Retrouvons l’esprit des Lumière

Ouest-France 17/12/2018Christian Lequesne, professeur à Sciences Po Paris
L’héritage des Lumières nous a appris à vivre une démocratie dans laquelle les rapports de classe sont rationalisés et la violence bannie pour atteindre des fins politiques. Ce sont ces valeurs auxquelles ont adhéré, il y a trente ans, les peuples d’Europe centrale et orientale, qui se sont libérés pacifiquement du joug du totalitarisme imposé par l’Union soviétique. Ne sommes-nous pas en train de perdre ces valeurs partout en Europe ?
En France, un mouvement social est né récemment, en dehors des partis politiques, autour de revendications sociales légitimes. Il a montré au président de la République, Emmanuel Macron, que ce dernier avait commis des erreurs d’appréciation sur l’ampleur de la fracture sociale qui traverse la France. La réponse s’est fait attendre mais elle est intervenue : une série de mesures sociales va engager dix milliards au budget de l’État dans un pays qui, par ailleurs, n’a jamais abandonné la redistribution sociale. Il est même celui qui, en Europe, consacre la plus grande part de son PIB aux dépenses publiques.
Il est temps de revenir à la raison et de se dire que nous avons la chance de vivre dans un pays qui continue de disposer de ressources et qui n’a pas renoncé, comme on l’entend trop souvent, aux chances de s’améliorer. Ce n’est pas qu’une question de salaires qui, personne ne le conteste, restent trop bas pour de nombreuses personnes. La France doit aussi abandonner ce fort déterminisme social qui lui fait oublier que l’existence humaine nécessite de croire en l’espoir de progresser.
Il est faux de dire qu’il faut être forcément né avec une cuillère d’argent dans la bouche pour vivre convenablement en France.
La démocratie directe n’est pas la panacée
Enseignant dans une école très sélective, qui est souvent décrite comme le symbole de l’élitisme français, je peux témoigner que j’y rencontre de brillants étudiants issus de tous les milieux sociaux et de toutes les régions de France, et pas seulement des fils de familles des beaux quartiers de Neuilly et Passy.
Les étudiants issus de milieux modestes réussissent grâce à leur talent personnel, mais aussi parce qu’eux-mêmes et leurs parents n’ont pas renoncé à croire dans la progression. Il est de la responsabilité des adultes d’arrêter de délivrer à la jeune génération un message selon lequel tout serait fichu dans ce pays. Il est de la responsabilité des enseignants, dont je suis, de tenir un discours qui ne résume pas l’existence humaine au poids des structures, mais souligne aussi le choix des individus.
Trop de Français ont des fins de mois difficiles et il est légitime qu’ils l’aient rappelé à un président de la République et à un gouvernement qui ne l’avaient pas forcément assez vu. Mais il est temps maintenant de sortir du romantisme de la table rase pour redonner du crédit au débat parlementaire et aux corps intermédiaires, en particulier les syndicats, qui représentent, négocient et réforment.
La démocratie directe n’a jamais été la panacée permettant d’atteindre la justice sociale ; elle conduit souvent soit au plébiscite permanent, soit au désintérêt pour la politique. Les électeurs suisses, par exemple, se déplacent très peu aux urnes lors des référendums, car ils sont fatigués d’être consultés pour tout et rien. Une démocratie solide a besoin au contraire de représentants et de mandataires pour discuter et rationaliser ses préférences collectives. Le moment est venu de retrouver l’esprit des Lumières.
Des Gilets jaunes lors de la journée de mobilisation à Saint-Beauzire dans le Puy-de-Dôme, samedi 15 décembre. | THIERRY ZOCCOLAN/AFP

 / AFP / Thierry Zoccolan

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Les nouveaux programmes d’économie des Lycées rédigés par le gouvernement ?

Siné Mensuel – décembre 2018 – Martial Cavatz –
Avec la mise en place du nouveau bac, les profs de sciences économiques et sociales s’alarment du changement des programmes, qui feront la part belle au marché, sans autre vision de l’économie.
Le nouveau bac aura lieu en 2021, soit un an avant l’élection présidentielle. Avant cela, le gouvernement souhaite aller vite dans la réforme du Lycée prévue à la rentrée 2019, afin d’éviter toute réflexion, consultation, voire opposition à une vision imposée d’en haut au mépris des acteurs de terrain. Les projets de programmes de sciences économiques et sociales (SES) de seconde et de première montrent aussi la volonté d’imposer un point de vue idéologique.
Ils font la part belle à une vision bien particulière de la société, là où les enseignants défendaient un certain pluralisme. Erwan Le Nader, président le l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales, s’étonne : « Il y a un énorme déséquilibre entre la microéconomie et la macroéconomie (*). Donc l’intervention de l’État est minorée et on privilégie une étude du marché dans sa version néoclassique. Nous ne sommes pas pas gênés de l’aborder dans sa version néoclassique mais ce qui est gênant c’est que les autres approches ne sont pas abordées. » Il note aussi que « le marché n’est envisagé que du point de vue économique. On perd ce qui fait la richesse des SES, à savoir le croisement entre les sciences sociales« . 
Cela revient à cloisonner les élèves dans une vision bien particulière du monde social. L’Association française d’économie politique (Afep) regroupant des économistes critiques, s’est inquiétée de l’abandon « d’une formation transdisciplinaire au profit d’une juxtaposition de modules monodisciplinaires présentés comme parfaitement homogènes, exempts de débats et disposant de fondements universels« . Il s’agit donc de reproduire les dogmes libéraux auxquels est attaché le gouvernement.  Erwan Le Nader remarque que « dans les programmes de seconde et première disparaissent les notions de chômage et de catégories sociales et professionnelles« . L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (Ases), dans un communiqué, indique que « ces catégorisations du monde social, en constante évolution, font partie intégrante de la réflexion sociologique depuis des décennies« .
Les programmes sont, en revanche, en adéquation avec les volontés de certains lobbys patronaux qui n’ont eu de cesse, depuis des années, par la voix de leurs différentes instances, d’attaquer les sciences économiques et sociales, accusées de dénigrer l’économie de marché. La composition du groupe d’experts en charge de présenter les projets de programmes semblait être un signe envoyé à ces groupes de pression. A sa tête se trouve l’économiste Philippe Aghion, professeur au Collège de France et soutien de Macron, mais surtout deux membres de l’Académie ds sciences morales et politiques. Cette dernière s’est illustrée par la production de rapports alarmistes recommandant d’orienter les programmes du secondaire sur le marché et l’étude de l’entreprise. Dans le comité de quinze experts où ne siègent que quatre enseignants du secondaire, il semble bien que certaines voix portent plus que d’autres. Rien d’étonnant, relève Erwan Le Nader : « Dans sa lettre au Conseil supérieur des programmes, le ministre Blanquer insiste sur la nécessité de privilégier la microéconomie et les maths…
L’inquiétude est d’autant plus grande que le processus devant conduire aux programmes définitifs est particulièrement rapide et loin d’être ouvert aux débat contradictoire.  Début novembre, ont été présentés les projets définitifs devant le Conseil supérieur des programmes. Les membres ont voté, alors qu’ils ne sont pas experts de la discipline, en découvrant le jour même les texte. Impossible pour eux de consulter des personnes plus qualifiées pour orienter leur vote en connaissance de cause. Erwan Le Nader  souligne que « la réforme est précipitée. Les enseignants n’auront qu’entre quinze jours et trois semaines pour se prononcer sur les programmes. C’est un temps trop court. » Précipitée, c’est le moins que l’on puisse dire; les programmes définitifs seront validés en janvier, les éditeurs n’auront que quelques mois pour préparer les nouveaux manuels, ce qui se ressentira nécessairement sur la qualité de ceux-ci.
* La macroéconomie est l’approche théorique qui étudie l’économie à travers les relations existantes entre les grands agrégats économiques, le revenu, l’investissement, la consommation, le taux de chômage, l’inflation, etc. La microéconomie est la branche de l’économie qui modélise le comportement des agents économiques et leurs interactions notamment sur les marchés.
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86% des poissons vendus en grande surface sont issus d’une pêche « non durable », selon l’UFC Que choisir

France Info – 17/12/2018 –
Menée par l’UFC-Que choisir, cette étude conclut que la grande distribution participe à la surexploitation des populations de poissons.
L\'écrasante majorité des poissons vendus en supermarché, comme le bar, est issue de pêche non durable.L’écrasante majorité des poissons vendus en supermarché, comme le bar, est issue de pêche non durable. (FRED TANNEAU / AFP)
La grande distribution vide les océans. C’est le constat dressé par l’UFC-Que choisir dans une grande enquête sur les méthodes d’approvisionnement en poisson des supermarchés : « Malgré un dispositif européen avec des lois assez conséquentes, des quotas de pêche, des contrôles, un étiquetage à destination des consommateurs, 86 % des poissons présents dans les étals des grandes surfaces enquêtées sont pêchés selon des méthodes non durables ou dans des stocks surexploités », dénonce l’association. Une situation qui risque de faire disparaître les espèces concernées.
Le chalut est le filet trainé par le chalutier. Il a une forme caractéristique en entonnoir, prolongé à l’ouverture par des ailes pour en élargir la portée. Il peut être tracté par un seul ou par deux navires.
L’étude a été menée dans 1 134 poissonneries, sur trois poissons de consommation courante : le cabillaud, la sole et le bar. L’UFC-Que choisir a d’abord constaté que 66% des supermarchés ne respectent pas les mentions obligatoires sur les méthodes de pêche et les zones de capture. « Alors que les consommateurs sont conscients des dégâts occasionnés par certains engins de pêche comme les chaluts de fonds, il est inadmissible qu’en étant privés de cette information, ils puissent acheter à leur insu des poissons pêchés de manière dévastatrice pour l’environnement », regrette l’association.
Elle a ensuite constaté qu’une écrasante majorité – 86% – des poissons vendus sont non durables, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas « pêchés avec des méthodes respectueuses de la ressource et dans des zones où les stocks sont abondants ». Le cabillaud affiche le pire résultat avec 88%, suivi par la sole (86%) et le bar (80%). Pour remédier à cette situation, l’association « presse les pouvoirs publics de durcir les quotas de pêche mais aussi de rendre l’étiquetage sur la durabilité de la pêche enfin explicite »
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Les Indégivrables – autour d’un rond-point …

Le Monde 17/12/2018

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Transformation – La démocratie à l’épreuve de la multitude

Le Monde  Par Nicolas Colin Publié le 11 décembre 2018
« La vision hobbésienne de l’unité du peuple est de plus en plus décalée par rapport à la réalité »
Avec la transition numérique, c’est la multitude de Spinoza qui, désormais, s’impose aux organisations, analyse le capital-risqueur Nicolas Colin dans sa chronique au « Monde ».
Article réservé aux abonnés Chronique « Transformations ». Nos institutions démocratiques sont nées dans le sillage d’un débat qui remonte au XVIIe siècle. Dans Grammaire de la multitude (Editions de l’éclat, 2002), le philosophe italien Paolo Virno rappelle la confrontation, à l’époque, entre deux visions des individus dans la cité. D’un côté, Thomas Hobbes (1588-1679) voyait les individus comme un peuple, « une sorte d’unité qui a une volonté unique ». De l’autre côté, pour Baruch Spinoza (1632-1677), les individus formaient une multitude, « une pluralité qui persiste comme telle sur la scène publique ».
Notre pratique de la démocratie a longtemps donné raison à Hobbes. On a d’abord réservé le droit de vote à une minorité de privilégiés, enracinant l’idée que l’uniformité du corps électoral conditionnait le bon fonctionnement de la démocratie. Ce n’est que sur le tard, et non sans appréhension, qu’on a rendu le suffrage formellement universel, plutôt que réservé aux plus fortunés. Et les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1920 aux Etats-Unis, en 1928 au Royaume-Uni et en 1944 en France.
Lorsque le suffrage universel est enfin entré dans la pratique, la vie démocratique a été encadrée par des institutions en phase avec le paradigme techno-économique de l’époque. A l’image des grandes entreprises fordistes, notre démocratie s’est structurée en pyramide. L’exercice de la citoyenneté a, en quelque sorte, été taylorisé. On invitait les individus à se mettre en rang pour exercer leur droit de vote de façon standardisée et cadencée : en glissant un bulletin dans une urne une fois tous les cinq ans.
Les médias ont contribué à consolider cette vision hobbésienne de l’unité du peuple. Les barrières à l’entrée étaient telles dans des secteurs comme la presse, la radio et la télévision que seules quelques grandes organisations se répartissaient le marché de l’information. S’adressant à la majorité à la fois par principe et par intérêt économique, les grands médias inspiraient une vision consensuelle de la société, qui renforçait l’unité du peuple.
Changement de paradigme
Mais, aujourd’hui, comme l’écrivait Paolo Virno dès 2002, la transition numérique a tout changé. Le numérique permet aux individus d’affirmer leur différence tout en se connectant les uns aux autres en réseau. Du coup, la vision hobbésienne est de plus en plus décalée par rapport à la réalité de la vie en société. C’est la multitude de Spinoza qui, désormais, impose son rythme – et sa pluralité – aux organisations.
Les entreprises numériques ont compris cela depuis longtemps. Elles ont appris à capter la puissance des consommateurs en les considérant non plus comme une masse, mais comme une multitude. Les travailleurs, eux aussi, rentrent dans ce nouveau paradigme. Ils quittent les grandes organisations fordistes pour se mettre à leur compte et recouvrer la liberté de s’organiser en réseau – découvrant de nouveaux modes d’action collective et réinventant au passage le syndicalisme
« Si les pouvoirs publics et les “gilets jaunes” n’arrivent pas à interagir, c’est parce qu’ils appartiennent à deux univers distincts et ne suivent pas les mêmes règles d’engagement »
Ce que montre le mouvement des « gilets jaunes », c’est que même la démocratie va être mise à l’épreuve de ce changement de paradigme. Si les pouvoirs publics et les « gilets jaunes » n’arrivent pas à interagir, c’est parce qu’ils appartiennent à deux univers distincts et ne suivent pas les mêmes règles d’engagement. L’Etat est encore enserré dans des institutions conçues pour gouverner le peuple. Les « gilets jaunes », eux, s’organisent en réseau et forment déjà une multitude.
L’économie numérique révèle ainsi le futur de la démocratie. La production et la consommation ont déjà changé pour prendre acte de la puissance des individus connectés en réseau. Les médias ont changé, eux aussi : le secteur se déconcentre à toute vitesse, libérant l’expression de toutes les opinions, même les plus extrêmes, plutôt que de contribuer à la formation d’un consensus. La transition ira-t-elle jusqu’à imposer une nouvelle forme à nos institutions démocratiques ? Il est trop tôt pour le dire, mais l’actualité nous donne un avant-goût des tensions à venir.
Nicolas Colin enseigne à la chaire Technology, Governance and Institutional Innovation à l’Ecole d’affaires publiques de Sciences Po Paris. Il est fondateur associé de la société d’investissement The Family.
Nicolas Colin (Professeur à l’Ecole d’affaires publiques de Sciences Po)
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# dessin – Post-trauma

 Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
La macronie cherche comment relever la tête

L’Opinion 17/12/2018 Caroline Vigoureux
La baisse du nombre de Gilets jaunes mobilisés samedi laisse entrevoir une sortie de crise. Mais la capacité du gouvernement et de la majorité à réformer est désormais questionnée. L’année 2019 démarrera par une pause sur plusieurs chantiers sensibles
Les faits
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Le Matinaute – Salaires, manips : précisons, précisons …

Arrêt sur images 17/12/2018
Si vous n’avez pas passé le week-end sur vos réseaux sociaux addictifs préférés, j’ai le plaisir de vous informer que votre site favori a été au centre des attentions. Plus précisément, un passage de notre émission de la semaine. Sur notre plateau, après diffusion d’un extrait de BFM où l’ex-syndicaliste de Continental Xavier Mathieu s’oppose à Ruth Elkrief et Bruce Toussaint, l’historienne Ludivine Bantigny commence par raconter qu’elle s’est elle-même astreinte, depuis le début du mouvement, à regarder BFM, « pour comprendre le mécanisme médiatique à l’oeuvre, pour à toute force détruire ce qui est en train d’émerger ». Et de continuer : « j’ai vérifié les salaires des journalistes. Ce sont des gens qui sont payés entre 15 000 et pour certains 50 000, 60 000 euros mensuels. Donc, comme le dit Xavier Mathieu, il y a de toutes façons une déconnexion et une peur ».
Evidemment, il faut comprendre que notre invitée parle des stars de l’info. Des ressortissants de la catégorie Elkrief / Toussaint, que l’on vient de voir dans l’extrait. Pourquoi ne l’ai-je pas immédiatement précisé sur le plateau ? D’abord, parce que sur ce point, elle a raison. Oui, en France, une infime minorité des détenteurs de la carte de presse (1% environ) atteignent ces délirants niveaux de salaire,  tandis qu’environ 45% des journalistes en activité se situent au-dessous de 4000 euros bruts mensuels.
Sur le plateau, je n’imagine pas une seconde que des spectateurs pourraient faire la confusion, et s’imaginer que TOUS les salaires de journalistes atteignent ces niveaux himalayens.  Et même après le tournage, quand je décide d’en faire un des « best ofs » que nous envoyons pendant le week-end sur les réseaux sociaux, pour inciter à regarder l’émission, je n’anticipe pas non plus le malentendu possible (si tant est que ce malentendu se produise vraiment, ce dont nous ne savons encore rien à l’heure où j’écris). Reste que la précision s’imposait, et que nous l’avons faite au cours du week-end, sur les réseaux sociaux, dès que nous avons été alertés du risque hypothétique de cette généralisation, pour les journalistes de terrain (lesquels, à ce stade, notons-le, sont au moins autant victimes de violences policières, que d’agressions de Gilets jaunes).
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Gilets jaunes: Philippe promet un débat sur le référendum d’initiative citoyenne

Huffington Post – 16/12/2018 – avec AFP –
Philippe promet un débat sur le référendum d'initiative citoyenne (photo prise à Toulouse le 15 décembre)
Philippe promet un débat sur le référendum d’initiative citoyenne (photo prise à Toulouse le 15 décembre)
Trois lettres qui sont devenues la principale revendication des gilets jaunes. Édouard Philippe annonce dans Les Échos datés du lundi 17 décembre, la tenue d’un débat sur le référendum d’initiative citoyenne (RIC) qui peut être un « bon instrument dans une démocratie », selon le Premier ministre.
« Je ne vois pas comment on peut être contre son principe. Le référendum peut être un bon instrument dans une démocratie, mais pas sur n’importe quel sujet ni dans n’importe quelles conditions. C’est un bon sujet du débat que nous allons organiser partout en France. Comme l’est le vote blanc », a indiqué le chef du gouvernement dans cet entretien mis en ligne dimanche soir.
Le Premier ministre s’est donc déclaré favorable sur le principe à un référendum d’initiative citoyenne, qui est l’une des principales revendications des gilets jaunes, mais « pas sur n’importe quel sujet ni dans n’importe quelles conditions ». Cette prise de position intervient alors que l’exécutif lance une grande concertation nationale de deux mois et demi pour tirer la leçon de la crise des « gilets jaunes ».

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Il a vécu un an comme un ermite dans une forêt en Mayenne

Ouest-France – 07/12/2018 – Alix Demaison –
Un haut fonctionnaire à la retraite a tout quitté pour partir vivre en ermite pendant un dans une forêt mayennaise. (Photo d’illustration) | Archives Ouest-France –
Christian Férault vient de décrocher le prix de l’Académie du Maine 2018, avec son ouvrage Ermite en forêt mayennaise. Ce haut fonctionnaire s’est isolé pour se rapprocher de la nature.
C’est une histoire peu banale. Celle d’un haut fonctionnaire à la retraite qui a tout quitté pour partir vivre en ermite pendant un dans une forêt mayennaise. Cette histoire, c’est celle de Christian Férault. Il la livre dans une livre « Ermite en forêt mayennaise » qui a obtenu le prix de l’Académie du Maine. Entretien.
Christian Férault obtient le prix de l’Académie du Maine 2018 pour son ouvrage « Ermite dans une forêt mayennaise ». | Conseil départemental de la Mayenne
Votre CV ne colle pas trop avec celui d’un ermite, non ?
J’ai été chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique, directeur de l’enseignement supérieur au ministère de l’Agriculture, directeur scientifique de l’Institut national agronomique Paris-Grignon et conseiller du président du Conseil des programmes au ministère de l’Éducation nationale, c’est vrai. Mais avant tout cela, je suis originaire de Lignières-Orgères. J’ai découvert cette commune grâce à mes grands-parents.
Quel lien gardez-vous avec cette commune ?
C’est le seul lieu où je suis pleinement heureux. J’adore viscéralement le coin et le nord de la Mayenne. C’est un milieu ouvert, apaisant et riche par la nature et les gens. J’avais promis à ma grand-mère de rester. Depuis 1989, je suis aussi élu au conseil municipal.
Depuis quand écrivez-vous ?
En tant que chercheur, j’ai toujours écrit des articles scientifiques. Je contribue aussi au bulletin municipal. Mais depuis 2009, j’ai écrit 18 livres sur l’histoire, l’agriculture, la biologie, la nature…
Un  Ermite en forêt mayennaise  est   beaucoup plus personnel, c’était un défi ?
Il retrace mon expérience de l’érémitisme, oui. En accord avec ma famille, pendant un an, j’ai vécu dans mon bois, à Lignières. Je voulais pouvoir faire la part des choses entre la nature, les milieux et les gens. Tester mon amour que je juge déraisonnable pour Lignières et me retrouver face à moi-même. À 70 ans, ça permettait de faire le bilan. J’ai écrit tous les jours sur ce que je ressentais et faisais. Et je l’ai partagé en intégrant des citations littéraires.
Se transformer en ermite, c’est comment ?
Éprouvant, mais si j’étais seul, j’y serai encore. J’avais préparé une cabane avec un jardin potager, une éolienne, un panneau solaire. Une bibliothèque avec mes œuvres littéraires préférées et un stock de conserves et d’eau. J’ai volontairement décidé de démarrer l’expérience un 1er janvier, en 2014. J’avais plus de 2 ha pour moi. J’ai couru après le soleil et la beauté du monde. J’ai marché, regardé, lu, écrit, pensé…
Étiez-vous totalement coupé du monde ?
J’avais pris un téléphone au cas où. Je n’ai passé qu’un appel, le 25 décembre. En tout et pour tout, je n’ai vu que cinq personnes. J’avais une boîte aux lettres pour passer des commandes de temps en temps, pour des médicaments ou des produits frais.
En 2016, quand l’ouvrage a été publié, il n’a pas fait beaucoup de bruit. Et pourtant, aujourd’hui, il est primé. Comment ça s’explique ?
Ma démarche n’a pas plu à tout le monde. Ce journal, c’est un hymne d’admiration à la beauté. Mais il y a peut-être aussi un message anti-consommation, l’envie de prôner une vie simple, sans frime. Cette année m’a transformé, je suis beaucoup plus philosophe, moins stressé. Quand j’ai reçu l’avis de l’Académie du Maine, j’ai cru que c’était une plaisanterie. À dire vrai, je crois que ce Prix me touche plus que ma Légion d’honneur !
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# dessin – Mauvais départ

Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
Immigration: hiatus entre l’Elysée et Matignon

L’Opinion 14/12/2018 Matthieu Deprieck Fanny Guinochet Caroline Vigoureux
La question sera abordée au cours de la grande consultation nationale promise pour sortir de la crise des Gilets jaunes. Mais jusqu’à quel point la mettre en avant ? Au sommet de l’Etat, c’est déjà le débat dans le débat…
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Les droits de l’homme contre la barbarie

Ouest-France 14/12/2018 Jeanne-Emmanuelle Hutin.

Manifestation à Paris en mémoire des victimes des attentats contre le journal Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher ».

En 2015, après les attentats au siège du journal Charlie, les Français avaient été des millions à descendre dans la rue pour dire non au terrorisme | DANIEL FOURAY – OUEST FRANCE
EditoMalgré l’attentat de Strasbourg, nous ne devons pas oublier que notre force réside dans notre volonté de résister à l’engrenage de la violence.
On craignait que la France soit à nouveau frappée par le terrorisme. On savait Strasbourg menacée, particulièrement à l’approche de Noël. La tentative d’attentat déjouée en 2016 nous l’avait rappelé.
Mais on l’avait un peu oublié. La menace terroriste était en sourdine. Le pays était focalisé sur les questions sociales soulevées par les Gilets jaunes. Et nous voici tragiquement rappelé à la réalité de cette menace.
Il est trop tôt pour connaître les réponses aux graves interrogations. Mais nous savons bien que notre force réside dans notre volonté de résister à l’engrenage de la violence en gardant notre sang-froid et en étant unis. Notre peuple l’a démontré lors des attentats de Paris, de Nice et lors de l’assassinat du Père Hamel à Rouen. Il faut s’en souvenir pour ne pas faire le jeu de ceux qui, directement ou en manipulant des esprits fragiles, sèment la mort.
Ce qu’ils veulent ? Terroriser pour détruire la confiance entre les citoyens sans laquelle la démocratie ne peut vivre. Ce qu’ils cherchent ? Créer le chaos pour imposer leur vision totalitaire de la société. C’est pour cela qu’ils s’attaquent aux symboles de notre culture
Strasbourg est le signe de notre vie démocratique, de notre espérance de paix et d’amitié entre les peuples européens. Car c’est là que se rassemblent les députés élus par les Européens. C’est là qu’ils débattent pour continuer de construire la paix dont nous bénéficions depuis plus de 70 ans. Ancrée dans le meilleur de notre Histoire, Strasbourg est tournée vers l’avenir.
Unité et solidarité
Mais elle est aussi le signe de la Concorde et de la Liberté. Ce n’est pas un hasard si l’attaque s’est portée vers son célèbre marché, évoquant la fête de Noël. Celle-ci rassemble bien au-delà des appartenances religieuses sans gommer son origine chrétienne. Ce lieu rappelle donc la liberté religieuse et le respect des consciences, à l’opposé de la tyrannie génocidaire islamiste.
Cet attentat nous invite à faire mémoire des nombreuses victimes du terrorisme dans le monde et plus particulièrement en France. Comme lors des attentats de 2015, nous devons nous rappeler que « notre combat est celui pour la liberté, la dignité et les droits de l’homme. Un combat contre l’obscurantisme et la régression… Cela exige de chaque citoyen cet esprit de solidarité qui permettra de faire bloc face aux menaces et aux agressions d’aujourd’hui et de demain », écrivait François Régis Hutin (1).
Dans cette tâche, « la boussole des droits humains peut nous aider, écrit Guy Aurenche. Ne bradons pas notre idéal commun ». (2) Car ils défendent envers et contre tout la personne. C’est le fondement de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont nous commémorions les 70 ans.
Ce 10 décembre 1948, sur les ruines matérielles et humaines de la Seconde Guerre mondiale, les Nations Unies ont reconnu que « le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité ». Pour les éviter, les peuples des Nations Unies ont affirmé « leur foi dans la dignité et la valeur de la personne humaine ».
C’est en restant fidèles à ces valeurs qui nous unissent que nous trouverons la force de résister aux formes de barbarie qui menacent aujourd’hui notre monde.
(1) « Nous saurons faire face », F.R. Hutin, Ouest-France 14-15/11/2015
2) Droits humains : n’oublions pas notre idéal commun !, Guy Aurenche – éd. Temps Présent
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Le four à micro-ondes : une arme domestique

Alternative Santé – Avril 2014 – Alexandre Imbert –

Dangers du micro-ondesDangers du micro-ondes

Lors de la dernière guerre mondiale, les ouvriers travaillant dans les usines qui fabriquaient des radars, avaient remarqué qu’ils pouvaient se chauffer les mains à proximité du magnétron, pièce maîtresse du système. En 1945, l’Américain Percy Spencer, ingénieur électronicien, emballa un magnétron de radar dans une boîte métallique : le four à micro-ondes était né. Ce qu’on ne savait pas à l’époque, c’est que toutes les qualités nutritives des aliments étaient détruits par ce procédé et que les aliments en devenaient même toxiques.
Le micro-onde : comment ça chauffe ?
On apprend en physique que l’augmentation de température de la matière entraîne une agitation moléculaire d’une façon proportionnelle. Inversement, il est possible de créer de la chaleur en induisant une agitation moléculaire. Chaque élément a, au niveau moléculaire, une fréquence vibratoire qui lui est propre. Si nous injectons une pulsation de la même fréquence que celle de l’élément expérimenté, il se produit un phénomène de résonance. En ce qui concerne l’eau, la fréquence propre d’agitation moléculaire est de 2,45 gigahertz (2,45 milliards par seconde) . Tout produit hydraté subit donc sous micro-ondes accordées, l’exaltation de 2 milliards et demi de frictions par seconde, entraînant un échauffement immédiat.
Un principe aussi génial que pratique, mais…
Les militaires et les divers utilisateurs de radars (aviation, marine…) savent qu’il n’est pas recommandé de stagner dans le champ rayonnant des antennes. Aussi sait-on depuis longtemps que de nombreux utilisateurs professionnels ont subi des altérations testiculaires allant jusqu’à la stérilité. Sur la notice des premiers fours à micro-ondes américains, il était d’ailleurs notifié : « Ne consommer que 8 à 10 minutes d’attente après la sortie du four » (quand c’est refroidi !).
Des expériences édifiantes
Le physicien Marc Henry a réalisé par RMN (Résonance Magnétique Nucléaire) pour le compte du CIRDAV à Paris, des expériences où l’on constate que, dans de l’eau passée au four micro-ondes, l’angle de la liaison hydrogène H-O-H était perturbée de 30 % environ. On obtient une eau bio-incompatible. Par exemple, de l’eau chauffée aux micro-ondes à 2 450 MHz est déstructurée. Refroidie, elle inhibe la germination des graines et devient toxique pour la survie d’organismes aquatiques. Il est très facile de réaliser soi-même une expérience avec des fleurs coupées. Il suffit de faire deux bouquets identiques et de placer l’un dans de l’eau normale du robinet et l’autre dans de l’eau bouillie au micro-ondes puis refroidie. On pourra noter que le second bouquet se flétrit rapidement pendant que l’autre perdure. Par ailleurs, on ne sait pas régénérer une telle « nouvelle » eau qui n’a plus rien à voir avec l’eau naturelle, même si la composition chimique est restée la même. Ceux qui ont le palais fin remarquent l’altération du goût de l’eau chauffée au micro-ondes même dans le thé ou les tisanes.
La chauffe du lait : catastrophique
Les mères qui chauffent les biberons par ce procédé effectuent sans le savoir une lente dégradation de la santé de leur enfant. Les chats rechignent souvent devant du lait chauffé aux micro-ondes. Des expériences autrichiennes ont montré que la proline du lait subissait une isomérisation provoquant un nouvel arrangement spatial de la molécule et aboutissant à la synthèse d’une autre molécule neuro-toxique : la D proline. Jean-Pierre Garel, chercheur, a montré la très importante perte d’information des produits chauffés aux micro-ondes. C’est d’ailleurs une méthode efficace pour effacer la trace homéopathique dans des flacons. Or, il est connu que les aliments pauvres en information sont bio-incompatibles. Le même chercheur a réalisé des cristallisations sensibles de lait chauffé au micro-ondes pendant quelques minutes. L’image obtenue est brouillée et incohérente. Elle est équivalente à celle d’un lait putréfié. NOTA : La méthode des cristallisations sensibles consiste à mélanger quelques gouttes d’une substance biologique (sang, vin, jus de fruit ou de légume, lait…) à du chlorure de cuivre et laisser sécher le tout sur une plaquette dans des conditions de neutralité d’ambiance absolue. Il se produit une cristallisation en forme d’iris (de l’oeil) d’autant mieux structurée que le produit est sain. Il serait d’ailleurs souhaitable que la photo de cette cristallisation sensible apparaisse sur l’étiquette de divers produits de consommation.
Incidences générales sur la santé
Un rapport complet paru dans le journal suisse Franz Weber n° 19 en mars 1992, provenant de l’École polytechnique et Université Génie Biochimique de Lausanne, expose que, sur un groupe de sujets volontaires nourris avec du lait chauffé aux micro-ondes. On a pu observer :
une augmentation de la vitesse de sédimentation, une modification de la structure des graisses,une modification de l’acide folique,une augmentation de l’azote non protéique,une disposition hématologique à l’anémie au bout d’un mois,une dégradation des paramètres sanguins et une élévation du taux de cholestérol…
Et au bout de deux mois, le taux d’hématocrite devient changeant, témoignant d’une intoxication aigüe, l’augmentation des leucocytes s’accélère avec le temps.
Une petite anecdote en passant : Un jour, un ami est entré dans la cuisine d’un de ses clients pour boire un café que l’on réchauffa dans le four à micro-ondes, il se sentit intérieurement stressé, avec la tête comme dans un étau. Comme il en fit part à ses hôtes, ceux-ci lui confièrent qu’ils avaient depuis des mois de plus en plus mal à la tête pendant leurs repas et qu’ils se demandaient bien à quoi l’attribuer.
Mon ami proposa de placer dans le four – bien sûr éteint – son téléphone portable et demanda qu’on l’appelle à partir du téléphone fixe. Sitôt dit sitôt fait, le portable sonna allègrement dans le four, ce qui n’aurait pas dû se faire puisqu’un four à micro-ondes doit être par principe une stricte cage de Faraday pour la sécurité même des utilisateurs. Ce four fuyait donc comme une passoire, cuisant à petit feu tout ceux qui s’en approchaient. À chacun de faire ce test simple.
En conclusion
Certains disent qu’ils mangent du micro-ondes depuis plusieurs années et qu’ils ne ressentent aucun trouble particulier. Je pense qu’ils font l’objet d’une fausse adaptation, la vigilance du corps se trouvant endormie, et ne suscitant de ce fait, aucune réaction. C’est souvent le cas de personnes profondément intoxiquées.
Ceux dont l’organisme est sain et « propre » ont immédiatement des réactions désagréables. Ceux-là qui se moquent plus ou moins de votre fragilité apparente qu’ils interprètent comme un défaut d’adaptation, ce sont les mêmes qui souvent se retrouvent avec un cancer subit. Le syndrome du cancer est évidemment multifactoriel, mais la part réelle de la cuisson au micro-ondes à long terme, s’ajoutant à tout le reste n’y est pas pour rien. Le petit four si pratique prend rang dans les mortelles facilités du modernisme. Aussi,  le principe de précaution n’est-il pas de se débarrasser de cette «arme domestique» avant qu’il ne soit trop tard ? A moins que vous ne l’offriez  à quelqu’un que vous n’aimez pas : un voisin, votre patron… ? Aïe …
En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé.
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Qui a peur de la hausse du Smic ?

Charlie Hebdo – 12/12/2018 – Jacques Littauer –

Parmi les rares sujets qui faisaient consensus chez les économistes figuraient, outre les bienfaits du libre-échange et ceux de la légalisation du cannabis (les deux n’étant pas liés), un tabou absolu : ne jamais créer de salaire minimum. Et lorsqu’il en existait malheureusement un, ne pas l’augmenter.
L’argument était simple : plus le salaire est élevé, plus les ouvriers et les vendeuse coûtent cher à leurs patrons, et donc moins ils embauchent. Autrement dit, le salaire minimum était l’ennemi de l’emploi, comme tout salaire en général. En voulant aider les masses laborieuses, on causait un malheur encore plus grand, celui de la privation d’emploi, selon une figure classique de la rhétorique réactionnaire.  Mais dans les pays où ce filet de sécurité n’existait pas se développait un phénomène qui perturbait le sommeil par ailleurs paisible des dirigeants : les travailleurs pauvres. Des millions de personnes effectuaient les tâches les plus ingrates, et ils ne parvenaient pourtant pas à vivre dignement. 
Le salaire minimum fut ainsi introduit par Tony Blair au Royaume-Uni en 1999 et par Angela Merkel en Allemagne en 2015. Et là, ce fut la stupeur : pour une fois, une très rare fois…, il s’est avéré que les économistes se trompaient. Même dans des secteurs très sensibles au coût du travail comme l’hôtellerie-restauration, les abattoirs ou la sécurité, le salaire minimum n’a pas détruit d’emplois.
Un élément essentiel de la sortie de crise
A bien y réfléchir, la chose n’est pas si surprenante : lorsqu’elles sont mieux payées, les personnes sont moins souvent absentes, elles s’impliquent plus dans leur travail, elles démissionnent rarement… Et donc un grand nombre de coûts diminuent pour les entreprises, qui peuvent aussi augmenter (un tout petit peu) leurs prix, et surtout réorganiser le travail pour supprimer les tâches les plus pénibles, au plus rand bénéfice des salariés.  
En fait, les arguments en faveur du salaire minimum sont si nombreux que les économistes qui travaillent sérieusement sur le sujet, ainsi que les institutions internationales, y sont majoritairement favorables. Mais, bien sûr, il ne faudrait surtout pas l’augmenter en France, alors que ce serait un élément essentiel de sorte de crise. On ne va quand même pas permettre à ceux qui ont les boulots les plus durs de vivre dignement ! Non, car cela risquerait de détruire des emplois.
Cet argument est stupide, comme on l’a vu. Si on veut vraiment créer des emplois, on met en place un protectionnisme social et environnemental aux frontières; on redistribue massivement les richesses, on réduit le temps de travail et on engage la transition écologique. Le niveau de Smic ne doit pas être déterminé en fonction de son effet sur l’emploi, mais en fonction des besoins à satisfaire à une époque donnée dans notre pays.
De plus, un Smic élevé, c’est la meilleure façon de réduire les inégalités « par le bas » (tandis que la fiscalité doit les réduire « par le haut »), et d’aller contre la logique actuelle de la « société des serviteurs », où les plus pauvres servent dès l’aurore à manger à domicile aux plus riches pour gagner un quignon de pain.
Parce que, euh, 1 300 euros par mois pour torcher nos vieux, être debout toute la journée dans un commerce ou un café, ou porter du ciment, ça serait trop, vous trouvez ? *
Pour aller plus loin : de Gilles Raveaud, « Économie : on n’a pas tout essayé ! » Seuil 2018 / 20 € –

Il n’y a pas d’alternative aux politiques libérales ? Réveillez-vous, le monde a changé ! Si vous plongez dans les travaux de recherche des économistes, dans les gros rapports des institutions internationales, voici ce qui ressort : il y a trop d’inégalités, trop de finance, les salaires ne progressent pas assez, il faut plus d’investissements publics, lutter contre les paradis fiscaux et promouvoir la lutte contre le changement climatique !
Le libéralisme économique a perdu la bataille intellectuelle. Il peut perdre la bataille politique. Une mondialisation régulée, c’est possible, une finance au service de l’économie aussi. L’Europe n’empêche pas les politiques nationales : la France peut développer sa propre politique industrielle, faire reculer le chômage, réduire les inégalités, sortir du  » tout croissance « . Et pas besoin d’en passer par le rejet de l’autre, comme Trump, ou par le rejet de l’Europe, comme avec le Brexit. On peut, aujourd’hui, suivre une voie progressiste et écologique sans sortir de la mondialisation ou de l’Europe.
Un corpus impressionnant de travaux donne désormais les armes intellectuelles pour définir en France, en Europe, une autre politique économique. Il fallait en faire la synthèse, organisée, pédagogique, accessible. C’est fait.
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Le regard de Plantu – question au ministre de l’intérieur ?

Le Monde 14/15/2018

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Technocratie

Gilets jaunes: les promesses d’Emmanuel Macron au défi de l’administration
L’Opinion 13/12/2018 Nicolas Beytout
Formulées lundi soir par le président de la République lui-même en réponse aux Gilets jaunes, les promesses sont claires : défiscalisation immédiate des primes que pourront verser les entreprises, et, au 1er janvier, augmentation du smic de 100 euros sans surcoût pour l’employeur, défiscalisation des heures supp’ et réduction de la CSG des retraités ayant une pension comprise entre 1200 et 2000 euros. Ces dispositions doivent faire rentrer chez eux les manifestants. On verra bien samedi si le but est atteint, comme il faut l’espérer.
Mais un danger plane : reformulées par l’administration, ces promesses sont en train de disparaître sous un couvercle technocratique. Relever le smic net est impossible dans les délais, réduire la CSG pour certains crée une injustice pour d’autres. Il faut une loi pour déverrouiller un dispositif, un décret pour remonter un plafond, un autre pour éviter un effet de seuil. La parole politique était claire, sa traduction administrative est un désastre. Naturellement, personne ne nie la complexité de nos règles fiscales et sociales. Empilées les unes aux autres, chacune générant ses propres exceptions, corrigées une année, renforcées une autre, elles sont devenues un piège absolu dans lequel le moindre mouvement déclenche une série d’effets incontrôlables sur le reste de la construction. Et plus le réformateur essaye de desserrer la contrainte, plus les lacets se resserrent.
Le plus grave, c’est que cette ultra-complexité sert désormais de prétexte à l’administration pour ne pas faire. On croule sous les témoignages de ministres, actuels ou anciens, expliquant à quel point ils ont été découragés de faire, ou au contraire encouragés à porter une mesure recalée par tous leurs prédécesseurs. Emmanuel Macron avait promis un grand renouvellement de la haute fonction publique. Il doit réaliser qu’il est temps.
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