutilées, ce qui en fait le pays le plus touché au monde, selon les Nations unies.
La BBC lance une émission faite de « sons méditatifs ». Cet automne, une des chaînes de la BBC va proposer à ses auditeurs une tranche de trente minutes, incluant des bruits de cloches, de bétails, de cris d’animaux au crépuscule… Parallèlement au rythme trépidant de l’actualité, les initiateurs de ce projet parient sur l’envie de « radio lente » et de pause méditative d’une partie de la population, raconte The Guardian. Vidéo
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Réchauffement climatique : l’Espagne va-t-elle perdre des touristes ? L’Espagne reste une des premières destinations touristiques dans le monde. Mais le nombre d’étrangers qui choisissent – majoritairement – le modèle « soleil et plage » dans la péninsule marque le pas. Selon le dernier chiffre de l’INE, l’Institut national des statistiques, sur la période de janvier à août, la baisse atteint 4,9 % par rapport à la même période en 2017. Les fortes chaleurs subies par l’Espagne en raison du bouleversement climatique seraient-elles en cause ? C’est ce que suppose le quotidien La Vanguardia. Lire la suite dans Réveil Courrier

Le Monde 18/09/208
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#dessin – Définition

 Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
De quoi le progressisme de Macron est-il le nom?

L’Opinion 17/09/2018 Nathalie Segaunes Ludovic Vigogne
A l’approche des européennes, Emmanuel Macron veut doter son camp d’un nouveau corpus idéologique, le progressisme, qu’il oppose au nationalisme. Dans une interview à l’Opinion, Marcel Gauchet juge ce concept « attrape-tout »
Les faits
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