#dessin – Ras-le-bol

 Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
Hausses d’impôts, complexité, bugs… La bombe fiscale

L’Opinion 21/09/2018 Raphaël Legendre
Avec le budget arrive la tambouille fiscale. Si le Président a « formellement exclu » tout nouveau chantier d’ampleur, l’exécutif multiplie les mesures sparadrap quitte à complexifier un peu plus un système déjà kafkaïen.
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Santé et environnement : Hommage aux lanceurs d’alerte qui font changer le monde

Bioaddict.fr – 17/08/2018 – Anne-Françoise Roger et Christina Vieira –
Depuis plusieurs décennies, des hommes et des femmes se battent pour que notre société industrielle prenne davantage en compte les êtres humains et la nature. Certains sont connus, d’autres non. Leur combat a souvent été isolé et difficile. Mais toujours fructueux, soit directement en générant des changements, soit indirectement en éveillant les consciences du plus grand nombre. C’est grâce à eux que des centaines de citoyens français manifestent de nouvelles exigences en faveur de la santé environnementale. Bioaddict rend hommage aujourd’hui à quelques-uns de ces lanceurs d’alerte en rappelant leur combat et leur contribution au changement.
Jean-Marc Bonmatin, docteur en chimie-physique, chercheur spécialiste des neurotoxiques au CNRS d’Orléans, alerte depuis les années 2000 sur l’impact des pesticides sur les abeilles. Il préside la Task force scientifique internationale sur les pesticides systémiques (task force on systemic pesticides), qui réunit une cinquantaine de chercheurs indépendants de 22 pays. Très utilisés, les pesticides systémiques ont la particularité de circuler dans la sève des végétaux contrairement aux pesticides de contact qui restent en surface. Ils sont donc présents même après lavage dans toutes les parties (des racines aux fruits en passant par les fleurs) qu’il s’agisse des céréales, légumes ou fruits, et ils exposent les insectes, de manière chronique à de faibles doses de poison. La task force a publié fin 2017 une évaluation mondiale des effets des pesticides systémiques – fipronil compris- sur la biodiversité et les écosystèmes, résumant plus de 500 études effectuées depuis 2014. Cette évaluation confirme que les néonicotinoïdes -une famille des systémiques- représentent une menace mondiale pour la biodiversité, les écosystèmes et les écoservices. Ils déciment les insectes pollinisateurs et ceux du sol. La task force a également mis en évidence que ces pesticides n’améliorent pas les rendements.
Claude et Lydia Bourguignon, spécialistes des sols, tirent la sonnette d’alarme depuis les années 70. Leurs observations : une dégradation rapide de la biomasse et de la richesse des sols en micro-organismes (bactéries et champignons microscopiques). En cause : les méthodes culturales, les engrais et les pesticides. Dans les années 80, Claude Bourguignon met au point une méthode pour mesurer l’activité microbiologique des sols et constate depuis plus de 20 ans  » une chute constante et absolument régulière de l’activité biologique des sols « . Il estime qu’on perd aujourd’hui sur un sol cultivé en agriculture conventionnelle en moyenne  » 10 tonnes de sol par hectare et par an  » et jusqu’à 100 tonnes par hectare et par an dans les zones où le sol est plus fragile (ex : bassin de la Canche dans le Pas-de-Calais au nord de la France). Devant le constat de cette dégradation accélérée qui entraine des pertes de rendements et peut mener à la stérilité des sols, Claude Bourguignon et son épouse ont développé des techniques de préservation et de restauration des sols agricoles. Ils prônent le retour aux haies et à une agriculture agro-sylvo-pastorale, traditionnelle en France avant la révolution verte, mariant dans une même ferme les animaux, les parcelles cultivées et les arbres comme les vergers. Longtemps critiqué par l’Institut scientifique de la recherche agronomique (Inra) dont il est issu, Claude Bourguignon, ingénieur agronome, est aujourd’hui reconnu et écouté.
Marc Dufumier, professeur agronome à l’école AgroParisTech (Paris), milite pour que l’on produise une nourriture de qualité pour tous. Il critique le mode de production agricole industrielle qui fournit des végétaux contenant des résidus de pesticides et de la viande contenant des résidus d’antibiotiques. Il dénonce les effets de ces productions sur la santé humaine (cancers, maladies de Parkinson, perturbations hormonales…) et leurs coûts (aggravation année après année du déficit de la sécurité sociale) ; les effets sur l’environnement (pollution de l’eau et de l’air, mort des sols) dont certains sont irréparables (disparition des pollinisateurs et de la biodiversité) et les coûts induits (retraitement de l’eau par exemple). Il appelle à une autre distribution des 9 milliards d’aides publiques versées par l’UE à l’agriculture française, qui profitent à environ 20% des 300 000 exploitations agricoles, les plus grandes. Cet argent pourrait servir à développer des modèles de production vertueux c’est-à-dire qui fourniraient une alimentation de qualité, prendrait soin des sols, de la biodiversité et de l’environnement en général. Marc Dufumier affirme que ce type d’agriculture peut nourrir la planète contrairement à ce que déclarent les chantres de l’agriculture industrielle.
Corinne Lepage a commencé son combat en faveur de l’écologie à la fin des années 70 aux côtés des victimes de l’Amoco Cadiz, un pétrolier d’origine américaine qui s’était échoué sur les côtes bretonnes. Après 15 ans de procédure, les collectivités bretonnes engagées dans le procès ont obtenu gain de cause. C’était une première mondiale : des collectivités obtenaient des fonds pour réparation des dommages causés par une multinationale. Avocate et ancienne ministre de l’environnement, ses combats sont nombreux parmi lesquels le nucléaire et les organismes génétiquement modifiés (OGM). Elle est présidente d’honneur du Comité de recherche et d’information indépendante sur le génie génétique (CRIIGEN) qui s’intéresse aux risques environnementaux et sanitaires liés à la diffusion des OGM. Elle est également cofondatrice de l’Observatoire de vigilance et d’alerte écologique avec la députée écologiste Michèle Rivasi.
Maria Pelletier, à la tête d’une entreprise familiale qui produit des farines bio ainsi que des aliments bio pour animaux, se bat depuis 30 ans pour faire admettre que l’on peut produire sans polluer et que l’agriculture biologique est une solution d’avenir. Il ne s’agit pas de mots en l’air, son expérience le prouve. Si son action est discrète, elle s’investit et notamment auprès des pouvoirs publics, pour que l’agriculture biologique soit davantage soutenue : elle a siégé au Grenelle de l’environnement, à la Commission nationale de l’agriculture biologique du ministère de l’Agriculture. Elle est membre de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) qui gère le label AB. Maria Pelletier est également membre fondatrice du Réseau environnement santé (RES) qui a pour objectif de mettre la santé environnementale au coeur des politiques publiques, le réseau est très actif sur la question des perturbateurs endocriniens. Elle est également présidente de l’association Générations futures et se bat aux côtés de François Veillerette, directeur, contre les pesticides et leurs effets sur la santé. Les différentes actions de l’association, et notamment la Semaine pour les alternatives aux pesticides organisée chaque année depuis 13 ans, informe et mobilise le grand public.
Jean-Marie Pelt, pharmacien et botaniste, a été un pionnier en matière d’écologie. Il s’est alarmé très tôt que la prospérité économique repose sur la destruction du milieu naturel. En 1971, il a créé à Metz l’Institut européen d’écologie, une association de recherche et de promotion de l’écologie notamment en milieu urbain. Il s’est intéressé à l’écologie végétale et aux pharmacopées traditionnelles dans de nombreux pays du monde, en Amazonie, au Togo et en Afghanistan notamment. Il était président d’honneur de la Société française d’ethnopharmacologie. A travers de nombreuses émissions radio, des documentaires pour la télévision, de nombreux ouvrages (plus de 70) et des conférences de par le monde, réalisés avec un vrai talent de vulgarisateur, il a fait connaître la vie des plantes. Il écrivait en 1997 dans  » Plantes en péril  » :  » …elles s’éteignent dans un silence assourdissant… annonce-t-on à la télévision l’agonie ou le trépas d’une espèce végétale ? « . Il fut également parmi les premiers à pointer les dangers de l’amiante et plus tard celui des organismes génétiquement modifiés (OGM). Il défendait l’agriculture biologique et s’est battu contre l’usage qui est fait des pesticides.
André Picot, toxicologue, s’insurge contre les évaluations insuffisantes des risques liés aux produits toxiques. Il alerte sur le manque d’experts toxicologues. Les unités de toxicologie ont été démantelées en France et cette discipline est à l’agonie. Après avoir informé sur les risques pour la santé liés au benzène, il insiste sur la nécessité d’approfondir les connaissances quant aux effets des métaux lourds notamment le mercure, le plomb ou l’aluminium très présents dans notre environnement. Il a refusé de signé un rapport sur la dioxine qui ignorait ses mises en garde et a critiqué l’évaluation des risques liés au diesel qui ne prenait pas en compte les particules ultra-fines ou nanoparticules carbonées. Pendant 35 ans, André Picot a formé plus de 300 professionnels (médecins, ingénieurs, hygiénistes…) à connaître les composants toxiques qui parviennent d’une manière ou d’une autre dans le corps humain : contact, alimentation, médicaments, soins dentaires… D’abord ingénieur chimiste, il s’est intéressé à la toxicologie dans les années 80. A la fin des années 80, il a fondé et dirigé l’Unité de prévention du risque chimique au CNRS où il a été directeur de recherche. Il est initiateur de la toxicochimie et de l’écotoxicochimie. Il a travaillé avec Henri Pézérat qui a milité pour la protection des ouvriers et particulièrement ceux en contact avec l’amiante.
Hubert Reeves, astrophysicien de formation et  » passeur d’étoile  » comme il le dit lui-même, s’est engagé depuis de nombreuses années à défendre le climat et la biodiversité qui sont liées selon lui. Comme Jean-Marie Pelt, il s’émeut de la destruction du milieu naturel à grande échelle réalisée par les humains.  » Nous menons une guerre contre la nature, si nous la gagnons nous sommes perdus « , a-t-il déclaré. Il est président de l’association Humanité et Biodiversité qui défend la biodiversité animale et végétale, (auparavant nommée Ligue ROC). A travers cette association, il interpelle les femmes et hommes politiques pour développer des projets comme la protection des forêts primaires en Guyane française, développer des alternatives aux énergies polluantes d’aujourd’hui telle que la voiture solaire Hélios, ou s’opposer à d’autres comme celui de Notre-Dame-des-Landes, évoquant une  » catastrophe annoncée « . A plus de 80 ans, il continue de se battre pour la planète, pour ses huit petits-enfants qui auront une vie plus difficile selon lui.
Michèle Rivasi ne croit pas les affirmations du gouvernement après la catastrophe de Tchernobyl en 1986, selon lesquelles les nuages radioactifs provenant de l’Est se sont arrêtés à la frontière. Selon elle, c’est le premier gros mensonge d’Etat. Elle co-fonde alors la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) dont elle sera la première présidente et dote ainsi la France d’une évaluation indépendante des contaminations nucléaires dont les travaux sont reconnus de par le monde. Son intérêt pour la santé environnementale s’élargit aux rayonnements électromagnétiques et elle devient vice-présidente du Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM). Elue députée européenne, elle est aujourd’hui spécialiste des questions de santé environnementale au Parlement européen. Elle a soutenu Irène Frachon dans sa lutte pour faire reconnaître les effets du Médiator. Elle s’est autorisé une remise en cause des vaccins qui lui attire de nombreuses critiques. Elle s’est battue contre le glyphosate en demandant l’accès à toutes les études de l’industrie qui ont mené l’EFSA à conclure que la substance n’est pas cancérigène. Elle est allée jusqu’à inviter ses confrères eurodéputés à réaliser des analyses d’urine pour contrôler leur contamination au glyphosate.
Marie-Monique Robin, journaliste, réalisatrice, écrivaine, est connue aujourd’hui sur toute la planète pour son engagement social et environnemental. Marie-Monique a dénoncé la mainmise de Monsanto sur les semences via les OGM notamment, le danger occulté de l’herbicide glyphosate, la collusion de la firme avec le pouvoir en place, à travers son documentaire Le monde selon Monsanto qui l’a rendue célèbre. La suite, Le Round Up face à ses juges, confirme malheureusement, à travers les paroles des victimes, les effets de l’herbicide après plusieurs décennies d’usage intensif. Si Marie-Monique alerte par ses films et ses livres, elle met en lumière des alternatives dans les films Les moissons du futur consacré à d’autres modes de production agricole et Sacrée croissance ! qui dessine un autre modèle économique respectueux de la planète. Elle a réalisé une quarantaine de films et obtenu plusieurs prix et notamment le prix Albert Londres en 1995 qui récompense les journalistes pour la qualité de leurs investigations.
Gilles-Eric Séralini, professeur en biologie moléculaire, a publié avec son équipe de nombreuses études notamment sur la toxicité de l’herbicide Roundup sur des cellules en culture qui sont les plus connues. Surpris de constater que les firmes n’étaient pas tenues de mener des études sur cobayes pendant plus de trois mois pour demander une autorisation de mise sur le marché des organismes génétiquement modifiés qu’il appelle  » plantes à pesticides « , ce qui permet pourtant de déceler des anomalies passées sous silence, il a décidé de réaliser une étude sur deux ans sur des rats en les nourrissant avec des OGM. Les résultats sont parus en 2012 avec des photos des rats atteints de tumeurs géantes qui ont fait le tour du monde. Il s’en est suivi de nombreuses pressions y compris sur la revue éditrice. Le chercheur co-dirige, avec le sociologue Frédérick Lemarchand, le Pôle risques, qualité et environnement durable de la Maison de la recherche en sciences humaines de l’Université de Caen. Il est cofondateur, administrateur et membre du conseil scientifique du Comité de recherche et d’informations indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN).
Charles Sultan, professeur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) CHU Montpellier, informe depuis 30 ans sur les risques liés aux perturbateurs hormonaux encore appelés perturbateurs endocriniens. Il est l’un des meilleurs spécialistes des effets des pesticides et des perturbateurs endocriniens sur le corps humain. Il dénonce le développement des cancers hormonaux-dépendants comme le cancer du sein, de la prostate, du testicule ou de l’ovaire en lien avec les perturbateurs endocriniens. Il a constaté que ces produits chimiques peuvent entraîner des malformations du pénis, diminuer les défenses immunitaires et favoriser l’obésité chez l’enfant. Les femmes enceintes sont la population la plus vulnérable car une exposition à ces substances peut avoir des conséquences directes sur le foetus. Le développement du système nerveux peut être impacté, induisant une diminution de l’activité des neurones, des troubles psychomoteurs, plusieurs formes d’autisme ou encore de l’hyperactivité chez le futur bébé. Charles sultan a déclaré au sujet des pesticides :  » Ce sont des produits dangereux pour la survie de l’espèce. L’homme est en voie de disparition. C’est un véritable scandale sanitaire auquel nous assistons « .
Christian Vélot, docteur en biologie, maître de conférence en génétique moléculaire à l’Université Paris-Sud, enseigne les techniques de manipulation du vivant. Il  » dénonce inlassablement, et depuis le début, les risques inhérents à la dissémination des PGM (plantes génétiquement modifiées) et les intérêts privés qui veulent les imposer, actifs dans les laboratoires publics et privés, au sein des multinationales de l’agro-alimentaire et de la chimie « , écrit le biologiste Jacques Testard. Il réfute la nécessité des organismes génétiquement modifiés notamment ceux qu’il appelle les « plantes médicaments », et dénonce la carence et l’opacité de l’évaluation dont ils font l’objet. Il a été appelé comme témoin de la défense lors de plusieurs procès de faucheurs volontaires dont José Bové. Il a aussi participé au débat sur les OGM en mars 2006 lors d’un projet de loi présenté au sénat en France. Ces interventions lui ont valu de nombreuses difficultés dans son travail de chercheur. Christian Vélot est co-fondateur du Réseau de chercheurs européens engagés pour une responsabilité sociale et environnementale (Ensser).
Gérard Bapt, médecin et député depuis la fin des années 70, est un homme politique discret mais actif. Il s’est battu sur de nombreux sujets en lien avec la santé publique comme les perturbateurs endocriniens. Il a défendu avec succès l’interdiction du bisphénol A dans les biberons et les contenants alimentaires. Il est l’auteur avec l’ex-ministre Delphine Batho d’un amendement interdisant les néonicotinoïdes en France à partir du premier septembre 2018. Il a demandé l’interdiction de l’insecticide Cruiser aux côtés des apiculteurs. Il a soutenu Irène Frachon dans sa lutte pour révéler les effets du médicament Médiator. Dans le même temps, il a été un des principaux députés à demander le renforcement de la pharmacovigilance, la réforme de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et la lutte contre les conflits d’intérêts. Même s’il n’a plus de mandat aujourd’hui, il est député honoraire et s’implique toujours sur ces sujets de première importance.
A ces hommes et ces femmes, qui se sont engagés et s’engagent encore avec courage et détermination depuis toutes ces années pour protéger l’environnement et notre santé à tous, nous voulons dire bravo et merci ! Il manque de nombreux noms dans cette liste, nous ne pouvions en effet malheureusement pas tous les citer, même si tous méritent d’être valorisés et félicités. Le journal indépendant et apolitique Bioaddict.fr a été lancé depuis bientôt 10 ans aux côtés de tous ces lanceurs l’alerte, et nous le savons,… qu’il est difficile le combat pour la Transition écologique ! Car oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, vouloir protéger la vie est aujourd’hui un combat…
Nous dédions cet hommage, en citant Jean-Marie Pelt, « à tous ceux qui aiment la terre, qui prennent le temps de la regarder et travaillent à la sauver. A tous, jeunes et moins jeunes, qui se dépensent sans compter dans les associations, l’enseignement, la recherche, l’action publique, au service des grandes causes de l’écologie et de la défense de l’environnement ». Nous le dédions aussi « à ceux qui n’ont pas encore compris le sens profond de notre action, afin qu’ils s’ouvrent à leur tour à cette sensibilité et nous rejoignent ».
Nous le dédions enfin à notre planète terre.
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Tour de passe-passe : Des objets disparaissent de photos en un clic grâce à de l’intelligence artificielle

LE MONDE | 18.09.2018 Vidéo
Un site Internet mis en ligne au printemps 2018 par des chercheurs du MIT permet d’effacer des éléments d’une photo en quelques clics.
A la manière de Staline qui effaçait ses anciens amis pour les faire disparaître de l’histoire, vous pouvez dorénavant effacer votre chien ou votre ex de vos clichés Instagram. Le tour de passe-passe est réalisé par une intelligence artificielle, qui efface ce que l’on désire enlever et reconstitue le fond de l’image pour que l’on n’y voit que du feu. Le projet vise à questionner les limites du réel et de la manipulation médiatique.

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Le regard de Plantu – Déserts médicaux

Le Monde 20/09/2018

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Arrêt sur images – Zemmour, non merci ! – tête de gondole du producteur d’Ardisson

La critique média, en toute indépendance
Télé publique : Zemmour, non merci !
Arrêt sur  images 21/09/2018 Daniel Schneidermann,
Il parait que Eric Zemmour est « interdit » sur les chaines de France Télévisions. C’est Pascal Praud qui le dit, promptement relayé par la fachosphère. Pascal Praud, vous savez, le salarié de Bolloré. Bolloré, vous savez, ce groupe qui n’en finit plus, depuis bientôt une semaine, d’inviter et de contre-inviter en boucle, de Morandini en Hanouna, tous les protagonistes, jusqu’au dernier, du dernier feuilleton Zemmour (si vous avez raté un épisode, notre savoureux montage-résumé est ici )
Zemmour « censuré » à la télé publique ? De fait, le même tuyau nous a été glissé dans l’oreille par la maison Albin Michel, éditeur de Zemmour. Et vérification faite, pour cette nouvelle promo -et à la différence de ses publications précédentes, qui lui avaient valu des invitations sur les chaînes publiques-, le polémiste raciste n’a été invité dans aucune émission de la télévision publique.
Cependant, France Télévisions, que nous avons sollicitée ces deux derniers jours, refuse de confirmer l’existence d’une consigne générale. Sans doute par crainte d’être accusée de censure. Nous ne savons donc pas si ce sont les producteurs d’émission qui, en cette rentrée, ont ressenti un ras’l’Zemmour généralisé, ou si une consigne informelle a été donnée. Dans cette cruelle incertitude, attendons-nous à voir monter dans les prochains jours, dans la fachosphère et ailleurs, la ritournelle praldienne (de Praud, n.p.) de la censure. Zemmour serait « bâillonné ».

Disons les choses simplement : aucun média n’est obligé d’inviter un auteur plusieurs fois condamné, et faussaire historique patenté, pas davantage qu’en leur temps, dans un autre registre, ils n’étaient obligés d’inviter Dieudonné ou Soral. Au nom de quoi, d’ailleurs, cette obligation ? Eric Zemmour, chroniqueur sur RTL et au Figaro, médias marginaux comme chacun sait, est-il privé de moyens d’expression ? Le cahier des charges des chaines de France Télévisions impose-t-il d’inviter régulièrement Eric Zemmour ? La constitution française impose-t-elle d’inviter Zemmour ? Eric Zemmour dispose-t-il d’un temps de parole réservé, garanti par le CSA ? Occupe-t-il une fonction officielle ? Zemmour est un auteur parmi les centaines d’auteurs qui publient des livres à la rentrée. Que des chaînes françaises choisissent -au risque d’audiences moindres- de consacrer du temps d’antenne à d’autres auteurs, plutôt qu’à Eric Zemmour, est donc un non-événement. Tout ce que l’on peut en dire, c’est qu’une distinction se trouve ainsi tracée, en France, entre service public et audiovisuel privé. Attention, opinion personnelle : ce n’est pas la pire manière de marquer une différence.

Zemmour, tête de gondole du producteur d’Ardisson
La critique média, en toute indépendance
Le matinaute 19/09/2018 Daniel Schneidermann,
Eternel retour de la déploration zemmourienne en deux temps. Premier temps, Eric Zemmour, à chaque publication de livre, vomit ses provocations pétainistes et xénophobes dans tous les micros tendus, et ils sont nombreux. Second temps : empoignade générale sur mon réseau social addictif préféré, sur le thème inusable de la liberté d’expression, de sa grandeur, de ses limites. Que faire pour contrer le poison Zemmour ?
Premier constat : on ne combattra pas Zemmour, pas davantage que Trump, en expliquant qu’il dit n’importe quoi, sur à peu près tous les sujets.  La réfutation factuelle de la logorrhée zemmourienne a été tentée et multi-tentée, ici et ailleurs. En vain. La clientèle de Zemmour, comme celle de Trump, est friande de n’importe quoi. Elle demande du n’importe quoi. Autre solution, la Justice. Arrêtera-t-on Zemmour en le poursuivant, et en le faisant condamner à chaque fois qu’il transgresse les lois anti-racistes ? Pour l’instant, on n’y est pas parvenu. Mais si les condamnations devaient se multiplier, allez savoir.

Faute de solution évidente, reste à porter l’attention sur le hors-champ : le dispositif qui installe Zemmour au centre de la scène, et les mécanismes de ce dispositif. Zemmour ne serait pas devenu Zemmour sans la complicité de puissants animateurs-producteurs de télé. C’est Laurent Ruquier qui, en l’installant cinq ans au poste de chroniqueur sur l’émission du service public On n’est pas couchés, l’a installé dans le paysage familier des téléspectateurs. Ruquier s’en est ensuite repenti, sans s’en repentir vraiment, tout en s’en repentant. Quant à Ardisson, son numéro de duettistes avec Zemmour est bien connu, et l’émission du week-end dernier, au cours de laquelle Zemmour s’en est violemment pris à une chroniqueuse noire, Hapsatou Sy, n’en est que le dernier développement. Anecdotiquement, on notera simplement, dans ce dernier incident en date, le sentiment d’impunité d’Ardisson. La chroniqueuse s’étant interrogée sur l’opportunité de la poursuite de sa collaboration, Ardisson l’a sommée de revenir « dans un bon esprit » (autrement dit, en subissant les insultes avec le sourire, et sous les applaudissements) ou de ne pas revenir.
Pourquoi Ardisson invite-t-il structurellement Zemmour ? Par connivence intellectuelle ? Pour faire de l’audience et du buzz ? Quand se rejoignent l’utile et l’agréable, pourquoi faire la fine bouche ? A cette lancinante question, apportons ce matin un élément supplémentaire.
Pour son émission Les Terriens du dimanche, Ardisson a un co-producteur, nommé Stéphane Simon. Ce producteur, outre qu’il est actionnaire de Télé Paris, société qui produit Les Terriens du dimanche, est un aussi actionnaire principal d’un nouveau site d’extrême-droite, La France LibreTV, co-fondé par le polémiste André Bercoff et l’avocat Gilles-William Goldnadel (par ailleurs chroniqueur dans cette même émission d’Ardisson, le monde est petit). Or, que découvre-t-on en se connectant sur La France libre ? Que les 100 premiers abonnés (au prix préférentiel de 40 euros au lieu de 50) recevront un cadeau. Quel cadeau ? Tiens, le dernier Zemmour, justement. Et dédicacé.

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Voyage en Occident – L’été français du tourisme chinois

Ouest-France 21/09/2018 Jean-Luc DOMENACH, Directeur de recherches au Ceri
Quel vacancier français n’a pas rencontré de Chinois dans un train ? Ils sont de plus en plus nombreux à passer quelques jours chez nous, plus rarement quelques semaines, en groupe ou en famille. Autrefois, ils se perdaient facilement, mais, aujourd’hui, ils se débrouillent avec quelques mots d’anglais et ils ont appris à se méfier de nos pickpockets.

Une mariée chinoise et ses amis posent devant la Tour Eiffel... | PHOTO ARCHIVES JEAN-MICHEL NIESTER / OUEST-France
S’ils ne manquent pas de visiter le Louvre, ils innovent de plus en plus : ils sont venus à une arrivée du Tour de France, dans l’idée, bien sûr, d’en organiser un équivalent en Chine ! Et ils parviennent à se débrouiller dans l’invraisemblable désordre de nos gares ferroviaires, tous effarés par les retards des trains.
À la vérité, c’est désormais toute la bourgeoisie chinoise qui s’intéresse au voyage en Occident. Il y a deux ou trois décennies, c’est l’Amérique surtout qui attirait et qui reste au plus haut dans les rêves : quand il se rend aux États-Unis, Xi Jinping lui-même, le président chinois, ne manque pas de rendre visite aux fermiers du Middle West qui l’avaient accueilli dans les années 1980…
Mais, aujourd’hui, la société chinoise s’intéresse aux autres Occidents. L’Allemagne et la Grande-Bretagne restent très admirées pour leur histoire et leurs performances économiques, de même que l’Espagne et l’Italie pour leurs richesses historiques.
Les rêveurs du bout du monde
Mais l’intérêt pour la France s’est beaucoup élevé. Il y a vingt ou trente ans, elle déplaisait en raison de son désordre, mais elle est désormais à la mode dans les grandes villes chinoises car on la présente comme la patrie du romantisme. Les jeunes Français sont présentés comme les plus romantiques du monde et les étudiantes chinoises se pressent dans nos universités. Celles-ci ont dû recruter des psychologues pour s’occuper de ces étudiantes qui ne veulent plus retourner dans leur patrie à la fin de leur séjour.
Et ce goût de la France n’est pas confiné à la jeunesse. De hauts dignitaires chinois se font soigner dans des hôpitaux français et achètent des pied-à-terre dans leur voisinage : c’est qu’il fait bon vivre chez nous !
Ce « roman français » s’explique largement par l’évolution de la société urbaine chinoise. Celle-ci, en effet, est très dure, en particulier pour les adolescents dont la vie est d’abord organisée autour des examens, puis de leur entreprise, et surtout pour les étudiantes, qui subissent la tyrannie de leur mère, avant d’être jetées dans les bras d’un jeune diplômé qui se dépêchera de leur faire un enfant… Quant aux parents, ils sont curieux sans trop le dire de mesurer la vie qu’ils ont manquée quand ils étaient jeunes…
Pour les Chinois, le voyage en France n’est donc pas seulement un épisode touristique, mais, pour quelques jours, une sorte de rêve éveillé dans une société plus libre… Bienvenue aux rêveurs venus du bout du monde !
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Ne laissons plus faire n’importe quoi avec notre argent

Attac – Infolettre 20 septembre 2018 –
Le 15 septembre, 10 ans jour pour jour après la chute de Lehman Brothers, des milliers de personnes sont passées à l’action dans toute l’Europe pour rappeler la toxicité des banques et de la finance. En France, plus de 60 actions ont ciblé BNP Paribas, Crédit agricole, HSBC et Société générale.
Actions de désobéissance civile, d’éducation populaire, interpellation de décideurs politiques, conférences-débats… Les mouvements sociaux réunis au sein de la coalition « Change Finance » ont porté un message fort pour cette date symbolique : « 10 ans après la crise financière de 2008, prenons le contrôle sur la finance et notre avenir ! ».
Pourquoi ces banques ?
Parce qu’avec l’accélération des dérèglements climatiques et la menace d’une nouvelle crise financière, nous n’avons plus le luxe d’attendre. Confier son argent à BNP Paribas, Crédit agricole, HSBC ou Société générale, c’est cautionner leurs pratiques spéculatives, fermer les yeux sur leur rôle dans l’industrie de l’évasion fiscale et accepter qu’elles continuent d’investir massivement dans des énergies du passé et des projets toxiques pour les peuples et la planète.
Sortons des industries toxiques
Pétrole, charbon, évasion fiscale, nucléaire, spéculation… Aujourd’hui, notre argent ne doit plus alimenter ces industries toxiques. C’est ce à quoi nous allons nous employer dans les semaines à venir. Notre objectif : sortir des milliards d’euros des énergies fossiles et de la finance nocive et les orienter vers un pôle bancaire public écologique et solidaire placé sous contrôle citoyen.
Paru le 6 septembre 2018  / Editions Ecosociété /  288 p. / 20 €
La science est formelle: nous sommes entrés dans l’ère de l’Anthropocène, une nouvelle et dangereuse phase de l’évolution planétaire où l’action des humains est devenue la principale force géologique et qui se caractérise par une pollution généralisée, la hausse des températures du globe, la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes, la montée des océans et une extinction massive des espèces. C’est littéralement à une crise du système terrestre que l’humanité fait face en cette ère géologique inédite.
Dans cet ouvrage convaincant et bien documenté, Ian Angus comble le fossé entre la science du système terrestre et le marxisme écologique. Il étudie non seulement les dernières découvertes scientifiques concernant les causes et les conséquences d’une transition vers l’Anthropocène, mais également les tendances socioéconomiques qui sous-tendent la crise. Si le statu quo perdure, le présent siècle sera marqué par une détérioration rapide de notre environnement physique, social et économique : de larges parties du globe risquent de devenir inhabitables, allant jusqu’à menacer la civilisation elle-même. L’auteur rappelle cependant avec force que la responsabilité est bien inégalement partagée au regard de l’évolution du système: loin d’être la conséquence d’une prétendue nature humaine exploitant sans vergogne les ressources de la biosphère, la crise actuelle est plutôt le fruit des dynamiques d’un système particulier sur le plan historique, le capitalisme.
Face à l’Anthropocène offre une synthèse unique de science naturelle et sociale. Il illustre comment l’inexorable pulsion du capitalisme pour la croissance, alimentée par la consommation rapide des énergies fossiles qui ont pris des millions d’années à se former, a conduit notre monde au bord de la catastrophe. Pour l’auteur, survivre à l’époque de l’Anthropocène requiert un changement social radical, où nous devrons remplacer le capitalisme fossile par une nouvelle civilisation reposant sur des fondements écosocialistes.
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Le courage – Jean Claude Ameisen : «  Permettre à chacun d’accéder à la liberté »

Bon courage ! 3|6. Il n’est pas ici question d’héroïsme, mais de cette vertu qui fait tenir au quotidien. Cette semaine, le médecin Jean Claude Ameisen convoque le courage collectif de la société face au handicap.
LE MONDE IDEES | 28.07.2018 | Propos recueillis par Catherine Vincent

Médecin, chercheur, directeur du Centre d’études du vivant (Institut des humanités, sciences et société – université Paris-Diderot), Jean Claude Ameisen a été président du Comité consultatif national d’éthique de 2012 à 2016.

Avoir du courage face au handicap, qu’est-ce que cela signifie ?
C’est faire face, jour après jour, aux difficultés, à la souffrance, à la détresse et à l’angoisse liées à la situation de handicap. Il faut du courage pour affronter l’isolement, l’indifférence, l’exclusion. Pour vivre dans une société qui ne tient pas compte de votre singularité et de vos besoins particuliers. Il faut du courage aux proches, qui font face à la solitude et à l’épuisement pour apporter, chaque jour, l’amour, l’affection et le soutien indispensables, et pallier le manque cruel d’aide humaine, matérielle et professionnelle, notamment pour les soins infirmiers et l’accompagnement au jour le jour.
Il faut du courage aux associations, aux familles et aux bénévoles pour combattre sans cesse, et si souvent en vain, afin qu’enfants et adultes puissent accéder à leurs droits fon­damentaux : le droit à une scolarisation, à un logement adapté, le droit d’aller et venir dans les lieux et transports publics, le droit à une formation, à un emploi, aux soins, à la culture, à une vie affective et sexuelle. Le droit de vivre avec les autres, parmi les autres, et de ne pas être relégué aux marges de la société.
On estime qu’il y a, en France, 12 millions de personnes en situation de handicap, et 8 millions de proches aidants. Plus que du courage, c’est un héroïsme quotidien – et méconnu – qui leur permet de tenter de ne pas sombrer, de ne pas s’effondrer.
Ce courage au quotidien concerne-t-il aussi les aidants professionnels ?
Il les concerne d’autant plus que les soignants sont en nombre insuffisant, débordés, épuisés et en burn-out. C’est aussi le cas des aides de vie à domicile et des auxiliaires…
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et des auxiliaires de vie scolaire qui, le plus souvent, n’ont même pas été formés et vivent dans des conditions de grande précarité. Comme si la société avait décidé de déléguer à ses membres vulnérables son devoir de solidarité à l’égard des plus vulnérables.
Sur quelles valeurs morales s’appuie cette forme de courage ?
Sur le refus du repli sur soi. Sur le refus de tracer des frontières entre « nous » et les « autres » – entre ceux qui disent « nous » et ceux qu’on abandonne, qu’on oublie et qu’on retranche de la collectivité. Sur l’ouverture à l’autre, la rencontre avec l’autre. Sur la reconnaissance, dans chaque personne, par-delà toutes les différences, de ce qu’elle a d’unique et d’universel et qui fonde notre commune humanité. Sur la volonté de permettre à chacun d’accéder à la liberté. « On entre véritablement en éthique, dit Paul Ricœur, quand, à l’affirmation par soi de sa liberté, on ajoute l’affirmation de la volonté que la liberté de l’autre soit. Je veux que ta liberté soit. » Ce n’est pas la vision habituelle de la liberté – une liberté de l’un qui s’arrêterait là où commence celle de l’autre. C’est une vision plus riche, plus complexe, plus ouverte.
Ce que propose Ricœur, c’est que l’on doit penser la liberté comme inséparable de la solidarité.
Ma liberté a besoin de la tienne, et ta liberté a besoin de la mienne pour se construire. Elles se construisent ensemble, dans et par la relation, l’écoute, le partage, l’accompagnement. Tous, nous avons besoin de l’aide des autres pour exercer pleinement notre liberté et accéder à l’autonomie. Et pour celles et ceux d’entre nous qui sont en situation de handicap, cette aide indispensable doit être spécifique, particulière, adaptée.
Cela suppose aussi un courage collectif de la société. En quoi consiste-t-il ?
En premier lieu à rendre enfin effectifs les droits inscrits dans la loi du 5 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ; et dans la Convention de l’ONU du 13 décembre 2006 relative aux droits des personnes handicapées, qui a force de loi dans notre pays.
Dans le préambule de la Convention, les pays qui l’ont ratifiée, dont la France, reconnaissent que le handicap résulte essentiellement des « barrières » sociétales qui empêchent la personne de participer à la société sur la base de « l’égalité avec les autres ». La Convention reconnaît le droit de tous les enfants handicapés à « l’insertion scolaire au sein du système d’enseignement général avec l’accompagnement nécessaire » – mais l’immense majorité de ces enfants, en France, est privée de ce droit. Elle reconnaît le droit des personnes handicapées « à un niveau de vie adéquat » – mais le montant de l’allocation aux adultes handicapés est sous le seuil de pauvreté. Elle leur reconnaît le droit « de choisir, sur la base de l’égalité avec les autres, leur lieu de résidence » – mais c’est sur ce droit que revient le projet de loi ELAN, que l’Assemblée nationale vient de voter, et qui, en restreignant à 10 %, par immeuble à bâtir, le nombre de logements accessibles à tous, nie de fait la notion « égalité » que porte la Convention. Les 90 % des logements restants seront « évolutifs » – c’est-à-dire que les personnes confrontées à une situation de handicap devront se charger elles-mêmes de les rendre accessibles.
Cette régression manifeste un manque inquiétant de courage, d’empathie et de solidarité : plutôt que de se donner les moyens d’appliquer la loi, on élabore une nouvelle loi qui en limite, voire en nie la portée. La Convention reconnaît également aux personnes en situation de handicap le droit « de ne pas être obligées de vivre dans un milieu de vie particulier » – mais en raison du défaut de logement accessible et d’accompagnement à domicile, un très grand nombre de personnes se voient contraintes de vivre en institution ou en Ephad. Sans compter celles que notre pays envoie en « exil à vie » dans des institutions en Belgique, comme c’est le cas de nombreuses personnes avec autisme…
Qu’en est-il dans d’autres pays ?
Contrairement à nous, des pays aux cultures aussi différentes que la Suède et l’Italie ont réussi, en mettant en œuvre des approches distinctes, à scolariser tous les enfants en situation de handicap dans leur système scolaire général. En Suède, chaque enfant est accompagné en permanence par un assistant de vie scolaire formé à ses besoins spécifiques. En Italie, ­l’effectif d’une classe qui accueille un enfant handicapé est divisé par deux, et la classe ­dispose d’un deuxième enseignant, formé.
En Suède, le fait d’isoler une personne de la société en l’obligeant à vivre dans une institution est considéré comme une privation de ses droits civiques – dont le droit de vivre avec les autres, parmi les autres. Toutes les institutions pour personnes handicapées, y compris celles qui correspondraient à nos Ehpad, où seraient regroupées les personnes âgées handicapées, ont été interdites et supprimées. Chaque personne, quels que soient la nature de son handicap et son âge, est accompagnée près des siens, soit chez elle, soit dans un appartement ou une maison qu’elle partage avec, au maximum, sept personnes en situation de handicap.
Comment faire pour aller dans ce sens ?
Il faut accepter d’apprendre des pays qui ont réussi là où nous avons échoué. Et avoir le courage d’opérer un profond changement culturel, un profond changement de société. Tisser des liens, pour inclure chaque personne, en lui donnant les moyens d’exercer librement ses choix. Faire en sorte que les principes que nous proclamons – « Liberté, Egalité, Fraternité » – soient mis en application. En 2007, le Comité consultatif national d’éthique concluait son avis n° 102, « Sur la situation en France des personnes, enfants et adultes, atteintes d’autisme », par ces mots : « Une société incapable de reconnaître la dignité et la souffrance de la personne, enfant, adolescent ou adulte, la plus vulnérable et la plus démunie, et qui la retranche de la collectivité en raison même de son extrême vulnérabilité, est une société qui perd son humanité. » Il nous faut trouver le courage d’être humain.
De quoi est révélatrice l’expression « bon courage ! », qui fuse désormais ?
D’une bonne intention, mais trop souvent aussi, d’une forme d’indifférence. C’est une gentille formule de politesse qui permet de s’éloigner de l’autre en exprimant son empathie, alors qu’on est sur le point de l’abandonner, seul, face à ses difficultés. C’est très différent de : « Vous pouvez compter sur moi. »
Bon courage !, une série en six volets
Il n’est pas question ici d’héroïsme, mais de cette vertu qui fait tenir au quotidien. En six épisodes, Le Monde donne la parole à des philosophes, écrivains et médecins.
Propos recueillis par Catherine Vincent
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Malgré ses astuces fiscales au Luxembourg, McDonald’s est épargné par l’UE

Le Vif.be – 19/09/2018 –
L’UE a jugé légal mercredi le traitement fiscal avantageux accordé par le Luxembourg à McDonald’s, épargnant ainsi le roi du Big Mac, contrairement à d’autres géants américains, comme Apple, condamnés à rembourser des impôts non payés.
Malgré ses astuces fiscales au Luxembourg, McDonald's est épargné par l'UE Getty Images
La Commission européenne, la gardienne de la concurrence dans l’UE, a ainsi mis fin, sans prendre de sanctions, à une enquête ouverte en décembre 2015.
Elle a « conclu que l’absence d’imposition de certains bénéfices de McDonald’s au Luxembourg n’a pas entraîné d’aide d’Etat illégale, étant donné qu’elle était conforme à la législation fiscale nationale et à la convention sur les doubles impositions entre le Luxembourg et les États-Unis ».
« Le Luxembourg n’a pas enfreint les règles », a-t-elle conclu.
« Une occasion manquée »
« La Commission a manqué une occasion de s’attaquer à McDonald’s », a regretté l’ONG britannique de lutte contre la pauvreté War on Want, à l’origine de la plainte, début 2015, avec trois fédérations syndicales internationales, qui avait débouché sur cette enquête.
L’ONG et les syndicats avaient accusé le géant de la restauration rapide d’avoir mis au point une stratégie d’optimisation fiscale qui lui aurait permis d’éviter de payer environ un milliard d’euros d’impôts entre 2009 et 2013 en Europe.
Selon l’enquête de la Commission, McDonald’s a transféré au Luxembourg certains bénéfices réalisés en Europe, avant d’expliquer au Grand-Duché que ces revenus ne pouvaient pas être soumis à l’impôt car ils seraient taxés aux États-Unis.
Une double non-imposition
Mais cela n’a pas été le cas, permettant au groupe de bénéficier au final d’une double non-imposition.
En rendant sa décision mercredi, la Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a convenu que « McDonald’s n’avait payé aucun impôt sur les bénéfices en cause -ce qui n’était pas conforme au principe d’équité fiscale ».
« C’est pourquoi, nous accueillons avec une grande satisfaction le fait que le Luxembourg prenne des mesures législatives pour remédier au problème qui s’est posé dans cette affaire et éviter que de tels cas ne se reproduisent à l’avenir », a poursuivi Mme Vestager, surnommée « Tax Lady » par le président américain Donald Trump, justement pour avoir sanctionné de nombreux groupes américains en raison de leurs combines fiscales illégales.
« Territoires offshore »
Le ministre luxembourgeois des Finances, Pierre Gramegna, a salué la décision de mercredi, affirmant « avoir collaboré pleinement avec la Commission tout au long de son enquête ».
Tout comme McDonald’s : « Nous payons les impôts que nous devons », a-t-il écrit dans un courrier électronique à l’AFP. »De 2013 à 2017, les sociétés McDonald’s ont payé plus de trois milliards de dollars d’impôt sur le revenu des sociétés dans l’UE, avec un taux d’imposition moyen proche de 29% », a-t-il ajouté.
Des affirmations contestées par Eva Joly, une eurodéputée verte française : « Depuis l’ouverture de l’enquête, McDonald’s a complexifié ses structures dans le but de trouver de nouveaux échappatoires à l’impôt, en déplaçant notamment ses structures du Luxembourg vers le Royaume-Uni ».
« C’est pourquoi il est aussi essentiel que, dans le cadre des négociations sur le Brexit, l’UE obtienne du Royaume-Uni qu’il règle le problème de ses territoires offshore » a-t-elle asséné.
La décision sur McDonald’s survient le lendemain de celle faite mardi par le gouvernement irlandais, qui a collecté auprès d’Apple 14,3 milliards d’euros pour des avantages fiscaux jugés indus par la Commissaire Vestager.
Apple et Dublin font toujours front commun pour contester ces accusations, jugeant tout à fait légales les conditions fiscales entourant l’activité de la marque à la pomme en Irlande.
Apple et McDonald’s font partie d’une longue liste d’entreprises dans le collimateur de la Commission européenne pour leurs combines fiscales.
Après le scandale de LuxLeaks fin 2014, mettant au jour les avantages fiscaux dont avaient bénéficié de nombreuses multinationales au Luxembourg, l’exécutif européen avait en effet promis de faire le ménage. Une promesse qui semblait d’autant plus nécessaire que le président de la Commission entrant alors en place, Jean-Claude Juncker, avait été un ancien Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg.
Parmi les autres sociétés punies après des accords fiscaux avantageux passés au Luxembourg, on compte Fiat en octobre 2015, Amazon en octobre 2017, le Français Engie en juin 2018. L’Américain Starbucks a quant à lui été sanctionné en octobre 2015 pour avoir bénéficié d’avantages sur ses impôts payés aux Pays-Bas.

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Un café (trop) gourmand

Le Canard enchaîné – 19/08/2018 – Conflit de canard –
D’où vient cette insistance du garçon à nous fourguer un « café gourmand », un petit noir encadré de mignardises, à la fin du repas ? Tout part d’une idée de génie de l’industrie pâtissière française pour compenser la chute des commandes de desserts au restau, qui ont fondu de 10 % en dix ans.
Histoire d’alléger l’addition et leur poids sur la balance, les clients ont en effet commencé, dès la fin des années 90, à se réfréner sur l’île flottante ou la tarte Tatin. Heureusement, le café gourmand a été conçu pour nous déculpabiliser tout en nous donnant l’impression que l’addition est légère.  Une recette payante, puisque l’année dernière, les 500 millions de cafés gourmands servis ont rapporté peu ou prou aux restaurateurs 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Surtout, le café gourmand fait flamber la marge : 70 % de bénéfices, contre 30 % max pour les desserts.

Une remarquable invention qui plaît beaucoup aux grandes marques de café. La mode du café gourmand leur permet de contrebalancer la consommation de l’expresso avalé solo au restau, qui pique du nez au fur et à masure que les machines à dosette envahissent les apparts et les bureaux. Le vendeur de capsules Nespresso a d’ailleurs lancé, en 2012, pour les chefs et apprentis pâtissiers, un grand concours de cafés gourmands. Fort de café !
Le plus goûteux, c’est que ces minifondants au chocolat et autres minicannelés ou minichoux à la crème, facturés proportionnellement plus cher qu’un dessert classique, sont la plupart du temps des pâtisseries industrielles surgelées. Lesquelles sont discrètement livrées en cartons ou par palettes entières par des firmes spécialisées. Telles que Coup de pâtes, la filiale du groupe agroalimentaire irlando-suisse Aryzta, l’un des leaders mondiaux des « solutions culinaires sur mesure », qui fournit aux restaurants des « produits finis ou semi-finis surgelés ». Ou encore Mademoiselle Desserts, autre champion de la pâtisserie clé en main, qui propose sur catalogue, par exemple, un mini moelleux au chocolat à réchauffer vingt secondes au micro-ondes et consommable jusqu’à douze mois après sa dtae de fabrication. Sans oublier Metro, le grossiste des restaurateurs, qui a créé sa propre gamme « Spécial café gourmand ».
Vous reprendrez bien un café… gourmand ? 
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#dessin – Etats des lieux

Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
 Adhérents des Républicains : les vrais chiffres

L’Opinion 20/09/2018 Ludovic Vigogne
Le parti de Laurent Wauquiez a connu une vraie hémorragie en 2017, aujourd’hui stoppée. L’Ile-de-France est particulièrement touchée. Les Alpes-Maritimes sont désormais la première fédération
Les faits
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En Vrac – Japon, Nouvelle Zélande, Inde : New Delhi.

Le Monde 18/09/2018
Nouveau record du nombre de centenaires au Japon. En septembre, 69 785 Japonais étaient âgés de plus de 100 ans – dont 88 % de femmes –, soit 2 014 de plus que l’an dernier. Cette hausse intervient pour la 48e année consécutive. Le nombre de centenaires devrait dépasser 100 000 dans cinq ans. L’espérance de vie au Japon est de 87,2 ans pour les femmes et de 81 ans pour les hommes, rappelle le Japan Times.
La Nouvelle Zélande redécouvre le maori. Du rock en maori, des cours de maori, des émissions de radio en maori : la langue des indigènes néo-zélandais connaît une renaissance à travers le pays. La population d’origine rejette des décennies de discrimination et de honte associée à la pratique de cette langue et les blancs s’y intéressent aussi désormais, raconte un reportage du New York Times.
Mystérieuses disparitions au zoo de Delhi. New Delhi. Il y a d’abord eu les singes noyés, l’hippopotame mort de la tuberculose, et enfin la girafe étranglée. En 2017, 325 des 1 259 animaux du zoo de Delhi sont morts ou ont mystérieusement disparu. Un comble, pour un lieu dont la mission est la « conservation » de la faune et de la flore et qui a même été promu en 1982 comme un « zoo modèle » par son ministère de tutelle. Assassinats ? Grande évasion ? Ou décès liés aux températures qui frôlent les 45 degrés pendant l’été ? Plusieurs organisations de défense des animaux ne réclament rien de moins qu’une enquête du FBI indien, le CBI (Central bureau of investigation). Saisie en mai 2018, la Haute cour de justice de Delhi devrait bientôt rendre son avis. Lire l’article de Julien Bouissou.
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Les deux Corée – Guerre tarifaire et paix coréenne

L’Opinion 19/09/2018 Claude Leblanc
L‘EditoCe qui n’était qu’un doux rêve il y a à peine un an, lorsque Donald Trump promettait de déclencher « la colère et le feu » en réponse aux provocations nord-coréennes, ne semble plus relever de l’utopie : à l’issue de la troisième rencontre au sommet de l’année entre Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in, qui se déroule en ce moment à Pyongyang, la dénucléarisation de la péninsule coréenne apparaît réalisable.
Vu d’Europe, un tel accord semble pourtant irréaliste voire impossible parce qu’exigeant la participation et la collaboration actives des Etats-Unis et de la Chine. Dans le contexte de guerre tarifaire que les deux premières puissances économiques de la planète se livrent depuis plusieurs semaines, on imagine facilement à quel point le processus entamé lors de la rencontre historique du 12 juin, à Singapour, entre Donald Trump et Kim Jong-un, pourrait être en danger. La confrontation commerciale sino-américaine devrait être synonyme de blocage diplomatique, Pékin jouant la « carte nord-coréenne » pour empêcher Washington d’obtenir un succès diplomatique.
Mais c’est oublier que la Chine de Xi Jinping cherche désormais à instaurer de nouveaux rapports dans le monde, des partenariats souples plutôt que des alliances figées. C’est toute l’appréciation des relations internationales qui doit être révisée à cette aune.
Il y a quelques jours, à Vladivostok, dans le cadre du Forum économique oriental, le leader chinois a expliqué que son pays pourrait accepter une déclaration trilatérale – les deux Corées et les Etats-Unis – mettant fin à la situation de guerre dans la péninsule. Le président Xi Jinping indiquait ainsi qu’il voulait donner sa chance à la dénucléarisation. La balle est désormais dans le camp de Donald Trump, lui aussi pourfendeur de l’ancien monde, et qui commente à coup de « very exciting » les échanges entre Kim et Moon.
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Retraite : non, le système n’est pas dépassé !

Charlie Hebdo – 19/09/2018 – Jacques Littauer –
C’est amusant comme le même chiffre peut être interprété en sens inverse : actuellement, le déficit public du système de retraite est de l’ordre de 3 milliards d’euros par an.  Énorme, non ? Mais chaque année, ce sont 300 milliards d’euros de retraite qui sont versés. Il suffirait donc d’accroître les recettes d’un seul petit pour cent, et on serait à l’équilibre. Avec une politique de réduction du temps de travail qui créerait 1 ou 2 millions d’emplois, et donc autant de cotisants, ce serait plus que facile. 
Car nos bonnes vielles caisses d’assurance vieillesse sont le meilleur système qui soit. Retraites complémentaires, assurances privées, sans parler des affreux fonds de pension où vous pouvez tout perdre, tous les autres systèmes sont bien plus coûteux, car ils gérés par des gens qui se paient autant qu’ils le peuvent.
Là, le système est quasi magique : tous les pois, les salariés versent automatiquement de l’argent à papy et mamy, et seulement 1 à 2 % des sommes prélevées sont perdues en frais de gestion, contre dix fois plus dans tous les systèmes privés, qui font de la retape en permanence, parce qu’on a méticuleusement mis dans les têtes que « le système était menacé ». Or le système est clair, stable, efficace. Bien sûr, comme tous les systèmes, il nécessite des ajustements. Franchement, ‘il faut bosser un ou deux ans de plus dans les années qui viennent, ce n’est pas la mort, si ? Évidemment, il faudrait que ce soit fait de façon intelligente : par exemple, la durée de cotisation n’augmenterait pas pour les maçons, mais elle serait accrue de quatre ans pour les banquiers, ou pour les profs de fac. Et ne venez pas râler car vous vivez dix ans de plus que les prolos, et vous êtes assis sur votre siège toute la journée !
Et il serait bon aussi d’en finir avec cette prétendue « guerre des générations ». Si les vieux vivent bien – leur taux de pauvreté, de 7 %, est de moitié  inférieur à celui du reste de la population -, c’est parce qu’ils ont connu les Trente glorieuses. Et si les jeunes galèrent, c’est parce que les gouvernements ont donné la priorité à la rentabilité du capital. Ce n’est donc pas parce qu’on est jeune qu’on est pauvre, c’est parce qu’on vit dans une économie où la part des salaires dans le gâteau national s’est effondrée, et où le progrès technique détruit les emplois beaucoup plus vite que la maudite croissance n’en crée.
Dans l’histoire humaine, la vieillesse a toujours été synonyme de pauvreté, sauf pour Liliane Bettencourt et Michel Drucker. Grâce à notre système  de protection sociale, une nouvelle vie s’ouvre à chacun de nous après la vie active. Et il n’y a aucune bonne raison que cela ne dure pas, surtout si pépé, et tatie descendent dans la rue avec leur déambulateur pour se faire entendre !
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Europe : la mémoire courte italienne

Accueil des migrants
Ouest-France 19/09/2018 Dominique Moïsi, Conseiller spécial de l’Institut Montaigne.

©FLORIAN WIESER/EPA/MAXPPP –

Le ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini, le 14 septembre 2018 à Vienne en Autriche.
En juin 2017 – un mois à peine après l’élection présidentielle française -, des amis italiens demandaient, avec un mélange de soulagement et d’envie, où ils pouvaient trouver un « Macron » dans leur pays.
L’histoire va si vite… En cette mi-septembre 2018, selon les derniers sondages, la coalition en place en Italie a une popularité de 61 %, le double de celle d’Emmanuel Macron en France. Certes, Salvini et ses alliés ne sont au pouvoir que depuis quelques mois, une période trop courte pour que l’érosion inévitable de leur popularité n’ait déjà produit ses effets. Pourtant, la popularité des « populistes » est bien réelle. Les démocrates libéraux doivent en prendre pleinement conscience, à sept mois des élections européennes.
Cette réalité, je l’ai touchée du doigt il y a quelques jours, à l’occasion d’une conférence dans le sud de l’Italie, dans la région des Pouilles. Depuis quatorze ans, la petite ville de Conversano, à une trentaine de kilomètres de Bari, organise un festival culturel qui se concluait, cette année, par l’intervention de l’archevêque Bruno Forte, philosophe et théologien de renom, membre du conseil pontifical à la culture.
Ses propos emplis d’humanité dénonçaient « la scandaleuse désunion de l’Union européenne » face à la question des migrants. Il en appelait au devoir moral des chrétiens face au sort des plus faibles et des plus démunis. Il évoquait aussi l’histoire et la démographie. En accueillant par millions les réfugiés italiens, les États-Unis n’avaient-ils pas, il y a un peu plus d’un siècle, contribué à la croissance de leur jeune puissance ?
Aujourd’hui, l’Italie est un pays vieillissant qui, plus encore que d’autres pays européens, a besoin de l’apport d’énergies nouvelles. Les migrants sont là pour la fournir. Les mots de l’archevêque reprenant les appels réitérés du pape François étaient prononcés avec force et conviction. Ils sonnaient juste. Mais ils semblaient tomber dans le vide.
Des élections difficiles
Au fil des minutes, la place de Conversano où se déroulait cette conférence s’est vidée lentement. Les Italiens présents votaient avec leurs pieds. Ils se retiraient et à la fin, ce sont des applaudissements polis mais très réservés qui ont salué les propos « pro-migrants et proeuropéens » de l’archevêque. Il n’a pas convaincu ses auditeurs.
Nous n’étions pas en Hongrie, terre de Viktor Orban, mais en Italie, le pays d’Alcide de Gasperi, l’un des pères fondateurs du projet européen. Un des pays qui a le plus cru en l’Europe, qui a le plus bénéficié aussi des fonds de développement européen. Presque à chaque coin de rue, une plaque discrète aux couleurs bleu et or de l’Union rappelle que tel projet urbain, telle structure culturelle n’auraient pu être réalisés sans l’aide de l’Union.
Les peuples, dira-t-on, ont la mémoire courte, la reconnaissance toujours plus discrète. Mais ce serait oublier l’essentiel. La façon de donner est aussi importante que l’aide elle-même. Dans sa froideur impersonnelle, en dépit de sa générosité éclairée, l’Europe a aliéné ceux et celles qu’elle aidait. En Italie, dans sa vulgarité habile, son sens du marketing à la Donald Trump, Salvini, le tout-puissant ministre de l’Intérieur, n’évoque pas seulement Berlusconi, mais Mussolini lui-même.
La question des migrants a été un révélateur et un accélérateur de la montée d’une colère et d’une peur que les élites bruxelloises n’ont perçu que bien trop lentement et tardivement. Les élections européennes de mai 2019 seront difficiles.
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