Écran total

Charlie Hebdo – 20/11/2019 – l’édito de Riss –
Pour écrire ce texte qui ambitionne de critiquer l’invasion par les écrans de nos existences, j’ai dû utiliser un ordinateur, et donc un écran. Critiquer les nouvelles technologies est par conséquent assez casse-gueule et hasardeux, car on risque vite d’être traité de réactionnaire ou de vieux con. Les technologies ne sont pourtant pas toujours synonymes de progrès. Des milliers de brevets imaginés au XXème siècle sont restés dans les cartons de leurs inventeurs car ils ne servaient à rien. Au contraire, l’écran est une machine qui a connu un succès phénoménal dans la seconde moitié du XXème siècle. De Gaulle qualifiait la télévision d' »étrange lucarne ». On pourrait reprendre cette expression pour les écrans de nos ordinateurs. Ces étranges lucarnes ont envahi notre environnement, y compris les écoles, où les cours se font désormais avec eux, après avoir fait disparaître les cahiers, les tableaux noirs et les craie blanches. 
Mais les technologies, si elles ont fascinantes et exercent une action action quasi irrépressible, sur nous  atteignent vite leurs limites. Comme le vin ou les drogues, elles nous procurent des émotions qui nous rendent facilement addicts. On allume son écran d’ordinateur, espérant y découvrir des choses fabuleuses, mais au bout d’une demi-heure à surfer de site en site, on se sent envahi par une sensation déprimante de vide. On fait défiler sous nos yeux des images qui ne nous racontent pas grand chose, et on se surprend à avoir perdu une heure devant un écran pour n’en conserver absolument rien. 
Car lorsque arrive le moment de produire, de créer, d’inventer, on est obligé d’éteindre sa tablette lumineuse et de se concentrer sur soi-même pour y chercher et y découvrir ce qu’aucun écran ne vous dira. Car il faut du temps pour penser, pour imaginer quelque chose qui vaut la peine d’être publié, et la vitesse des ordinateurs et d’Internet n’est d’aucune utilité pour accélérer celle de notre réflexion et de notre petite alchimie intime qui nous rend créatifs. Il faut au moins une heure, trois jours ou un an pour formuler quelque chose d’original, et votre ordinateur peut bien être le plus rapide du monde, pour cette mission, il ne vous servira à rien. 
Les gosses qui grandissent avec pour seul horizon les écrans d’ordinateur croient que les fabuleuses machines qu’ils tiennent entre leurs mains – car ces ordinateurs sont de fabuleuses machines – sont le miroir de ce qu’ils sont. Qu’eux aussi pensent, inventent, imaginent aussi vite que leurs ordinateurs de plusieurs gigahertz. Mais non, la vitesse, la célérité des nouvelles technologies ne font que masquer la lenteur de nos petits cerveaux, laborieux, angoissé, névrosé. Autant de tares que les ordinateurs et leurs écrans magiques sont incapables de nous aider à surmonter. Tant mieux. Les ordinateurs, c’est bien pour transmette à la vitesse de l’éclair des fichiers, des images, des documents, mais la vitesse de communication n’a rien à voir avec la vitesse de réflexion, et de création. 
Au Louvre sont exposés actuellement les carnets de Léonard de Vinci. On y voit des gribouillis, des croquis, des schémas, des formes géométriques pour tenter de comprendre comment fonctionne le monde, comment sont composés les paysages, comment sont construites les perspectives. Malgré nos ordinateurs et nos écrans, nous vivons toujours à l’époque de Léonard de Vinci, car il faut toujours gribouiller, sur un coin de papier, des esquisses, des paragraphes, des phrases et des schémas, pour espérer produire quelque chose digne d’intérêt. 
Les écrans sont vraiment des écrans. Ils font écran en nous dissimulant une réalité décevante : la sophistication de ces objets masque la pauvreté de nos petites esprits laborieux. Nous sommes souvent nuls, et nos écrans sont toujours géniaux. Voilà pourquoi on passe autant de temps à les mirer, espérant qu’ils nous renvoient de nous l’image flatteuse de leur génie.
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Les assurances privées à l’assaut d’une agriculture affaiblie par le climat

Reporterre.net – 18/11/2019 –
Inondation, grêle, sécheresse : 2019 est une nouvelle année noire pour les agriculteurs. Face à la multiplication des aléas climatiques, l’État et le fonds national dédié peinent à faire face aux « calamités agricoles ». Une aubaine pour les assurances privées, qui vantent les mérites de leurs contrats. Au risque d’accélérer l’intensification du système agricole. Explications.
Il y a d’abord eu, en juin, des orages de grêle dévastateurs, d’une ampleur sans précédent. Puis la sécheresse, longue et intense, qui a entraîné des restrictions d’eau dans la majorité du pays — 86 départements étaient concernés mi-septembre. Enfin, des pluies torrentielles se sont abattues sur le sud du pays fin octobre. Résultat, une nouvelle année noire pour nombre d’agriculteurs.
Dans la Drôme, des vergers entiers d’abricots ou de pêches ont été décimés par les grêlons tombés au printemps. La reconnaissance de calamité agricole a été officialisée le 30 octobre dernier, ouvrant la voie à une indemnisation. Pour les agriculteurs frappés par la sécheresse, il faudra encore attendre. Dans de nombreuses régions, comme en Limousin, « la situation est catastrophique, toutes les cultures ont été touchées », observe Thomas Gibert, paysan en Haute-Vienne sur la ferme collective de La Tournerie. Quant aux bêtes, elles n’ont souvent pas pu pâturer tout l’été, et ont dû être nourries avec du fourrage, normalement stocké pour l’hiver.
Surtout, 2019 vient s’ajouter à la désormais longue liste des années catastrophiques, car « ce qui hier était l’exception devient aujourd’hui la règle, se désole Pierre Veyrat, arboriculteur et viticulteur dans la Drôme. Les sinistres se répètent et s’aggravent, et viennent porter le coup de massue climatique à des fermes par ailleurs en difficulté économique ». Le quotidien n’est déjà pas rose, mais l’avenir s’annonce carrément sombre.
Or, face à la recrudescence d’événements extrêmes, « il existe actuellement un vrai déficit de protection des agriculteurs », souligne la sénatrice socialiste Nicole Bonnefoy, autrice d’un rapport parlementaire à ce sujet. Pire, insiste la Confédération paysanne, si rien n’est fait pour mieux prévenir et indemniser les dégâts, il en va de « la pérennité des exploitations, et donc d’une activité agricole en France ».
« L’État a souhaité transférer une partie des risques vers les assurances »
Aujourd’hui, les agriculteurs confrontés à un aléa climatique peuvent être dédommagés grâce au Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA), abondé par les agriculteurs eux-mêmes. À condition que l’événement en question ait été reconnu « d’importance exceptionnelle » par Météo France, ce qui n’a par exemple pas forcément été le cas pour l’épisode sec de 2018, pourtant très sévère. « Quand il y a des sécheresses tous les ans, la notion d’exceptionnel devient très relative », note Mme Bonnefoy. Sans oublier que les indemnisations, si elles sont débloquées, arrivent souvent très tard, plus d’un an après le sinistre, et ne couvrent que 25 à 35 % des pertes.
Dernière condition, et non des moindres, afin de toucher une compensation, les dommages doivent dépasser 13 % du produit brut de l’exploitation. Ainsi, un éleveur qui transforme son lait en fromage et l’écoule en circuit court ne sera pas indemnisé s’il perd toute sa récolte de foin, pourtant essentielle, car son chiffre d’affaires provient surtout de la transformation et de la vente directe. Pour les mêmes raisons, « si, sur une ferme, la récolte de melons est bonne, mais que celle de carottes est de zéro, le producteur ne sera pas indemnisé, alors que s’il n’avait fait que des carottes, il l’aurait été, illustre la sénatrice de Charente. Ce système défavorise les fermes diversifiées, alors qu’elles sont plus résilientes et souvent plus respectueuses de l’environnement ». Conséquence, de nombreuses fermes touchées par des sécheresses ne sont pas ou peu indemnisées.
Un verger d’abricotiers dans la Drôme
Surtout, depuis une dizaine d’années, le développement des assurances privées vient complexifier un peu plus ce système étatique, dit « régime des calamités agricoles ». Auparavant, « il n’existait des contrats d’assurance que sur la grêle, qui est une catastrophe particulière, sans dimension systémique comme les vagues de sécheresse, explique William Loveluck, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Pour qu’une assurance soit rentable, il faut que le risque soit diffus, c’est-à-dire qu’il ne faut pas que le sinistre survienne en même temps sur l’ensemble d’un territoire ». Les autres risques étaient donc pris en charge par les pouvoirs publics et la profession agricole, via le FNGRA.
Cependant, en 2005, « l’État a souhaité transférer une partie des risques vers les assurances », dit Christophe Delcamp, de la Fédération française des assurances. Les grandes cultures et les vignes, qui étaient « assurables », selon M. Delcamp — autrement dit, dont la sinistralité [1] est facilement calculable — sont donc sorties du champ du FNGRA. Depuis, viticulteurs, céréaliers ou arboriculteurs victimes de la grêle ne peuvent plus être indemnisés par l’État, même s’ils n’ont pas de couverture assurantielle. Pour inciter les agriculteurs à pousser la porte des compagnies, les autorités, via les aides européennes, subventionnent à hauteur de 120 millions par an ces assurances multirisques.
« Un assureur privé, son but, c’est de faire de l’argent, pas de soutenir l’intérêt général »
Pourtant, seuls 25 % des viticulteurs, 30 % des céréaliers et 5 % des arboriculteurs souscrivent à une assurance. En cause, selon le rapport de Mme Bonnefoy, « le prix souvent très élevé » des contrats multirisques, qui fluctue « entre 37,70 €/ha pour les céréales et 1.413,40 €/ha pour les arboriculteurs ». « S’assurent ceux qui peuvent le faire », conclut Pierre Veyrat : les domaines viticoles et les grandes exploitations céréalières.
Malgré tout, le ministre de l’Agriculture promeut une extension du système assurantiel. En juillet, dernier, sur le plateau de BFMTV, Didier Guillaume avait annoncé une concertation à ce sujet, tout en s’exprimant en faveur d’une « assurance obligatoire, interfilière et généralisée » pour les agriculteurs. Mauvaise idée, regrette Thomas Gibert, également porte-parole de la Confédération paysanne de Haute-Vienne : face à la multiplication des aléas climatiques, « l’État préfère se désengager et privatiser le soutien aux agriculteurs, dénonce-t-il. Un assureur privé, son but, c’est de faire de l’argent, pas de soutenir l’intérêt général ». Il s’inquiète particulièrement de l’équité d’un tel système. « Un tiers des paysans gagnent moins de 350 € par mois, ils ne pourront pas payer une assurance en plus, et resteront sur le carreau », affirme-t-il.
Autre effet pervers, « les assurances orientent le modèle productif, en fonction des cultures qu’elles couvrent », analyse William Loveluck. Il a étudié les conséquences du système assurantiel généralisé aux États-Unis : là-bas, « les agriculteurs ont eu tendance à se tourner vers les cultures les mieux assurées, détaille-t-il. Or, il s’agissait plutôt des monocultures qui augmentaient l’intensification, la spécialisation, donc moins respectueuses de l’environnement ». Dans les faits, il est plus facile, plus profitable — donc moins cher pour l’agriculteur — d’assurer de grandes surfaces de céréales qu’une petite ferme diversifiée. Une crainte partagée par la Confédération paysanne, qui a fait connaître ses réticences dans une contribution adressée au ministère de l’Agriculture. « La gestion des risques en agriculture par l’assurance privée pourrait impliquer une accélération de l’agrandissement des fermes, un découragement à la diversification ou encore à la production en circuits courts, [cette dernière étant] généralement mieux valorisée qu’en circuits longs, et [signifiant] donc un capital à assurer plus élevé », peut-on lire.
« On ne peut pas se contenter d’attendre que l’indemnisation tombe, il faut adapter les cultures, vivre autrement, avec les aléas »
Dans un communiqué publié cet été, le syndicat paysan dénonçait ainsi « le projet [de Didier Guillaume] de colonisation du monde paysan par les assureurs privés ». Sans surprise, le directeur adjoint de la Fédération française des assurances voit les choses différemment : « Le modèle assurantiel fonctionne bien ailleurs, aux États-Unis et en Espagne, dit M. Delcamp. En France, plus le nombre d’agriculteurs assurés sera important, mieux on pourra mutualiser les risques. On en est au tout début, il faut laisser sa chance aux produits. » Une position partagée par la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles).
À l’inverse, la Confédération paysanne défend la mise en place d’un « fonds mutuel et solidaire » financé par l’ensemble du monde agricole, mais également par l’État, l’Europe et « une nouvelle taxe sur la spéculation sur les matières premières agricoles », et géré par les paysans sous la houlette de l’État, qui permettrait « d’indemniser toutes les cultures et tous les risques ».
À La Baconnière (Mayenne), les vaches pâturent dans des prairies grillées par la sécheresse de l’été 2019.
Attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, prévient Nicole Bonnefoy. Régime des calamités agricoles et assurances constituent « de bons dispositifs, estime la sénatrice, mais qu’il faut mieux adapter ». Avant tout en « redistribuant l’argent des agriculteurs aux agriculteurs ». En effet, afin d’équilibrer son budget général et éponger sa dette, l’État a pris la fâcheuse habitude de se servir dans le Fonds national de gestion des risques en agriculture. En 2015, le FNGRA avait ainsi perdu 255 millions d’euros. « Or cette trésorerie, constituée grâce aux efforts financiers réalisés par les agriculteurs, doit permettre de faire face à des crises majeures, telle une sécheresse », souligne Mme Bonnefoy, qui plaide également pour une révision des critères et des seuils d’indemnisation.
Pour la parlementaire, il s’agit également de « travailler à une agriculture plus résiliente » face au changement climatique : « On ne peut pas se contenter d’attendre que l’indemnisation tombe, il faut adapter les cultures, vivre autrement, avec les aléas. » Un avis partagé par Thomas Gibert, qui soutient « un accompagnement au changement des pratiques agricoles », vers la diversification et la relocalisation des productions. En bref, tout l’inverse de ce que promeut, pour le moment, le système assurantiel.
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Le Conseil de l’Europe épingle la France et sa définition du viol dans la loi

Huffington Post – 19/11/2019 – avec AFP –
Ce rapport d’évaluation de la lutte des violences faites aux femmes pointe également des lacunes dans la non-reconnaissance des violences, le manque d’hébergement d’urgence et la prise en charge des enfants.
NurPhoto via Getty Images /Le Conseil de l’Europe épingle la France et sa définition du viol dans la loi (photo d’une manifestation contre les violences faites aux femmes à Nantes en novembre 2018)
VIOLENCES CONJUGALES – Pas assez d’hébergements dédiés aux femmes victimes de violences, une définition du viol problématique, une réponse pénale “insuffisante”, des enfants témoins trop peu soutenus: dans un rapport rendu public ce mardi 19 novembre, un organe du Conseil de l’Europe pointe des lacunes françaises.
Ce rapport, le premier à se pencher sur la mise en œuvre par la France de la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la violence envers les femmes (dite “Convention d’Istanbul”), souligne les efforts des autorités françaises dans ce domaine ces dernières années mais met le doigt sur plusieurs problèmes.
Les politiques “peinent à reconnaître la spécificité des violences faites aux femmes et tendent à les assimiler à d’autres problématiques sociales”, déplore le Groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Grevio).
Les experts soulignent ainsi “l’insuffisance des dispositifs d’hébergement spécialisés destinés aux femmes victimes de violences” et appellent de leurs vœux la mise en place, en nombre suffisant, “de centres d’aide d’urgence pour les victimes de viols et de violences sexuelles, afin de leur dispenser un examen médical et médico-légal, un soutien lié au traumatisme et des conseils”.
La définition du viol à revoir
Les auteurs du rapport déplorent également que “la définition des agressions sexuelles et du viol ne repose pas sur l’absence d’un consentement libre mais exige le recours à la violence, contrainte, menace ou surprise”.
Ils pointent “les insuffisances de la réponse pénale aux violences” et notamment “la pratique judiciaire de correctionnalisation, permettant de requalifier le délit de crime de viol en délit d’agressions sexuelles”, une pratique qui “minimise la gravité du viol et fait porter les conséquences du dysfonctionnement du système judiciaire sur les victimes”.
Par ailleurs, si des dispositions législatives permettant de faire primer l’intérêt de l’enfant existent, elles sont trop rarement appliquées dans les décisions sur les droits de visite et de garde, constate le Grevio, pour lequel “l’exercice conjoint de la parentalité est un moyen pour l’agresseur de continuer à maintenir l’emprise et la domination sur la femme et sur les enfants”.
Quant à “l’ordonnance de protection”, qui doit permettre la mise à l’abri des victimes pendant six mois, elle “ne s’applique pas à toutes les formes de violence – contrairement aux exigences de la convention d’Istanbul” – et son application “varie considérablement selon les tribunaux”.
Entré en vigueur il y a neuf ans, ce dispositif civil reste largement méconnu en France, avec environ 3000 demandes contre près de 40.000 en Espagne, pays reconnu pour l’efficacité de sa lutte contre les violences faites aux femmes.
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Home working, flex office, mobil working… cherche bureau fixe !

Siné Mensuel – octobre 2019 – Ludovic Clerima –
Pendant que les gourous de la com multiplient les anglicismes pour réorganiser le travail en entreprise, la communauté scientifique nous met en garde contre les risques engendrés par ces nouvelles techniques de management.
Branle-bas de combat au 147 quai du Président-Roosevelt, à Issy-les-Moulineaux. Au pied du siège social de Capgemini, une entreprise spécialisée dans la transformation digitale, fulminent une trentaine de salariés de la boîte, affiliés à la CGT. Rigolards mais remontés, ils se plaignent de leur bâtiment, sorti de terre en avril dernier. Un immeuble de huit étages baptisé le 147 – prononcer « one four seven » – et doté d’une salle de fitness, d’une conciergerie et de cinq restaurants. Un paradis pour cols blancs qui ne fait pas que des heureux : « C’est sûr que c’est très beau à l’intérieur, indique Laurence Le Bouch, assistante pour Prosodie-Capgemini, mais la direction n’a pas tenu compte du nombre de salariés. Il n’y a pas assez de place pour tout le monde. » Ironique, surtout lorsque nous apprenons que la raison d’être de ce bijou d’architecture impersonnel est de réunir l’ensemble des travailleurs franciliens de la boîte.
À 500 mètres du siège, des bureaux viennent d’être loués pour entasser les employés en trop et un espace de co-working va bientôt en accueillir d’autres : « Parmi les délocalisées, il y a toutes les équipes d’une de nos filiales, Odigo. Elles craignent que la direction les éloigne pour mieux les vendre par la suite », ajoute-t-elle. Un peu plus loin, Sonia Allani, déléguée du personnel, nous détaille les allers-retours entre les étages pour trouver un endroit où s’asseoir ainsi que les plaintes de ses collègues obligés de bosser en permanence sur des canapés. Un foutoir qui tient en deux mots : flex office.
 
Quesaco ? Un subtil mélange entre télétravail – à prononcer « home office » dans la start-up nation – et la mise en libre-service de bureaux dépersonnalisés. L’objectif est de réguler la rotation du personnel afin d’optimiser l’espace et ainsi… de faire des économies, comme le précise Vincent Berthelot, conseiller « en bon sens RH » : « Les bureaux coûtent de plus en plus cher et leur taux d’occupation n’est parfois que de 80 %. Les congés, les missions chez le client, le télétravail, l’absentéisme expliquent ce taux. Les entreprises se demandent donc logiquement ce que 20 % de vacances peuvent représenter en termes de mètres carrés en moins et donc en milliers d’euros par an d’économies. »
Soit heureux et tais-toi !
Mais à vouloir jouer les Pythagore, Capgemini s’est peut-être un peu emmêlé les pinceaux. pourtant, comme l’assure Vincent Berthelot, « les espaces récupérés sur les bureaux individuels via le flex office permettent d’avoir de nouveaux lieux pour se détendre, se reposer, discuter et recréer du lien social. on obtient un mix entre rentabilité, efficacité, bien-être, et une expérience salarié positive« .
De l’enfumage, selon Lionel Leroi-Cagnart, psychologue du travail et membre de l’association Souffrance et travail : « On ne décrète pas la confiance dans une entreprise, on l’organise. Or ces nouvelles techniques de management cassent le lien de confiance et s’appuient sur l’injonction du bonheur. Je vois tous les jours des gens défiler dans mon cabinet, travaillant pour de grandes boîtes, faire état de souffrances hallucinantes. On accentue les pathologies de la solitude et on culpabilise le salarié. Allez vous plaindre de ne pas être heureux au travail lorsqu’on vous installe un baby-foot« . Bandes d’ingrats !
Autre plaisir du flex office, mais également du coworking ou du mobil working (travail nomade en bon français) : l’impossibilité de personnaliser son bureau, qui avec une photo des gosses, qui avec une plante verte. pour ne pas trop chambouler le salarié, les entreprises doivent récréer du « territoire individuel » dans un espace « résolument collectif » indique-t-on Chez Parella, cabinet de conseil en immobilier d’entreprise. Vaste programme. Pour nous aider, ce dernier nous livre une astuce. La technique du nounours « Dans certaines entreprises, vous pouvez installer sur votre bureau un petit ourson en peluche. Lorsqu’il est posé près de vous, c’est le signe pour vos collaborateurs que vous êtes occupé et que vous ne souhaitez pas être dérangé. Ainsi, pendant quelques minutes, vous recréez un espace personnel« . Prière de ne pas rire…
Allô maman bobo…
Pour l’instant, seules 14 % des entreprises françaises se sont laissé tenter par le flex office, selon le baromètre Actineo/Sociovision sur la qualité de vie au travail. Si le mouvement s’accélère, les salariés, notamment les jeunes, demeurent sceptiques. Contrairement aux idées reçues, les nouveaux venus dans le monde du travail ne sont pas friands du concept.Dans son enquête menée auprès des étudiants de l’Essec (la grande école de commerce, qui forme des étudiants, cadres et dirigeants d’entreprise au management), Ingrid Nappi Choulet rapporte que 50 % des étudiants ayant déjà expérimenté le flex office durant leur expérience professionnelle ne veulent pas réitérer l’expérience. Seuls 8 % des sondés placent en premier choix ce mode de travail pour leur avenir. Quant aux coworking, le chiffre tombe à 3 % ! N’en jetez plus .
Pour le télétravail, s’il est plébiscité par bon nombre de salariés, il doit se pratiquer avec modération, selon une étude de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail : « (…) Les risques sont l’isolement vis-à-vis du collectif de travail, la distance avec le manager non sans conséquences sur le parcours professionnel, la surcharge de travail, la double contrainte familiale et professionnelle, les problématiques de déconnexion et de confusion entre les sphères professionnelle et personnelle.« 
Outre les troubles anxiogènes, n’oublions pas les problèmes physiques liés au travail nomade. A la question : peut-on bosser de n’importe où grâce à nos smartphones et PC portables, l’Agence européenne pour la santé au travail répond… Non ! « D’un point de vue ergonomique, les appareils mobiles portatifs sont incompatibles avec une utilisation de longue durée et peuvent provoquer des traumatismes aux membres supérieurs, au cou et au dos. Il en va de même ,des logements et des lieux où des transports publics, dont l’ergonomie peut ne pas être adaptée au travail. » Tout un programme.
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Bercy veut rogner sur le patrimoine

Le Canard enchaîné –  20/11/2019 –
Pour mieux racler les fonds de tiroir, le gouvernement vient d’amputer de 25,5 millions le budget du patrimoine culturel 2019. 
Le projet de loi de finances rectificatives pour 2019 a supprimé l’intégralité de la « réserve de précaution » du programme 175 (celui du patrimoine). Cette cagnotte est censée répondre aux dépenses imprévues. Cette année, elle tombait particulièrement bien, attendu qu’il faut d’urgence remettre à niveau la sécurité incendie des 87 cathédrales appartenant à l’État, comme l’a prescrit un audit réalisé après la catastrophe de Notre-Dame. Les flammes aussi ?
L’an passé, pourtant, sous la pression des professionnels qui avaient pris l’opinion à témoin, Bercy avait consenti un dégel intégral du reliquats de crédits. Le budget avait même dû lâcher 21 millions supplémentaires pour compenser les taxes perçues par l’État sur les billets du loto du patrimoine parrainé par Stéphane Bern.
Aujourd’hui, la fête est finie et Bercy récupère ses millions. Histoire de limiter les râleries, le texte a été examiné au pas de course par l’Assemblée : adopté le 7 novembre en Conseil des ministres, il a été discuté l’après-midi même par la commission des Finances. Six jours plus tard, dans l’hémicycle, il était voté devant un ministre de la Culture (Franck Riester) qui, une fois de plus, à semblé découvrir le dossier en séance. 
Pour récupérer ses crédits, le ministre n’a plus qu’à jouer au loto…
Nouveau coup de sang de Stéphane Bern
D’un côté, un loto du patrimoine qui a permis de récolter quelque 22 millions d’euros. de l’autre, un gouvernement qui décide d’annuler 25 millions de crédits prévus pour le patrimoine.
De quoi provoquer l’ire de l’animateur chargé de la mission Patrimoine en péril. « On m’envoie au combat et on le tire une balle dans le dos !« , a-t-il lancé, lundi soir sur la chaîne Public Sénat. « J’ai informé le chef de l’État. Il n’était pas au courant… Le Président m’a dit qu’il allait s’en occuper« , assure Stéphane Bern.

Pour le secrétaire d’État aux comptes publics, Olivier Dussopt, il n’y a aucun lien entre ce coup de rabot et le succès du loto du patrimoine.
Crédits pour le patrimoine : Stéphane Bern a finalement obtenu gain de cause (Actus Orange – 20/11/2019)
« On me saborde ! ». Stéphane Bern, chargé de la mission Patrimoine en péril, a dénoncé un coup de rabot de Bercy après la suppression de 25 millions d’euros de crédits pour le patrimoine.

Stéphane Bern a remporté son bras de fer contre Bercy. L’Assemblée nationale et le Sénat ont trouvé un accord mardi 19 novembre dans la soirée pour maintenir 21 millions d’euros de crédits 2019 en faveur du patrimoine. L’animateur avait fustigé lundi un coup de rabot de Bercy de 25 millions d’euros.

Les deux chambres expliquent avoir « approuvé le dégel de 21 millions d’euros » qui permettra de « répondre aux demandes des collectivités territoriales concernant l’entretien et la restauration des monuments historiques ». Les quatre millions qui manquent représentent de « simples mesures de périmètre » liées à « la masse salariale » et sont sans effet sur le programme « Patrimoines » concerné, assure le Sénat.

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L’exigence démocratique

Le Un Hebdo – 13/11/2019 – Vincent Martigny (1) –
28e manifestation pour une transition démocratique à Alger, 3 septembre 2019 © Nacerdine ZEBAR / GAMMA-RAPHO 28e manifestation pour une transition démocratique à Alger, 3 septembre 2019 / © Nacerdine ZEBAR / GAMMA-RAPHO
Malgré les différences nombreuses dans leurs causes et leurs modalités, le mot d’ordre commun des révoltes populaires qui secouent les pouvoirs en place aux quatre coins de la planète est une demande de démocratie. Partout, au Nord comme au Sud, s’expriment une critique des élites accusées de l’avoir confisquée ainsi qu’une exigence démocratique nouvelle.
Comment rendre compte du rapport de ces mouvements à la démocratie ? De prime abord, on peut voir en ces mobilisations une nouvelle vague de démocratisation dans des pays semi-autoritaires. Le Chili, l’Algérie ou Hongkong seraient, en quelque sorte, les héritiers des ex-républiques d’Europe de l’Est qui ont profité, au tournant des années 1990, de l’effondrement de l’URSS pour gagner leur liberté. Quoique convaincante et partiellement avérée, cette analyse n’est pas entièrement satisfaisante. Car, alors, comment interpréter le fait que le mouvement des Gilets jaunes ou les manifestations en Catalogne portent des revendications similaires, dénonçant les insuffisances de la démocratie ? Devrait-on en déduire que la France ou l’Espagne ne sont pas de véritables démocraties, et que le sort de leurs citoyens n’est pas plus enviable que celui des régimes semi-autoritaires dont les populations se soulèvent aujourd’hui ?
L’explication est ailleurs. La contestation populaire au nom de la démocratie dans des pays aussi différents que la France, le Liban, la Bolivie ou le Chili marque en réalité un phénomène de mondialisation de la démocratie. Parce qu’ils clament leur refus de la réduction des libertés publiques, rejettent la verticalité et l’isolement du pouvoir, dénoncent la confiscation de l’État par les lobbies ou par une caste de privilégiés, les manifestants du monde entier démontrent la vitalité de l’idéal démocratique. Ils marquent leur croyance commune à l’idée qu’elle est, plus que jamais, le seul système politique légitime. C’est son fonctionnement ou son absence qui sont mis en cause par les manifestants, jamais son principe.
Dès lors, cette forme de mondialisation traduit dans ses ambivalences la nature même de l’exigence démocratique. L’originalité de ce système politique – et sa fragilité intrinsèque – tient au conflit inhérent à son fonctionnement : la démocratie porte en elle-même les fondements de sa remise en cause. Parce qu’elle est basée sur le conflit et la délibération, parce qu’elle n’enferme pas l’histoire dans un carcan, mais au contraire, participe à ce que Claude Lefort nomme la « dissolution des repères de la certitude », elle peut être tentée par l’autodestruction.
Plus encore, en tant que « forme de société » avec ses valeurs propres, la démocratie est porteuse de sa propre incomplétude. On peut résumer cette idée par une tautologie : la démocratie appelle toujours plus de démocratie. D’où un sentiment de frustration et de désenchantement ressenti par les citoyens des démocraties contemporaines, qui cherchent dans les mobilisations populaires à renouer avec la pureté des origines, lorsque le « peuple », uni, faisait front contre la tyrannie.
Il y a un an ou deux, on aurait appelé cela la « grogne sociale ». Aujourd’hui la grogne a laissé la place à une colère latente. On peut s’inquiéter de la violence de ces mouvements, ici comme ailleurs. Mais ce dont nous devrions bien plus nous méfier, c’est de l’autre danger qui guette les foules démocratiques : celui de l’apathie, du désintérêt pour la chose publique, qui détruit les solidarités sociales plus sûrement que le conflit démocratique. Cette apathie-là permet la mise sous tutelle d’un citoyen zombifié, indifférent à la marche du monde, et constitue la maladie la plus grave qui menace notre système politique. (1) Professeur à l’université de Nice et à l’École polytechnique, chercheur associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), il est notamment l’auteur du Retour du prince (Flammarion, 2019)
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Le Medef veut l’égalité !

Charlie Hebdo – 13/11/2019 – Jacques Littauer –
Geoffroy Roux de Bézieux, la patron du Medef, est un incompris. On le croit de droite, près de ses sous et pollueur. Tout à l’inverse, c’est un utopiste, qui veut « l’égalité réelle des chances » (1)
Car Geoffroy ne lit pas que les bilans des entreprises du CAC 40. Il lit aussi les rapports de l’OCDE, et il y en a de très bons. Ainsi celui-ci selon lequel il faudrait, dans notre pays, pas moins de cent vingt-quatre ans afin qu’un descendant de famille pauvre atteigne le revenu moyen. Presque deux siècles pour avoir assez pour faire ses courses à Carrefour ! Comme le dit Geoffroy, si cela est le cas, s’impose alors le sentiment que « tout est joué d’avance ». 
Précisément, selon l’OCDE, il faudrait six générations pour les arrière-arrière-arrière-petits-enfants de Fatima, femme de ménage à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, deviennent instituteurs, commerciaux ou secrétaires. Six générations, c’est trrrrrrès long (2).
L’OCDE précise que ça marche aux deux extrêmes. Les enfants de pauvres restent pauvres, et leurs petits-enfants aussi? Oui. Eh bien, c’est pareil pour les riches. Geoffroy le sait, puisque ses potes Martin Bouygues, François-Henri Pinault, Emmanuel Besnier et compagnie n’ont eu qu’à naître pour devenir milliardaires.
Geoffroy l’écrit : «Les inégalités de patrimoine ont tendance à se transmettre de génération en génération, par l’intermédiaire de l’héritage et des donations. Elles sont aussi la source d’autres inégalités, en termes de niveau de vie, d’accès à l’éducation ou encore d’accès à la propriété. » Et ? Ben, rien. Alors qu’une mesure de base, très libérale au fond, consisterait à supprimer l’héritage.
Non, ce que Geoffroy propose, c’est un «Capital Départ », c’est-à-dire un prêt à taux zéro. Le bidule ne serait proposé qu’aux pauvres, et ils ne pourraient l’utiliser que pour financer une formation, créer une entreprise, ou acheter un logement. Ils devraient le rembourser une fois que leurs revenus seraient suffisants.
Endetter les jeunes pauvres, c’est ce que Geoffroy appelle «l’égalité réelle des chances ». C’est dommage, car il existe, de par le monde, des pays où l’égalité des chances est un peu moins du pipeau qu’ailleurs. Ce sont, ô surprise, le Danemark, la Norvège, la Finlande et la Suède, où, comme l’explique l’OCDE, les petits-enfants de pauvres, et même parfois les enfants, rejoignent directement la classe moyenne.
Or, dans ces pays, l’illettrisme est quasiment absent, quand il affecte 2,5 millions d’adultes en France. D’abord parce que leurs méthodes pédagogiques ne sont pas aussi débiles que les nôtres (3). Mais aussi parce qu’en France, en maternelle, là où tout se joue, chaque institutrice a face à elle 21 enfants. Au Danemark, elle n’en aurait que 10. En Suède? 6, seulement (4).
En Suède, la fac est gratuite, y compris pour les étudiants venant des pays membres de l’Union européenne. Pendant ce temps-là, en Seine-Saint-Denis, 19 familles sont tellement à bout qu’elles ont porté plainte contre l’État pour « rupture d’égalité ». Leurs enfants, scolarisés au collège, passent leur temps en salle de perm, faute de profs. Mais je suis sûr que Geoffroy le « blairiste », comme il se surnomme, va venir leur donner des cours du soir.
(1) Et si la France passait à l’égalité réelle des chances ? », par Geoffroy Roux de Bézieux (Le Parisien Aujourd’hui en France, 31 mars 2019). 
(2) « L’ascenseur social est-il en panne ? Comment promouvoir la mobilité sociale » (OCDE, synyhèse Cope, juin 2018 – un texte très clair de cinq pages..
(3) «Notre système scolaire programme l’illettrisme », par Alain Bentolila (Le Point, /8 septembre 2018).
(4) «Primaire et maternelle : des classes très chargées », par Louis Maurin (alternatives-economiques.fr, 3 avril 2018).
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# dessin – Des milliards, et après ? / Un an déjà…

Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire
Gilets jaunes : un conflit dans l’impasse

L’Opinion 18/11/2019 Jade Grandin de l’Eprevier Nathalie Segaunes
Le 10 décembre 2018, Emmanuel Macron injectait 17 milliards d’euros en pouvoir d’achat en réponse à la crise des Gilets jaunes. Un an plus tard, ceux qui retournent dans la rue disent que pour eux, rien n’a changé
# dessin  – Un an déjà…
Gilets jaunes : cette peur qui mine le pouvoir

L’Opinion 15/11/2019 Matthieu Deprieck Caroline Vigoureux
Il y a un an, l’exécutif et les parlementaires de la majorité découvraient les Gilets jaunes, leur colère et la violence de leurs actions. Le début de plusieurs mois de crainte et d’angoisse. Comment, dans ce climat, tenir l’agenda des réformes ?
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Les associations environnementales appellent à un moratoire sur le développement de la 5G

Agir pour l’environnement –  /10/2019 –
Les technologies de la communication sans fil et du numérique ont déjà des impacts qui n’ont rien de virtuel : risques pour la santé physique et mentale, hyper-connexion dans le monde du travail et chez les jeunes, sols, paysage et écosystèmes impactés, facture énergétique grandissante, gaspillage de ressources, risques du big data sur les libertés, poids des lobbies sur la science et les politiques publiques…
Raison pour laquelle les associations réclament un moratoire sur la 5G afin de ne pas mélanger vitesse et précipitation.
Technologie 5 G : Avec tout, partout, tout le temps, sans limite
A l’occasion de la tenue le 2 octobre du comité national de dialogue des fréquences qui sera consacré au déploiement de la 5G, les associations lancent une alerte générale contre ce projet qui fera basculer la planète et la société dans un monde aux conséquences hors de contrôle.
Force est de constater que, dans de nombreux domaines, les technologies de la communication sans fil et du numérique ont déjà des impacts qui n’ont rien de virtuel : risques pour la santé physique et mentale, hyper-connexion dans le monde du travail et chez les jeunes, sols, paysage et écosystèmes impactés, facture énergétique grandissante, gaspillage de ressources, risques du big data sur les libertés, poids des lobbies sur la science et les politiques publiques…
La 5G, programme pharaonique de plusieurs milliards d’euros, qui vise à communiquer avec tout (internet des objets, mobilité des robots…), partout, tout le temps et sans limite – selon les termes du think thank « Idate Digiworld » – conduit inéluctablement à aggraver cet état de fait. Son déploiement se fait à marche forcée, dans la plus grande précipitation, sans qu’aucune évaluation sanitaire ni aucun débat démocratique sur les effets de cette technologie sur nos sociétés n’aient pu être menés.
A l’heure où l’humanité est confrontée à des défis majeurs à relever – dérèglement climatique, sixième crise d’extinction de la biodiversité, épidémie mondiale de maladies chroniques, tensions sur les ressources en eau, en métaux rares, en énergie – développer un programme qui modifiera durablement l’environnement électromagnétique de la planète, les interactions homme-machine et le fonctionnement global de notre société, ne peut être imaginé sans une réflexion et un débat citoyen approfondis.
C’est pourquoi, en amont du comité national de dialogue sur les fréquences, les associations participantes signataires – soutenues d’ores et déjà par d’autres ONG, demandent un moratoire du déploiement de la 5G et la mise en place d’un débat public sous l’égide de la Commission Nationale du Débat Public, autorité indépendante dont la loi impose la saisine préalablement au développement de projets d’infrastructures ou de programme d’ampleur.
Nous appelons les citoyens, associations et organisations à nous rejoindre dans cette action.
Appel à l’initiative de PRIARTEM et Agir pour l’Environemment
Premiers soutiens à cet appel  : CNAFAL, WECF France, Réseau Environnement Santé, SERA, POEM26, CVF Santé France, Association Zone Blanche, NaMd, SOS-MCS, E3M, AM2E et Association Santé Environnement France.

PRIARTEM – Pour une réglementation des antennes relais de téléphonie mobile
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Qu’à cela ne tienne, et pourquoi ralentir la marche du progrès dans les télécommunications ? :  la 6G est déjà en préparation : ensuite, pourquoi pas la 7G, puis la 8, tant qu’il restera des clients en vie et des bénéfices à engranger…
(Sélectra infos 03/10/2019) :  Le déploiement de la 5G est encore en cours en France et dans le monde que la 6G commence déjà à faire parler d’elle. C’est Ren Zhengfei, le patron de Huawei, qui affirme que la compagnie travaille déjà sur la 6G. Prévu aux alentours de 2030, cette nouvelle génération de réseau cellulaire annonce déjà des vitesses de connexion 100 fois supérieures à la 5G et utilisable dans les airs, en mer et dans l’espace !
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Surpêche : ça flotte à Bruxelles

Le Canard enchaîné – 13/11/2019 – Conflit de Canard –
C’était promis-juré. En 2020, on allait enfin en finir avec la surpêche en Europe. Ce louable engagement de Bruxelles, décidé il y a six ans, au moment de la réforme de la politique commune de la pêche, prend l’eau. L’année prochaine, près de 20 % des stocks de poisson dans les eaux européennes seront encore surexploités. On en remonte dans les filets 6 millions de tonnes chaque année, 400 000 pour la France. Avec, en première ligne la Méditerranée, où l’on pêche déjà deux fois trop de pescaille. 
Les poissons sont d’autant plus ml barrés que les ministres européens de la pêche veulent mettre de l’argent dans le casier pour subventionner la construction de nouveaux bateaux. Des aides qui avaient été stoppées il y a quinze ans, justement pour ne pas doper les performances de rafiots qui pêchent déjà trop. « Les subventions de Bruxelles devraient être utilisées pour encourager les techniques de pêche durable plutôt que pour augmenter la capacité de la flotte européenne« , s’agace Mathieu Colléter, l’un des responsables de l’ONG Bloom qui milite pour la protection des océans. 
Autre arête dure à avaler : alors que la Commission européenne voulait réserver ce coup de pouce à la pêche artisanale, à savoir les bateaux de moins de 12 mètres, les États européens, la France en tête, ont poussé pour les subventions soient étendues aux chalutiers jusqu’à 24 mètres. Un rafiot de cette taille prélève environ 380 tonnes de poisson par an, sept fois plus qu’un gros bateau de pêche artisanale. Et, pour en mettre toujours plus dans la cale tout en empochant l’aide, il suffit d’acheter un chalutier qui fait moins de 24 mètres de longueur, mais avec un gabarit XXL, vu que la largeur, elle, n’est pas réglementée…
Présenté comme le chalutier du futur, Arpège mesure 24 mètres de long pour 8.5 mètres de large, avec un tirant d’eau de 3 mètres et un déplacement de près de 300 tonnes en charge. Il présente de nombreuses améliorations par rapport aux bateaux existants.  Arpège (© Bureau Mauric-Socarenam)
Mauvaise nouvelle en sus pour les poissons : les marins pêcheurs pourront également demander de l’oseille pour changer de moteur, afin de tracter de chaluts encore plus grands ! Sur le papier, le nouveau moteur ne doit pas être plus puissant que l’ancien, mais les contrôles sont quasi inexistants. « Grâce à un efficace lobbying à Bruxelles, les patrons de chalutier ont une fois de plus emporté le morceau au détriment des petits bateaux qui pratiquent une pêche durable« , déplore l’un des représentants du syndicat des pêcheurs artisanaux.
On espère que le nouveau Parlement européen, qui a commencé à plancher sur la question le 12 novembre, va un peu se mouiller pour les poissons.
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Avez-vous déjà pensé à faire de votre vie une œuvre ?

Inexploré magazine – Hors série  numéro 8 – novembre 2019  – l’édito de Sébastien Lilli –
Et si nous étions tous des êtres inspirés ?
Le pari est un peu osé si nous suivons les diktats et les carcans habituels… Pourtant, intimement, nous sommes certainement tous des artistes. Au fond de chacun de nous réside un élan, un élan qui nous invite à créer. Discrètement ou au grand jour; Pour entreprendre, cuisiner, confectionner, danser, chanter, dessiner… pour guérir, peut-être. Une part de soi, une part du monde. 
Car la particularité du chercheur inspiré, c’est d’abord qu’il exprime ce que nous trouvons juste et beau, mais c’est surtout – qualité souvent oubliée aujourd’hui – qu’il touche à une transcendance. Étant capable de devenir, le temps d’un instant ou d’une vie, le vecteur d’une dimension qui nous dépasse, non pas pour divertir ou pour briller, mais pour révéler les vibrations nécessaires à l’équilibre, en dévoilant nos ombres et en inspirant la communauté vers davantage de sagesse, afin de se s’élever et se libérer ensemble. Voilà en quoi l’art, dans sa connotation profonde la plus sacrée, peut-être le ciment d’une société…
Le peintre Paul Klee disait même, à propos de notre époque, que l’artiste ou « le génie, c’est l’erreur dans le système ». alors vous aussi, autorisez-vous à trouver les clés pour le devenir de temps en temps, le joyeux génie qui participe, avec ses talents et ses imperfections, à réinventer son univers d’abord, à réenchanter le monde ensuite. Entendons cette aspiration à tirer du néant ce que nous avons de plus précieux, l’occasion de rendre aux femmes et aux hommes leur potentiel créateur, celui qui fait de nous… des êtres inspirés ! Belle journée à toutes et tous.
Paul Klee (1879-1940) – Éternels éclairs
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Convention climat : «On peut apporter le bon sens qui manque aux politiques»

Libération – 14/11/2019 – Par Laure Equy et Coralie Schaub
Lors du premier week-end de la convention citoyenne pour le climat, au palais d’Iena à Paris, le 6 octobre. Lors du premier week-end de la convention citoyenne pour le climat, au palais d’Iena à Paris, le 6 octobre. Photo Nicolas Lascourrèges. Divergence
Les 150 citoyens tirés au sort pour proposer des mesures contre le changement climatique entament ce vendredi leur troisième week-end de travail. Entre espoir et vigilance, ils livrent à «Libération» un premier bilan en demi-teinte.
Restitution des débats, synthèses par groupe, mots-clés sur paperboard… La convention citoyenne pour le climat tente de cocher les cases de tout exercice de démocratie participative qui se respecte. Fin octobre, alors que les participants réunis dans l’hémicycle du palais d’Iéna, à Paris, étaient invités à rapporter leurs premières impressions et celles de leur entourage, deux termes revenaient sans cesse, notés sur leurs post-it. «Intérêt» et «scepticisme».
Voulue par Emmanuel Macron comme l’une des réponses à la crise des gilets jaunes au terme du grand débat national, la convention, qui rassemble 150 citoyens tirés au sort, a vocation à définir d’ici fin janvier des mesures permettant de lutter contre le réchauffement climatique. L’opposition, des ONG et certains professionnels y voient une manière pour l’exécutif de gagner du temps et d’habiller ses renoncements. Les citoyens, eux, semblent osciller entre vigilance et envie d’y croire… Et démontrent une sacrée implication. Avant le troisième de leurs six week-ends de travaux au siège du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Libération leur donne la parole pour un bilan d’étape.
Leur mission
Quand leur téléphone a sonné à la fin de l’été, ils ont suspecté un canular ou cru à un démarchage publicitaire. Il leur a fallu googliser la convention citoyenne dont la création, pour la plupart d’entre eux, leur avait échappé. Puis franchir un second filtre opéré par un institut de sondage pour affiner les profils et diversifier le panel. D’un coup de dés, assaisonné de statistiques, les voilà propulsés comme acteurs d’un exercice démocratique inédit, vante l’exécutif, ou, pour ses détracteurs, comme décor et caution d’une grande opération de com. A voir.
Eux ont tenté. Qu’ont-ils à perdre ? «Avec mon épouse, on s’est dit que c’était une façon d’apporter notre pierre à l’édifice, a parié Guy, retraité de 60 ans, habitant d’un petit village près de Limoges. Je ne savais pas où je mettais les pieds, je ne suis toujours pas exactement fixé sur les tenants et les aboutissants, mais j’ai l’espoir de faire changer les choses.» Au départ «très circonspecte» et échaudée par l’épisode du grand débat national, «une fumisterie totale» à ses yeux, Yolande a pesé le pour et le contre. Et puis «l’occasion d’avoir une tribune sur l’écologie» et «l’idée d’être le cobaye d’un processus démocratique [qu’elle pourrait] étudier de l’intérieur» l’ont décidée. Très investie dans une multitude de causes, militante associative (Sortir du nucléaire, Greenpeace, Extinction Rebellion) et conseillère municipale d’opposition à Douarnenez (Finistère), cette tapissière d’ameublement fait le pari que «si la convention est de l’esbroufe, [elle pourrait] en parler en connaissance de cause».
Leur mission, puisqu’ils l’acceptent : trouver en quatre mois comment baisser «d’au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 par rapport à 1990, dans un esprit de justice sociale». Vaste programme. Pour cela, les citoyens ont été répartis en cinq groupes de travail (se nourrir, se loger, consommer, se déplacer, produire et travailler) par tirage au sort.
Comme le hasard fait beaucoup de choses, c’est aussi ainsi qu’a été décidé le placement dans l’hémicycle. Les 150 membres ont dû se faire à ce principe du tirage au sort, qui ne donne pas d’emblée une légitimité à ces «ni élus ni experts». «C’est très compliqué de se positionner. On n’est « que » des citoyens lambda. Et comme l’exercice n’a jamais été fait, on n’a pas d’élément de comparaison, s’est beaucoup interrogé Grégoire, trentenaire à la tête d’un réseau d’associations en Normandie. Je m’y suis fait finalement, j’assume d’avoir été tiré au sort, moi et pas mon voisin. Ce n’est ni une chance ni une charge. C’est comme ça.»
Leurs attentes
Sélectionnés sans avoir postulé, les membres de la convention n’en paraissent pas moins ultra-investis. «Je vis, je mange, je dors convention !» s’exclame Guy. La mise en jambes, le premier week-end d’octobre, a pourtant été ardue. Tout juste installés, les citoyens ont été bombardés d’infos, de documents, de graphiques, histoire d’être mis au parfum.
Sur la forme, certains ont mal pris d’être placés en position de simples spectateurs, sans pouvoir prendre le dessus sur les intervenants. Quant au diagnostic sur le fond, l’expression «choc personnel» revient souvent. «Juste après, j’ai eu un coup de déprime», reprend Guy. «On nous a expliqué qu’il faudrait passer en moyenne de 11 à 2 tonnes de rejet de CO2 par personne et par an. Ce chiffre vous reste en tête longtemps», développe William, architecte-urbaniste de Nantes.
Reste que les tirés au sort sont entrés dans le sujet à fond, au-delà des week-ends durant lesquels ils siègent. Entre les sessions, ils échangent via une plateforme créée par la convention et leurs propres fils WhatsApp ou groupes Facebook. «Chaque matin, on reçoit des dizaines de messages, ça fourmille. Et chacun monte des initiatives sur son territoire», décrit Grégoire, qui a par ailleurs rencontré son maire, le fournisseur d’électricité Enercoop et plusieurs associations. «Plusieurs citoyens m’ont contacté, un étudiant m’a fait des fiches sur un sujet que je n’avais pas le temps de creuser. C’est de l’intelligence collective pour de vrai», s’enthousiasme le Normand qui, comme d’autres collègues, raconte les travaux sur Twitter.
A Paris, une poignée de citoyens a organisé une soirée-débat pour diffuser l’initiative et lancer des idées. De même pour Yolande, qui a réuni 80 personnes à Douarnenez. Chacun demande des rendez-vous à des élus, ONG, syndicats et entreprises. Manière aussi de se forger cette légitimité qui les taraude. Leur constat, quasi unanime : les solutions sont déjà formulées. «On ne va pas tout réinventer, beaucoup de propositions sont sur la table depuis des lustres», admet Jean-Luc, sapeur-pompier à la retraite. S’ils n’ont pas le bagage des spécialistes du climat, eux se voient en experts du quotidien. «On parle de la faisabilité de telle ou telle mesure, selon nos expériences, le lieu où l’on habite, poursuit-il. Des villes proposent la gratuité des transports. Très bonne idée mais dans mon petit village de la Somme, je n’ai même pas un bus.» «On veut surtout comprendre les blocages. On peut apporter ce bon sens citoyen qui manque parfois aux politiques», abonde Grégoire. Et si ces mêmes politiques sont bridés par la menace d’une défaite électorale, pas eux : «On n’a aucun intérêt financier ni électif, on peut avoir ce regard du temps long.»
Leurs doutes
La tâche est si immense, le champ si large, que nombre de citoyens souhaiteraient avoir davantage de temps. «A chaque fois qu’on aborde un sujet, on découvre de nouveaux problèmes, c’est infini. Les organisateurs nous ont dit qu’on allait très vite et qu’on aurait fini en janvier. Mais on n’y croit pas, même en travaillant beaucoup entre les sessions», témoigne Selja, lycéenne de 16 ans dans le Val-de-Marne, déjà très intéressée par l’écologie avant la convention. «Le temps file à toute allure et on a beaucoup de choses à dire. Je ne sais pas si nous serons capables de nous mettre d’accord sur des propositions dans le temps imparti», se demande Sarah, jeune prof des écoles à Bourges.
Le temps consacré aux débats est lui aussi jugé trop court. Notamment pour cuisiner et pousser dans leurs retranchements les experts et intervenants. D’autant que le casting pose parfois question aux citoyens : «Quand le PDG d’Aéroports de Paris est venu nous « vendre » des avions verts sans évoquer la privatisation et l’agrandissement de Roissy, je bouillonnais, dit Yolande. On nous demande de réfléchir à la façon de réduire les gaz à effet de serre et on le fait venir, lui. C’est du lobbying, il n’a rien à faire ici !»
Les interventions de l’ingénieur Jean-Marc Jancovici (pronucléaire mais non présenté comme tel), du PDG de Système U ou d’un représentant de la FNSEA (sans son homologue de la Confédération paysanne pour l’instant) ont aussi fait grincer des dents. Même si les organisateurs semblent souvent soucieux d’équilibrer les débats. En témoigne l’affiche de ce week-end au sein du groupe «se déplacer» : Priscillia Ludosky, figure des gilets jaunes, côtoiera le président du constructeur automobile PSA, Louis Gallois.
Les citoyens ont aussi pu choisir qui convier à la convention, comme Nicolas Hulot, présent ce vendredi et particulièrement réclamé. Malgré ces efforts, certains citoyens n’hésitent pas à piquer des coups de gueule dans l’hémicycle, sur le mode «vous nous prenez pour des enfants !» ou «où voulez-vous en venir ?»
Lors du deuxième week-end, les longs exposés de plusieurs experts sur la taxe carbone en ont crispé plus d’un. «J’ai eu l’impression qu’ils essayaient de nous la refourguer, en nous en vantant les bienfaits. Mais elle va être difficile à faire avaler, rien que le terme « taxe carbone », les Français ne veulent plus l’entendre», estime Jean-Luc. Comme lui, beaucoup se disent vigilants, redoutant d’être orientés ou instrumentalisés. «Les gens ont cette petite peur et ça nous protège. Si on est manipulés, on aura tout le loisir de le faire savoir à la fin», veut pourtant se rassurer Grégoire pour «avancer».
«Cette convention, c’est hyper fatigant, il faut tout le temps être sur le qui-vive», lance Yolande. Qui s’alarme de la «crédulité» de certains, pour qui «c’est le dernier intervenant qui a parlé qui a raison». Et craint, elle aussi, que l’exercice ne serve en réalité qu’à «faire avaler le nucléaire, toujours qualifié ici d’énergie décarbonée, et la taxe carbone». Pour l’autoproclamée «grande gueule» de 59 ans, il faudrait au minimum que la taxe carbone soit «bien transparente, qu’on sache où va l’argent». Surtout, dit-elle, cette taxe «ne remet pas en cause le système destructeur dans lequel on est, c’est un pansement sur une jambe de bois». Yolande redoute que trop peu de tirés au sort n’osent «porter des choses qui tapent haut. Les mesures de colibris ne suffiront pas». Cette France en miniature, rassemblant tous types de profils et de sensibilités, parviendra-t-elle à s’accorder ? Modérés et partisans d’un autre projet de société ne risquent-ils pas d’accoucher d’un plus petit dénominateur commun bien timide ? Il est trop tôt pour le dire.
Leur horizon
En attendant de savoir ce que les citoyens mettront sur la table, s’il s’agira du fruit d’un consensus mou ou d’actions plus ambitieuses, quelques propositions se dessinent déjà. Rénover thermiquement l’ensemble d’une maison et non bout par bout, pour plus d’efficacité. Lutter contre le trop-plein de publicité. Obliger les industriels à indiquer sur leurs produits une «échelle carbone» pour avoir conscience de leur impact. Accroître la part des légumineuses dans nos assiettes pour remplacer une partie des protéines animales par des protéines végétales. Favoriser les circuits courts et le local… Autant de solutions qui existent déjà, parfois même sous forme de lois, «mais qui ne sont pas appliquées, surtout par manque de courage politique, non pas vis-à-vis des Français mais des lobbys», estime Guy, qui aimerait introduire dans le droit la notion d’écocide. Yolande s’intéresse, elle, à l’autosuffisance alimentaire des villes. Selja insiste sur le fait que les mesures proposées devront être «accessibles à tous», car «tout le monde n’a pas les moyens de s’acheter une voiture hybride».
Restera enfin à savoir ce que gouvernement et Parlement feront des conclusions de la convention. La réponse qui lui sera réservée sera le moment de vérité. Les citoyens gardent à l’esprit que le Premier ministre, Édouard Philippe, s’est engagé à porter leurs travaux «sans filtre», soit par référendum soit sous forme de propositions de loi. Nombre d’entre eux ont une préférence pour la voie référendaire. «Un texte proposé par des citoyens et validé par des citoyens, cela aurait beaucoup plus d’impact», avance William, qui sait aussi qu’en cas de bras de fer, la médiatisation et la diffusion de leur travail dans l’opinion leur donneraient du poids. Ce qui est trop peu le cas pour l’instant. Ceux qu’on est venus chercher et qui ont joué le jeu «ne sont pas venus travailler pour rien», prévient le Nantais. Qui précise : «Notre synthèse finale ne sera pas un rapport de préconisations, il posera des actes.» «Vu la très grande motivation de tous les citoyens, même si ça va être dur, on va réussir à se mettre d’accord puis à faire accepter nos propositions», pense Romane, lycéenne en Bretagne. «Les 150 sont en train de bosser, vraiment, ils ne sont pas juste en train de se tourner les pouces ou de se faire enfumer sans s’en rendre compte, avertit Yolande. Si nous ne sommes pas suivis, il y aura 150 gilets jaunes en plus dans la rue». Sarah opine : «On prend la chose au sérieux, on a envie d’être pris au sérieux en retour.»
Lire aussi : Nicolas Hulot se lâche à la Convention citoyenne sur le climat (Le Parisien – 16/11/2019)
Consulter :  Le site officiel de la Convention citoyenne sur le climat
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Huile de palme : la commission des Finances et Edouard Philippe demandent un nouveau vote à l’Assemblée

Huile de palme : la commission des Finances et Edouard Philippe demandent un nouveau vote à l’AssembléeLes députés qui ont soutenu cet amendement sont notamment ceux des Bouches-du-Rhône où se trouve la raffinerie de La Mède, que Total souhaite alimenter avec de l’huile de palme. AFP
D’un côté, une majorité présidentielle qui n’a jamais de mots assez forts pour dénoncer l’incurie de Bolsonaro, président brésilien responsable de la déforestation de la forêt amazonienne ; de l’autre une poignée de députés-lobbyistes accordant près de 70 millions d’euros d’aides fiscales à Total pour détruire le climat et accroître la déforestation ! (Agir pour l’environnement – communiqué du 15/11/2019)
Sud-Ouest – 15/11/2019 – avec AFP –
L’Assemblée a maintenu jeudi soir l’huile de palme parmi les biocarburants jusqu’à 2026. Face au soupçon de lobbying de Total, des députés souhaitaient revoter. La commission des Finances et le Premier ministre demandent ce vendredi une seconde délibération
Les députés ont voté jeudi, sans débat, un report à 2026 de l’effacement de l’huile de palme de la liste des biocarburants, une décision aussitôt dénoncée par les associations écologistes. L’Assemblée avait pourtant voté l’an dernier l’exclusion de l’huile de palme des biocarburants, qui bénéficient d’un régime fiscal favorable. Total produit actuellement du carburant à base d’huile de palme dans la nouvelle bioraffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône), près de Marseille.
En plein examen du budget 2020, les députés ont soutenu une mesure défendue par des élus MoDem, LREM et LR des Bouches-du-Rhône en faveur d’un report à 2026 de cette sortie. L’amendement, qui a reçu un avis favorable du gouvernement et défavorable du rapporteur général Joël Giraud (LREM), n’a pas été défendu au micro en séance et n’a pas fait l’objet du moindre débat…
Et alors même que le gouvernement avait émis un avis favorable à cet amendement, le Premier ministre Édouard Philippe demande lui aussi ce vendredi à ce que l’Assemblée puisse revoter le texte. La seconde délibération « permettra aux parlementaires de nourrir un débat à la hauteur de l’enjeu », a expliqué l’entourage du chef du gouvernement. De source parlementaire, ce second vote aura lieu dès vendredi.
Aussitôt après le vote, dans la soirée de jeudi, le député François Pupponi (Libertés et territoires) avait espéré une « deuxième délibération », car la manière dont le vote s’est passé n’a « pas été correcte » selon lui.
Des députés de la majorité et de l’opposition réclamaient aussi un nouveau scrutin après le vote controversé jeudi sur la réintégration de l’huile de palme aux biocarburants jusqu’en 2026, mais « à ce stade » le gouvernement ne prévoit pas vendredi de nouvelle délibération. La député Bénédicte Peyrol, vice-présidente du groupe LREM espérait un revirement de situation en seconde lecture à l’Assemblée.
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Compte-rendu assemblée générale ASCEIPICA 2019 

Rapport d’activités 2019 de l’Asceipica 2 pétitions :
« Epandages aériens STOP » en ligne sur mesopinions.com recueille 43 263 signatures, le 19 octobre 2019, jour où nous rédigeons ce rapport (39 490 au 7 novembre 2018). De nouvelles feuilles signées arrivent aussi par la poste.
« Nous ne voulons plus payer le tribut aux seigneurs de la guerre » en ligne sur mesopinions.com également, depuis le mois de mars, recueille 3 411 signatures, le 19 octobre 2019. 
– Analyses et recherches faites par le laboratoire Qualio de Besançon (agréé COFRAC) depuis 2012, publiées sur le site internet http://www.acseipica.fr/; commandées par Laurent Bernard du Doubs, et, cette année, également par Jean Noël Zacharie de l’Isère : recherche de métaux lourds dans l’eau de pluie (ou neige) et dans les particules de fond de bassine dans des échantillons relevés toujours au même endroit. On constate un doublement des particules depuis 2012…
– Rémy a obtenu une ordonnance pour faire l’analyse de l’aluminium et des métaux dans son corps. L’analyse de l’aluminium est remboursée par la Sécurité Sociale. Vous pouvez demander une ordonnance à votre médecin pour cela.
– Distribution de flyers, stands d’info, recueil de signatures à la pétition lors de la  Fête de la nature à Chaussenant dans l’Ain en mai dernier.
– Jeanne Marie : Marche mondiale contre la Géoingénierie 22 avril – Bettina Kothe Faday au Parc Floral de Vincennes, Vincent à Genève. Vincent s’est fait arrêter par la police municipale et en a profité pour les interpeller au sujet de notre information, ce qui a renversé la vapeur en sa faveur.
– Marches pour le climat :  Metz, Annecy, Paris, Rodez ( en mars et mai), autres actions à Genève (Vincent), projection de Bye Bye blue sky, film documentaire inédit, au Cern : conférence sur le réchauffement climatique et fonte des neiges animée par 2 enseignants officiels…
– Rencontre de politiques et notables : Sénatrice à Gap, Montigny les Metz, Maire de Chaussenat, Maire de Chaussey-Verney et l’adjoint au maire d’à côté, Lettre et plainte au Procureur de la République du Tribunal d’Agen (Michel Marko). Sur le site http://www.acseipica.fr/lettre-au-procureur/
– Contacts internationaux (Vincent, Claire H). Skyguards : appel de la conférence au Parlement Européen à Bruxelles en 2013) ; cette année c’est Claudia Von Werlhof, d’Autriche (Mouvement Planétaire pour la TerreMère) qui a mené l’action en particulier avec sa lettre ouverte à Greta Thunberg.
– Promotion et distribution des livres de Rosalie BERTELL « La planète terre, ultime arme de guerre » et de Patrick Pasin : « L’arme climatique, la manipulation du climat par les militaires » et « L’arme environnementale » ainsi que « Vaccins, oui ou non » de Serge Rader, S. Montanari et S. Gatti ; ces livres sont édités par Talma Studios (Patrick Pasin). Voir notre bon de commande.
Editeur Talma studios / 30 juin 2017 / 222 p. / 18,90 €
Présentation : Les premières tentatives de modification du climat par les militaires ont commencé il y a plus d’un siècle. Pourtant, le public ignore presque tout de ces pratiques censées être interdites. Alors bienvenue au cœur d’un des secrets militaires les mieux gardés, où l’on suit au fil des décennies l’évolution de ces armes de destruction massive, où l’on apprend qu’elles ont été utilisées en temps de guerre et en temps de paix avec de nombreuses victimes, où l’on étudie une douzaine de catastrophes « naturelles » peut-être pas si naturelles que cela… Au fil des pages, on découvre aussi que les militaires ont répandu dans le ciel de grandes villes pendant des dizaines d’année des produits toxiques ainsi que des agents biologiques. Et le pire est sans doute à venir compte tenu des avancées récentes, d’autant plus que la guerre climatique est, par nature, invisible.
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« Taxer les produits neufs, détaxer le travail de réparation !! »

Insolentiae – 143/11/2019 – l’édito de  Charles Sannat – « Insolentiae » signifie « impertinence » en latin.
« Taxer les produits neufs, détaxer le travail de réparation !! » L’édito de Charles SANNAT
Dans ce pays nous marchons globalement sur la tête, et nous raisonnons à l’envers à peu près sur tous les sujets importants. L’économie, n’est pas en reste, et c’est un grand foutoir. Le Général disait la chienlit, c’est même la grande chienlit.
L’une des raisons, et j’en parlais hier dans l’édito consacré à nos vedettes de l’Assemblée Nationale qui se font carabistouiller toute la journée par des lobbys, des associations et autres groupes de pression passés maîtres dans l’art de « raconter des histoires » (Story-telling) et dans celui de la mercatique (le marketing et l’art de la vente), sans même parler de corruption ou de PA, PA pour petits avantages…
Bref, voici encore actuellement un exemple de ces forces à l’œuvre.
Prenez deux grandes sociétés comme Le Bon Coin et la CAMIF. Ajoutez-y quelques bons attachés de presse aux honoraires sans doute confortables qui font le siège de l’Assemblée Nationale et nos « zaimables zinfaillibles zélus »… qui se font mettre dans la tête de créer un avantage fiscal pour les achats d’occasion !
qui en fait son axe de vente) ou de l’occasion (le métier du Bon Coin) et vous obtenez une demande de 2 sociétés privées de créer une nouvelle niche fiscale. Vous pourriez ainsi déduire de vos impôts une partie des achats sur Le Bon Coin par exemple… Merveilleux n’est pas ?
Merveilleux pour les profits du Bon Coin, ça c’est sûr. Pour l’intérêt particulier on voit bien l’avantage. Pour l’intérêt général c’est moins sûr…
Taxer le neuf, et détaxer la réparation !
Il y a une proposition ou une approche assez simple pour essayer d’améliorer notre empreinte écologique, notre niveau d’emploi, et au bout du compte le bien-être dans la société.
Il s’agit de taxer fortement les produits neufs. Franchement de vous à moi payer mon aie-phone 1 200 euros ce qui est déjà considérable, ou 1 400 euros ne changera pas grand chose (il faudra attendre 3 mois de plus pour mettre plus de sous de côté), si ce n’est aux profits d’Apple.
Donc oui, il faut massivement augmenter la TVA sur tous les produits qui sont soit fabriqués loin (TVA écologique) soit non indispensables (on épargne les produits alimentaires, les produits d’hygiène de base etc), et on taxe tous les e-bidules électroniques au sens large.Cela doit s’accompagner d’un obligation à rendre tous ces produits réparables et de disponibilité de pièces détachées pendant 30 ans.
Il ne faut pas permettre d’acheter moins cher, mais rendre l’acte de réparer économiquement rentable !
Puis, on détaxe totalement le travail de tous ceux qui auront une activité de réparation !!
Combien de fois nous jetons à la poubelle des choses que nous ne pouvons pas réparer, ou plus grave, qu’il n’est pas rentable de réparer parce que l’achat neuf est moins coûteux que l’acte de réparer qui se décompose en « pièces détachées » et en « main d’œuvre ». Le problème c’est évidemment dans l’acte de réparer, le coût du travail, comparé à l’achat neuf de bidules produits en masse en Chine…
Ce sont des centaines de milliers d’emplois qui pourraient être facilement créés de cette façon et cela viendrait évidemment développer ce que l’on appelle l’économie circulaire.
Permettre de déduire de ses impôts les achats effectués sur Le Bon Coin est une ânerie sans nom, une gabegie fiscale, une honte démocratique ne serait-ce que d’y penser de cette façon-là est un non-sens économique.
Le problème ici n’est pas que quelques entreprises privées défendent des intérêts purement et spécifiquement particuliers. Mais que le système laisse la place à ce genre d’approches, et que la représentation nationale puisse finir par être sensible à ces actions de lobbying qui, à l’arrivée, finissent par nuire considérablement à l’intérêt collectif.
Les solutions existent, mais c’est tout qu’il faut revoir. Il faut revoir la fiscalité, la monnaie, les taux qui doivent être individualisés par secteur pour éviter la rigidité qu’impose un taux directeur unique, etc, etc… Le problème c’est que dans un monde totalement interconnecté, où nous avons perdu volontairement toutes nos souverainetés, nous n’avons, plus aucun, levier de commande. Il ne se passera donc rien.
Et nous assisterons impuissant à l’accélération du rythme des âneries… jusqu’à l’effondrement aussi douloureux que salvateur.
Dans un repair café…
« Ceci est un article « presslib » et sans droit voisin, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique.
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