Indre – Partie de Syrie, une famille a trouvé refuge à Vatan

La Nouvelle République 26/07/2016
Une famille syrienne est accueillie, depuis le 4 juillet, par une retraitée de Vatan. Elle a pu quitter son pays par avion, munie de visas de demandeurs d’asile.

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La famille accueillie à Vatan par leur amie française, Louise, a rencontré Clarisse Pépion, maire de la commune, prête elle aussi à les aider dans leurs démarches.
On entend le rire des enfants qui jouent dans le jardin. Depuis leur arrivée à Vatan le 4 juillet, Georges (15 ans), Micheline (12 ans), Laurica (8 ans) et le petit Rolland (2 ans et demi) retrouvent cette part d’insouciance qui s’éteignait peu à peu dans leur pays en guerre.
« Grâce à Dieu », comme répète leur grand-mère, Laurice, la famille a pu fuir ensemble cette Syrie où l’avenir est devenu si incertain. Tony, le fils de Laurice, a envisagé un temps de partir seul pour ouvrir la voie de l’exil pour les siens. « Il voulait passer par la Grèce. Il avait commencé à vendre sa voiture pour financer le voyage », raconte Louise, amie de la famille de longue date, qui les a recueillis chez elle à Vatan.
Finalement, Tony s’est laissé convaincre de trouver une autre solution permettant à la famille de rester unie. La solution est venue de Louise, pétillante retraitée qui partage son temps entre la région parisienne et Vatan, où elle a une grande maison. « Nous nous connaissons depuis des années. Ma maman était la marraine de Tony. Quand elle est décédée, je l’ai assuré qu’il pouvait désormais compter sur moi », raconte Louise qui a senti que le moment était venu de lui apporter son soutien.
Pendant un an, elle les a aidés, à distance, à monter un dossier d’asile auprès de l’ambassade de France en Syrie. « Il a fallu que je donne des garanties, que je présente la maison où j’allais les héberger et que je justifie de mes ressources, car je suis aussi responsable d’eux pécuniairement. »
Leur vie dans vingt et une valises
Grâce à tous ces éléments, les sept membres de la famille se sont vu accorder, au titre de l’asile des visas leur permettant de quitter la Syrie pour la France. De précieux sésames qui ont changé toute la donne. Tony ; son épouse, Reem ; leurs quatre enfants ; la grand mère, Laurice, n’ont pas rejoint le lot de migrants fuyant clandestinement le pays. Munis de papiers en règle, ils ont quitté la Syrie par avion et ont retrouvé Louise à Paris.
Entre le départ de leur maison, près de Damas, à 2 h du matin et leur arrivée à Beyrouth (Liban) vers 12 h, pour prendre l’avion, ils ont dû passer quatre barrages. « A chaque fois, raconte la grand mère, ils ont fait descendre tout le monde du minibus et nous ont fait ouvrir tous nos bagages. » Les vingt et une valises où Laurice et les siens ont rassemblé tout ce qu’ils ont pu emporter de leur vie d’avant, ont été fouillées soigneusement. Tout étant conforme, la famille a pu s’envoler pour rejoindre le Caire (Egypte) d’où ils ont pris une correspondance pour Paris.
A présent, c’est une nouvelle vie qui s’offre à eux. « Nous avons beaucoup de chance, reconnaît Laurice, convaincue d’avoir fait le bon choix en quittant la Syrie. Il fallait se sauver. Au moins pour les enfants. Je n’ai pas de regret de l’avoir fait. Mais il est vrai que ça me fait un peu mal d’être partie en laissant des choses inachevées, là-bas. Je ne sais pas si j’aurai l’occasion d’y retourner un jour pour le faire. Si Dieu le veut J’essaie de ne pas trop y penser. Maintenant, il faut vivre le moment, là où on est. »
Martine Roy
Indre – Issoudun
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Livre : « L’individu ingouvernable » de Roland Gori

livre_affiche_459L’histoire serait-elle un éternel recommencement ? Les pratiques libérales de gouvernement en organisant la société sur les valeurs bourgeoises de compétition et d’individualisme ne conduisent-elles pas à terme au désordre social et à l’apathie politique ? Sans céder au « démon de l’analogie » en Histoire, l’ouvrage montre les liens étroits qui, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours, unissent les crises politiques des libéralismes aux discrédits des institutions parlementaires, à l’émergence des populismes, et aux violences destructrices des guerres et des terrorismes. A chaque fois le monde de la sécurité, établi sur les promesses sociales et politiques de la raison, de la responsabilité morale, de l’autonomie de la volonté individuelle, de l’émancipation par le développement des techniques et des sciences, à chaque fois ce monde s’effondre. A chaque fois, la raison et la liberté se révèlent comme des illusions hypocrites permettant la soumission sociale des peuples. A chaque fois l’espace authentique du politique se réduit comme peau de chagrin au profit de dispositifs aliénants, mais efficaces, contraignant les individus à s’adapter aux automatismes des machines et des procédures. A chaque fois l’accroissement des richesses collectives s’accompagne du profit de quelques-uns aux dépens de tous.
Comment sortir de cette logique d’une masse d’individus déçus et désespérés ? Comment rétablir la vie politique dans un monde intellectuellement et moralement ruiné par la religion du marché ? Comment écarter cette démocratie sécuritaire qui se profile au nom de la lutte contre les terrorismes ? Comment refonder un nouvel humanisme riche des expériences dont nous sommes les héritiers ? 
Date de parution : 02/09/2015 / ISBN : 9791020902900 / Prix 22.50 €
Du même auteur : « Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ? »  – Date de parution : 05/02/2014
PISBN : 9791020900968 / prix 19.50 €
RolandGori Roland Gori, né le 22 novembre 1943, est psychanalyste et professeur émérite de psychologie et de psychopathologie clinique à l’université Aix-Marseille.
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Insolite – Les Trésors vivants de la vannerie honorés à La Chapelle-des-Marais en Loire-Atlantique

Actualité Ma Ville Nantes –  24/07/2016

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C’est lors du 14e festival de la vannerie et du patrimoine que les médailles leur ont été remises.

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Cinq vanniers de l’ouest de la France ont été honorés comme Trésors vivants de la vannerie, lors du 14e festival de la vannerie et du patrimoine, ce week-end.

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 Les médailles leur ont été remises par la municipalité dans le village de Mayun. Franck Hervy, maire de La Chapelle-des-Marais, s’est rendu au domicile de Camille Bodet, 87 ans, pour lui remettre la médaille de la ville.
Puis Roger Hérisset, 85 ans, vannier à Rannée (Ille-et-Vilaine), Roger Le Gall, 85 ans, vannier à Concarneau (Finistère) et Robert Loussouarn, 82 ans, vannier à Pont-L’Abbé (Finistère) ont reçu leur médaille sur le site du festival de la vannerie.

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Dimanche, c’était au tour de la doyenne d’être honorée. Julia Le Gallo, 95 ans, vannière à Camors (Morbihan) a démontré qu’elle n’avait rien perdu de sa maîtrise de la technique, en proposant une démonstration de son savoir-faire à genoux !

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Convivialisme : une politique pour demain ?

Conso collaborative – 19/07/2016 –
Élaboré en 2012 par une centaine d’intellectuels internationaux, amplement partagé par les acteurs de l’économie sociale et solidaire, le Manifeste convivialiste est une plateforme idéologique « postnéolibérale ». C’est aussi une réflexion remarquable, cohérente et ouverte, qui doit beaucoup à son initiateur Alain Caillé, sociologue et directeur de la Revue du Mauss (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales). Le mouvement convivialiste offre une assise intellectuelle stimulante aux aspirations de la société collaborative naissante.
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Greenpeace – Victoire d’étape contre la déforestation

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L’équipe Forêts de Greenpeace France 24/07 2016
En février dernier, nous avons publié une enquête révélant que la société belge Socfin, dont le groupe Bolloré est actionnaire, menaçait les forêts africaines.
Dans la foulée, nous avons mené une action au siège parisien du groupe Bolloré et lancé une pétition pour demander au groupe Bolloré et à la Socfin de s’engager dans une véritable politique zéro déforestation, basée sur les normes les plus exigeantes.
Réticente, la Socfin a d’abord refusé d’accéder à nos demandes. Mais la mobilisation à laquelle vous avez pris part, en signant cette pétition aux côtés de 96 000 personnes, a fini par payer : la Socfin vient d’annoncer son intention de s’engager officiellement à lutter contre la déforestation en respectant la méthodologie « HCS », seul standard opérationnel à ce jour pour mettre en œuvre les engagements zéro déforestation. Ce standard doit être intégré dans sa nouvelle politique de durabilité, qui doit paraître au plus tard en octobre 2016. C’est donc une victoire d’étape essentielle qui vient d’avoir lieu.
Mais la mobilisation continue : en octobre, nous veillerons à ce que la Socfin respecte ses promesses d’une part, puis à ce qu’elle les applique concrètement sur le terrain d’autre part.
A très bientôt,
L’équipe Forêts de Greenpeace France
PS : pour suivre toutes les campagnes de Greenpeace contre la déforestation, vous pouvez vous rendre ici.
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Edito – Vivre le grand âge avec humanité

C LequesneOuest-France  25/07/2016 par Christian Lequesne (CERI), à Sciences Po Paris. (*)
EditorialNous sommes nombreux à avoir un parent trop âgé pour vivre seul. L’espérance de vie ayant augmenté avec les progrès de la médecine, la France – comme l’ensemble des pays occidentaux – doit disposer de plus en plus d’établissements en mesure de loger des personnes âgées dépendantes.
Dans les sociétés traditionnelles, ce sont les enfants qui accueillaient les parents chez eux, afin que ces derniers y terminent leur vie en toute sécurité. Les contraintes de la vie contemporaine, avec ses familles mobiles et l’exercice d’une profession par deux membres adultes du foyer, font que ce modèle devient de moins en moins une réalité.
Prendre la décision de placer un parent âgé dans une maison de retraite est un choix de la raison. C’est souvent le seul moyen d’assurer sa sécurité et sa prise en charge médicale, lorsque cela est nécessaire. La décision n’est jamais simple pour les enfants. Lorsque la question s’est posée pour ma propre mère, qui avait alors 89 ans, je me souviens avoir visité plusieurs maisons de retraite et me dire : comment puis-je la laisser, elle qui n’a rien aimé d’autre que de vivre indépendante toute son existence ? J’avais bien entendu tort, car ce choix était le seul raisonnable. Placer un parent âgé en maison de retraite n’est pas un abandon, à condition de lui rendre visite régulièrement et de penser à ces petites choses qui ne rompent pas l’humanité d’une vie, comme personnaliser une chambre, apporter des photographies, et partager par le récit votre propre quotidien.
Être passeur de mémoire familiale
Bien entendu, certaines maisons de retraite sont mieux que d’autres. Personne ne niera que bien vivre le grand âge reste encore une question de moyens financiers. Mais, dans l’ensemble, il faut reconnaître que le personnel des établissements français est d’un dévouement et d’une gentillesse assez remarquables. C’est un bienfait car, le grand âge venu, l’humanité du quotidien compte plus que tout. Je ne peux m’empêcher de sourire lorsque ma mère me dit : « Tu sais, cette aide soignante est vraiment gentille. Elle n’hésite pas parfois à me donner deux desserts ! » On pense alors à sa propre enfance, où l’on aimait telle grand-mère ou telle tante exactement pour la même raison. Le grand âge, comme l’enfance, ramène à des plaisirs simples. Le bonheur psychique y renoue beaucoup avec le bonheur physique.
Lorsque l’on rend visite à un parent âgé en maison de retraite, on a parfois envie que le temps ne s’arrête pas, car on sait que c’est la dernière étape de la vie. Les mémoires de nos parents ne sont pas toutes intactes, la maladie a parfois créé des vides. Mais elles peuvent être excellentes, en particulier pour les choses du passé. Les enfants adultes, qui sont eux-mêmes parents ou grands-parents, ont alors une lourde responsabilité : celle de consigner le maximum d’informations pour être à leur tour, un jour, les passeurs d’une mémoire familiale.
Écrire ce que l’on entend de nos parents âgés est une bonne idée. Jamais ma mère, née en Allemagne sous la République de Weimar, ne m’a parlé autant de son enfance que depuis qu’elle vit en maison de retraite. Les épisodes qu’elle me raconte sont parfois lourds, comme ce souvenir violent d’avoir vu les nazis incendier la synagogue de la petite ville du Pays de Bade où elle a grandi. L’évocation du passé ramène souvent à l’actualité d’aujourd’hui et à la conclusion que tout n’était pas forcément mieux autrefois. Les fondamentaux de la vie ont au contraire tendance à se perpétuer, dès lors qu’il s’agit de bonheur et de malheur.
(*) Directeur du centre d’études et de recherches internationales (CERI), à Sciences Po Paris.
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Début des Journées mondiales de la jeunesse

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 Des foules de jeunes catholiques ont envahi les rues de Cracovie (Pologne), à l’occasion des JMJ, qui se tiennent du 26 au 31 juillet.
Près de 2 millions de jeunes de 16 à 35 ans, venus de 180 pays, sont attendus sur les terres du pape polonais Jean Paul II, le créateur de ce rassemblement, au milieu des années 1980. Le pape François est attendu mercredi.
Le Monde 26 juillet 2016
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Au fil de l’Histoire : Ça s’est passé un … 26 juillet

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L’affaire avait commencé par une boutade… Le 26 juillet 1956, le président égyptien, Gamal Abdel Nasser, annonce, à Alexandrie, la nationalisation du canal de Suez.
 Les Occidentaux ne goûtent guère ce camouflet, qui sera à l’origine d’une intervention militaire israélienne, puis franco-britannique à l’automne. A la clé, une victoire territoriale, mais un échec diplomatique.
Le Monde 26 juillet 2016

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Pour une stratégie du black-out face au terrorisme

Le Huffington Post – 25/07/2016 – Alphée Roche-Noël /Maire-Adjoint « Les Républicains » de Paris 15e arrondissement
Une guerre ne se gagne pas seulement par les armes, mais par l’image et par l’information. Et dans une guerre asymétrique, du fort au fou, leur importance est d’autant plus déterminante que l’intensité du conflit est faible. Daech maîtrise parfaitement ce mécanisme. Il s’en sert pour diffuser la terreur sur les écrans du monde entier. Cependant, ce ne sont pas ses propres organes de propagande, surtout dédiés à la communication interne, au recrutement et à la revendication, qui sont pour nous les plus dommageables. Appliquant un principe qu’on pourrait croire inspiré d’un art martial asiatique, il se sert de notre propre force pour nous aspirer vers le vide et nous coucher au sol.
De fait, l’un de nos principaux atouts est en train de devenir l’une de nos principales faiblesses. L’information, dans sa triple dimension de liberté, de pluralité et d’immédiateté, clef de voûte de la démocratie et démonstration universelle de la supériorité technologique de l’Occident, se retourne inexorablement contre nous, à cause de l’utilisation qu’on en fait. Ainsi, lorsque l’ennemi nous frappe, il compte sur nos canaux d’information pour en faire la publicité la plus massive et la plus effrayante possible, ce qu’il ne serait aucunement en mesure de s’offrir avec ses propres moyens. Dès les premiers instants de l’attaque et pendant plusieurs jours, nos réseaux sociaux, nos chaînes de « hard news » et désormais du service public, puis notre presse écrite, lui offrent une couverture sans pareil. Les drames individuels et familiaux, pour terribles qu’ils soient, ont un impact moins traumatisant pour la société dans sa globalité que leur résonance médiatique, véritablement dévastatrice.
De cet écho incessant donné à ses crimes, l’ennemi espère tirer deux avantages majeurs. Premièrement, nous terroriser, pour affaiblir nos défenses. Deuxièmement, susciter de nouveaux passages à l’acte, à mesure qu’il crée de nouveaux records dans l’horreur. Et nous avons largement eu l’occasion de constater, ces dix-huit derniers mois, à quel point la folie meurtrière, quel qu’en soit le prétexte, peut se répandre comme une traînée de poudre. Or, l’effet conjugué de ces deux réactions en escalade est une exacerbation sans fin des tensions et des suspicions, peut-être jusqu’au point de non-retour, dans un pays où les radicaux de toutes sortes sont prêts à en découdre, et à entraîner la population dans leur sillage de haine et de violence.
Alors, que faire ? D’abord, admettre à quel point il est délicat de s’emparer de ce sujet, qui est en soi un colis piégé. Car la liberté de la presse et de la communication est l’une des plus sacrées. Mais dire surtout que nous perdrons beaucoup, énormément, à ne pas réformer rapidement nos modes de fonctionnement. Je ne suis pas journaliste, et j’ai le plus grand respect pour une profession qui est au cœur de la démocratie. Mais comme observateur, je constate qu’une certaine manière de présenter l’information est totalement inadaptée à la situation de guerre dans laquelle nous sommes.
Depuis janvier 2015, et même avant, depuis les tueries de Toulouse et de Montauban en 2012, plusieurs médias ont été mis en cause par leurs pairs, pour avoir pris le risque de porter atteinte au bon déroulement des opérations de police, ou, encore tout récemment à Nice, pour avoir retransmis des images indignes. Or, il me semble qu’ils doivent renforcer beaucoup plus leur propre contrôle. Il me semble qu’ils doivent s’astreindre à une règle de sobriété et de modération dans le traitement des faits et dans la place qu’ils leur donnent, en n’excédant pas ce qui est nécessaire pour savoir et pour comprendre.
dessin-humoristique-terrorismeOn peut ainsi sérieusement s’interroger sur l’opportunité des « éditions spéciales » dont l’objet est de capter l’audience, plusieurs heures d’affilée, sans réelle plus-value informative, et dont l’effet induit est de propager l’angoisse dans la population. On peut se demander tout aussi sérieusement s’il est utile et raisonnable de publier l’identité et les portraits de tueurs tout sourire, transfigurés en martyrs pour les esprits endoctrinés ou en passe de l’être, en dehors bien sûr des nécessités liées à d’éventuelles recherches. De même, la connaissance par le menu du modus operandi des attaques appartient prioritairement aux enquêteurs, à la justice, aux services de renseignement, aux forces de sécurité et au pouvoir politique, pour prévenir, réprimer et neutraliser ; ainsi, s’il y a lieu, qu’aux commissions d’enquête parlementaires, pour contrôler l’action du gouvernement. Mais la divulgation de détails macabres peut s’avérer contreproductive, si elle a pour conséquence de rehausser le niveau de la psychose collective et de donner des idées à d’autres désaxés. Enfin, la publicité faite aux menaces adressées à la France par les groupes islamistes pose question. Ces éléments de pure propagande sont en effet centraux dans la logique terroriste, mais n’ont qu’une incidence relative sur les consignes de sécurité édictées par les autorités françaises à partir de renseignements autrement pertinents. Sur aucun de ces points, je n’ai de réponse définitive. Et ce n’est assurément pas à moi de placer le curseur. Je constate seulement que chaque fois que nous versons de l’informatif dans le sensationnalisme, nous concédons une victoire symbolique à l’ennemi.
Le contrôle ne peut pas venir de l’État, sauf pour ce qui serait proscrit par la loi. Il doit émaner du corps social lui-même, et prioritairement de ceux qui exercent une influence sur lui, chacun à son niveau. Les responsables publics et les citoyens sont eux aussi concernés, notamment dans leur utilisation des réseaux sociaux. Le colportage de rumeurs contribue par exemple à affaiblir l’esprit de défense qui doit animer la nation tout entière. Nos habitudes de temps de paix n’ont plus leur place dans une société dont la résilience va être éprouvée pendant de longs mois, et qui devra pourtant continuer à fonctionner, pour résister et pour vaincre.
Bien sûr, si l’information est moins exhaustive dans ses descriptions, d’autres sources perdureront et se développeront, soit sur des plateformes étrangères, soit sur la base d’initiatives personnelles, souvent répréhensibles. Mais plus nous réduirons son impact émotionnel sur l’ensemble du pays, plus nous affaiblirons l’ennemi, dans sa capacité à nous terroriser et à faire émerger encore plus de fanatiques.
Il appartient également à l’État de faire le meilleur usage de ses capacités de propagande pour prendre le dessus dans la guerre de l’information qui s’est engagée. Filmer un avion français accomplissant sa mission dans le cadre de l’opération Chammal est une bonne chose. Pour autant, sur le front intérieur, les messages sont insuffisamment martelés, pour faire état par exemple des résultats de la lutte anti-terroriste ou tout simplement pour communiquer des appels à la vigilance.
107767761_oPour battre Daech sur son terrain de prédilection, il faut refuser collectivement d’entretenir et de relayer l’obscénité inhérente au terrorisme, qui n’est plus désormais ponctuel ni anecdotique, comme pourrait l’être un fait divers, mais est devenu une réalité systématique dont le but est de nous entraîner dans le précipice. Nous devons choisir collectivement et en conscience d’éteindre partiellement les feux ; nous devons mettre en œuvre cette stratégie du black-out, non pas pour détourner les yeux de l’horreur, mais pour tarir les motifs de satisfaction d’un ennemi qui vit, jouit et se multiplie de nous voir frémir.

 

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Crise de la presse – Les kiosquiers de Paris en première ligne

Résistants de l’information sur papier. Depuis près de cent soixante ans, ils font partie du paysage parisien. Mais aujourd’hui, les kiosquiers sont menacés par l’évolution des modes de consommation de l’information, qui font la part belle aux abonnements et à Internet. Un bouleversement qui les pousse à se diversifier pour s’en sortir. Le Devoir
25/07/2016
Crise de la presse
19 juillet 2016 | Pierre TremblayCollaboration spéciale à Paris | Europe

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Photo: Pierre Tremblay Nelly Todde tient un kiosque dans Montmartre et soutient que la vente de la presse lui rapporte 30 euros net par jour, pour 12 heures de travail.
Ils vivent la crise de la presse 70 heures par semaine dans cinq mètres carrés. Les kiosquiers, incontournables du décor parisien depuis près de 160 ans, sont les derniers résistants de l’information sur papier. À l’aube d’une modernisation de leurs célèbres édicules, portrait d’une profession qui se serait bien passée d’Internet.
« Ici, c’est la Rolls des kiosques ! » se réjouit Patrick. Il est 8 h 30 et les habitants du XXe arrondissement défilent chez ce kiosquier de 58 ans avant de s’engouffrer, journal à la main, dans le métro Gambetta. Patrick n’est pas peu fier de son kiosque, un peu plus grand que la moyenne et bien situé. Il s’en sort d’ailleurs plutôt bien : 2000 à 3000 euros (entre 2700 et 4100 dollars canadiens) net par mois. Mais à 70 heures par semaine, son salaire horaire oscille autour du salaire minimum (7,51 € net/h). Depuis ses débuts en 1989, il a perdu 50 % de ses ventes en volume papier et presque 30 % de son chiffre d’affaires. « L’augmentation des commissions [retirées sur chaque vente] a un peu compensé, mais pas assez », explique-t-il.
Les ventes au numéro ont chuté de 30 % en France au cours des dix dernières années. La presse quotidienne nationale (Le Figaro, Le Monde, Libération, etc.), dont les kiosquiers sont largement tributaires, est touchée de plein fouet. « En France, ça fait longtemps que la presse est en péril et c’est arrivé bien avant les autres pays européens », explique Patrick Eveno, historien de la presse. « L’une des raisons, c’est que la presse française est destinée aux élites. On est l’un des seuls pays européens sans presse populaire, comme le Sun [Grande-Bretagne] et le Bild [Allemagne]. On n’a pas voulu faire de scandales et de sexe, mais ce type de presse irrigue tout le circuit de distribution et le journalisme. »
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Kiosques à journaux… et pour touristes
Pour pallier la chute du papier, les kiosquiers n’ont qu’une idée en tête : la diversification de leurs ventes. À deux pas du Louvre, Guy Rollot, 57 ans, profite du quartier touristique pour vendre cartes postales et porte-clés en forme de tour Eiffel. Avec un chiffre d’affaires qui diminue de 10 % par an, attirer les touristes est une nécessité. « La vente de la presse ne suffit plus dans beaucoup de kiosques », regrette-t-il.
À Montmartre, le kiosque de Nelly Todde, 33 ans de métier, déborde d’objets souvenirs. « J’ai installé tout ça sans autorisation de la mairie, mais je dois le faire si je veux survivre », justifie la kiosquière, avant d’ajouter : « Aujourd’hui, j’ai fait 300 € de recettes de presse. 20 % de commissions, ça fait 60 €. Et 30 € après les charges. La presse me rapporte 30 € net, pour 12 heures de travail ! »
Même si elle passe 12 heures par jour dans son exigu point de vente, Nelly ne s’ennuie pas. Après la visite impromptue d’un vieux riverain, cette militante de la première heure, très impliquée dans un syndicat de kiosquiers, vante la vocation « sociale » de son métier : « Tu vois, ce monsieur, il est entré pour parler, pas pour acheter. On sert de lien social. C’est un lieu d’échanges. Je ne vois pas le temps passer. »
Quand la crise frappe durement
Malheureusement, plusieurs n’ont pas la manne touristique pour survivre. À la sortie d’une station de métro du 14e arrondissement, c’est dans l’édicule d’Élie, 53 ans, kiosquier depuis 15 ans, que la crise de la presse frappe le plus durement. Ce père de quatre enfants n’a, lui, pas le choix : il travaille sept jours sur sept, 14 heures par jour. Seule l’aide de son fils peut le libérer parfois d’un rythme effréné qui a causé son divorce. « Je paye mon loyer et je mange. Je ne fais rien d’autre. Je n’ai pas de vacances », raconte-t-il, pessimiste sur l’avenir du papier, un support qui lui a rapporté 12 000 € net l’année dernière. « Mais qu’est-ce que je peux faire d’autre ? » souffle-t-il.
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Un peu plus loin, à Montparnasse, un autre semble vide. Il faut s’approcher pour découvrir Sadok, 52 ans, caché derrière son comptoir à tuer le temps devant une série télévisée. Son kiosque, certes disposé sur un trottoir passant, fait face à… un mur d’immeuble. Deux mètres à peine séparent celui-ci du point de vente, juste assez pour que les passants se faufilent au pas de course, sans s’arrêter. Pour Sadok, dans la profession depuis trois ans, « ce kiosque n’aurait jamais dû exister ». L’attribution des quelque 400 kiosques parisiens est faite par la mairie selon, entre autres, l’ancienneté. Avec 6000 € de commissions net l’année dernière et l’équivalent en aides de la mairie, ce père de quadruplés regrette que « les gens préfèrent les abonnements et Internet ».
« Pour que la presse se vende, il faut qu’elle se voie »
Malgré la précarité de la filière, Paris mène une politique « volontariste » en faveur de ses kiosques. Ces dernières années, des dizaines de points de vente ont été créés ou rouverts. Paradoxal, vu la chute du papier ? « C’est un marché de l’offre, de l’achat d’impulsion. Pour que la presse se vende, il faut qu’elle se voie », rétorque Karen Autret, chargée de communication à l’Union nationale des diffuseurs de presse, principal représentant des marchands de journaux.
Mais la voie du salut passera surtout par une modernisation. La société Mediakosk s’est vu confier cette mission, en plus de l’entretien et la gestion des kiosques (qui demeurent la propriété de la mairie). Par l’intermédiaire d’une « délégation de service public », cette filiale du géant publicitaire JCDecaux obtient le marché lucratif de l’affichage de la publicité sur les kiosques.

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Un nouveau design, « impersonnel » et « sans âme » selon une pétition en ligne signée par 40 000 personnes, a été proposé aux élus de Paris. Dans ce kiosque « écoconçu » et « ergonomique » doté de nombreux services de proximité, les Parisiens pourront profiter d’une boîte à lettres, d’un récupérateur de piles usagées, d’une billetterie culturelle ou encore de plans interactifs. Et, si cette envie leur vient à l’esprit, ils pourront acheter un bon vieux journal…
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Turquie – A Istanbul, la gauche a repris la place Taksim pour dénoncer « diktat et dictature »

Le Monde | 25.07.2016
4974098_6_5ce7_manifestation-d-opposition-au-gouvernement_463cc43dd5409bf17116fb078634c40a|Agitant elle aussi les couleurs nationales au milieu de l’immense foule hérissée de drapeaux massée sur la place Taksim au cœur d’Istanbul, la jeune femme ne cache pas son émotion.« C’est la première fois depuis Gezi que nous pouvons à nouveau manifester ici », explique Melis, jeune informaticienne.
Certes, cette fois, elle est là comme les quelque cent mille personnes réunies à l’appel du CHP (Parti républicain du peuple, social démocrate) pour dénoncer les militaires putschistes comme les dérives autoritaires du président Recep Tayyip Erdogan. « Ni diktat, ni dictature : la démocratie. »

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Déjà en 2007
Mais cette place est un symbole. Depuis l’écrasement du grand mouvement de protestation du printemps 2013, lancé pour la protection des arbres du parc Gezi, Taksim, qui en avait été le cœur, est interdite aux manifestations, alors même que, depuis des décennies, elle est le lieu des grands cortèges de la gauche.
Depuis une semaine, la place avait été occupée par les partisans du pouvoir islamo-conservateur qui y célébraient l’échec des putschistes. Mais l’homme fort d’Ankara, qui désormais se pose en rassembleur de la nation face aux factieux, a accepté de la rendre pour un soir au CHP, le principal parti d’opposition et héritier proclamé de Mustapha Kemal, le fondateur d’une République inspirée du modèle jacobin sur les décombres de l’empire ottoman. Dès le début, après la tentative de coup d’Etat, le CHP avait fait bloc avec les autorités légitimes face aux factieux.

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Les portraits d’Atatürk, un marqueur
« Ce jour est un jour d’unité. Un jour où nous nous levons contre les coups d’Etat et les régimes dictatoriaux, un jour où nous faisons entendre la voix du peuple », a martelé, depuis la tribune, Kemal Kilicdaroglu, le très respectable, mais bien peu charismatique, leader de ce parti, qui plafonne dans ses meilleurs scores à 23 % des voix.
Le chef de file du CHP a publié une « déclaration de Taksim » condamnant la tentative de coup d’Etat et appelant à la réconciliation nationale. Il a également souhaité que l’Etat ne soit pas « gouverné par la colère et la vengeance ».

Ataturk

Les portraits d’Atatürk sont partout. Sur bon nombre des drapeaux et sur de grandes banderoles pendant des immeubles. Celles du parti ont été bannies car il faut célébrer l’unité de la nation. Les portraits d’Atatürk servent de marqueur face à un AKP, le parti au pouvoir, dont les partisans n’hésitent plus, depuis l’échec du putsch, à brandir massivement les couleurs nationales dans leurs meetings.
Le président lui-même a en outre soutenu le meeting du CHP. Fait pour le moins inhabituel les chaînes pro gouvernementales ont diffusé en direct le discours de son leader, qui devrait aussi être reçu au palais présidentiel, lundi 25 juillet.
Le cœur n’y est pas
Pourtant, nombre de militants rechignent. « Eux et nous sommes contre les militaires putschistes. Nous avons tous souffert des coups d’Etat du passé, mais les islamistes et nous avons des rêves diamétralement opposés pour l’avenir de ce pays », explique Helin, jeune universitaire.
Une de ses amies renchérit : « une fois que les gülenistes [partisans du prédicateur en exil Fethullah Gülen] accusés auront été nettoyés ce sera le tour de l’opposition et de tous ceux qui s’opposent à Erdogan ».
La foule reprend en cœur les mots d’ordre traditionnels des grands rassemblements « kémalistes » : « La Turquie est laïque et le restera. » Des jeunes scandent les slogans du mouvement de 2013 : « Taksim partout, résistance partout. »
ammer_2015-11-04-7392Une partie de la foule reprend mais le cœur n’y est pas. Malgré le nombre de manifestants, il y a la réalité des rapports de forces et l’évidence du renforcement de celui qu’ils surnomment « le nouveau sultan ». Appuyé sur son drapeau, un vieux militant, employé municipal dans une des rares banlieues d’Istanbul où la gauche existe encore, soupire : « Remercions le président de nous avoir permis de tenir ce rassemblement ».
Par Marc Semo (Istanbul, envoyé spécial)
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Invitation à la 5ème Conférence Internationale de la Décroissance (Budapest – 30 août, 3 septembre 2016)

Projet Décroissance – 07/07/2016 –

Budapest-degrowth

Du 30 août au 3 septembre 2016, se tiendra à Budapest la 5éme Conférence Internationale de la Décroissance.
Cette rencontre prévoit de réunir 600 universitaires et pratiquants de la Décroissance autour d’ateliers participatifs et de plénières. En parallèle, et pour la première fois, un festival ouvert proposera dans toute la ville des ateliers pratiques, des visites d’alternatives où créativité et démocratie participative se mêleront à la convivialité pour imaginer d’autres possibles.
degrowth-affluence_v_1La dernière rencontre de septembre 2014 a connu un vif succès à Leipzig avec pas moins de 3400 participants de 74 pays.Depuis, la Décroissance est de plus en plus présente dans les débats académiques, elle s’internationalise et interpelle, propose, suscite des débats sous diverses formes, de manière décentralisée et participative. Dans un contexte historique, social, culturel et politique stimulant, nous vous invitons à venir dialoguer à Budapest aussi bien avec des universitaires que des expérimentateurs, des activistes que des artistes, mais aussi avec la société civile.
Autour d’une organisation régionale s’appuyant sur un réseau d’alternatives locales dynamiques, diverses approches et perceptions vont se rencontrer autour de discussions sur les relations Nord/Sud ou Est-Ouest, sur les limites de la croissance aussi bien d’un point de vue physique que culturel. Des expérimentations, mais aussi des réflexions, des solutions sur différents niveaux seront proposées, en provenance d’Inde, du Brésil, du Mali, des Balkans ou encore de toute l’Europe de l’Ouest. Partout la question des limites, du bien-être, du sens de nos activités, de la démocratie se pose et partout des solutions sont expérimentées.
Rendez-vous à Budapest à la fin de l’été, pour une nouvelle grande transformation, sereine et démocratique, pour de nouveaux mondes soutenables, relocalisés et ouverts, souhaitables, autonomes et conviviaux.
Plus d’informations pratiques sur www.budapest.degrowth.org et dans notre dossier de presse.
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Jean-Claude Guillebaud : L’urgence de l’inutile

3841418655821TéléObs – 25/07/2016 – Jean-Claude Guillebaud –
L'urgence de l'inutileL’urgence de l’inutile (© Milena Boniek / Altopress / AFP)
La société moderne tout entière est habitée par une anxiété spécifique, d’autant plus tyrannique que nous ne l’avons pas vu venir : la peur du chômage. La machine économique est devenue une machine à concasser les humains.
A ceux qu’exaspère le discours médiatique sur la performance, je recommande la relecture estivale d’un homme qui fut, jadis, avec quelques autres, l’honneur du « Nouvel Observateur ». Publiés sous le pseudonyme de Michel Bosquet, les articles d’André Gorz (disparu en septembre 2007) appelaient sans relâche – et pacifiquement – à la résistance contre les discours bêtes. Notamment ces invitations à la « gagne », à la performance, à la compétition. Plus que jamais, en ces temps de recentrage « social-libéral », ce penseur clairvoyant nous manque. Dans l’un de ses meilleurs livres (« l’Immatériel », Galilée, 2003), il faisait avec flamme l’éloge de l’inutile : « Ce sont , écrivait-il, les capacités qui excèdent toute fonctionnalité productive, c’est la culture qui ne sert à rien qui, seule, rend une société capable de se poser des questions sur les changements qui s’opèrent en elle et de leur imprimer un sens. » Sur ce point précis, le malaise d’aujourd’hui déborde largement du cadre politique. Il se fonde, non point sur une idéologie quelconque, mais sur une intuition de bon sens. Et sur un refus des régressions déguisées en progrès. Un exemple : la SNCF annonce qu’elle va développer, dans les trains et dans les gares, des « espaces bureau »pour les cols blancs. Dans les TGV, et dès l’aube, on est déjà environné de cadres, d’hommes d’affaires ou d’employés penchés sur leurs micro-ordinateurs et guettant la vibration du téléphone portable posé devant eux.
Dès l’aube, on les entend parler chiffres, marchés, productivité optimale, stocks, retour sur investissement et tutti quanti. Ils sont immergés dans des logiques d’efficacité ou de marketing. Ont-ils le choix ? Sans doute pas. Derrière ce zèle matinal, on devine une obscure inquiétude. Elle paraît révélatrice du climat de l’époque : la peur, le souci de rendement personnel, la crainte de ne pas être performant. Et encore ! On utilise maintenant un anglicisme venu du cinéma et détourné de son sens initial : un salarié doit être « bankable ». Horreur ! La société moderne tout entière est habitée par une anxiété spécifique, d’autant plus tyrannique que nous ne l’avons pas vu venir. Les sondages montrent qu’une majorité de nos compatriotes vivent désormais dans la crainte obsidionale de perdre leur emploi. La persistance d’un chômage massif a généré, au fil des ans, des conséquences en chaîne, un peu comme un cancer qui diffuserait ses métastases. A côté des cinq ou six millions de personnes affectées directement, des millions d’autres en souffrent indirectement. Et la peur se répand !
On sait que le surendettement des catégories sociales les moins favorisées non seulement est devenu catastrophique mais a changé de nature. Ce n’est pas toujours la consommation irréfléchie qui produit aujourd’hui ces montagnes de dettes, c’est tout simplement l’impossibilité de joindre les deux bouts. Or, cette crainte de la clochardisation sert de repoussoir symbolique à toutes les autres. Une société qui a peur est une société qui se durcit. L’autre, dès lors, est d’abord un concurrent potentiel, un rival, un ennemi. Les sociétés qui perdent confiance perdent, dans le même temps, la plus élémentaire joie de vivre. Cette peur est d’ailleurs aggravée par les nouveaux codes sociaux et leurs injonctions : produire, réussir, gagner, vendre… Fonctionnant dorénavant en temps réel, en flux tendus, en état de concurrence et de transparence absolues, la machine économique est devenue une machine à concasser les humains. Songeons à l’ignominieux épisode des suicides à France Télécom (devenu Orange) !
sp__c_671804552Il n’y a plus guère de place pour les faibles, les moins bons ou même les ratages momentanés. Cette cruauté barbare s’applique à tous les domaines, toutes les classes d’âge et toutes les catégories : des écoliers aux salariés les plus modestes en passant par les cadres ou n’importe quel dirigeant. André Gorz hausserait la voix pour évoquer tous ces bavards qui en appellent du matin au soir à encore plus de dureté, d’affrontements « rentables » et de performance. Comment ne sentent-ils pas, autour d’eux, ce grand froid qui s’installe ? Michel Rocard fut, avec Gorz, l’un des premiers à voir venir cette folie : « Le capitalisme , déclarait-il en 1991, à son proche ami Pierre Encrevé, va être complètement transformé, l’économie réelle va disparaître au profit de l’économie spéculative et nous allons entrer dans un monde terrifiant (1) . » Que les charognards du néolibéralisme, penchés sur sa dépouille aillent au diable !
(1) Cité par Pierre Encrevé, « Réforme », 7 juillet 2016.
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Politique – Donald Trump et les ressortissants de pays comme la France

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« Nous serons peut-être obligés d’en arriver là (…) Nous devons être intelligents, vigilants et forts »
Invité de l’émission politique « Meet the Press », diffusée dimanche sur la chaîne NBC, Donald Trump, candidat républicain à l’élection présidentielle américaine du 8 novembre, a prévenu que, s’il accédait à la Maison Blanche, les ressortissants de pays comme la France – « infectée par le terrorisme » – pourraient être soumis à des « contrôles extrêmes ».
Le Monde 25 juillet 2016

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Hongrie – Viktor Orban boute Uber hors du pays

LE MONDE ECONOMIE | 25.07.2016 |

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Si vous passez par Budapest cet été, n’essayez pas d’entrer en contact avec des chauffeurs par le biais d’Uber : le 13 juin, le Parlement hongrois a autorisé le blocage des applications de transport entre particuliers en adoptant une loi taillée sur mesure pour barrer la route à l’entreprise américaine. Une première en Europe.
Ce texte vient une nouvelle fois prouver que la Hongrie ne craint rien ni personne quand il s’agit d’appliquer une politique non conventionnelle envers les investisseurs étrangers. Entrée en vigueur dimanche 24 juillet, la nouvelle législation interdit tous les « prestataires de services ne disposant pas d’un centre d’appels ». Désormais, les Hongrois ne pourront plus utiliser leur véhicule à des fins commerciales.
En conséquence, Uber, qui dominait cette activité, a purement et simplement dû renoncer à la Hongrie, « marché » sur lequel il n’avait « rien à faire », selon le secrétaire d’Etat Janos Fonagy, chargé du dossier et membre du parti Fidesz, la formation du premier ministre, Viktor Orban.
Uber revendiquait encore récemment 1 200 chauffeurs et plus de 150 000 clients à Budapest
Uber revendiquait encore récemment 1 200 chauffeurs et plus de 150 000 clients à Budapest, une capitale touristique de 1,7 million d’habitants. Dès l’installation, en novembre 2014, de la firme fondée en 2009 à San Francisco (Californie) par Garrett Camp, Travis Kalanick et Oscar Salazar, les autorités avaient…
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Par Blaise Gauquelin (Vienne, correspondant)
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