Un amendement spécial barbouze

Le Canard Enchaîné – 03/02/2016 –
François Hollande est rassuré : il va pouvoir continuer de recevoir, au moins une fois par semaine, le patron de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), Bernard Bajolet. Et échanger avec lui par SMS (c’est discret !) très régulièrement.

TO GO WITH AFP STORY BY ANNA-KARIN LAMPOU (FILES) This picture taken with a fisheye lens on November 7, 2013 in Luleaa, Swedish Lapland shows Joel Kjellgren, Data Center Manager walking in one of the server rooms Facebook users worldwide in the company's Data Center, its first outside the US. The company began construction on the facility in October 2011 and went live on June 12, 2013 and are 100% run on hydro power. AFP PHOTO/JONATHAN NACKSTRAND

Comme tout fonctionnaire, le maître espion aurait du rendre son paquetage à 65 ans maximum. Mais, depuis 2011, une loi permet à tout haut fonctionnaire considéré comme « indispensable » de poursuivre sa carrière pendant deux as de plus. Cette disposition, voulue par Sarkozy, avait été taillée sur mesure pour le préfet Lambert, un flic au service de la « firme ». A l’époque, les socialistes avaient dénoncé « une loi de pure circonstance« . Bajolet en a profité : il peut rempiler jusqu’à 67 ans. mais l’échéance se rapproche : il atteindra ses  67 ans le 21 mai… 
Depuis plusieurs mois, l’Élysée cherche à « prolonger » de nouveau le contrat du gardien de la Piscine, tant il est « indispensable » au chef de l’État. En parfaite soldate, Marylise Lebranchu a trouvé la parade, comme l’a annoncé « Mediapart » (25/1). La ministre chargée de la Fonction publique a fait voter au Sénat, le plus discrètement possible, dans la nuit du 27 au 28 janvier, un « amendement Bajolet », lors de l’examen du projet de loi relatif à la déontologie et au droits des fonctionnaires. 
1700100752Comme tout haut fonctionnaire, « participant directement à la défense des intérêts fondamentaux de la nation« , le patron des barbouzes peut désormais rempiler jusqu’à 69 ans. Et la ministre d’expliquer en souriant : « Le privé ne connaît pas la limite de 67 ans… A 68 ou 69 ans, on peut très bien exercer des fonctions à responsabilités. C’est mon cas ! (elle aura 69 ans bientôt, comme son collègue Le Drian, ministre des armées et et président le région Bretagne). »
Et comme dirait Juppé, on peut aussi être candidat à la présidentielle.
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« Les industriels du lait ont leurs serfs : les éleveurs »

Terraeco – 05/02/2016 – Cécile Cazenave –
Les géants du secteur auront-ils la peau des éleveurs ? C’est la question que pose « Les cartels du lait », une enquête sur la première industrie agroalimentaire de France et le pouvoir qu’elle exerce dans les campagnes.
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Voilà maintenant dix jours que les agriculteurs de plusieurs régions de France bloquent les routes et les entrées des supermarchés pour dénoncer les prix indignes auxquels sont achetés leurs productions. En 2015, les analystes prévoient qu’un quart des éleveurs français dégageront un revenu annuel inférieur à 10 000 euros. Dans une enquête très documentée sortie ce jeudi, les journalistes Elsa Casalegno (La France agricole) et Karl Laske (Mediapart), montrent comment les industriels du lait ont précipité cette crise en imposant leurs politiques de développement aux producteurs.
Terra eco : La crise agricole qui secoue l’actualité était-elle prévisible ?
Sans titreElsa Casalegno : Oui. Ce sont essentiellement les éleveurs qui manifestent, ce sont eux qui sont confrontés à des effondrements de prix. Ce n’est pas une surprise en ce qui concerne le lait. On assiste aux conséquences de la libéralisation du marché, de l’ouverture de l’Europe et du désengagement des hommes politiques européens. Cette situation s’est mise en place progressivement depuis la fin des années 1990, et plus directement pour le lait, depuis 2008, avec des hausses progressives de quotas et des baisses de mécanismes de soutien du marché. En 2009, déjà, une légère surproduction avait suffi à déséquilibrer les marchés, ce qui avait entraîné un effondrement immédiat des prix. C’était une sorte de répétition générale de ce à quoi nous assistons aujourd’hui. Depuis un an, il n’y a plus de quotas. Nous sommes arrivés au bout du processus de libéralisation. Pas de chance pour ses promoteurs, il y a également un ralentissement des achats de la Chine et le reflux, sur le marché européen, de tous les produits bloqués par l’embargo russe. Par ailleurs, la fin des quotas a entraîné un certain nombre de pays à augmenter fortement leur production de lait. Tous ces facteurs se cumulent au même moment. Il y a trop d’offre pour la demande, et, conséquence des mécanismes d’un marché libre, les prix s’effondrent.
Dans ce mécanisme, quelle est la responsabilité de l’industrie laitière ?
C’est une responsabilité partagée. Sur le marché intérieur, les industriels du lait se frottent à la grande distribution qui est dans une logique de prix toujours plus bas. Les industriels eux-mêmes n’ont pas su ou pas voulu enrayer cette logique. Or, qui dit prix bas dit répercussion sur le producteur. Eux s’approvisionnent donc en lait à prix cassés. Par ailleurs, les industriels ont aussi beaucoup axé leurs discours sur l’exportation. Les coopératives, en particulier, insistent sur le développement de la production et de l’outil industriel pour conquérir de nouveaux marchés. Qui dit export dit prix mondiaux et, de fait, les mécanismes de formation des prix décidés par l’interprofession il y a déjà un certain temps tiennent fortement compte des prix à l’export du beurre et de la poudre de lait, et de la concurrence avec l’Allemagne, tournée vers l’export depuis plus longtemps. Ce pays joue déjà la carte de volumes hauts et de prix bas. Alors que la France a plutôt une carte à jouer de prix hauts et de volumes bas, de par son positionnement sur la qualité.
Quels effets ont eu sur les producteurs les options choisies par l’agro-industrie du lait ?
Les grosses coopératives sont dans une logique d’augmenter la production localement. Ils s’alignent sur les prix mondiaux, ils se mettent en concurrence avec les Néo-Zélandais sur la Chine, par exemple. Or, la Nouvelle-Zélande, ce sont de gros volumes à prix bas. Ils ont des conditions climatiques de production du lait optimales : de l’herbe tout le temps, un climat tempéré qui ne nécessite pas de bâtiments, très peu de personnes, beaucoup d’espace. On ne pourra donc jamais s’aligner sur leurs coûts de production. Mais chez nous, le rapport de force entre producteurs et industriels est complètement déséquilibré. Il y a 60 000 producteurs en France. Si on enlève les filières AOP, les fruitières à comté, les toutes petites PME, on peut dire que trois quarts du lait en France est collecté par dix ou douze industriels. Le rapport de force est en défaveur des producteurs. Et forcément, les industriels en profitent. Ils mettent en avant la baisse des marchés mondiaux et tirent les prix à la baisse. La grande distribution appuie également dans ce sens-là. Chacun cherche à préserver ses marges. Dans un contexte de prix bas, ça se répercute en bout de chaîne sur l’éleveur qui est tout seul dans sa ferme et qui a peu de moyen de pression.
Au début de votre enquête, vous citez Léon Gambetta parlant, en 1880, de « féodalité agricole ». Cette expression est-elle toujours valable en France ?
Oui, le ressenti des éleveurs est celui-là. Je les entends parler des séances de négociations avec les industriels. Certains le disent : les industriels ont leurs serfs. J’ai du mal à imaginer qu’ils ne se rendent pas compte de la situation des éleveurs. S’ils ne se rendent pas compte, c’est inquiétant. S’ils s’en rendent compte, c’est du mépris.
Sous l’effet de l’agro-industrie, le lait a changé de statut, dites-vous dans votre livre. Pour devenir quoi ? Et quelle conséquence cela a-t-il eu pour les éleveurs ?
Le lait est devenu une « commodité », un terme qui vient de l’anglais pour désigner un produit de masse. En France, on parle de fromages, de yaourts qui sont des produits à haute valeur ajoutée. Mais il y a des fromages, comme l’édam ou le gouda, la mozzarella à pizza, produits de façon industrielle, en grosses quantités, et destinés à l’export, pour lesquels il faut du lait stérilisé pour tenir la durée et la distance. Ou encore d’autres produits, comme les poudres de lait. Pour produire tout cela, il faut passer dans une logique de gros volumes à prix bas. L’éleveur devient alors fournisseur d’une matière première. Ce n’est plus l’éleveur qui se trouve au début de la chaîne d’un produit noble, comme le fromage, qu’on va transformer et élaborer. Il devient un fournisseur de matière première à flux tendu, il doit respecter des contraintes industrielles, répondre au marché d’export avec un produit standard qu’on peut traiter facilement. L’éleveur doit s’aligner. On lui demande également d’être au top en matière sanitaire, par exemple. Et lui, de son côté voudrait aussi améliorer ses conditions de travail. Or, les robots, c’est bien, mais ça coûte très cher. Et à un moment, ça ne va plus. On ne peut pas investir pour répondre à des contraintes élevées tout en encaissant des variations fortes de prix, voire des prix bas pendant une longue période. Au bout d’un moment, ce n’est plus possible.
4844221_6_b6e6_une-grande-manifestation-d-eleveurs-avait_073e962b26fa1aa87a74038e516c0f1cLes éleveurs se sont-ils rendus compte du mouvement dans lequel ils s’engageaient sous l’injonction des industriels ?
Je crois qu’ils ont beaucoup cru au discours sur l’export. La population mondiale va croître de 2% par an, le développement des classes moyennes dans les pays émergents, donc la consommation, plus encore. Après la Chine, c’est l’Afrique qui aura envie de nouveaux produits de consommation. Il y a aussi le « cracking », c’est-à-dire la vente du lait en pièces détachées : on extrait les protéines et le lactose, par exemple, pour toute une série d’applications industrielles, qui ont leur intérêt, certes, mais on leur a fait miroiter que le lait, c’est de l’or. Et eux, au bout du compte, ils voient que le lait est acheté à un prix toujours plus bas. Ce n’est pas dit que ça ne changera pas. Mais, sur le marché mondial, il y a de la spéculation, et les industriels ont intérêt à une légère surproduction pour maintenir les prix bas.
A travers ce que vous nommez les « clandestins du yaourt », vous décrivez un système d’entente entre industriels du lait qui s’apparente à un système quasi mafieux, qui a duré plus de dix ans…
Pendant plusieurs années, les industriels se sont mis d’accord entre eux, pour les marques de distributeurs qu’ils produisaient, sur les prix en-deçà desquels il ne descendraient pas, ainsi que sur celui d’entre eux qui allait remporter l’appel d’offres. Ils se redistribuaient aussi les volumes : si l’un perdait un marché quelque part, c’était compensé par un marché ailleurs. Si cela a duré si longtemps, c’est parce que tout le monde se connaît. C’est un petit milieu. Et parce qu’ils y avaient tous intérêt. Ils ont truqué les marchés, mis en place des téléphones et des réunions secrètes. C’est un polar ! Ils se justifient en expliquant qu’ils n’ont pas trouvé d’autre moyen pour résister à la pression de la grande distribution, qui est réelle. N’empêche qu’on tombe dans un système mafieux avec des pressions sur ceux qui ne veulent pas entrer dans le système. La découverte de cette entente illégale s’est conclue par de sacrées amendes. Pour certains, ça va être financièrement très dur à encaisser. Et, aujourd’hui, la grande distribution a beau jeu de revenir à la table des négociations en disant : « Vous nous avez eus, maintenant vous allez le payer ». Et en tirant encore les prix à la baisse. Dans la guerre des prix, ce n’est vraiment pas une bonne chose.
En France, le nombre de fermes se réduit. De très grandes fermes apparaissent et la taille des troupeaux augmente. Ce phénomène est-il inexorable ?
L’agrandissement me paraît en effet plus ou moins inexorable, c’est l’évolution. En cent ans, on est passés d’une vache par ferme à des éleveurs spécialisés. Dans quelques années, il restera sûrement des exploitations de cinquante vaches, dans des zones sous appellation, des filières bios, des filières de niche. Il y aura par ailleurs des regroupements pour des raisons de coût et de travail. L’astreinte d’un éleveur est très lourde. Se regrouper, ça permet aussi de s’organiser pour les week-ends, les vacances… S’ils sont trois associés à réunir leurs trois troupeaux, ils doivent assurer un week-end sur trois. Il y aura donc de plus en plus de troupeaux de 150 vaches, pour des raisons de confort, de vie familiale et pour des gains de productivité. Sinon, il faudra payer beaucoup plus cher les produits issus du lait pour que les éleveurs puissent payer des salariés et pouvoir s’absenter. Mais le consommateur suivra-t-il ? Pas sûr. Dans une autre dimension, les fermes de 1 000 ou 10 000 vaches, en France, il y en aura quelques-unes, mais je ne pense pas que la société soit prête. Au-delà de ces projections, la transformation des fermes, c’est un choix de société sur l’occupation du territoire, sur la structure des campagnes, sur à qui on accorde les aides, et ce n’est pas facile de répondre. Mais tout pousse à l’agrandissement. Les industriels poussent les éleveurs à se restructurer, à se rassembler en plus grosses fermes pour faire des économies de collecte, de logistique. Certaines coopératives ramassent les pots cassés. Parce que les éleveurs sont aussi les coopérateurs, elles récupèrent ainsi les zones les plus difficiles : les zones de montagne où ça coûte très cher d’aller collecter quelques litres tous les jours… Elles plombent leur compétitivité en allant chercher tous ces petits éleveurs. Sans scrupule, certains industriels privés se désengagent complètement de ces zones.
Quels moyens les éleveurs ont-ils de s’affranchir de l’industrie laitière ?
1514595746-jpg1Il faudrait que les producteurs réussissent à s’organiser en passant outre les querelle syndicales, qu’ils soient nombreux, qu’ils se regroupent, et arrivent, face aux industriels, en position de force. Il y a ce rééquilibrage à trouver, qui est trop lent. Ça fait quatre ans qu’ils essayent et que ça patine. Les industriels n’ont rien fait pour faciliter cela, qui n’est pas à leur avantage. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, aurait peut-être eu une fenêtre de tir pour tout remettre à plat, mais il ne s’en est pas saisi. Au niveau européen, les libéraux ont gagné la bataille. Toutes les régulations de marchés agricoles sont détricotées. Et se remettre d’accord pour un projet collectif, pour reconstruire quelque chose, c’est difficile. La France, comme d’autres pays régulateurs, n’est pas assez offensive sur ce sujet. Quant au pouvoir du consommateur, encore faudrait-il que celui-ci soit bien informé et comprenne les problématiques des éleveurs. Les initiatives de lait local, par exemple, marchent bien. Mais il reste difficile de contourner les industriels ou de faire pression sur eux : face au rouleau compresseur de la guerre des prix, nous sommes tout de même très conditionnés à faire des bonnes affaires et à acheter à pas cher.
- A lire : Les cartels du lait, Elsa Casalegno et Karl Laske (Editions Don Quichotte, 2016)
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Défendre les libertés n’est pas un luxe d’intellectuels

Depuis Mosset – 07/02/2016 – Raoul-Marc Jennar –
arton4152-9a45fJe suis consterné par le dénigrement que provoque la défense des libertés chez certains,  comme F.O. Gilbert, au journal de 20H de France 2, nous en a fourni l’illustration l’autre soir. Consterné, parce qu’ils passent par pertes et profits l’effacement en quelques semaines de libertés qui ont réclamé des décennies de luttes pour être conquises. Consterné par ce refus de reconnaître ce lien indissociable, sans cesse souligné par Jaurès, entre démocratie politique et démocratie sociale, hors duquel la République est un projet inachevé. Consterné par cette ignorance de l’Histoire qui amène bien des gens à s’engouffrer dans les erreurs du passé.
Mais qui connait encore l’Histoire, aujourd’hui en France, où la transformation de l’Éducation nationale (vendue à Microsoft) pour en faire une machine à fabriquer non pas des citoyens mais des clients-consommateurs, est à l’œuvre ?
Qu’on se souvienne : le gouvernement du radical Daladier a pris entre 1938 et 1940, avec l’assentiment du parlement élu en 1936 (avant qu’il donne les pleins pouvoirs à Pétain, à 80 exceptions près)  des mesures tout à la fois anti-démocratiques et anti-sociales, qui ressemblent pour beaucoup à celles dont le gouvernement Hollande-Valls est aujourd’hui le protagoniste. Des mesures qui ont suscité le désarroi et le désespoir d’un peuple de gauche devant les orientations nouvelles d’un parlement élu sous l’étiquette du Front populaire. Des mesures dont, par la suite Vichy, n’a plus eu qu’à se servir pour les appliquer à sa manière.
Les migrants d’alors, c’était d’abord les réfugiés républicains espagnols fuyant Franco et sa dictature fasciste dont la France facilita la victoire. C’était aussi les Juifs fuyant l’Allemagne nazie que le patronat français et la droite préféraient au Front populaire et que la France de Vichy allait envoyer dans les fours crématoires. C’était enfin tous les progressistes qui fuyaient le fascisme triomphant en Italie, en Allemagne, en Hongrie, en Grèce, dans presque toute l’Europe. On connait la suite qui leur fut réservée.
images7LIIB3DGSe battre pour défendre les libertés n’est pas un combat dérisoire, une sorte de luxe pour intellectuels en quête d’une bonne conscience acquise à bon marché. C’est peut-être le cas d’une toute petite minorité parisienne. Ce n’est certainement pas le cas de ceux qui aujourd’hui, déjà, souffrent du racisme d’État et de la violence d’État autorisés et légalisés par le gouvernement Hollande-Valls. Quand un Premier ministre s’autorise les propos d’un Valls sur les Roms, sur les militants qui défendent les droits légitimes du peuple palestinien, sur les syndicalistes qui se battent contre des entreprises qui délocalisent en dépit d’un carnet de commandes rempli et de bénéfices consolidés, sur les militants écologistes qui refusent des grands travaux inutiles et destructeurs, la défense des libertés prend toute sa dimension politique, sociale et écologique. C’est une vraie lutte politique, concrète et « matérialiste ».
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neuf-quinze – Le général à 4 étoiles ?

neuf-quinze@arretsurimages.eu 08/02/2016
Général Piquemal, héros de la guerre 2.0
09h15 – Ciel, un général ! Un vrai. A quatre étoiles. Ancien patron de la Légion Etrangère, Christian Piquemal, 75 ans, a été arrêté samedi à Calais, après avoir pris la tête d’une manifestation anti-migrants de la déclinaison française du mouvement islamophobe allemand Pegida, manifestation interdite par le ministère de l’Intérieur.

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71bbc83632cdf3f15bec37ce35da6bbcUn général bravant l’autorité, haranguant les gendarmes, les sommant de rejoindre les vrais patriotes ? Frissons de putsch (1), pour ceux qui ont quelques notions d’Histoire. Souvenir fugace des généraux putschistes d’Alger et, plus loin, du général Boulanger. Mais Piquemal, tout ancien commandant de la Légion éangère qu’il soit, est un glorieux inconnu (2), général d’état-major et de cabinets ministériels -socialistes !- (3) auquel on ne connait pas de faits d’armes éclatants -pas davantage d’ailleurs que d’engagements politiques antérieurs (autres que la tenue d’un blog (4)). La comparaison risque de tourner court.
Ebullition néanmoins dans la fachosphère. Comment donc ! La « Ripoublique » va oser juger un glorieux général en comparution immédiate ! Alors même qu’à Rennes, au même moment, le centre-ville était dégradé par des éléments incontrôlés, en marge d’une manif anti Notre Dame des Landes, et anti-état d’urgence. Les réseaux sociaux adorent ces comparaisons, ces compétitions victimaires. Et l’arrestation de Piquemal est certainement appelée à un bel avenir icônique. Voyez comme les nôtres sont persécutés. Voyez l’insupportable mansuétude dont bénéficient ceux d’en face. En quelques heures, le général est devenu la figure centrale de la guerre 2.0.
94d5ab59f8ad475f84d0b618c27827f2Tout le week-end, pourtant, les grands medias ont la tête ailleurs : tempête, Corée du Nord : ils sont en régime week-end. Il faut attendre le lundi matin, pour que le « deux poids deux mesures » force leur porte, dans la bouche de Guillaume Peltier, leader de la tendance LR « Le Droite forte ». Peltier contré, après quelques minutes, par Guy Birenbaum : mais si, il y aura bien des comparutions immédiates à Rennes aussi. « A six heures du matin, il n’y avait pas de dépêche » rétorque Peltier, qui n’a manifestement pas lu Le Télégramme de Brest, lequel faisait état dès hier soir de trois comparutions immédiates à Rennes (dont deux SDF) (5). Epilogue de l’argument des « deux poids deux mesures ». Provisoire, certainement.
(1) http://www.liberation.fr/france/2016/02/07/christian-piquemal-general-de-rance_1431722
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2016/02/07/christian-piquemal-general-ex-patron-legion-honneur-garde-a-vue-manifestation-anti-migrants-calais-refugies-extreme-droite-pegida_n_9182976.html
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Piquemal
(4) http://blog.cercle-citoyens-patriotes.fr/
(5) http://www.letelegramme.fr/bretagne/rennes-trois-personnes-jugees-en-comparution-immediate-aujourd-hui-08-02-2016-10949809.php
Daniel Schneidermann
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Europe – En Italie, des enfants pauvres priés d’aller jouer ailleurs.

Posted by ppiccini52 in Senza categoria 05/02/2016
Des enfants italiens privés de toboggan pour faire payer leurs parents

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De San Germano Vercellese, une petite commune de 1 700 habitants située à une cinquantaine de kilomètres de Turin et à une quinzaine de Vercelli (Piémont), on ne sait presque rien.
Trois lignes sur Wikipédia, une latitude et une longitude. Principale ressource de la commune : les rizières, rendues célèbres par les cuisses nues de Silvana Mangano dans le film Riz amer (1949), de Giuseppe De Santis.
En revanche, on commence à bien connaître la maire du village, Michela Rosetta – trop peut-être. Cette élue du parti xénophobe de la Ligue du Nord, allié au Front national au Parlement européen à Strasbourg, a décidé de lutter à sa manière contre les mauvais payeurs des taxes municipales : l’IMU, sur la résidence principale, et la TARI, sur le ramassage des ordures.
Une décision datée du 28 décembre 2015 interdit désormais aux enfants des parents en délicatesse avec le fisc l’accès au jardin public, au terrain de sport et à la cantine scolaire. La décision de la municipalité de San Germano Vercellese vise environ 200 personnes, en majorité les plus pauvres ou issues de l’immigration.
” Je ne veux pas vraiment interdire, mais éduquer au respect du bien public. Les portes de mon bureau sont toujours ouvertes pour discuter au cas par cas, a expliqué Michela Rosetta au quotidien La Stampa, mais je n’accepte pas qu’on me fasse un procès en racisme ou en discrimination. Nous appliquons simplement la loi. Ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à partir. ” ” C’est une honte “, réagit l’opposition. ” Ce n’est pas la première fois qu’on cherche à nous atteindre “, se plaint une association d’immigrés.
Michela Rosetta, 48 ans, maire depuis 2013, ne cache pas sa sympathie pour Gianluca Buonanno, un parlementaire de son parti. Une sorte de modèle. Ce dernier est également un amateur de positions tranchées. Sur les homosexuels, à qui ” tout serait dû “, et la Gay Pride, qui ” le dégoûte “. Plus récemment, il s’est rendu célèbre en apparaissant, sur sa page Facebook, un pistolet automatique à la main, afin de soutenir la légitime défense. Reste maintenant à faire appliquer l’arrêté de la commune.
Dans le passé, d’autres maires (issus eux aussi de la Ligue du Nord) ont déjà tenté de faire pression sur les enfants pour rappeler les parents à leurs devoirs. Généralement en pure perte. Qu’importe. Ce qui intéresse la Ligue du Nord, devenu le premier parti de droite en Italie, est d’occuper le terrain médiatique et de faire la preuve qu’elle se consacre aux choses concrètes dans les collectivités dont elle est chargée.
A San Germano Vercellese, il en ira sans doute de même, tant il paraît difficile d’envoyer un agent municipal au square avec pour mission d’empêcher les enfants dont les parents n’auraient pas réglé la taxe sur les poubelles d’utiliser le toboggan ou la balançoire… Mais jusqu’alors Michela Rosetta était une inconnue. Ce n’est plus le cas. Elle ne visait pas autre chose.
Philippe Ridet
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Science et Médecine – Neurobiologie : un si précieux silence…

20154901_1SILENCE+X1P1_ori_jpg_180Le silence, messager prolixe : l’absence de parole devient, dans certaines circonstances, le meilleur moyen de communiquer
Angela Sirigu (Neuroscientifique, directrice de recherche Centre de neuroscience cognitive (CNRS-université Lyon-I))
Jamais le silence n’a été un vecteur d’unité sociale aussi important que depuis les massacres du vendredi 13  novembre, à Paris et à Saint-Denis.

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A Toulouse au Capitole le 16 novembre 2015
Etre tous ensemble et cesser de parler ou de bouger durant une seule minute a été un formidable message de respect pour les victimes et d’empathie avec leur famille. Ainsi, bien que cela puisse paraître paradoxal, l’absence de parole devient, dans certaines circonstances, le meilleur moyen de communiquer. Le silence en tant que -cessation d’activités est un -signal social utilisé par de nombreuses espèces, dans des buts bien différents.
Un « indice public »
Par exemple, on a longtemps cru que, pour éviter les obstacles et détecter leurs proies, les chauves-souris utilisaient uniquement l’écho de leurs vocalisations, à la manière d’un sonar. L’émission de ces -vocalisations alterne en réalité de manière périodique avec du silence. Ce silence intermittent constitue une stratégie de coordination, car sa fréquence et sa durée augmentent avec le nombre d’individus -présents dans – un même lieu. Les pauses silencieuses permettent au -chiroptère de s’orienter grâce aux -vocalisations de ses voisins et évitent de  » brouiller  » les autres sonars.
L’accès à la totalité de l’article est protégé © Le Monde
Dans un contexte différent, Marta Moita, à la Fondation Champalimaud de Lisbonne, étudie les mécanismes neurobiologiques de la peur et la manière dont celle-ci se propage. Elle a conditionné un rat à associer un son à un choc électrique. Après apprentissage, chaque fois qu’il entend le son, le rat cesse toute activité motrice. Un autre rat, placé juste à côté en tant que simple observateur et non conditionné, s’immobilise également mais uniquement lorsqu’il entend le silence. C’est bien ce silence, et non la vision de l’immobilité, qui importe, car la réaction de l’observateur a lieu même dans l’obscurité et disparaît lorsqu’on lui fait écouter la bande sonore des mouvements du congénère, signifiant sans doute la fin du danger. Le silence constituerait ici ce que Moita appelle un  » indice public ou générique «  de transmission sociale du danger.
Le silence peut également s’utiliser de manière délibérée. Le singe vert d’Afrique, connu pour ses vocalisations abondantes et variées, utilise un vocabulaire de cris spéciaux pour alerter de la présence de prédateurs terrestres ou aériens. Importés aux Antilles où le péril vient non pas des panthères ni des aigles mais principalement de l’homme, ces singes ont développé une adaptation spécifique et communiquent par le silence, évitant ainsi d’être trop facilement repérés.
Même au cœur du cerveau, le silence semble être important pour ordonner les signaux nerveux et -calmer la  » rumeur synaptique « . Le groupe de Jaime de la Rocha, de l’Institut de recherche biomédicale de Barcelone, a récemment montré que les corrélations entre groupes de neurones au sein des aires auditives ne s’expliquent pas tant par la synchronie de leur activité que par celle de leur silence. Des simulations mathématiques montrent que cette propriété pourrait jouer un rôle important dans l’encodage et la transmission des informations dans le cortex cérébral.
Ces considérations peuvent paraître assez éloignées des manifestations de recueillement après les attentats et de leur forte portée affective et philosophique, mais elles soulignent néanmoins que le silence est un principe organisateur archaïque, ancré au plus profond de nous, puissant et indispensable.
© Le Monde  Le Monde 02/12/2015
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Europe – Les énormes concessions faites à David Cameron :  » Brexit  » : des concessions exorbitantes

Le Monde 06/02/2016
Editorial du « Monde – Il convient de saluer l’habileté de David Cameron. Depuis des mois, le premier ministre britannique fait la tournée des capitales européennes, discute, négocie, amende ses propositions pour obtenir des concessions de ses partenaires. Des concessions qui doivent lui permettre d’éviter le  »  Brexit  « , l’aider à remporter le référendum sur le maintien de son pays dans l’Union européenne.
Le préaccord scellé mardi 2  février entre M. Cameron et le président du Conseil européen, Donald Tusk, est tombé comme un fruit mûr. Sans douleur. Comme s’il s’agissait d’une négociation de routine, saluée par presque toutes les capitales.
En réalité, l’affaire est très grave. Ce référendum, qui aura lieu au plus tôt fin juin, tombe au plus mauvais moment, alors que l’Europe est soumise à la crise de l’euro, des migrants, du terrorisme et des populismes. Mais il est trop tard pour reculer. Il convient donc de choisir entre deux maux  : le  »  Brexit   » ou les énormes concessions faites à David Cameron, notamment sur la discrimination vis-à-vis des travailleurs européens émigrés au Royaume-Uni.
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L’Europe est en trop mauvaise passe pour risquer un  »  Brexit  « . La présence du Royaume-Uni est une garantie de maintien du marché unique et de la concurrence en Europe. Elle évite un face-à-face déséquilibré entre la France et l’Allemagne. Aux yeux du monde, une sortie du Royaume-Uni scellerait la fin de l’UE  : aujourd’hui, l’Europe sans le Royaume-Uni, c’est l’Allemagne. Surtout, un  »  non   » britannique déclencherait une dynamique destructrice dans toute l’Europe, les populistes prenant exemple sur David Cameron pour exiger la destruction de l’édifice communautaire. Ce serait une catastrophe pour les continentaux, liés par l’euro et Schengen, que la géographie et l’Histoire empêchent de prendre le grand large.
D’un autre côté, il convient de noter la concession exorbitante faite à David Cameron. Les travailleurs immigrés venus d’autres pays d’Europe devront attendre quatre ans pour avoir droit aux mêmes allocations que les Britanniques. Tout cela est très adroitement présenté. Londres pourra déclencher ce mécanisme d’urgence si son pays est débordé par un afflux d’immigrés comme le furent les universités belges et autrichiennes par les étudiants français et allemands.
Ne soyons pas dupes  : le premier ministre demande et a déjà obtenu de pouvoir activer cette clause dès le lendemain du référendum, notamment à l’encontre des Polonais. Le Royaume-Uni sape l’un des piliers du marché unique, la liberté de circulation des travailleurs. L’Europe réduite à la liberté de circulation des capitaux et des marchandises, ce n’est plus l’Europe des fondateurs. La Commission assure tout faire pour empêcher d’autres capitales d’appliquer les recettes britanniques, qui vis-à-vis des Portugais, qui vis-à-vis des Roumains. La dynamique politique est là. La petite musique venue de Londres, aux airs de  »  les Anglais d’abord  « , va faire les délices des populistes.
Cette concession démesurée est censée aider David Cameron à remporter le référendum. Rien n’est gagné. Le Royaume-Uni pratique depuis des décennies le Bruxelles-bashing, la presse tabloïd s’en donne à cœur joie, comparant l’affaire à la bataille d’Angleterre. Surtout, la campagne risque de tourner au référendum pour ou contre l’immigration. Espérons que David Cameron sera aussi habile à convaincre l’électorat britannique qu’il l’a été vis-à-vis de ses partenaires européens. S’il perd, les Européens auront perdu sur toute la ligne.
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Comment contenir la Corée du Nord ?

Commentaire.  Ouest-France 08/02/2016

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Un mois après son quatrième essai nucléaire, la Corée du Nord a procédé hier à un tir de missile à longue portée, en violation de cinq résolutions de l’Onu.
Officiellement, le régime évoque un lancement de satellite, mais les grandes puissances ne nourrissent aucun doute quant à la nature balistique du test en question. L’engin pourrait même avoir une portée de 10 000 km. Il pourrait ainsi (en théorie pour l’instant) menacer non seulement le continent asiatique, la Corée du Sud et le Japon, mais aussi la côte ouest des États-Unis.
À force de mesurer, millimètre par millimètre, les progrès du rapprochement avec l’Iran, on avait sans doute oublié un peu vite que les ambitions nucléaires de Pyongyang restent aussi un danger majeur. Au XXIe siècle, c’est le seul pays à procéder à des tests nucléaires. Ses capacités balistiques, fruit d’un programme lancé il y a cinquante ans, sont très rudimentaires, affirment les spécialistes. Mais test après test, elles sont de plus en plus crédibles.
Surtout, contrairement au cas iranien, le régime paranoïaque de Kim Jong-un donne moins de prise aux sanctions, étant très faiblement intégré au commerce international. Il n’a pas de pétrole et est en outre très imprévisible, compte tenu de la pathologie manifeste de son dirigeant et des premiers cercles du régime qui l’entourent. Les images délirantes du leader nord-coréen et des foules asservies nous arrachent parfois un sourire. La menace que le programme militaire fait courir à toute une région, et au-delà, n’amuse ni les Japonais ni personne.
Inciter la Chine à agir
Car toute avancée du programme nord-coréen annonce une escalade avec Séoul et Tokyo. Les essais de Pyongyang renforcent le risque de prolifération. Ils donnent des raisons aux partisans de l’arme nucléaire au Japon et en Corée du Sud. Ils ouvrent aussi de nouvelles perspectives aux programmes clandestins. Rappelons que l’Irak, la Libye, l’Iran et la Syrie n’ont renoncé en leur temps à de tels programmes que sous les pressions occidentales. Un réacteur clandestin a même été détruit en Syrie par Israël en 2007. On n’ose imaginer ce qui se serait produit aujourd’hui, compte tenu de la situation à Damas.
Tout le monde aura remarqué hier matin que si Washington, Paris, Londres et Moscou ont condamné fermement le nouvel essai nord-coréen, Pékin s’est contenté de le « regretter ». La Chine craint moins la bombe qu’un effondrement du régime de Pyongyang. Pour une raison simple. La réunification des deux Corée voudrait dire avoir des troupes américaines à ses portes.
Alors le régime chinois tergiverse, freine les sanctions (moins dures que contre l’Iran) et garde le cordon ombilical qui le lie au peuple nord-coréen, par le commerce et les menus trafics. Dans le passé, des négociations à six ont eu lieu avec Pyongyang pour contenir ses visées militaires. Y compris en tête-à-tête avec les Américains. Mais depuis la sortie de la Corée du Nord du Traité de Non-Prolifération (TNP), en 2003, aucun dialogue sérieux n’a été engagé.
L’essai d’hier devrait pourtant le remettre d’actualité, car il montre l’impasse de la « patience stratégique », comme l’appellent les spécialistes. Puisque Washington parle dorénavant à l’Iran, à Cuba, à la Birmanie, pourquoi pas à Pyongyang ? En impliquant cette fois directement la Chine, fatalement, la seule en mesure de rendre les sanctions enfin crédibles et efficaces.
Laurent MARCHANDkim_jong_un_1550175

 

 

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La Syrie, inextricable crise humanitaire

Le Monde 05/02/2016
Epuisée, affamée par les sièges menés par le régime de Bachar Al-Assad, pilonnée par les bombardements aériens ou forcée de vivre sous le joug de l’organisation Etat islamique, la population syrienne fait les frais de bientôt cinq ans de guerre.
Environ 5,3 millions de personnes ont migré vers l’étranger depuis 2011. La Syrie, 16 millions d’habitants, compte 6,5 millions de déplacés internes et plus de 10 millions de personnes en situation de vulnérabilité. Le Temps

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Un Syrien réconfortant un jeune garçon après un bombardement aérien dans le nord de la ville d’Alep, tenue par les rebelles. Des dizaines de milliers de personnes ont fui le nord de la Syrie après l’offensive des troupes du régime, soutenues par la Russie. THAER MOHAMMED / AFP
Il est en outre difficile d’évaluer le nombre exact de personnes civiles ayant trouvé la mort lors des bombardements, opérés par la Russie, soutien de Bachar Al-Assad, ou par la coalition internationale conduite par les Etats-Unis. L’estimation de 22 civils tués par l’armée américaine « n’est tout simplement pas crédible », note la BBC, rappelant que celle-ci a mené 7 550 frappes aériennes, en Irak et Syrie, depuis le début de la campagne il y a dix-huit mois.
Jeudi, la conférence des donateurs à Londres est parvenue à réunir plus de 10 milliards de dollars pour aider les Syriens, tenter de répondre à l’urgence l’humanitaire et soutenir financièrement les pays qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés, comme la Jordanie ou la Turquie. The Guardian
Mais, pour les pays européens, l’enjeu est d’endiguer le flux de migrants, traversant les frontières au péril de leur vie pour fuir le conflit. Les Nations unies estiment qu’un million de personnes devraient tenter d’atteindre l’Europe en passant par la Turquie cette année. Plusieurs pays ont fermé leurs frontières, remettant ainsi en question les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes et des biens dans l’UE. Der Spiegel
La résolution de la crise syrienne semble donc bien lointaine alors que les négociations de paix, à peine entamées entre l’opposition et le régime d’Al-Assad sous l’égide des Nations unies, sont au point mort. The New York Times.
Les Syriens fuient par milliers leur pays en proie aux violences et, selon l’ONU, un nombre « record » de 30.000 civils se sont réfugiés lors des dernières semaines en Jordanie voisine où les familles exposées à un hiver rigoureux vivent dans des conditions très difficiles. – Aamir Qureshi afp.com

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Les députés ont voté l’exonération totale des charges patronales pour les armateurs de navires de commerce français.

Le Marin.fr – 03/02/2016 –
Pour les armateurs français, le « net wage » est le seul moyen de faire face à armes égales à leurs concurrents européens en matière de coûts salariaux. (Photo Eric Houri)

Pour les armateurs français, le net wage est le seul moyen de faire face à armes égales à leurs concurrents européens en matière de coûts salariaux. (Photo : Éric Houri)
Les armateurs obtiennent le net wage
L’opiniâtreté du député PS Arnaud Leroy* a fini par avoir raison des réticences du gouvernement. Les députés ont voté le 2 février l’exonération totale des charges patronales pour les armateurs de navires de commerce battant pavillon français.
Les armateurs français réclamaient ce net wage, ou salaire net, de longue date. L’exonération des charges patronales dues pour les marins et gens de mer qu’ils emploient va donc être étendue aux cotisations d’allocations familiales et aux cotisations d’assurance chômage. La mesure concerne les navires de commerce battant pavillon français soumis à la concurrence internationale.
À l’heure actuelle, les armateurs français ont déjà droit à l’exonération des cotisations de retraite lorsque leur activité est exposée à la concurrence internationale. Mais ils estiment que cela ne leur suffit plus pour rester compétitifs face à leurs concurrents européens. Ils chiffrent le surcoût du marin français à 20 % par rapport au marin britannique, 40 % par rapport au marin italien.
« Effet d’exemplarité redoutable »
Jusqu’à présent, le gouvernement a toujours refusé d’appliquer l’exonération totale de charges patronales pour les armateurs, bien que cette mesure soit autorisée par l’Union européenne. Alain Vidalies, le secrétaire d’État aux Transports et à la Mer, l’a de nouveau redit le mardi 2 février devant les députés. Il a dit craindre un « effet d’exemplarité redoutable pour d’autres secteurs d’activités eux aussi soumis à la concurrence internationale ». D’où un avis défavorable du gouvernement.
Arnaud Leroy, rapporteur de la proposition de loi pour l’économie bleue, a malgré tout obtenu gain de cause. Son amendement sur le net wage a été voté par la majorité des députés présents, majorité et opposition mêlant leurs voix.
Une fois l’amendement adopté, le gouvernement a « levé le gage ». Ceci signifie qu’il renonce à s’y opposer et qu’il accepte de compenser financièrement le coût de la mesure, chiffré à environ 17 millions d’euros.
Du côté des armateurs, la satisfaction est bien sûr de mise après le vote du « net wage ». Pour Gildas Maire, président d’Armateurs de France, « le vote de l’exonération totale de charges patronales est une victoire pour la compétitivité des entreprises françaises de transport et de services maritimes…  ».
* Arnaud Leroy, 40 ans né à Lille, élu député des Français établis hors de France en 2012 dans la cinquième circonscription (Espagne, Portugal, Monaco, Andorre).

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« Dans les rayons, c’est le règne de la désinformation »

Terraeco – 04/02/2016 – Amelie Mougey –
Des hydrocarbures dans le couscous, de l’eau et des additifs dans la dinde 100% filet, des arômes non bios dans les yaourts bios : depuis deux ans, Foodwatch France traque les entourloupes de l’industrie agroalimentaire. Récit d’un succès.
« Dans les rayons, c'est le règne de la désinformation »
(Foodwatch- Thibaut Soulcié )
Sur le point d’engloutir vos pâtes bolo, avez-vous la moindre idée, dans le détail, des substances que vous vous apprêtez à ingurgiter ? Des nutriments évidemment, des additifs le plus souvent et… des hydrocarbures probablement. A l’automne, l’ONG Foodwatch a lancé une campagne contre la présence d’huiles minérales dans les aliments secs conditionnés à l’aide d’emballages en carton. Entre les pâtes, le riz, le couscous, les corn flakes, difficile d’y échapper…
Pour surmonter cette impuissance, l’association de défense des consommateurs s’est donné pour mission de faire émerger une prise de conscience, d’interpeller les marques et in fine de faire évoluer la réglementation. Présente en France depuis deux ans, l’ONG a déjà fait plier l’enseigne E. Leclerc et la marque de yaourts Vrai. Le succès de ses actions, notamment de pétitions récoltant plus de 100 000 signatures, est révélateur d’un désir des citoyens de reprendre la main sur leur alimentation. Karine Jacquemart, directrice de Foodwatch France nous explique ce mouvement de fond.
Terraeco : Des produits alimentaires contaminés par des hydrocarbures, est-ce un nouveau scandale agroalimentaire ?
KarineJacquemart-438d0Karine Jacquemart  : Nouveau, pas tout à fait. Nous étions au courant de l’existence d’une contamination. Nous connaissions ses sources, notamment les emballages dont les encres et solvants migrent du contenant vers l’aliment. En 2011 déjà, UFC Que choisir avait consacré un dossier au sujet. Mais depuis, rien n’a été fait. Nous voulions donc remettre le sujet sur la table. Un test réalisé par Foodwatch sur 42 produits achetés en France a révélé la présence d’hydrocarbures, les huiles minérales aromatiques, dans 60% d’entre eux. Ces huiles minérales, qu’on appelle les Moah, sont suspectées d’être cancérigènes, de provoquer des mutations génétiques et des perturbations hormonales. Pourtant, à ce jour, les consommateurs n’ont aucun moyen de déceler leur présence.
Est -ce révélateur de notre ignorance vis-à-vis de ce que nous mangeons ?
En matière d’alimentation, le manque de transparence est criant. Lorsque la répression des fraudes effectue un contrôle, s’il y a condamnation, le grand public n’aura jamais la moindre information sur la nature de la fraude ou le nom de la marque poursuivie. Sans aller jusque là, il suffit d’examiner les emballages pour constater l’opacité : les indications souvent inscrites en tout petit ne reflètent pas le contenu. Le consommateur n’a par exemple aucun moyen de savoir si les animaux ont été nourris aux OGM. Il ne connaît pas non plus l’origine de la viande dès lors qu’elle entre dans la composition d’aliments transformés. Souvent les étiquettes induisent en erreur. La dinde Leclerc étiquetée 100% filet contenait en fait 16% d’eau, de gélifiants, de colorants et autres additifs. Dans les rayons, c’est le règne de la désinformation : on peut parfaitement inscrire sur l’emballage une histoire qui ne correspond pas à la composition du produit. Ces pratiques abusives ne sont pas sanctionnées.
Elles sont donc légales ?
Oui, au regard de la loi française, elles sont légales. Elles ne sont pas légitimes pour autant. Pour mettre un terme à ces pratiques, seules des dispositions légales garantissant la transparence de l’information pourront être efficaces.
En quoi est-ce un enjeu de santé publique ?
industrie-agroalimentaire-300x213Une récente étude de la Fondation suisse « Food Packaging forum », relayée par le Réseau Environnement santé (RES), montre que les additifs alimentaires et les matériaux à usage alimentaire peuvent contenir 175 substances chimiques préoccupantes dont 119 perturbateurs endocriniens. L’OMS parle d’une épidémie de maladies chroniques : diabète, obésité, cancers… Je ne peux pas croire que les deux phénomènes ne sont pas liés. Si les gens étaient au courant, s’ils connaissaient les risques que l’alimentation agro-industrielle fait peser sur leur santé, leurs choix seraient sans doutes différents. Mais sans informations dignes de ce nom, les consommateurs ne vont pas dire « ça doit changer ». Les marques leur renvoient la responsabilité, leur reprochent de ne pas savoir lire les étiquettes. C’est un peu comme si, pour lutter contre les faux billets on s’en prenait aux utilisateurs bernés plutôt qu’aux faux-monnayeurs.
Comment expliquer une telle situation ?
L’industrie agroalimentaire bénéficie d’une grande impunité. Ce secteur est marqué par la toute-puissance des lobbies dont l’action incite les autorités à l’inertie. Au niveau européen, ceux-ci bloquent la simple définition des perturbateurs endocriniens. Concernant les huiles minérales, on sait que des solutions existent : il est tout à fait possible pour les fabricants de mettre des barrières dans les emballages pour empêcher ces substances de migrer. Mais en France, rien n’a bougé depuis 2011. En Allemagne au contraire, les autorités s’apprêtent à légiférer, les acteurs industriels ont anticipé et la contamination recule. Si l’État français envoyait le même signal, le secteur se mettrait en ordre de bataille. Mais le système agroalimentaire impose ses règles sans que les citoyens aient vraiment leur mot à dire. Il est urgent que les pouvoirs publics s’emparent de ces sujets.
Si l’on pense aux AMAP, à l’essor des circuits-courts, au succès du bio, on voit pourtant que des alternatives émergent…
Oui avec la crise de la vache folle et les scandales alimentaires qui se sont succédé depuis, les consommateurs ont découvert dans l’agro-industrie un concentré de dérives et d’excès. Ces scandales ont agi comme des révélateurs et ont encouragé les gens à agir, à s’interroger sur la manière dont ils se nourrissaient. Mais au-delà de l’action individuelle, nous sommes convaincus qu’il faut infléchir le rapport de force de manière collective. Au moment de la crise de la vache folle, Thilo Bode, ancien directeur international de Greenpeace, s’est rendu compte qu’il n’y avait pas d’organisation indépendante de la société civile pour défendre les droits des consommateurs dans le domaine de l’alimentation. C’est ainsi que Foodwatch est né en Allemagne en 2002, avant de s’implanter en France il y a deux ans.
Quelle est la stratégie de votre association pour changer les règles du jeu ?
Foodwatch joue un double rôle pour la transparence et le droit à une alimentation saine. Dans un premier temps, celui de lanceur d’alerte. Cela passe par un travail de veille, le lancement de recherches indépendantes, afin de révéler des scandales. En ciblant précisément les marques, on entend exposer les responsabilités. L’objectif est de créer un espace de débat. Une fois informés, les gens ont envie de se mobiliser pour faire changer les choses. On mène alors des campagnes d’influence, avec eux, et on leur propose des outils, par exemple des pétitions. Ces campagnes sont accompagnées d’un travail d’influence au niveau politique, pour obtenir des évolutions de la réglementation, en France et au niveau européen, car c’est à cette échelle que sont prises 90% des décisions qui touchent à l’alimentation.
Votre page Internet « bilan de l’année 2015 » dresse l’inventaire de vos victoires. Vous gagnez à tous les coups ?
Certaines victoires sont très nettes, d’autres campagnes prennent plus de temps. L’une de nos campagnes vise la soupe « Bœuf carottes vermicelles » de Maggie qui affiche un morceau de bœuf sur l’emballage mais ne contient en fait que 1,1 % de jus de cuisson de bœuf et pas de viande du tout. Notre pétition a recueilli près de 15 000 signatures. Pourtant, la seule chose que nous ayons obtenue de Nestlé c’est une réduction de la taille du morceau de bœuf en photo sur l’emballage. C’est se moquer de nous. Par contre, pour les yaourts aux fruits de la marque Vrai nous avons remporté la bataille : ils ont été retirés du marché.
Dans les deux cas la tromperie ne présentait pas de danger pour la santé. Fallait-il vraiment s’en prendre à ces produits ?
L’idée n’est pas de dire aux gens ce qu’ils doivent manger. Nous n’avons pas vocation non plus à lancer une pétition sur chaque produit. Il y en aurait trop. Mais comme il faut bien commencer quelque part on cherche des exemples variés et emblématiques. Le bio n’a pas de raison d’y échapper, car même dans ces rayons, des améliorations sont possibles. Dans le cas précis des yaourts Vrai, des fruits apparaissaient sur l’emballage alors que le yaourt ne contenait que de l’arôme… non bio. Cette « ruse légale » en elle-même ne pose pas de problème de santé. Mais notre combat est également celui de la transparence. Il est crucial que les produits qui se présentent comme des alternatives, bios ou équitables, le soient vraiment. Sinon la démarche risque d’être dévoyée.
Des marques comme Carrefour ou Casino ont commencé à prendre des mesures et donnent des garanties sur les hydrocarbures. Est-ce le signe que le pouvoir est en train de revenir dans les mains des citoyens ?
Un mouvement émerge pour contester ce système agro-industriel omnipotent. Nos révélations provoquent de l’intérêt, de la colère, qui sont des moteurs de mobilisation. La pétition contre un produit de Leclerc a recueilli près de 100 000 signatures et contraint le fabricant à changer son étiquetage. Ces premières victoires sont encourageantes. Les marques craignent pour leur image et les consommateurs réalisent qu’ils peuvent avoir un vrai impact. Foodwatch entend être le moteur de l’émergence d’un contre-pouvoir indépendant de dizaines de milliers de personnes désireuses de se réapproprier leur alimentation. Mais cette action citoyenne ne doit pas dispenser les autorités publiques d’agir, de prendre des mesures d’encadrement. Au-delà de l’enthousiasme, il faut rester vigilants. Les projets de traités internationaux comme le Tafta pourraient saper cet élan. Négociés en toute opacité, ces accords de libre-échange risquent d’affaiblir les normes sanitaires, sociales et environnementales ou du moins empêcher les pouvoir publics de les améliorer.
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1248-BURKI
Dessin de Burki
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neuf-quinze – Benjamin Millepied,

neuf-quinze@arretsurimages.eu 04/002/2016
Millepied, l’entrelacs des signes
danseurballet-gifs-animes-84936809h15 Il arrive qu’une porte s’entrouvre sur un univers méconnu. Comment fonctionne le corps de ballet de l’Opéra de Paris ? Comment se gèrent les conflits entre conceptions opposées d’une telle institution culturelle ? Mais aussi, comment y fonctionnent les rapports humains ? Et les relations hiérarchiques ? Osons même le mot, les rapports sociaux ? Autant de sujets qui échappent à l’investigation médiatique traditionnelle, le territoire étant la chasse gardée des rubriques culture des grands medias, peu réputées pour leurs capacités investigatrices. Pour que s’entrouvre la porte, il faut un fait-divers, un scandale. La probable démission, qui devait être annoncée dans la journée, du directeur de la danse à l’Opéra de Paris, Benjamin Millepied, en est un.
Dans les multiples déclarations et interviews prodiguées ces derniers jours par le très beau, le très chic, le très sexy, le très glamour Millepied, plusieurs peuvent fournir des explications opposées à cette subite démission. Benjamin Millepied a-t-il été « trop à gauche » ? « Quand je suis arrivé et que j’ai fait les premiers rendez-vous avec les danseurs, j’avais des danseurs qui tremblaient en me parlant, qui arrivaient à peine à me parler, racontait-il en décembre dans un documentaire de Canal+ (1). Moi, je ne me sentais pas spécialement impressionnant ou terrorisant mais il y avait une énorme peur de la hiérarchie. Quand une maîtresse de ballet dit à une danseuse “je vais te casser”, pour moi, c’est impossible de savoir qu’une telle chose se passe dans les studios ».
danseuse72A l’inverse, s’est-il comporté, avec des danseurs trop souvent absents, en vulgaire patron de droite ? « Le vrai problème à résoudre, lance-t-il dans une interview au Figaro, est celui de l’assiduité au cours: cinq fois par semaine, pas deux ou trois fois, sinon le corps résiste, se blesse. La danse, c’est comme le piano. La virtuosité se travaille chaque jour ». Tombe-t-il victime du racisme ? Toujours à Canal+ : «J’ai envie d’avoir une compagnie en 2015 qui soit diverse, qu’on ait des danseurs de nationalités différentes, de couleurs différentes sur scène. J’ai entendu très clairement en arrivant qu’on ne met pas une personne de couleur dans un corps de ballet parce que (…) s’il y a vingt-cinq filles blanches avec une fille noire, on ne va regarder que la fille noire. Un corps de ballet, tout le monde doit être pareil; pareil, ça veut dire que tout le monde doit être blanc. Quand on arrive des États-Unis et qu’on entend ça, ça fait peur ».
Tombe-t-il enfin (explication la plus vraisemblable) victime de l’irréductible conflit entre transmission et innovation, entre culture patrimoniale immuable, et culture vivante ? A Canal+ encore : « Les danseurs ont tellement été habitués à danser en ligne, à se faire engueuler, que ça devient du papier peint, il n’y a plus aucun plaisir. Un corps de ballet, s’il ne prend aucun plaisir, ça n’a aucune vie. Il faut changer ça. Tu ne peux pas danser sans prendre de plaisir. C’est ennuyeux à mourir à regarder, ce n’est pas de la danse « .
De gauche ? De droite ? Sarkozyste ? Macronien ? Victime de la sourde vengeance du papier peint ? Il est vraisemblable que le signe « Millepied claque la porte » sera tordu dans tous les sens, noué en entrelacs, exploité par chacun dans la direction qui l’arrange. Après quoi, sagement, la porte entrouverte se refermera.

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(1) http://www.slate.fr/story/111835/millepied-opera-documentaire
Daniel Schneidermann
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Sarkozy – Sur France 2, l’ex-président poursuit sa contre-offensive médiatique

Le Monde du 05/02/2016
vais tous les bouffer.jpgdécLargement distancé dans les sondages par l’ancien premier ministre Alain Juppé dans l’optique de sa participation à la primaire de la droite pour 2017, l’ex-président de la République Nicolas Sarkozy était l’invité jeudi 4 février de l’émission « Des paroles et des actes » sur France 2.
Il poursuit ainsi sa contre-offensive médiatique, entamée notamment avec l’émission confession « Sept à Huit » sur TF1. Puis ce fut « C à vous ». L’opération reconquête de Nicolas Sarkozy se joue aussi beaucoup sur les réseaux sociaux. Il a révélé mardi, rapporte Le Figaro, un nouvel outil destiné à rétablir le lien avec son électorat : une web radio, hébergée sur la plate-forme de streaming musical SoundCloud. Mais c’est l’émission de David Pujadas, ce jeudi, qui permet à M. Sarkozy de poursuivre cette dynamique médiatique. Le chef de file du parti Les Républicains (LR) y est apparu revigoré par les bons chiffres de vente de son livre La France pour la vie, vendu à plus de 65 000 exemplaires, selon l’institut GFK, depuis sa sortie il y a dix jours.

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L’ancien président et chef des Républicain, Nicolas Sarkozy, serre la main au journaliste David Pujadas (g) avant de participer à l’émission politique « Des paroles et des actes » sur France 2, le 4 février 2016 à Paris. KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Sur le plateau de France 2 jeudi soir, il a d’abord regretté qu’aucun membre du gouvernement ne soit venu débattre avec lui, alors que Jean-Marie Le Guen avait dans un premier temps accepté. L’ancien chef de l’Etat a ensuite ferraillé avec un panel de Français, dont plusieurs assez incisifs.
Revenant sur son livre, dans lequel il dit qu’il n’abrogera pas la loi sur le mariage homosexuel, M. Sarkozy a concédé avoir « eu tort » d’avoir promis d’abroger la loi Taubira en novembre 2014. Alors que les parlementaires LR commencent à se diviser sur la question de la déchéance de la nationalité, il a confirmé qu’il y était « favorable », expliquant néanmoins qu’il était « difficile » d’avoir une position « définitive » compte tenu des multiples changements du texte. Interrogé sur le fait de savoir pourquoi il n’annonçait pas déjà sa candidature à la primaire de novembre 2016, il a répondu : « Je suis président des Républicains, à la minute où je suis candidat, je dois quitter la présidence des Républicains. »
A la fin de l’émission, flirtant avec l’extrême droite, il a lancé à l’adresse d’un Français présent sur le plateau qui avait voté FN : « Je veux aller vous chercher ! » M. Sarkozy n’a pas beaucoup changé…

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Témoignage d’une vie de château – Rencontre :  » De la noblesse au monde du show-business « 

La Nouvelle République 30/01/2016

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La vie de château de Joseph et Lucette Rézeau
A Saint-Loup-Lamairé, le couple a travaillé plus de 30 ans au service de la marquise de Maussabré, puis de Chantal Goya et de Jean-Jacques Debout.

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Joseph et Lucette Rézeau ont travaillé pendant plus de 30 ans au château, avec trois propriétaires différents.

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Joseph Rézeau, 83 ans, et son épouse Lucette, 80 ans, vivent dans le bourg de Saint-Loup-sur-Thouet, près du château qui fut leur demeure durant une trentaine d’années. Le couple y a connu des moments mémorables, au service des différents châtelains. Aujourd’hui, leur promenade quotidienne passe par la cour du château avec un brin de nostalgie.

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Homme à tout faire et femme de ménage
aNR st loupphoto-634856805943362825-1L’aventure a débuté en 1967 lorsqu’ils sont entrés au service de la marquise Gilberte Maussabré. « À l’époque, j’ai été embauché par la marquise en qualité d’homme d’entretien puis de chauffeur et de maitre d’hôtel ; mon épouse était femme de ménage », se souvient Joseph. « La marquise vivait seule mais recevait beaucoup, des gens de la noblesse. Nous organisions des réceptions dans la cour du château avec de grandes tables. Les chambres étaient pleines, il y avait celle du marquis, la rose, la bleue et celle de l’évêque avec des lits à baldaquins. Il n’y avait pas de machine à laver et je lavais les draps dans la baignoire », sourit Lucette.
Et son mari se souvient avoir conduit sa femme, de nombreuses fois, visiter des châteaux de Touraine et du Limousin. « Nous allions aussi à Paris et à Monte-Carlo, où la dame possédait une propriété sur le Rocher ; une fois, il y avait une mitrailleuse à l’entrée à cause d’une alerte à l’ambassade d’Italie voisine,raconte Joseph. La marquise était proche du personnel. À son retour, elle passait systématiquement nous voir avec un petit «  Bonjour, comment ça va ?  ». Elle est même venue à la communion de nos enfants. »

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 » De la noblesse au monde du show-business « 
Au décès de la marquise de Maussabré, une donation a été faite à la Ligue contre le cancer. Le château a finalement été vendu en 1987.

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« Il a été acheté sur un coup de cœur par Jean-Jacques Debout. Il voulait faire une surprise à sa femme, Chantal Goya et nous avait mis dans la confidence », reprend le couple. « Au départ, Chantal n’était pas très emballée parce que c’était loin de tout, puis ils ont décidé d’en faire un lieu de spectacle. Six à sept personnes étaient présentes en permanence, plus l’arrivée de la troupe le week-end. De la vie feutrée de la noblesse, nous avons connu le monde du show-business, explique Lucette. La vie était différente, nous étions à la disposition de tout le monde, nous travaillions sans compter nos heures. Durant six mois, les artistes ont préparé les spectacles, puis donné les représentations pendant une année. Jean-Jacques nous avait confié avoir composé la Légende de Saint-Loup dans le train entre Poitiers et Paris, c’était un artiste de génie, très gentil. »

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En 1992, le couple a revendu le château, racheté par Charles-Henri de Bartillat, l’actuel propriétaire. Joseph et Lucette ont terminé leur vie professionnelle peu après.

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Depuis, ils coulent une retraite heureuse, se remémorant leurs bons souvenirs. « On était fiers de notre château, on y travaillait sept jours sur sept, sans prendre de vacances, mais on y était heureux », conclut le couple.

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Deux-Sèvres – Parthenay, Saint-Loup-Lamairé

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Communiquer au delà des maux et des mots

Inrees – 01/02/2016 – Caroline Escartefigues
Est-il possible de devenir un artisan de paix, en communiquant mieux ? C’est l’espoir que portait Marshall Rosenberg en créant la Communication Non Violente.
sans-titreMarshall B. Rosenberg est un psychologue américain (1934/2015) est le créateur d’un processus de communication appelé « Communication Non Violente » (CNV) très inspiré par l’Ahimsa doctrine hindou puis bouddhiste de la non violence, dont Gandhi fut un exemple vivant. Grâce au « Centre pour la Communication Non Violente » une organisation internationale à but non lucratif il voyagea pendant 50 ans inlassablement dans le but de résoudre toutes sortes de conflits (Israel-Palestine, Kosovo…). La transmission de ses méthodes se fait au travers de formations à la CNV en France et dans de nombreux autres pays. Depuis les attentats de Janvier 2015, la violence lointaine touchant de nombreuses populations innocentes sur la planète semblait se rapprocher sur notre pays. Les actes commis depuis le vendredi 13 ont achevés ce doute : une violence innommable peut tous nous frapper. Face à l’incompréhension de nombreux discours ont émané de la révolte. Révolte appelant la vengeance ; comme s’il existait les forces du bien et les forces du mal. Or on le sait bien « œil, pour œil et tout le monde devient aveugle ». Y aurait-il une méthode par laquelle nous pourrions entrer en contact avec nos ressentis et proposer une troisième voie ? 
La force de l’empathie
L’un des grands apports de la CNV est d’analyser les tenants et les aboutissants d’une communication habituelle, puis de proposer une nouvelle façon en nous centrant sur ce qui est juste et ajusté pour soi. En effet, nous aurions un grand pouvoir : celui de changer nos oreilles. Selon cette approche communiquer c’est déjà écouter ; et pour cela il existe deux modes bien différents: le mode chacal et le mode girafe.

Supposons que je souhaite croire en la non violence, en un règlement pacifique des conflits qui émergent de part en part la planète. Une réponse typique de mon interlocuteur pourrait être : « Mais tu es nul, quelle fadaise ce discours » ! Si j’ai un type d’oreilles qui croit le jugement des autres, alors je retourne le jugement vers moi : et je me sens nul. Nul de croire que cela n’a pas de sens de croire à la paix dans ce monde ensanglanté. Le chacal en lui résonne avec le prédateur en moi… Par la suite, si je tourne mes oreilles vers lui je peux être tenté de répondre « Mais c’est toi qui es nul, tu es complètement abruti tu n’as aucune conscience ». En mode chacal la conversation tourne vite, rien de constructif ne se construit sur un jugement contre un jugement. Avec ce mode d’écoute je suis violent soit envers moi, soit envers l’autre. Dans un sens comme dans l’autre, je me sentirai vraiment mal !

Mais j’ai aussi le choix de mettre mes oreilles de girafe ; sachant comme le dit Marshal Rosenberg que « tout jugement est l’expression tragique d’un besoin non nourri ». Comprendre finalement que quand quelqu’un me dit son jugement, il a une aspiration qui n’est pas nourrie à la rencontre mes croyances et mes actions. Concrètement, avec mes oreilles qui entendent « A quoi ça rime ce discours pacifique? », je vais pouvoir répondre « Ça n’a pas de sens que je veuille la paix » ? L’autre accède à la reconnaissance de son ressenti : « Oui ça n’a pas de sens ». Et moi de répondre, pour rencontrer ses aspirations : « Donc tu aimerais comprendre pourquoi je veux la paix ? » Ainsi, c’est à la rencontre des aspirations et besoins de chacun qu’une communication émerge. Communiquer effectivement vient de « communis » : mettre en commun, échanger, partager !

Grâce à mes oreilles de girafe je peux me mettre en relation avec les autres, mais aussi avec moi. En effet, si l’empathie vers l’autre n’est pas toujours aisée, il me reste toujours la voie de l’auto-empathie… Je peux ressentir quels sont mes besoins non nourris, me sentir éventuellement atterré par les croyances de l’autre. Être en contact avec mon besoin de bienveillance, de délicatesse, de compassion et ressentir que j’aimerai tellement pouvoir partager ma conscience avec les autres ; et réaliser que je suis triste de ne pas pouvoir le faire. Mais en restant avec moi, en aucun cas je ne crois le jugement de l’autre. En un mot mettre ses oreilles de girafe permet de rejoindre le conseil du créateur de la CNV offert à la fin de sa vie. « Ma plus grande réalisation c’est que je n’ai plus jamais écouté ce que les autres pensent de moi… N’entendez plus avec les oreilles qui valident les jugements » !

Les quatre étapes de la CNV
En étant centré sur nos aspirations et nos limites, la CNV est un processus qui nous permet de créer du lien en quatre étapes :

1. Observer : énoncer des observations rigoureuses, que nous distinguons et séparons de nos jugements et de nos évaluations. Sans nul doute les évènements récents ont réactivés nos peurs, tout comme un profond sentiment d’injustice. Mais pourquoi serait-ce juste ? Selon Isabelle Padovani, formatrice en CNV « en invoquant l’injustice, la question qu’il y a derrière est : croire qu’au final le juste l’emportera est-il un positionnement réaliste ? Être en paix avec la violence du monde. C’est pouvoir rester tranquille au cœur même de ce chaos ».

2. Différencier nos sentiments de nos interprétations et de nos jugements. Face à la situation de terreur « j’ai peur ». Or comme le dit Jaques Salomé : « je me rappelle que la violence reste un langage de peur, de désarroi et d’impuissance. Et non de puissance comme on le croit trop souvent ». Je prends conscience que le contraire de l’amour n’est pas la haine mais la peur. Peu à peu en différenciant mes sentiments de mes interprétations, je réalise que j’ai peur parce que je suis renvoyé à des besoins.

3. Découvrir et exprimer nos besoins profonds (aspirations, motivations…). Face à la terreur j’ai besoin de me sentir en sécurité, en paix. Centré sur ce besoin je réalise qu’il est le même pour tous. Je comprends que c’est en faisant le bien que l’on détruit le mal et non en luttant contre lui. Ou comme le disait Rumi, « il existe un endroit par delà le bien et le mal. C’est là que nous nous retrouvons ».

4. Présenter nos demandes de façon positive, concrète et réalisable. A première vue cette étape n’a pas toujours l’air réalisable. A qui s’adresser quand on veut la paix dans un monde en guerre ? Si nos destins semblent parfois soumis aux décisions des pouvoirs politiques, qui nous empêche de prendre un moment pour nous recentrer dans nos énergies et se mettre en vibration avec l’amour que l’on aime tant recevoir ?

La joie comme moteur
Ni vous, ni moi nous pouvons changer autrui, mais nous pouvons observer notre monde intérieur. Porter moment après moments les valeurs dans lesquelles on croit et croît (au sens de croyance et croissance). Qui m’empêche là où il y a de la haine et de la douleur en moi de la transformer en gentillesse et en compassion ? C’est précisément la posture employée par Alain Michel créateur du congrès Mondial des Imams et des Rabbins, de la fondation Hommes de paroles qui intervient dans les zones de conflits de Sarajevo à Bagdad. « Nul part vous n’interrogerez une population civile qui vous répondra qu’elle souhaite la guerre. Nous voulons tous nous sentir en joyeux, en paix et en sécurité. Il existent des murs, mais en communiquant les humains réalisent que ce sont des murs de sable ».

coeur-de-candycane-dans-la-joie-de-mot-42281046Alors que reste-t-il comme moteur s’il n’y à pas de révolte ? La joie. Joie de vivre et joie d’être tout simplement. Croire que la violence va s’arrêter à l’extérieur de moi, c’est nier en partie la réalité. Elle est là. Comme le dit Isabelle Padovani : « Accepter n’est pas un mouvement volontaire. Non je n’accepte pas et je suis là avec mon cœur brisé. Et la paix je la trouve car je ne fuis pas l’endroit ou ça me fait mal. Je suis paisible non pas parce que je sais que cela va s’arrêter. Je n’en sais rien. Mais je suis en paix parce que je vis au seul endroit ou se trouve la paix. En moi. » De plus en plus d’études s’intéressent au rayonnement de la magnitude du cœur qui pourrait s’étendre jusqu’à dix kilomètres ! En utilisant l’amour comme un déclencheur pour cette conscience, nous pouvons changer notre réalité avec ces capacités co-créatives de notre conscience. En effet, tel que le dit Neale Donald Walsch « Qu’il s’agisse des guerres sans fin dans le monde ou des disputes interminables dans notre propre maison ? Le problème est le même : une énergie en conflit. Si vous souhaitez changer le résultat changez l’énergie. L’aspect extraordinaire de cette solution est que vous n’avez pas à attendre l’autre partie pour le faire ».

C’est un secret qui jusque là était bien gardé, nous savons désormais que la puissance du cœur et de la joie est infinie. Aussi si vous êtes triste, n’empêchez pas que votre cœur se brise ; Aidez le : sachez accepter la réalité telle qu’elle est. Œil pour œil et le monde est aveugle. Alors ouvrez vos yeux, et comme nous y invite la CNV ouvrez aussi grand vos oreilles…

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