Donald Trump recule sur les importations de trophées d’éléphants

Sous la pression d’organisations de protection de l’environnement mais aussi de son parti, le président américain a gelé une mesure très controversée
LE MONDE | 18.11.2017 | Par Gilles Paris (Washington, correspondant)
La Maison Blanche n’a pas mis beaucoup de temps pour battre en retraite. Le président Donald Trump a annoncé sur son compte Twitter, vendredi 17 novembre en début de soirée, qu’il gelait jusqu’à nouvel ordre la décision publiée le jour même sur le Federal Register, l’équivalent américain du Journal officiel, d’autoriser à nouveau l’importation de trophées de chasse à l’éléphant tué au Zimbabwe. Barack Obama l’avait interdit.

/ AFP / MARTIN BUREAU

Après avoir augmenté jusqu’au milieu de la décennie précédente, le nombre d’éléphants d’Afrique est reparti à la baisse du fait du braconnage. MARTIN BUREAU / AFP
Un peu plus tôt, sa porte-parole, Sarah Sanders, ne s’était guère montrée combative pour la défendre. Elle s’était défaussée sur l’administration précédente en assurant que le revirement était le produit d’un processus engagé par des spécialistes de la protection des espèces avant l’arrivée du républicain à la Maison Blanche.
Au sein du Parti républicain, des voix commençaient déjà à s’ajouter à celles d’organisations de protection de l’environnement. Circonstance aggravante, la levée de cette interdiction avait été annoncée par le Safari Club International Foundation, qui défend ce type de chasse, avant même que l’administration concernée qui s’occupe de la gestion et la préservation de la faune, l’U.S. Fish and Wildlife Service (USFWS), ne l’officialise. La National Rifle Association (NRA) – le lobby américain pro-armes à feu –, s’en était bruyamment félicitée.
Lire aussi :   Washington prêt à autoriser de nouveau l’importation de trophées d’éléphant
Le nombre d’éléphants en baisse
L’USFWS assurait, pour se justifier, que l’importation de trophées de pachydermes tués au Zimbabwe et en Zambie entre le 21 janvier 2016 et le 31 décembre 2018 « améliorera la survie de l’éléphant d’Afrique », en se fiant dans le premier cas aux assurances données par les autorités locales. Un argument taillé en pièces par le président républicain de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, Ed Royce (Californie), compte tenu de l’incertitude politique qui prévaut dans ce pays depuis un coup de force de militaires, le 14 novembre. La « bonne gouvernance » est pourtant un critère jugé indispensable en la matière par l’USFWS.
Auparavant, une chroniqueuse vedette de la chaîne conservatrice Fox News, Laura Ingraham, s’était déjà interrogée sur son compte Twitter. « Je ne vois pas comment cela ne va pas AUGMENTER un horrible braconnage », avait-t-elle déploré.
Le nombre d’éléphants d’Afrique, après avoir augmenté jusqu’au milieu de la décennie précédente, est reparti nettement à la baisse depuis, justement du fait du braconnage. Un million dans les années 1970, ils sont moins de 400 000. Dans le texte publié par le Federal Register, l’USFWS s’était ménagé une marge de manœuvre en assurant qu’elle reviendrait immédiatement sur sa décision si des informations nouvelles contredisaient celles qui l’étayent aujourd’hui.
Les fils de Trump passionnés de chasse
Sous la pression, M. Trump a décidé de ne pas attendre. Le secrétaire à l’intérieur, Ryan Zinke, un fervent défenseur de la chasse, a soudainement jugé « essentielle » la protection des animaux. Une détermination qui sera rapidement mise à l’épreuve : il doit se prononcer, le 27 novembre, sur les mesures de l’administration précédente visant à protéger le tétras des armoises, un oiseau des grandes plaines américaines. Elles pénaliseraient, selon lui, l’économie des régions concernées.
En 2016, un rapport d’un représentant démocrate de l’Arizona, Raul Grijalva, a passé au crible la thèse de l’USFWS concernant les bienfaits de la chasse. Ce rapport, intitulé « Une cible manquée », a conclu qu’aucun élément ne prouve que l’actuel système permet d’augmenter les chances de survie des espèces menacées les plus convoitées par les chasseurs.
Cette enquête avait été lancée après l’émoi suscité, en 2015, par la mort d’un lion célèbre du Zimbabwe suivi par des chercheurs de l’université d’Oxford et braconné par un dentiste américain. Aucune poursuite n’avait alors été engagée par les autorités du pays contre le chasseur, ni contre l’organisateur du safari. L’USFWS a d’ailleurs autorisé, il y a un mois, les importations de trophées de chasse au lion pour les deux mêmes pays, le Zimbabwe et la Zambie. Une extension serait aussi à l’étude pour la Namibie, la Tanzanie et le Mozambique.
Vidéo
Une photo du fils aîné du président, réputé, tout comme son frère cadet, pour sa passion de la chasse, était revenue avec insistance après l’annonce du revirement américain. Sur le cliché, Donald Trump Jr. posait fièrement, en 2011, à côté du cadavre d’un pachyderme. Un souvenir devenu encombrant.
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Société : les gardeurs et les jeteurs

Charlie Hebdo – 15/11/2017 – Marie darrieussecq –
L’humanité se divise en deux : les gardeurs et les jeteurs. La devise des gardeurs : « Çà peut toujours servir. » La devise des jeteurs : « Çà fera de la place. »
Êtes-vous du genre à garder le moindre brimborion, et à stocker tout en double de peur de manquer ? Au contraire, jetez-vous jusqu’aux dessins de vos enfants, et la moindre de vos chaussettes dès qu’elle ne trouve plus sa paire ? Quand ma grand-mère est porte, on a trouvé chez elle cinquante rouleaux de papier Cellophane… Marguerite Duras, elle, considérait qu’elle n’avait plus d’huile quand elle entamait la bouteille de rechange. La Vie matérielle est un chef d’œuvre plutôt méconnu de Duras, en revanche, Marie Kondo a vendu 2,5 millions d’exemplaires de son guide pratique La Magie du rangement. Marie Kono est cette Japonaise qui préconise de rouler ses chaussettes à la verticale pour gagner de la place. Et ça marche. Je l’ai lu, son bouquin. Elle recommande avec humour de le jeter après usage.
« Votre nouvelle vie commence après avoir fait du tri. » Pour ranger, dit Marie Kondo, il faut d’abord réduire le nombre des objets. elle s’adresse en priorité à ses compatriotes nippons : appartements minuscules et stockage en hauteur interdit à causes tremblements de terre. Elle a ensuite élargi sa méthode au monde occidental, disons au monde de la consommation globale.  Il est clair qu’elle ne s’adresse pas à cette partie du monde pour que le confort matériel consiste en une paire de tongs, une natte ou dormir, un balai et une marmite. Je me souviens qu’un des critères de la richesse, quand j’étais enfant, était de posséder deux paires de chaussures, une pour l’été et une pour l’hiver. Marie Kondo ne semble pas non plus vivre dans un monde où revendre sur eBay peut constituer une source de revenus, et elle ne se soucie guère de recyclage : elle jette tout à la benne. Son unité de mesure est le sac poubelle de 45 litres et sa méthode commence par en jeter, pour commencer, « 20 à 30 par personne« . sot environ deux tiers de la totalité des objets que vous possédez.

Le bazar des autres
Commencez par faire un monticule de tous vos vêtements, sans oublier le vieux blouson pendu à la patère, la casquette laissée dans un coin, les sacs à main racornis sous le lit, les bottes au garage, etc. La tas fera facilement votre hauteur et beaucoup plus que votre volume. Marie Kondo estime que nous possédons tous en moyenne cent soixante « hauts » : tee-shirts, chemises ou pulls. Devenue conseillère en rangement, elle dit s’occuper des gens ayant fréquemment accumulé plus de deux mille vêtements…
Prenez chacun de vos vêtements dans vos mains. Un par un. Et posez-vous la question : « Me donne-t-il de la joie ? » C’est l’unique critère de la méthode Kondo. Tous les objets y sont classés en cinq catégories : vêtements, livres, papiers, bazar et « trucs électriques », et enfin souvenir à valeur sentimentale. Vous devez tout passer au critère de la joie. ma table à repasser ne m’ayant jamais donné aucune joie, je l’ai jetée depuis longtemps. Mais les livres ? Marie Kondo estime qu’une trentaine de livres suffisent; elle fait exception pour les écrivains ou lecteurs professionnels, qui peuvent aller jusqu’à deux cent. J’ai environ trois mille livres. Je « désherbe » régulièrement, mais je rachète aussi souvent. C’est insoluble, mais ce mouvement me donne de la joie.
Le meilleur de sa méthode, c’est qu’elle jette le bazar des autres. Je suis une jeteuse qui vit parmi ces gardeurs, je connais le problème. Régulièrement, je fais une razzia en douce. Tous ces objets morts, immobiles, dans un coin : zou. De la place. De l’air. Du vent. Marie Kondo dit qu’il faut nier – comme pour l’adultère : toujours nier. Tu n’as pas vu mon écharpe ? Non. Tu n’as pas vu le pull tricoté par ma grand-mère avec la dernière pelote de laine disponible pendant la guerre et qu’elle m’a légué sur son lit de mort ? Non. Si vous avez un doute, enfermez les objets dans un carton. Si au bout de six mois, personne ne les réclame, jetez sans hésiter. Dans l’immense majorité des cas, le gardeur ne s’aperçoit pas de l’absence de la chose gardée.
Les objets encombrent notre planète, nos océans, l’estomac des tortues, l’air même que nous respirons où ils stagnent, carbonisés. Le fait de les jeter ne résout certes rien si on continue à les produire en masse. mais quand on a goûté à la joie de s’en délivrer, dans l’espace libéré, on hésite à racheter. c’est le début de la sagesse.
Paru le 19 mai 2016 – Pocket – 6,95 €
Avis à tous ceux qui se complaisent dans leur désordre… Marie Kondo nous démontre que nous vivons dans dans le faux avec La Magie du rangement. Un livre qui s’est vendu comme des petits pains à travers le monde. Avec sa méthode révolutionnaire, l’auteure nous aide à nous débarrasser de tout ce qui nous encombre physiquement et qui s’avère finalement un poids pour la tête également. On dit que certains lecteurs ont radicalement changé de vie suite à ces conseils. On ira peut-être pas jusque là, mais cette lecture est fort maline.
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neuf-quinze – la mine de Rosia Montana

neuf-quinze@arretsurimages.eu 17/11/2017
La mine d’or et les arbitres
09h15 – C’est l’histoire d’un projet de mine d’or, à ciel ouvert, en Roumanie. Un ex-projet, plutôt. Le projet prévoyait d’araser des montagnes sur 40 kilomètres carrés, des déplacements importants de population, et l’utilisation massive de cyanure pour extraire l’or des rochers. Pour stocker les eaux contaminées au cyanure, le projet prévoyait de creuser un bassin de rétention de 4 kilomètres de longueur, sur 2 kilomètres de largeur. Après bien des péripéties, et de tumultueuses manifestations jusque dans la capitale, à Bucarest, le gouvernement roumain, qui l’avait d’abord autorisé, a finalement interdit le projet de Rosia Montana (c’est le nom de la ville la plus proche).
Happy end ? Pas vraiment. S’estimant lésée, l’entreprise canadienne qui portait le projet, Gabriel Resources, attaque le gouvernement roumain, par une procédure d’arbitrage international. Estimant avoir investi dans le projet 630 millions d’euros, elle demande néanmoins 4 milliards de dédommagement, sur la base des profits qu’elle espérait réaliser. « Oui, vous avez bien entendu », précise le commentaire d’Envoyé spécial.
Car c’est Envoyé Spécial, qui revient sur la mine de Rosia Montana, dans une enquête sur les procédures d’arbitrage international, telles que prévoient de les multiplier les accords commerciaux internationaux. Sur le cas de l’ex-future mine roumaine, l’émission détaille la procédure : un arbitre nommé par l’entreprise canadienne, un autre par le gouvernement roumain, et la présidente désignée par les deux premiers. Sur le papier, la procédure peut sembler équitable. Mais l’émission revenait aussi sur les coups bas présidant à la désignation de ces arbitres internationaux (fonctions copieusement rétribuées), et aux conflits d’intérêt qui les affectent parfois (récit sur le site StopTAFTA ici (1), et articledes Echos est ici (2)).
Avec des exemples simples, parlants (je vous conseille aussi l’histoire des pressions du cigarettier Philip Morris sur le gouvenement du Togo, pour tenter de faire obstacle à l’obligation de « neutraliser » les paquets de cigarettes) Envoyé Spécial met en lumière les dangers de cette procédure, et permet de comprendre l’opposition à ces traités, négociés dans la digne opacité qui sied à la vie des affaires. L’émission tombe parfaitement, alors que le traité entre l’UE et le Canada, le CETA, entré en application provisoire le 21 septembre, doit maintenant être ratifié par les parlements nationaux. Pour une fois, je n’ai pas grand chose à ajouter à cette émission, sinon qu’il vous reste six jours pour la regarder en replay. (3)

Manifestation à Bucarest en 2013 contre le projet Rosia Montana
https://www.collectifstoptafta.org/actu/article/rosia-montana-le-scandale-des-tribunaux-d-arbitrage
(2) https://www.lesechos.fr/04/07/2017/LesEchos/22479-135-ECH_or—une-societe-miniere-reclame-4-milliards-de-dollars-a-la-roumanie.htm
(3) http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/
Daniel Schneidermann
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Influence russe : des campagnes sur les réseaux sociaux à quasiment chaque élection

Faux comptes, publicités, robots… La propagande électorale attribuée à Moscou a été présente dans presque tous les scrutins occidentaux récents.
LE MONDE |  17.11.201
Depuis l’élection présidentielle américaine de novembre 2016, quasiment toutes les consultations qui se sont déroulées dans des pays occidentaux ont connu leur lot de faux comptes plus ou moins automatisés sur les réseaux sociaux, attribués à la Russie. Tour d’horizon des principaux scrutins de l’année écoulée.
Etats-Unis
C’est, de loin, le pays où les tentatives d’influence russe ont été les plus abouties et les plus marquées, d’après les informations communiquées aux commissions américaines d’enquête parlementaire par Google, Facebook et Twitter. Ce dernier estime que plus de 30 000 comptes russes ou pro-russes ont été actifs à la fin de la campagne présidentielle – la plupart ont depuis été désactivés ; ils ont, toujours selon Twitter, publié 1,4 million de messages, affichés 288 millions de fois.
Sur Facebook, les chiffres sont plus réduits en valeur absolue, mais la technique de diffusion était, semble-t-il, mieux rodée. Le premier réseau social au monde a identifié 80 000 messages, sur une durée de deux ans, qui ont été vus par 126 millions de personnes. Il a aussi identifié environ 3 000 publicités, payées en roubles par une agence proche du Kremlin, qui ont été vues par 11,4 millions de personnes ; une opération bon marché : le budget de ces réclames est estimé à environ 100 000 dollars (85 000 euros).
Les messages et les publicités identifiés par Facebook ne concernaient pas tous l’élection présidentielle. Si une part importante critiquaient Hillary Clinton, et si certains soutenaient Donald Trump, la majorité des tweets et des posts Facebook concernés contenaient surtout des messages provocants sur des sujets de société comme l’accueil des réfugiés, l’islam ou les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT).
Royaume-Uni
La situation lors de la campagne du Brexit – le référendum s’est tenu le 23 juin 2016 – a été sensiblement différente. Sur Twitter, une étude menée par des chercheurs de l’université de Californie montre qu’un réseau de 150 000 comptes russes et pro-Poutine se sont mis à publier de nombreux messages dans les deux jours précédant la consultation. La plupart de ces comptes sont en grande partie ou totalement automatisés, estiment les chercheurs.
Aucun chiffre n’a, pour l’instant, été communiqué ni par Twitter ni par Facebook, mais la commission parlementaire britannique qui étudie les tentatives d’influence russes dit avoir transmis des demandes détaillées aux deux sociétés. Facebook a affirmé n’avoir pas, à ce stade, découvert l’existence de campagnes publicitaires russes sur sa plate-forme – sans dire si l’entreprise avait ou non identifié un grand nombre de faux comptes de propagande.
De manière étonnante, les tweets publiés par les comptes russes ne soutenaient pas tous le Brexit. Une partie favorisait le remain, laissant entendre que le but de ces manœuvres était surtout d’accroître les divisions politiques au sein du Royaume-Uni.
Lire aussi :   Moscou accusé d’avoir interféré dans le référendum sur le Brexit
Catalogne
L’Espagne a annoncé cette semaine avoir transmis des protestations formelles à Moscou et accuse la Russie – et le Venezuela – d’avoir mené une campagne d’influence sur les réseaux sociaux pour soutenir les partis indépendantistes catalans. Le ministre espagnol des affaires étrangères, Alfonso Dastis, a affirmé détenir des preuves de l’existence de cette campagne, sans préciser lesquelles, ni donner d’estimations de son ampleur.
Il a expliqué que Madrid avait repéré un grand nombre de faux comptes sur plusieurs réseaux sociaux, liés pour la moitié à la Russie et pour 30 % d’entre eux au Venezuela, qui relayaient des messages favorables à l’indépendance de la Catalogne dans les semaines qui ont précédé le référendum du 1er octobre.
France
Facebook a annoncé, en avril, avoir supprimé environ 30 000 comptes qui diffusaient de fausses informations de nature politique – mais sans préciser s’ils étaient tous ou en partie liés à la Russie.
Sur Twitter, la publication, le 5 mai, de courriels issus de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron – soit deux jours avant le second tour de la présidentielle – a été abondamment relayée dans un premier temps par l’extrême droite américaine, avant que ceux-ci soient également diffusés par WikiLeaks puis des comptes pro-russes.
Allemagne
C’est une exception dans le paysage des élections récentes. En Allemagne, où les services de renseignement ont mis en garde durant les mois précédent les élections législatives de septembre contre de potentielles tentatives d’influence russe, aucune tentative d’ampleur n’a été constatée sur les réseaux sociaux, de l’avis de tous les experts comme du gouvernement. Et ce, malgré plusieurs signaux – tentatives de piratages visant les députés, enregistrements de noms de domaine semblant destinés à accueillir des documents piratés. Mais aucun contenu n’est jamais apparu sur ces sites.
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Medef – Viviane Chaine-Ribeiro: « Pourquoi je ne suis pas candidate à la présidence »

Tribune libreL’Opinion 16/11/2017

La présidente de la Fédération Syntec songeait à se présenter à la succession de Pierre Gattaz, l’actuel président du Medef. Elle explique dans l’Opinion pourquoi elle renonce. Elle souhaite toutefois jouer un rôle majeur au sein d’un Medef qu’elle souhaite profondément réformer
Nos modèles économiques et sociaux traditionnels sont mis à rude épreuve et la rapidité de ces transformations fragilisent même les plus puissants. Ce nouveau contexte ne peut que nous interpeller, nous, entrepreneurs et chefs d’entreprises petites ou grandes, sur nos organisations patronales, leur utilité et leur nécessaire évolution. De quel type d’organisation les chefs d’entreprise ont-ils besoin face aux mutations profondes qu’il va falloir affronter ?
Les ordonnances « travail » ont ouvert un champ d’action riche en opportunités pour toutes les entreprises, mais aussi pour les branches professionnelles en clarifiant les rôles de chacun. L’enjeu est maintenant de savoir comment agir dans ce cadre, afin d’en tirer le meilleur parti pour la transformation et le développement de nos entreprises et donc pour l’économie française et l’emploi.
Les attentes et les besoins des entrepreneurs doivent être notre priorité. Que veulent-ils ? De quoi ont-ils besoin au quotidien et sur le terrain ? Étant viscéralement attachée à l’entreprise, je partage leurs attentes simples mais exigeantes, pour pouvoir assurer la performance économique qu’on attend d’eux.
Face à la brutalité et la rapidité des changements de modèles, ils attendent que l’on simplifie leurs contraintes, sécurise leurs protections sociales, des services accessibles, de vrais outils pratiques, adaptés et pensés pour eux ! Notre action doit avoir pour seule obsession de les aider à entreprendre, à se développer, à créer de l’emploi dans les meilleures conditions.
À mon échelle, j’ai commencé à mettre en place cette démarche de service pour les « métiers de l’intelligence productive », avec la création de la première plateforme de protection optimisée, couvrant l’ensemble des besoins transversaux des chefs d’entreprise, quel que soit leur statut ou leur taille.
D’autres fédérations avancent aussi dans la mise en place d’une politique de services, mais nous sommes encore trop fragmentés : à l’ère du multistatut, de la diversité et de la fluidité des parcours professionnels, nous ne pouvons pas continuer avec 500 branches professionnelles et autant de conventions collectives.
J’appelle ceux qui, demain, auront la charge d’accompagner les mutations sociales et environnementales en cours, à être aux côtés des entreprises, à la fois au plus près des exigences de l’environnement concurrentiel mondial mais aussi au plus près des bassins d’emplois
Age du capitaine. Ces sujets se trouvent vampirisés par la polémique sur « l’âge du capitaine » dans le cadre de l’élection du prochain président du Medef dans… 8 mois. Ce n’est pas sérieux. C’est donc convaincue de la nécessité de revenir d’urgence à nos fondamentaux, que j’ai décidé de ne pas être candidate à la présidence du Medef.
J’appelle donc les futurs candidats à repenser les termes d’un syndicalisme patronal qui prenne en compte les évolutions des environnements des entreprises.
Car c’est d’une vraie refondation dont nous avons besoin !
J’appelle ceux qui, demain, auront la charge d’accompagner les mutations sociales et environnementales en cours et de créer une nouvelle croissance économique, à être aux côtés des entreprises, à la fois au plus près des exigences de l’environnement concurrentiel mondial mais aussi au plus près des bassins d’emplois.
Je les appelle à démontrer l’utilité des corps intermédiaires, dont je crois qu’ils sont des remparts à l’éparpillement et à la montée des populismes.
Pour être à la hauteur des enjeux et responsabilités qui nous sont confiés dans cette période de mutations essentielles pour l’avenir de notre pays, je les appelle à s’orienter résolument vers un syndicalisme indépendant et donc vers des modes de financement assis sur des cotisations et non plus sur des subventions. Les chefs d’entreprise auront là de bonnes raisons d’adhérer et d’être fiers de leur appartenance.
Une grande partie de ma vie a été et continue d’être consacrée à l’entreprise ; c’est ce qui me passionne et m’anime chaque jour plus que la veille. Je veux mettre mon énergie, ma réflexion, mon expérience à la mise en œuvre et à l’accompagnement des organisations patronales et de leur utilité au XXIe siècle.

Viviane Chaine-Ribeiro, présidente de Talentia Software, présidente de la fédération Syntec.
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Sport jugé trop violent, le rugby tente de s’adapter

Ouest-France – 17/11/2017 – Matthieu Eugène –
Ces dernières années, les blessures se sont multipliées au rugby, ainsi que leur gravité. (Photo : Geoff Caddick/AFP)
Le rugby est un sport où le défi physique est devenu de plus en plus important au fil des années. La gravité des blessures des joueurs professionnels a tendance à augmenter, tout comme la carrure des sportifs. Au point de tirer la sonnette d’alarme, mais aussi d’inquiéter les instances du rugby comme le monde amateur.
« De plus en plus, le rugby devient un sport de combat, daffrontement, avec des chocs et beaucoup trop de commotions. Les chocs sont très violents. Cela décourage les parents denvoyer leurs enfants au rugby. » Thierry Guermonprez, coprésident et entraîneur au Rugby Club Saint-Sébastien Basse-Goulaine (Loire-Atlantique), est catégorique.
En effet, la Fédération française de rugby a enregistré une forte baisse de ses licenciés. En 2016-2017, le rugby français a perdu 16 550 joueurs. Bernard Laporte, à la tête de la FFR, s’inquiète également de la désertion des plus jeunes : « On a perdu 12 000 licenciés de moins de 14 ans ces dernières années. » En cause notamment, cette étiquette violente qui colle à la peau du rugby depuis bientôt une décennie.
Michalak : « Quels vieux serons-nous ? »
En 2009 déjà, Jean-Philippe Hager, alors médecin du XV de France, pointait du doigt ces maux nouveaux. « On est arrivé à la limite du raisonnable au niveau de ce que les joueurs peuvent encaisser. » Au point que certains professionnels hésitent même à faire pratiquer leurs enfants.Frédéric Michalak s’inquiétait dans Midol Mag pour son fils Hugo. « Les chocs sont terribles. Quels vieux serons-nous ? On le voit, les corps ne semblent plus pouvoir suivre. Tous les week-ends des joueurs cassent pour six mois. Tout ça ne présage rien de bon pour ce rugby. Alors, souhaiter qu’Hugo fasse carrière… »
Le pilier sud-africain Coenie Oosthuizen va manquer le reste de la tournée d’automne des Springboks, en raison d’une blessure à un genou contractée contre l’Irlande (Photo : Paul Faith/AFP)
Il faut dire que les joueurs de rugby sont devenus des monstres de puissance. En 24 ans, ils ont gagné en moyenne 13 kg. Les impacts sont donc de plus en plus violents. De 600 blessures répertoriées en 2012 dans le rugby professionnel français, on est passé à 1 100 lors de la saison 2016-2017. En Angleterre, le nombre de blessures reste assez stable, mais les jours d’absence ont augmenté. De 16 en 2003, ils ont atteint 25, en moyenne, en 2013.
Le problème des commotions cérébrales
Au hit-parade des blessures, c’est la commotion qui est la plus courante et qui fait le plus parler d’elle. Les chiffres sont de l’ordre de 90 commotions pour 1 000 heures de jeu. Lors de la dernière phase finale du Top 14, 19 protocoles commotions ont été appliqués en cinq petits matches.
Paul Goze, président de la Ligue nationale de rugby, veut mettre un terme à ce problème. « Stop ! Si on continue comme ça, il n’y aura plus personne dans les écoles de rugby. L’heure est de passer aux actes et non plus aux discussions stériles. » Cette saison, le carton bleu permettant à l’arbitre de faire sortir un joueur suspecté d’avoir fait une commotion cérébrale a été instauré.
L’Anglais Mike Brown a subi une commotion lors du match du XV de la Rose face à l’Argentine. (Photo : Andrew Boyers/Reuters)
Didier Retière, directeur technique national, déclarait récemment au Figaro qu’il était « fondamental de faire évoluer la philosophie de jeu. Il y a une évolution du rugby qui était un sport collectif de combat vers un sport de collision. Il faut revenir en arrière ». Revenir aux fondamentaux de l’évitement plutôt que de privilégier le contact, en somme. Mais aussi modifier certaines règles pour permettre cette évolution nécessaire.
Faire évoluer et sécuriser le rugby
C’est la mêlée qui a été la première visée par ces modifications de réglementation. Des aménagements qui ont à la fois pour but de corriger certains détournements du règlement, mais également de mieux protéger les joueurs. Depuis ces changements, le nombre de blessures en mêlée a diminué, ont constaté les instances du rugby français lors de l’observatoire médical du rugby, qui s’est tenu à la mi-octobre à Marcoussis.
L’ensemble des acteurs du rugby hexagonal s’est rassemblé et a planché sur des réformes qui pourraient voir le jour dans les saisons à venir. Et désormais, ce sont les phases de rucks qui posent problème. Des séquences pourtant déjà bien réglementées.
« Avant de vouloir rajouter de nouvelles règles, il faut d’abord appliquer celles qui existent, a expliqué Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR. Sur les rucks, il faudrait pénaliser ce qui n’est pas dans la règle, à savoir déblayer en arrivant en planche (le déblayage est censé permettre « d’enlever » un adversaire, mais en restant sur ses appuis, en maîtrisant l’impact, sans rentrer frontalement dans le joueur, N.D.L.R.). Il va falloir en parler avec les arbitres. »
Camille Lopez, qui évolue à Clermont et est également l’ouvreur du XV de France, a été victime d’une fracture ouverte du tibia face à Northampton. (Photo : Thierry Zoccolan/AFP)
Faire évoluer les mentalités, adapter les règles et les formations, c’est ce vers quoi le rugby français s’oriente. Didier Retière évoquait d’ailleurs l’idée « d’instaurer une sorte de passage en force, comme au handball ou au basket », dans les écoles de rugby. « La fédération a organisé des journées sécurité pour les entraîneurs, rappelait récemment Thierry Guermonprez, le coach sébastiennais. À eux de les reproduire en interne et de former tous leurs éducateurs. »
Avec la Coupe du monde 2023 attribuée à la France, il reste six ans aux instances du rugby national pour faire renaître l’engouement autour du ballon ovale. En rassurant, dans un premier temps, puis en obtenant des résultats, à la fois sur le plan médical, mais aussi sur le terrain, pour que les amateurs, et surtout les plus jeunes, retrouvent le chemin des écoles de rugby.
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Tu crois qu’ils vont sauver le climat ?

Charlie Hebdo – 15/11/2017 – Fabrice Nicolino –
C’est désespérément drôle. pour la 23ème fois – d’où son nom de COP23 -, les « experts » du climat se sont réunis, cette fois à Bonn. En s’en tenant au faits, on comprend que rien de vrai n’a été tenté. Pire : malgré ce qu’elle prétend, la France émet plus de gaz à effet de serre qu’il y a vingt ans. 

Ouf, le 17, ce sera terminé. Quoi ? Ben, la COP23, ce truc sur le climat réuni à Bonn en Allemagne. Comme chaque année, des bureaucrates internationaux, des techniciens de la chose, des militants appointés d’associations diverses, des journalistes, viennent jouer leur rôle sur la scène. Ce qui les relie au-delà des divergences, c’est l’euphorie d’appartenir au monde envié des spécialistes.
Je lis à peine les nouvelles au jour le jour, car je sais trop bien ce qu’elles dissimulent si mal. permettez-moi une larme sue un mien article publié en novembre 1999dans Politis, dont voici un extrait : « Il devient chaque jour plus manifeste que notre système politique usuel ne permet pas d’affronter les menaces globales qui pèsent sur les grands équilibres naturels. En témoigne de façon caricaturale la conférence de Bonn [à Bonn, déjà !] sur le changement climatique. A l’heure où cette chronique est écrite, elle est loin d’être terminée, mais on peut déjà en parler sans grand risque d’être démenti. Les États-Unis et l’Europe s’y opposent dans un pesant jeu de ruse médiatique et de faux-semblants. A main gauche, les Américains, qui refusent toute mesure contraignante, notamment contre la saint-bagnole et entendent tout régler par le marché, la Bourse, l’argent. A main droite, une Union européenne qui profite de cet épouvantail pour nous faire croire qu’elle au moins est décidée à tenir les engagements pris à Kyoto voici deux ans, soit une diminution de 8 % des émissions de gaz à effet de serre en 2010, par rapport à 1990. » A près de vingt ans de distance, avouons que la farce, même sinistre, à des à-côtés rigolos. 
Retenons seulement deux faits. En premier, le PNUE – Programme des Nations-Unies pour le développement -, qui est loin d’être un critique de ce monde, a noté « un écart catastrophique » entre les tirades et les engagements de la COP21 en 2015 – souvenez-vous, Paris, Fabius et l’embrassade – et les résultats réels. L’objectif de limiter la casse climatique, nonobstant les catastrophes déjà en cours, est d’ores et déjà perdu. Sauf sursaut de nature historique. 
Le second dit une partie de la vérité sur l’Union européenne, et singulièrement la France. Trump est un bouc émissaire parfait, un poil trop parfait. Les experts autoproclamés véhiculent désormais une thèse fort commode. L’Europe serait vertueuse, sincèrement décidée à agir, mais les Américains, irresponsables, gâcheraient la mobilisation planétaire. Eh bien, pipeau.
L’Amérique de Trump est bien un désastre, mais l’Union européenne s’abrite derrière une fiction totale : elle aurait, depuis le protocole de Kyoto, signé en 1997, régulièrement diminué ses émissions de gaz à effet de serre. Tout au contraire, elles ont augmenté grâce à un tour de passe-passe digne de la maternelle. en une quarantaine d’années, la France – et c’est vrai un peu partout en Europe – a largué ses industries tout là-bas, où l’on peut brûler le poumon du prolétaire sans risque. Et du coup, ses statistiques sont chaque année meilleures. Mais si l’on considère non plus la production, mais la consommation, alors le tableau s’éclaire d’un jour moins ensoleillé.
Les émissions liées aux cotonnades et joujoux massivement importés sont françaises. Pas bangladaises, pas chinoises, pas vietnamiennes. Comme l’établit avec une grande clarté un document signé Aurélien Havel et Laura Barbier, la comptabilité des émissions favorise outrageusement le Nord importateur et dissuade les pays exportateurs du Sud de réduire la voilure, car les biens qu’ils nous envoient par containers sont essentiels à leur économie.
Mais au fait, si nous ne forçons pas nos misérables forces politiques à agir, ne serait-ce pas, amis consommateurs d’iPhone, de bagnoles, d’ordinateurs, de voyages bronze-cul à Saint-Domingue, parce que nous ne voulons rien lâcher de nos merdes à nous ? Épitaphe de notre belle époque : « Plutôt crever que de ne plus pouvoir téléphone depuis les chiottes ».
Visite guidée du grand nuage brun
Eh oui, c’était la semaine passée, mais certaines nouvelles sont plus coriaces que d’autres. Or donc, Trump est allé en Chine, où ces renards du parti communiste local lui ont offert sur un plateau d’argent 250 millions de dollars de contrats. Oui, on l’a assez dit, c’est énorme, et nul doute que Macron-Le Maire-Darmani rêveraient d’en avoir le dixième. 
C’est le moment d’évoquer ce qu’on appelle en Amérique justement, the Asian Brown Cloud, ou « nuage brun d’Asie (1) ». Comme il y a dans les océans des continents entiers de matières plastiques indestructibles, il y a des continents volatils dans les airs, surchargés de poussières toxiques. Pendant cinq mois de l’année, un nuage d’environ 3 kilomètres d’épaisseur, de la taille des États-Unis – tiens donc – recouvre l’Inde et une grande part de l’Asie du Sud, du Sud-Est et de la  Chine.
Est-ce grave, docteur ? Follement, car non content d’encrasser le cœur, le cerveau et les poumons des humains – ne parlons pas des autres organismes vivants -, ce nuage empoisonné chamboule le régime des pluies et la photosynthèse en empêchant le soleil de remplir ses bons offices. Faut-il insister sur les conséquences agricoles et alimentaires d’un tel bouleversement ? 
Y-a-t-il une issue ? Changeons de sujet et constatons l’évidence : la combustion des 250 milliards de dollars du Trump ira tôt ou tard rejoindre le grand nuage de la mort. La bonne nouvelle est qu’une partie de ceux-ci est porté par les vents jusqu’aux terrains de golf des Amériques.

(1) Une étude internationale a lancé l’alarme en 2002, sans provoquer la moindre réaction. En anglais : iisc.ernet.in/currsci/oct252002/947pdf
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Ginette Présidente

Le billet de Michel Schifres

En 780 signes, un regard décalé, piquant et ironique sur l’actualité 
L’Opinion 15/11/2017
Dans ce monde politique qui étouffe sous les convenances et se réfugie à la moindre alerte dans la langue de bois, il est une voix, pure, sincère, entière, qui sort du lot : celle de Geneviève de Fontenay, l’ex-Thénardier des Miss France. Elle fut parmi les premières admiratrices d’Emmanuel Macron, elle « le déteste, maintenant qu’il est dans les pattes du CAC40 ». Elle fut proche de Jean-Luc Mélenchon, « une catastrophe, il est en pleine dépression ». Une vraie pro, en somme, dont les retournements d’alliance et le cynisme assumé font plaisir à voir. L’avenir est à elle. Quant aux mufles qui oseraient évoquer son âge, qu’il soit rappelé qu’elle est plus jeune que Mugabe, et tout aussi belle que sa femme Grace. Aucune hésitation : Ginette Présidente !

Kozett / Note complémentaire – Geneviève de Fontenay Vikipédia
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#dessin / Syndrome de Stockholm …

Nicolas Hulot, attention fragile!
Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
L’opinion 17/11/2017 Jean-Jérôme Bertolus

Sa popularité auprès des Français et la clémence dont il bénéficie à gauche et parmi les écologistes en font un atout maître pour Macron. Mais un atout à fleur de peau, en permanence au bord de la crise de nerfs.
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Environnement – En Espagne, le Tage se meurt

Le plus long fleuve de la péninsule ibérique agonise, victime de la sécheresse et des transferts d’eau
LE MONDE | 13.11.2017 | Par Isabelle Piquer (Madrid, correspondance)

FCGFRG Drought in Entrepenas Reservoir, Guadalajara province, Spain.

Le réservoir Entrepreñas, partiellement asséché, dans  la province  de Guadalajara, en Espagne, en août 2015. ALAMY / HEMIS.FR
Le Tage se meurt. Victime de la plus grave sécheresse des vingt dernières années et d’une politique de transferts d’eau destinée aux régions du sud-est de l’Espagne, qui vivent de l’agriculture d’irrigation intensive, le plus long fleuve de la péninsule Ibérique agonise.

« Il y a trente ans, nous avions de belles plages fluviales, les enfants s’y baignaient, se souvient Rosa Prieto, militante de l’association Rio Tajo Vivo (“Le Tage vivant”). Tout cela a été perdu. » Rosa vit à Talavera, qui, avec Aranjuez et Tolède, est l’une des principales villes arrosées par le fleuve « dont l’écosystème est devenu celui d’un lac, car l’eau ne coule plus, ce qui a entraîné de profonds changements dans le paysage, notamment dans la faune et la flore. Cet été, nous n’avons jamais eu autant de moustiques », raconte-t-elle.
La situation est chaque semaine plus préoccupante. Selon la Confédération hydrographique du Tage (CHT), les réserves des retenues d’eau atteignent à peine 292 hectomètres cubes, ce qui équivaut à 11,8 % de leur capacité. Cet été, une dizaine de villages ont été obligés de recourir à des camions-citernes pour garantir la distribution d’eau à leurs administrés.
Castille-La Manche, l’une des quatre régions traversées par le Tage, a dénoncé la qualité douteuse du fleuve, qu’elle considère comme « pratiquement mort », à cause de la faiblesse de son débit. Les ingénieurs du gouvernement régional parlent d’eutrophisation pour définir ce processus de dégradation, dont les conséquences se traduisent par des odeurs de pourriture sur les rives et par l’apparition d’algues nuisibles et de mousses toxiques.
A cela vient s’ajouter que le Tage charrie une bonne partie des eaux usées de la communauté de Madrid et alimente également la rivière qui traverse la capitale, le Manzanares.
Depuis 2014, l’Espagne connaît une période de sécheresse prolongée, peut-être la pire depuis celle de 1995, souligne un rapport publié le 6 novembre par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) à l’occasion de l’ouverture à Bonn de la COP 23 (la conférence annuelle de l’ONU sur les changements climatiques).
« Politiquement trop compliqué »
« Maudit beau temps », titrait en « une » le quotidien conservateur ABC, le 7 novembre. L’été 2017 a été l’un des plus chauds des cinquante dernières années – il a fait 46,9 degrés à Cordoue le 12 juillet. Sur ces neuf premiers mois, la température moyenne en Espagne s’est située autour de 17,5 degrés, soit 1,2 degré de plus que la moyenne de référence (calculée entre 1981 et 2010), d’après l’Agence d’Etat de météorologie espagnole (Aemet). Le niveau des réserves d’eau dans tout le pays chute à un minimum national. Les bassins de retenue d’eau sont à 38 % de leur capacité.
Le Tage est également victime « d’une gestion de l’eau qui, en Espagne, n’a pas changé depuis les années 1960, comme s’il s’agissait d’un bien inépuisable », dénonce Miguel Angel Sanchez, porte-parole de l’Association de défense du Tage et de l’Alberche (un de ses affluents). « Madrid ne veut tout simplement pas reconnaître les problèmes, notamment celui du changement climatique, c’est politiquement trop compliqué », assure-t-il.
Le Tage, à travers deux bassins en amont (Buendia et Entrepreñas) et un gigantesque aqueduc de 292 km construit en 1979, alimente, plus au sud, le fleuve Segura, qui fournit en eau les provinces d’Alicante et d’Almeria, et surtout la région de Murcie. Celle-ci assure 30 % des exportations espagnoles de fruits et légumes, un secteur qui emploie 70 000 personnes, rapporte 5 milliards d’euros par an et qui est très mobilisé.

En raison de la sécheresse, l’aqueduc a été fermé provisoirement en juin, mais un transfert début octobre, qui n’avait pas été annoncé préalablement par Madrid, a mis sur le pied de guerre les vingt municipalités riveraines de Buendía et Entrepeñas, qui ont déclaré s’être senties « trahies » par la ministre de l’agriculture, de la pêche, de l’alimentation et de l’environnement, Isabel Garcia Tejerina, qui gère le dossier.
Quant aux agriculteurs du Sud-Est, ils prédisent un drame social si le manque d’eau empêche de satisfaire les besoins hydriques de la région. L’organisation patronale de Murcie, le Croem, qualifie la situation d’« intenable » et prophétise que la suspension des transferts « va mettre en danger toute l’agriculture ».
L’affaire est aux mains de la justice. « Nous avons présenté un recours devant le Tribunal constitutionnel contre les mesures prises par le gouvernement, explique Miguel Angel Sanchez. Nous voulons récupérer le Tage avant qu’il ne soit trop tard. »
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ONU – Nouvelle impasse sur le dossier syrien

Le Monde 17/11/20171
La Russie a opposé son veto, jeudi, à une résolution présentée par les Etats-Unis qui visait à renouveler le mandat de la commission d’enquête sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie.
C’est la dixième fois que Moscou utilise son droit au sein du Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer l’action internationale dans le pays depuis le début du conflit en 2011. Une autre résolution, présentée par la Russie, n’est quant à elle pas parvenue à recueillir le nombre de voix nécessaires à son adoption – neuf votes favorables.

Le représentant de la Russie auprès des Nations unies lors du vote sur la résolution américaine concernant le mécanisme d’enquête sur les armes chimiques en Syrie, le 16 novembre, à New York. LUCAS JACKSON / REUTERS
Washington souhaitait une prolongation de deux ans du mandat de la commission d’enquête de l’ONU et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OAIC), baptisée Mécanisme d’enquête conjoint (Joint Investigative Mechanism, JIM). Moscou disait préférer une extension du travail du JIM pour six mois avec possibilité de le renouveler. Le mandat du JIM, crée à l’unanimité par les quinze membres du Conseil de sécurité en 2015 et prolongé d’un an en 2016, expire vendredi à 5 heures GMT (6 heures à Paris).
Le Japon a fait circuler à l’issue de cette réunion du Conseil de sécurité un projet de résolution portant sur une prolongation d’un mois du mandat du JIM. Aucune date n’a semble-t-il été évoquée pour le moment concernant ce vote.
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Indemnité de Frais de Mandat des eurodéputés : exigeons la transparence vis-à-vis des citoyens communautaires

Tous les membres du Parlement européen (députés) perçoivent chaque mois, *en plus de leur salaire*, une Indemnité de Frais de Mandat (IRFM) de 4 342 € versée directement sur le compte bancaire de leur choix [1]. Cette somme est officiellement destinée – entre autres – à financer leurs frais de location de bureau ainsi que leurs factures de télécommunications. Cependant, personne ne contrôle la façon dont cette indemnité est dépensée.
Si certains députés l’utilisent de façon tout à fait appropriée, une enquête récente a révélé qu’un député européen sur trois ne dispose même pas de son propre bureau, ce qui ne l’empêche pas de percevoir cette somme chaque mois sans avoir à répondre de son usage [2]. Après que les auteurs de l’enquête ont décidé de porter cette absence de transparence devant la justice [3], le président du Parlement européen s’était engagé à émettre des propositions concrètes d’ici la fin de l’année pour réformer l’institution [4]. À ce jour, ces promesses n’ont malheureusement pas été suivies de faits.  
Nous souhaitons aujourd’hui rappeler nos représentants à leurs promesses par une action citoyenne. Si vous estimez, vous aussi, que nous devrions être informés de la nature des dépenses de l’IRFM dont bénéficient les députés européens, nous vous remercions de signer la pétition réclamant la transparence sur l’ensemble de leurs dépenses : 
SIGNEZ LA PÉTITION
 Actuellement, la façon dont cet argent est dépensé n’est aucunement documentée : aucun contrôle financier – même ponctuel – n’est organisé, ni aucun audit. Rien. C’est sans doute la seule ligne dans le budget européen qui ne fait l’objet d’aucun contrôle financier.

Heureusement, il existe une solution à la fois simple et permanente à cela. À l’occasion de la prochaine réunion du bureau du Parlement européen [5], les députés auraient la possibilité de déclencher l’instauration d’un contrôle financier supplémentaire afin de faire toute la lumière sur l’ensemble de leurs dépenses. S’ils le faisaient, nous pourrions alors disposer d’une véritable visibilité, dès 2018.
Des voix puissantes s’opposent à cette réforme dans l’hémicycle de Bruxelles même. Face à elles, certains députés, bien conscients du caractère critique des dépenses publiques, documentent leurs dépenses sans même qu’on le leur demande, et ce, depuis des années déjà [6]. Ensemble, nous pouvons construire une pétition qui servira de rappel pour le reste des parlementaires européens.
Il ne fait aucun doute que cette absence de transparence nuit à la confiance du contribuable. Faute de demander des comptes à nos responsables politiques, nous ne faisons qu’entretenir l’euroscepticisme ambiant. C’est pourquoi la communauté WeMove s’engage activement à obliger nos représentants à rendre des comptes sur les dysfonctionnements ; et pousser les décideurs à faire des choix qui bénéficient à l’ensemble des citoyens de l’Union européenne. Pour véritablement améliorer la transparence sur nos systèmes politiques, il est impératif que toutes les dépenses de nos députés européens puissent être examinées publiquement.
Accepteriez-vous de signer la pétition pour réclamer la transparence sur l’ensemble des dépenses des députés ?
SIGNEZ LA PÉTITION
Le moindre aspect des dépenses de l’Union européenne est suivi, mesuré et justifié. Il est temps que les députés du Parlement européen soient assujettis aux mêmes exigences.
_________________________________________________________________________________________
Mika Leandro (Bordeaux), Doina Proorocu (Bucharest), Julia Krzyszkowska (Varsovie), Virginia Lopez Calvo (Madrid), Olga Vukovic (Bologne), Joerg Rohwedder (Lübeck) et toute l’équipe WeMove.EU
PS : Imaginez que les députés européens octroient 40 millions d’euros par an aux États membres pour financer des projets de développement, sans réclamer le moindre justificatif ou reçu en retour. Inimaginable, n’est-ce pas ? Il est temps d’exiger la même transparence de tous les députés européens, sur toutes leurs dépenses.
Références: 
[1] https://transparency.eu/bluebells/  
[2] http://www.ir-d.dk/2017/05/citizens-pay-for-eu-ghost-offices/
[3] https://assets.documentcloud.org/documents/2516693/the-meps-project-press-release.pdf
[4] http://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20170613IPR77316/working-group-on-revision-of-expenses-under-the-general-expenditure-allowance
[5] Session plénière du Parlement européen, Strasbourg, le 23/10/2017. http://www.europarl.europa.eu/plenary/en/meetings-search.html?localisation=ALL&body=OD&subBody=BURO&term=LONG_TERM
[6] Les comptes publiés concernant notamment des députés du Royaume-Uni, du parti conservateur ou travailliste, mais aussi des députés issus d’autres partis nationaux tels que Benedek Jávor et Roberta Metsola.
WeMove.EU est un mouvement ouvert à toutes celles et ceux militant pour une meilleure Union européenne, attachée à la justice sociale et économique, à la gestion durable de l’environnement, et à l’implication des citoyens dans les processus démocratiques.
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Bruxelles : les lobbys à la pelle

Le Canard Enchaîné – 15/11/2017 –
Les lobbys de l’industrie se marchent sur les pieds, ces temps-ci, à Bruxelles. Et ils peuvent être fiers : leurs pressions sur la Commission européenne font merveille.
Le 8 novembre, c’est le lobby de la bagnole qui a eu droit à cette bonne nouvelle : le Commission a proposé une ch’tite baisse de 30 % des émissions de CO2 d’ici à 2030, sans vraie sanction à la clé pour les constructeurs à la traîne. »Un cadeau de Noël de Jean-Claude Juncker à l’industrie« , s’est étranglée l’ONG Transport & Environnement.
Si l’on inclut la contribution de l’UE aux émissions de l’aviation et de la navigation internationales (émissions de «bunker»), les émissions de transport représentent désormais 27% du total de l’UE, soit la part la plus importante du gâteau. Les émissions totales de l’UE ont régulièrement diminué depuis les pics d’émissions de 2007, mais elles ont stagné à partir de 2014, ne perdant que 0,2%.
« Trop faible« , « trop tardif » : il sera impossible avec une baisse aussi maigrelette, de respecter les objectifs de la COP21, tonne le Réseau Action Climat. Mais les fabricants ont pesé de tout leur poids : jusque dans la dernière ligne droite, Matthias Wissmann, qui dirige le lobby automobile allemand VDA, a appelé le chef de cabinet de Juncker et le commissaire européen du climat.
Même prouesse sur le dossier du glyphosate: la Commission s’est démenée pour prolonger son autorisation de dix ans. Avant de ramener sa proposition à cinq ans, sans succès : plusieurs pays, dont la France, veulent un bannissement dans les trois ans.
Résultat : des votes, des reports de vote. On s’y perd, mais les lobbys, eux, gagnent toujours du temps…
En février 2016, les îles Fidji, qui président la COP23, ont été touchées de plein fouet par le cyclone Winston. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 40% de la population fidjienne affectée, 44 décès, plus de 40000 maisons et 200 écoles endommagées ou détruites, des dégâts à hauteur de 1,4 milliard de dollars (environ 1/3 du PIB) du pays.
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Rohingya : la Birmanie échappe aux sanctions

Le Monde 16/11/2017
En dépit des multiples rapports et de nombreux témoignages faisant déjà état des violences commises par l’armée birmane à l’encontre des populations Rohingya, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson, en visite en Birmanie, mercredi, a demandé au gouvernement de mener une enquête.

La dirigeante birmane,  Aung San Suu Kyi, échange une poignée de mains avec le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, en visite dans le pays, mercredi. Aung Shine Oo / AP
La veille de son arrivée, un rapport interne de l’armée birmane démentait tout abus contre la minorité musulmane, assurant que « les soldats n’ont pas commis de violences sexuelles ni tué des civils ». M. Tillerson s’est également refusé à décréter de nouvelles sanctions contre le pays, plaidant pour des sanctions « individuelles ». « Nous sommes ici pour soutenir le pays. Nous voulons le succès de sa démocratie », a-t-il assuré devant la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, critiquée pour son absence de réaction face à cette crise humanitaire. Pour le site américain Vox, l’attitude de M. Tillerson est en phase avec la politique de Donald Trump, qui, durant sa tournée asiatique, a évité d’aborder la question des droits de l’homme, que ce soit en Chine, au Vietnam ou aux Philippines.
De son côté, le quotidien bengalais, The Daily Star dénonce l’impuissance de la communauté interna-tionale à mettre fin à cette crise, qui a déjà provoqué l’arrivée au Bangladesh de plus de 600 000 Rohingya. Selon le journal, il serait « grotesque » de croire que le sort des Rohingya dépend de l’aide que peut leur apporter le Bangladesh. « La manière dont sont traités les Rohingya devrait faire l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale de La Haye pour crimes de guerre », estime le quotidien. Le pays craint l’arrivée imminente de 200 000 nouveaux réfugiés. Contraintes à l’exil depuis le mois d’août, des familles entières cherchent refuge au Bangladesh. Mais près de 40 000 mineurs isolés seraient actuellement dans le pays. Certains, comme Nabil, dont l’histoire racontée par l’agence Associated Press a été reprise par ABC News, sont parvenus à rejoindre le Bangladesh après avoir traversé une rivière large d’environ trois kilomètres, qui sépare les deux pays.
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Culture – Impayable Fabrice Luchini aux Bouffes parisiens

Le théâtre affiche complet pour « Des écrivains parlent d’argent », avec des textes de Zola, Marx, Céline, Péguy…

AFP PHOTO / JOEL SAGET

Le Monde | 13.11.2017 | Par Brigitte Salino
L’argent n’est pas que dans les paradis fiscaux. Il est sur scène, dans un spectacle jubilatoire, Des écrivains parlent d’argent. Fabrice Luchini l’a créé en début de saison au Théâtre de Paris, puis il a migré aux Bouffes parisiens, où il affiche complet jusqu’à la fin de l’année, et il poursuivra sa carrière à la ­Michodière, à partir du 15 janvier 2018. Le comédien a un ­public prêt à le suivre quoi qu’il fasse et où qu’il aille, quitte à payer 70 euros pour une place d’orchestre. Mais il sait qu’il sera récompensé par un plaisir unique : ­Fabrice Luchini est un histrion de génie, et il le prouve ­magistralement, une fois de plus.
Si l’on vient voir Luchini, c’est autant pour ses saillies que pour les textes qu’il fait entendre
Il suffit de le voir entrer sur scène : droit dans son blouson de cuir, il regarde la salle dans les yeux, et pas seulement l’orchestre. Jusqu’en haut, là où sont les enfants du paradis (à 19 euros). Comment est-elle, cette salle ? Où sont les meilleurs alliés, et ceux qu’il faudra convaincre ? Voilà ce qui passe dans le regard de Fabrice Luchini, à l’affût et déterminé : c’est un fauve projeté dans l’arène, sachant qu’il ne peut compter que sur lui-même, seul face à un public qu’il s’agit de ­dévorer. Vite, il ouvre sa sacoche, en sort une liasse de feuilles, s’assied à une petite table et commence par lire un extrait de L’Argent, le dix-huitième volume des Rougon-Macquart, dans lequel Zola dresse le portrait d’un « chasseur de débiteurs ».
Les années 1890, la folie boursière qui gagne le capitalisme triomphant, les rapaces qui en font leur beurre : le ton est donné. Fabrice Luchini se met en jambes, il teste l’écoute, n’en rajoute pas. Quand il sent la salle attentive, il se détend, enlève son blouson, se lève et attaque Karl Marx, en précisant : « Ça me fait bizarre, je ne pensais pas que je dirais ça un jour. » Alors les rires fusent et le spectacle commence vraiment….
L’accès à la totalité de l’article est protégé  Alors les rires fusent et le spectacle commence vraiment. Car si l’on vient voir Luchini, c’est autant pour ses saillies que pour les textes qu’il fait entendre. De Marx, il en a choisi un de 1844, qui développe l’idée suivante : « Je suis laid et je peux m’acheter la plus belle fille du monde, donc je ne suis pas laid. »
Une force de persuasion absolue
Ce syllogisme met le comédien dans une joie intense. Il le répète, se repaît de la façon qu’a Marx de « faire fraterniser les impossibilités ». Les mots roulent et une jouissance carnassière passe dans son sourire : celle d’un prêcheur scandant un Evangile. Avec un art consommé du tempo, Luchini passe ensuite à Cioran, histoire de calmer les esprits, et il attaque la matrice du spectacle : Charles ­Péguy. Il présente l’auteur à ceux qui ne le connaîtraient pas, tout en se demandant comment un tel homme peut plaire à la fois à Edwy Plenel et à Alain Finkelkraut ; puis il lit l’extrait de L’Argent sur la morale de la pauvreté enseignée par les instituteurs et les ­curés, au début du XXe siècle.
Là, c’est du très, très grand ­Luchini. Une diction parfaite. Une présence impeccable. Une force de persuasion absolue. Impossible de résister – qui d’ailleurs le voudrait ? – à ce moment où la lecture, la pensée et l’art oratoire sont si intimement liés. Quand on entend parler de la pauvreté comme « un réduit sacré », on le voit, ce réduit, on la sent, cette sainteté. Et l’on comprend Péguy, la passion qu’il peut susciter chez certains. A la fin, Luchini ­lui-même n’en revient pas de l’écoute. Il remercie le public, dont il dit que certains soirs il est rétif, et d’autres, non. Est-ce parce que le soir dont nous rendons compte fut « avec » ? Luchini s’est senti pousser des ailes.
Un détour par Céline l’a conduit à parler de la raison pour laquelle il a fait ce spectacle sur l’argent. Au départ, il voulait en faire un sur l’économie. C’était il y a neuf ans, quand a éclaté la crise des subprimes. Pour essayer de comprendre, Luchini a regardé C dans l’air, l’émission présentée, jusqu’en 2016, par Yves Calvi, dont il dit que les chemises lui faisaient penser à la phrase de Rimbaud : « Je m’habituais à l’hallucination simple. » A partir de là, c’est nous qui avons « halluciné ». Un ­numéro dément d’histrionisme a soulevé la salle, qui criait de rire au récit de Luchini sur l’achat de son appartement, en pleine crise des subprimes, justement.
Et le voyage dans l’argent s’est poursuivi, avec Victor Hugo, Sandor Ferenczi, Jean Cau, Pascal Bruckner… Un voyage dont « on n’est pas sortis éclairés », comme l’a dit Fabrice Luchini. Encore que : comprendre qu’on ne ­comprend pas, c’est un début. A la fin, l’acteur n’arrivait pas à quitter le plateau. On voyait qu’il s’en arrachait, il était épuisé et sous adrénaline. Comme un fauve victorieux.
Des écrivains parlent d’argent, mise en scène : Emmanuelle Garassino. A partir du 15 janvier 2018, au Théâtre de la Michodière, 4 bis, rue de la Michodière. Lundi, à 20 heures, mardi et mercredi à 19 h 30. De 17 à 68 euros. Durée : 1 h 50. Jusqu’au 14 février 2018. www.michodiere.com
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