édito – L’optimisme, envers et contre tout

Ouest-France 21/01/2019 par Jacques LE GOFF, Professeur émérite des Universités

Sir Winston Churchill : « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté. » | WIKICOMMONS
EditoAfficher de l’optimisme dans le contexte actuel expose à passer pour un fou ou un aveugle bien esseulé. Car enfin, près de 80 % des Français n’ont plus confiance ni en l’avenir ni dans les institutions qui en ont la garde. Alors, croire que ces prétendues « élites » confites de cynisme seraient capables du meilleur… Allez donc en convaincre ceux qui occupent les ronds-points, avec la peur du lendemain et, parfois, la faim au ventre !
L’optimiste n’est pas nécessairement quelqu’un qui manque d’informations. On peut l’être sans céder à la candeur du Pangloss de Voltaire bêlant que« tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ». On peut l’être à la manière de la maire de Saint-Valéry-en-Caux, au terme de la rencontre des maires normands avec Emmanuel Macron : « Si je n’ai pas un peu d’optimisme, rien ne se fera.» Mais bien sûr et cela semble si évident !
Comment peut-on croire que la disposition à penser l’avenir, ouvert à du mieux, du bien, du bon, serait démobilisatrice ? Est-ce qu’on se risquerait à le jeter à la figure de Véronique Fayet, la présidente du Secours catholique, qui formait en début d’année, le vœu d‘« avènement d’une société fraternelle » ? Et de combien d’autres qui se donnent des horizons de pensée et d’action capables de les plonger au cœur d’une réalité humaine qu’ils transforment, par millimètre, par centimètre et exceptionnellement par mètres entiers. Sans cette apparente démesure des ambitions, l’action à toute chance de s’enliser. « Quand les hommes ne rêvent plus de cathédrales, ils ne savent plus faire de belles mansardes », notait Emmanuel Mounier.
Le pessimisme conduit à l’inaction
À l’opposé, un pessimisme sans écoutilles, obsédé de la seule noirceur du monde, conduit fatalement à l’inaction dans une complicité objective avec le malheur du monde. Tant de déserteurs tirent argument de cet aquoibonisme, naissant moins du découragement après tentative que d’une forme de consentement au pire surtout lorsqu’il affecte… les autres et dont ils s’accommodent bien volontiers avec, en prime, l’avantage de supériorité intellectuelle de ceux « à qui on ne la fait pas ! ».
Comme ils plaignent les indécrottables « naïfs » perdus dans les «rêves vaporeux» d’un monde meilleur ! Mais ces touilleurs de noir si portés sur « ce qui ne va pas » sont aussi les premiers soutiens des Trump, Orban et autres populistes à la Bolsonaro.
Peut-on leur conseiller de jeter un œil par-dessus leur épaule pour mesurer d’où ils viennent et ce qu’il a fallu d’énergies à tant de militants gonflés d’optimisme, envers et contre tout, pour qu’ils en bénéficient aujourd’hui ? C’est ce que fait Steven Pinker qui, au terme d’une enquête sur les deux derniers siècles (Le triomphe des Lumières, Les Arènes), introduit un « scoop ébouriffant : le monde a fait des progrès spectaculaires dans chaque domaine mesurable du bien-être humain, sans exception ». Et, « deuxième scoop ébouriffant : presque personne n’est au courant ». Au courant, par exemple, que près de 300 millions de personnes ont été sauvées de la variole au XXe siècle, que le nombre de gens en extrême pauvreté a diminué de 137 000 chaque jour depuis vingt-cinq ans, que la violence guerrière a baissé dans des proportions très significatives depuis 1945, largement grâce à l’Europe.
Churchill avait raison: « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté.» Ce dernier est un « possibiliste » lucide sur le tragique de l’histoire.
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Le salarié détaché, surexploité et discriminé

Siné Mensuel – janvier 2019 – Gérard Filoche –
En France, comme en Europe, les nombre de « travailleurs détachés » explose. Dans les années 2000, on en comptait 2000 à 3000, mais selon les derniers chiffres de la Direction générale du travail, leur nombre atteignait 516 100 (hors transport) en 2017, soit une hausse de 46 % en un an (1). La CGT, quant à elle, estime le chiffre réel à 1,4 million.
Le double langage est fascinant : les médias, le gouvernement et l’extrême droite vocifèrent, multiplient les déclarations racistes et xénophobes, exigent des lois, des moyens pour bloquer les migrants en mer te aux frontières. Macron, comme Salvini, repousse cinquante-huit migrants sur l’Aquarius, il les traque dans la vallée de la Roya ou à Calais. Mais il laisse les patrons français faire venir des « travailleurs détachés » par centaines de milliers…
La raison de ce double langage est facile à comprendre : tout immigré sur notre sol a théoriquement droit, s’il trouve un trail, au même salaire et à la même protection sociale qu’un salarié français. Ce n’est pas le cas d’un travailleur détaché : il a le droit au même salaire, mais pas à la même protection sociale. Sa protection sociale, incluse dans son « salaire brut », doit théoriquement être payée en fonction de son pays d’origine et dans son pays d’origine !
Travail illégal légalisé
Évidemment, les cotisations sociales des pays concernés sont plus basses, et c’est autant que les patrons français se mettent dans la poche. On comprend pourquoi ils sont prêts à accueillir 1,4 millions de ces travailleurs puisqu’ils les paient moins cher !
De plus, le paiement de ces cotisations sociales est absolument incontrôlable, d’où un terrain de fraude facile et énorme. Des milliards d’euros restent ainsi dans les caisses des employeurs. Du travail illégal légalisé ! Selon les chiffres officiels, 1 034 amendes ont été mises en recouvrement pour un montant de 5,9 millions en 2017. Le secteur de la construction représente à lui seul 75 % des amendes prononcées sur le détachement en France. Seulement 149 infractions sont relevées chaque mois : une goutte d’eau par rapport à l’immensité de la fraude.
Ces sanctions visent le non-respect des formalités déclaratives liées au détachement, le non-paiement des cotisations sociales, le non-respect du salaire minimum, le non-paiement des heures supplémentaires, les dépassements systématiques des durées de travail. On a trouvés des salariés venus de Hongrie par une sous-traitance allemande, dans la fabrication de panneaux solaires, en Gironde, travaillant sept jours sur sept, dix heures par jour sans repos, payés 2 euros de l’heure réelle… 
Sous le tire « la frontière est poreuse entre travail illégal et traite des humains« , une page entière du Monde du 27 juillet 2018 rend compte d’une enquête des services de lutte contre le travail illégal dans l’Ain. Elle a duré trois ans, de 2015 au 18 juin 2018. Quatre-vingt-dix gendarmes et quarante fonctionnaires ont prouvé que sociétés écrans et patrons voyous organisaient le trafic de 516 Polonais. Ces salariés trimaient pour de gros propriétaires maraîchers, entre Valence et Bourg-en-Bresse, huit à neuf mois par an, de 50 à 60heures par semaine, payés 5 euros de l’heure, voyage en bus depuis Lodz payé à leurs frais, logés dans des mobile-homes pour des loyers de 300 à 600 euros ou dans des conteneurs où la chaleur est épouvantable, cotisations sociales non versées (un préjudice de 2,5 millions d’euros pour les caisses sociales).
Selon Le Monde, « en 2017, le montant du préjudice fiscal et social engendré par cette délinquance en col blanc s’élève à plus de 99 millions d’euros. « La fraude aux travailleurs détachés représenterait 45 % des affaires dans l’Ain, sur dix-huit dossiers locaux traité par les services de contrôle si faible en moyens. On a envie de hurler devant l’ampleur de ces crimes sociaux et l’ampleur des mensonges du gouvernement qui prétendait y avoir mis fin. 
Car Macron s’est agité pour améliorer le dossier : plafonner la durée légale du détachement à dix-huit mois ? Inutile puisque la moyenne des séjours n’est déjà que de trois mois ! Obliger à payer le net comme pour les autres salariés ? Mais le problème n’est pas le net mais le brut ! Imposer davantage de contrôles ? Mais l’inspection du travail est en sous-effectif !
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Manifs : les inquiétants jeux de baballe de la police

Le Canard enchaîné – 16/01/2019 – D.H. et C.L. –
Rotule explosée, mâchoire fracturée, côte cassée, œil crevé… Depuis le 17 novembre 2018, pas une manif de gilets jeunes sans son lot de blessés graves : la faute aux grenades lacrymogènes instantanées (25 grammes de dynamite chacune), mais plus encore aux mal nommés lanceurs de balles de défense (LBD), version moderne du Flash-Ball. Ces « armes de force intermédiaire », selon la police, sont capables de causer « des risques lésionnels graves« , voire de tuer une cible à moins de 10 mètres.

Depuis l’acte I, 78 victimes de violences policières ont saisi la police des polices : c’est Eric Morvan, le chef de la police qui l’affirme. Les défenseur des droits précise, de son côté, avoir été saisi de25 cas de blessés par LBD.Bizarrement, aucun policier n’a à ce jour fait l’objet de sanctions pour avoir joué à la baballe. 
Toubib or not toubib
Du côté des bœufs-carottes, enquêter n’est pas sorcier : depuis 2012, ils sont destinataires d’un fichier détaillant chaque tir de balle de défense, les circonstances, le matricule du flingueur, l’identité des victimes, leurs lésions, etc.
Pour les blessés, le ministère de l’Intérieur affiche une tendre sollicitude. L’une de ses récentes circulaires précise : « Un examen médical doit être pratiqué dans les meilleurs délais et un certificat médical descriptif doit être délivré par le praticien.« Et elle rappelle cette consigne : « Le tireur vise de façon privilégiée le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs. La tête n’est pas visée. » Les éborgnés seront ravis de l’apprendre. 
Les utilisateurs de LBD sont pourtant bien formés. De surcroît, pour tirer comme il faut, ils disposent d’une visée à pointeur lumineux. « De deux choses l’une, déclare Jérémie Assous, avocat de sept journalistes blessés par des balles de défense. Soit les policiers sont nuls, soit il le font exprès. Et leurs chefs préfèrent fermer les yeux. » Impensable.
Casser les casseurs
Un commissaire parisien opère de savantes distinctions : « Si, dans l’ensemble, CRS et gendarmes mobiles respectent les consignes de tir, c’est loin d’être vrai pour le flics en civil qui interviennent à leurs côtés. » Et de pointer les « détachements d’action rapide » créés par la Préfecture pour chasser les casseurs. Chez eux, dit-il, manier la LBD, « c’est la fête du slip« . La classe… Avocat de plusieurs blessés, Yassine Bouzrou a saisi la Cour européenne des droits de l’homme afin de faire temporairement interdire l »engin. En vain.
Le défenseur des droits, lui, attend toujours que la présidence de l’Assemblée réponde à sa proposition (formulée en décembre 2017) d’interdire les LBD dans les opérations de maintien de l’ordre. Les députés n’ont pas saisi la balle au bond…

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Allemagne – Gilets jaunes : la présidente de la CDU s’inquiète de la situation en France / Avec Angela Merkel,  » nous avons des histoires différentes « 

RT France  19 /01/ 2019

Annegret Kramp-Karrenbauer, chef du parti conservateur de l’Union chrétienne démocrate (CDU) le 19 janvier 2019 à Munich, en Allemagne.
La nouvelle présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, s’inquiète de la situation créée en France par le mouvement des Gilets jaunes, dans une interview publiée par Le Monde.
«Ce qui se passe en France m’inquiète», a déclaré Annegret Kramp-Karrenbauer, l’ancienne ministre-présidente de la Sarre et nouvelle présidente de la CDU, qui pourrait peut-être un jour succéder aussi à Angela Merkel à la chancellerie.
«Pour moi, la violence n’a pas sa place dans le débat politique. Et voir que la revendication principale de beaucoup de Gilets jaunes est le départ du président Macron n’a rien à voir, selon moi, avec le débat politique, qui doit chercher à apporter des améliorations concrètes», a-t-elle ajouté.
Cette ancienne ministre-présidente de la Sarre a estimé en outre que les tentatives des «populistes» de gauche et de droite allemands d’importer dans son pays le mouvement des Gilets jaunes avaient jusqu’ici échoué. Et pour cela, elle a une explication : «Je pense que deux facteurs se combinent. D’abord, notre économie va très bien, même si la question des inégalités entre riches et pauvres se pose aussi en Allemagne. Et nos traditions politiques ne sont pas les mêmes.»
Emmanuel Macron et Angela Merkel signeront le 22 janvier à Aix-la-Chapelle un traité de coopération et d’intégration visant à accroître la convergence entre la France et l’Allemagne. Ce traité doit renforcer les liens entre les deux pays en matière de politiques économique, étrangère et de sécurité, dans les domaines de l’éducation, de la culture, de la recherche, de la technologie, du climat, de l’environnement, de la coopération entre régions frontalières et sociétés civiles.
Lire aussi : Testament politique : Merkel appelle son parti à défendre les valeurs «démocratiques et chrétiennes»

« AKK », nouvelle présidente de la CDU : « Ce qui se passe en France m’inquiète »

Le Monde 19/01/2019

leader of CDU

Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente de la CDU, dans son bureau au siège du parti, le 15 janvier. ANNETTE HAUSCHILD / OSTKREUZ POUR LE « MONDE »
Annegret Kramp-Karrenbauer, 56 ans, a succédé à Angela Merkel, le 7 décembre 2018, à la tête de l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Ancienne ministre-présidente de la Sarre (2011-2018), celle que Mme Merkel avait nommée dix mois plus tôt secrétaire générale de la CDU est aujourd’hui en position de force pour être, le jour venu, la candidate des conservateurs allemands (CDU-CSU) à la chancellerie.
Classée plus à gauche que Mme Merkel sur le terrain social mais réputée plus conservatrice que celle-ci sur les sujets de société, « AKK » a reçu Le Monde dans son nouveau bureau, une grande pièce d’angle sobrement décorée de quelques toiles contemporaines abstraites, au cinquième étage de la Konrad-Adenauer-Haus, le siège de la CDU à Berlin.
Celle qui a succédé à Angela Merkel à la tête du parti allemand analyse pour « Le Monde » l’état de l’UE et sa relation avec la chancelière.
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Propos recueillis par Thomas Wieder Publié le 19 janvier 2019

Avec Angela Merkel,  » nous avons des histoires différentes

Le Monde 20/01/2019
Nous avons des histoires différentes. J’ai grandi à l’Ouest, elle a grandi à l’Est. D’une certaine façon, ma socialisation au sein de la CDU est plus classique que la sienne : j’ai grandi dans la CDU d’Helmut Kohl, et j’ai été marquée par cet héritage.
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En Vrac – Europe et International

Europe 

Le Monde 20/01/9019
Le cabinet de Theresa May s’inquiète de « complots » parlementaires La presse rapporte que des députés comptaient déposer des amendements afin d’empêcher les plans de Theresa May sur une sortie de l’Union européenne
Européennes : dans le Vaucluse, Marine Le Pen enfile son « gilet jaune » pour son premier meeting – Au Thor, dans le Vaucluse, militants de toujours et nouveaux partisans veulent croire à l’alternative offerte par le Rassemblement national
Les médias « sont des thermomètres » : la mise au point du patron de BFM-TV aux « gilets jaunes » – Dans le « JDD », Alain Weill dénonce sur les violences « inacceptables » commises à l’encontre des journalistes en marge des manifestations.
A Arras, les citoyens s’emparent de l’organisation du « grand débat national » – Samedi, une centaine d’habitants se sont réunis au Beffroi d’Arras pour préparer le « grand débat national » et goûter aux joies et frustrations de la démocratie participative.
Selon Oxfam, les vingt-six plus riches détiennent autant d’argent que la moitié de l’humanité – A l’occasion de la publication de son rapport annuel, l’ONG appelle les Etats à taxer les plus riches. La fortune des milliardaires a augmenté de 900 milliards de dollars en 2018.

International

Le Monde 21/01/2019
Sénégal : cinq candidats pour la présidentielle – Les « sept sages » du Conseil constitutionnel ont écarté les recours introduits par Karim Wade, ex-ministre et fils d’Abdoulaye Wade (2000-2012), et Khalifa Sall, dissident du Parti socialiste. Le Monde avec AFPLe Conseil constitutionnel sénégalais a publié dimanche 20 janvier la liste officielle des cinq candidats en lice pour l’élection présidentielle du 24 février, dont le chef de l’Etat sortant Macky Sall, écartant définitivement ses deux principaux opposants, l’ex-maire de Dakar Khalifa Sall et l’ancien ministre Karim Wade.
L’Afrique du Sud surmonte la sécheresse… pour l’instant. Un an après avoir déclaré des restrictions d’eau draconiennes dans la ville du Cap en raison d’une sécheresse exceptionnelle, les autorités sud-africaines ont levé une partie de ces mesures. Mais la situation reste tendue en raison notamment d’une hausse de la population, de la contamination des rivières, d’infrastructures obsolètes, explique Quartz Africa
Témoignage unique d’un esclave dans un manuscrit écrit en arabe. La bibliothèque du Congrès des Etats-Unis vient d’acquérir les mémoires, en arabe, d’un esclave arrivé sur le continent au début du XIXe siècle. Il s’agirait d’un exemple unique d’un manuscrit écrit par un érudit venu de l’actuel Sénégal et rédigé alors qu’il était toujours tenu en esclavage, raconte le Washington Post.
Des jeunes trumpistes se moquent d’un vétéran amérindien et indignent l’Amérique – La Marche des peuples autochtones s’est déroulée pour la première fois cette année à Washington, le 18 janvier. Elle a rassemblé des milliers de personnes venues défendre les droits et la culture des tribus, alors que cette minorité a été plusieurs fois prise à partie par l’administration Trump depuis son arrivée au pouvoir. A la fin du défilé, des jeunes supporters du président ont bravé un vieil Amérindien. Un manque de respect qui passe mal dans le pays. A lire dans Réveil Courrier
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# dessin – Chiche !

 Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
Grand débat : les 34 réponses de l’Opinion à Macron

L’Opinion 21/01/2019 Irène Inchauspé
Fiscalité, dépense, laïcité, décentralisation, quotas migratoires, vote blanc, aides vertes… A l’occasion du grand débat national, l’Opinion répond aux 34 questions posées par Emmanuel Macron dans sa Lettre aux Français
Les faits – Ce ne sont pas moins de 34 questions qui sont posées dans la Lettre aux Français d’Emmanuel Macron autour de quatre grands thèmes : fiscalité, dépenses, action publique ; organisation de l’Etat et des collectivités publiques ; transition écologique ; démocratie et citoyenneté (dont l’immigration). Pour chacune, l’Opinion apporte des éléments de réponse. Et à partir de ce lundi se fait le porte-voix des entrepreneurs et des libéraux, en publiant et diffusant leurs contributions afin de peser sur le grand débat national.
« C’est pas en rétablissant l’ISF et en faisant le référendum d’initiative citoyenne qu’on réglera le problème du chômage de masse », a déclaré Emmanuel Macron face à près de 700 élus réunis à Souillac le vendredi 18 janvier. C’est pas non plus en augmentant la taxe carbone sans baisser d’autres impôts, ni en matraquant les entreprises de 72 milliards d’euros d’impôts de production. On pourrait ainsi filer l’anaphore… Plutôt que de dire ce qu’il ne faut pas faire, l’Opinion a préféré jouer le jeu et répondre de façon positive aux 34 questions posées par le président de la République dans sa Lettre aux Français.
Emmanuel Macron ne cesse de le répéter désormais : pour baisser les impôts, il faut diminuer les dépenses publiques. A la question « afin de financer les dépenses sociales, faut-il reculer l’âge de la retraite ? », l’Opinion répond oui. C’est le seul moyen de dégager vite des marges de manœuvre financières quand le poste «retraites» représente 268 euros pour 1000 euros de dépenses publiques. Il serait aussi urgent de faire le grand ménage des services de l’Etat sur le territoire : est-il normal que l’Etat dispose de six services déconcentrés pour gérer les questions de logement ? Il doit abandonner certaines missions pour se concentrer sur le régalien, en faisant de substantielles économies au passage. « L’État doit se charger de la réforme de l’État et non de la mutation des Français », explique Julien Damon, professeur à Sciences Po. Réhabilitons donc la responsabilité individuelle et sa sœur, la liberté à la hauteur de notre passion pour l’égalité. « Faites-nous comme aux hirondelles, donnez-nous du pain et des ailes », écrivait joliment Jehan Rictus dans les Soliloques du pauvre.
Respiration démocratique. Les Français demandent aussi à être entendus. Faut-il pour cela rendre possible le fameux RIC ? « Les référendums sont des armes pour les démagogues et les dictateurs », disait Margaret Thatcher. La proportionnelle pourrait être une vraie réponse à la crise de représentativité de la Ve République, mais tout est une question de dosage. Vote blanc, vote obligatoire, tirage au sort ? Tous les moyens de faire respirer notre démocratie peuvent être étudiés. La suppression du Conseil économique, social et environnemental ne serait pas un obstacle à une telle respiration.
Enfin, le débat sur l’immigration demande que l’on s’entende bien sur les termes employés. A moins de réformer la Constitution et de dénoncer la Convention de Genève, des quotas ne pourraient porter que sur l’immigration légale, de travail et étudiante. Et ne résoudraient en rien les vraies difficultés : la saturation de notre système d’asile et le renvoi des migrants en situation irrégulière. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », jugeait Camus. Avant de se faire le porte-voix des entrepreneurs et des libéraux dans le grand débat national, l’Opinion a essayé d’apporter des réponses claires à des questions parfois fort complexes.
A LIRE –  Fiscalité, dépenses, action publique: effacer quarante ans de lâchetés
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Astronomie – La Terre a vu la Lune s’éclipser cette nuit

Le Monde 21/01/2019

A shadow falls on the moon during a lunar eclipse in Vienna, Austria, January 21, 2019. REUTERS/Lisi Niesner

Une éclipse totale de la Lune s’est déroulée dans la nuit de dimanche à lundi, lors du passage de la Terre dans l’axe entre le Soleil et le satellite.
A l’heure dite, dans la nuit du dimanche 20 au lundi 21 janvier, la Lune s’est « éteinte » avant de se rallumer d’une faible lueur rouge, lors d’une éclipse totale qui a été visible depuis l’Europe, l’Afrique et les Amériques.
Dans les rues de Mexico, de Los Angeles, de Paris ou de Ouarzazate, les têtes se sont levées vers le ciel pour observer le phénomène, autour de minuit pour les continents américains, peu avant l’aube en Europe et en Afrique.

/ AFP / Luis ACOSTA

En prime pour cette éclipse, la Lune était une « super-lune », le terme utilisé quand elle se trouve à une distance relativement proche de notre planète, en l’occurrence 358 000 kilomètres.

La pleine lune avant le début de l’éclipse, à San Diego, en Californie. MIKE BLAKE / REUTERs
Pendant la phase totale de l’éclipse, la Lune est apparue colorée d’une teinte rouge ou rose. Cette teinte est due au fait que la partie rouge des rayons du Soleil, bloqués par la Terre, a été filtrée et réfractée par l’atmosphère terrestre vers l’intérieur de l’ombre créée par la Terre, et donc vers la Lune.
Pour toutes les éclipses totales, le même phénomène de coloration rouge se produit, qui transforme la Lune en disque rougeâtre à la lueur faiblarde, dans une teinte chaque fois légèrement différente, en fonction des poussières ou autres substances présentes dans l’atmosphère.

La Lune teintée de rouge, vue depuis Los Angeles. Ringo H.W. Chiu / AP
A Londres et ailleurs, les amateurs d’astronomie n’ont pas eu de chance : les nuages ont bloqué la vue. Il faudra attendre 2021, 2022 ou 2029 pour voir la prochaine éclipse dans de telles conditions, selon les régions.
Mais les habitants de Villa Nueva, au Guatemala, de Montevideo en Uruguay, de Mexico, de Miami ou encore de Paris ont eu de la chance.

(AP Photo/Eraldo Peres)

(AP Photo/Natacha Pisarenko)

. REUTERS/Mike Blake

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Un président, un oeuf

En 780 signes, un regard décalé, piquant et ironique sur l’actualité
Le billet de Michel Schifres
L’Opinion 15/01/2019
La démocratie, nous serine-t-on, ne peut être la démocratie si elle ne s’accompagne pas de deux concepts, l’humilité et la proximité. Là-dessus Donald Trump est imbattable. Le pauvre homme n’a plus de cuisinier pour cause de « shutdown », la paralysie de son administration. Pourtant il doit recevoir : alors, l’autre soir, il a fait servir des hamburgers, des pizzas et des frites. Question simplicité, on ne fait pas mieux. Eh bien, si. Un internaute a publié sur Instagram la photo d’un œuf, un œuf jaune orangé, tout lisse, de forme ovale, un œuf quoi. Ce post a battu le record de l’image la plus aimée du réseau social : plus de 25 millions de personnes l’ont plébiscitée. Certains se gausseront de l’absurdité de la démarche. A l’évidence, ils ne comprennent rien à l’époque.
Michel Schifres
mschifres@lopinion.fr
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Générosité – Les associations et fondations caritatives victimes d’une chute historique des dons

La suppression de l’impôt sur la fortune, la hausse de la CSG et la mise en place du prélèvement à la source assèchent la générosité des Français.
Le Monde 09/01/2019 Par Isabelle Rey-Lefe

De nombreuses associations caritatives comme Les Restos du cœur reçoivent des dizaines de courriers de retraités navrés de stopper leurs dons. PHILIPPE LOPEZ / AFP
Pour les associations caritatives et les fondations qui vivent d’abord de la générosité des citoyens, 2018 aura été une année noire et 2019 ne s’annonce pas moins sombre. Le syndicat France générosités, qui regroupe 97 d’entre elles, constate, sur les 2,6 milliards d’euros habituellement collectés auprès des particuliers, une baisse de 6,5 % au premier semestre 2018, qui pourrait atteindre 10 % sur l’ensemble de l’année.
Principale raison : la suppression, en 2018, de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), transformé en impôt sur la fortune immobilière (IFI). Le nombre d’assujettis a fondu de 350 000 à 150 000 foyers. Une perte de donateurs potentiels qui pouvaient, jusqu’en 2017, réduire leur imposition de 75 % du montant de leurs dons, dans la limite de 50 000 euros, mais ne voient plus l’intérêt de le faire.
Au 30 juin 2018, date de déclaration du patrimoine taxable, 58 % des dons issus de cette seule source, soit 150 millions d’euros, ont ainsi disparu. La Fondation du protestantisme, qui irrigue la trésorerie d’une centaine d’associations, a vu se volatiliser 38 % de ses recettes par dons, passées de 4 à 2,5 millions d’euros : « Nos donateurs fortunés contestaient l’ISF et préféraient nous donner que le payer, reconnaît Elsa Bouneau, directrice générale. Cet argent va manquer à des acteurs comme l’Armée du salut ou la Cimade et à leurs actions auprès des sans-abri et des migrants… »
La Fondation de France, qui abrite elle-même 850 organismes et fêtera, cette année, ses 50 ans, accuse le coup. Les sommes récoltées fondent à 100 millions d’euros, en 2018, après les 140 millions d’euros de 2017, année, il est vrai, exceptionnelle. « Il ne faut pas voir les avantages fiscaux de l’ISF ou de l’impôt sur le revenu comme des niches, mais plutôt comme un impôt choisi, pour la cause qui motive le donateur, analyse Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France. Philanthropie publique et privée se complètent et permettent au privé de révéler des causes, comme les maladies psychiques ou l’autisme, que l’Etat jusqu’ici négligeait et dont il s’emparera ensuite. »
Lire aussi Des financements solidaires en danger
Un appel d’urgence aux Français
Avec la mutation de l’ISF, la Fondation Abbé Pierre perd deux tiers de ses dons, soit 400 000 euros en moins, et la Fondation Caritas, du Secours catholique, la moitié, soit 4,5 millions d’euros. Seul le Secours islamique de France voit sa collecte augmenter un peu, de 25 à 26 millions d’euros, « mais c’est moins qu’espéré, reconnaît Mahieddine Khelladi, son directeur exécutif, car nous avons modernisé nos outils de communication par réseau social avec des moyens de paiement par Internet en direction de nos donateurs plus jeunes, qui versent entre 70 et 90 euros ».
Les organismes les plus touchés sont ceux œuvrant dans la recherche médicale. Constatant la baisse sans précédent des dons (– 16 %, soit 8 millions d’euros évaporés), la Ligue contre le cancer a lancé, le 28 décembre 2018, un appel d’urgence aux Français. L’Institut Pasteur enregistrait, en août 2018, une chute de 60 % des dons liés à l’ISF et achève l’exercice 2018 avec un recul de 12 % à 15 %, soit environ 3 millions d’euros en moins. « Nous espérions un rattrapage en fin d’année qui ne s’est que partiellement réalisé », regrette Frédérique Chegaray, responsable du mécénat.
Hormis l’ISF, tout contribuable peut déduire de son impôt sur le revenu 66 % de ses dons, dans la limite de 20 % de ses revenus, à des organismes déclarés d’intérêt général. Ces dons ordinaires proviennent des ménages de la classe moyenne, dont le salaire oscille entre 19 000 et 60 000 euros par an, et alimentent, pour France générosités, 55 % de la collecte par 73 % des donateurs.
Ils sont, eux, perturbés, en ce début 2019, par la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. « Nous sommes très inquiets car le mécanisme complexe renforce l’attentisme des donateurs », confie Mme Chegaray. Le gouvernement a prévu que le contribuable donateur bénéficie, dès janvier, de 60 % de sa réduction d’impôt, estimée sur la base des dons qu’il a faits en 2017, puis ajustée, en cours d’année, sur la réalité de ses dons en 2018. Pas sûr que tout le monde ait compris…

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« Tsunami social »
Associations caritatives prises en tenailles
Infographie Le Monde

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Décentraliser les esprits

Ouest-France 19/01/2019 Laurent MARCHAND.

Notre éditorialiste Laurent Marchand s’interroge sur les enjeux de la décentralisation en France.
À quand remonte l’extrême centralisation de la France ? Les historiens ont coutume d’évoquer plusieurs périodes décisives dans un processus qui était censé, au départ, davantage unifier que centraliser le pays. Au sortir du Moyen Âge. Avec Colbert au XVIe siècle. Avec la phase jacobine de la Révolution, puis la révolution administrative sous Napoléon. Le processus est en cours depuis des siècles. Il est donc très tenace.
Trop sans doute. Et on s’en est aperçu au sortir de la guerre, en essayant au fil des décennies d’en corriger les effets pervers. C’est de Gaulle qui lança dans les années 1960 la régionalisation. Son verdict était clair : «L’effort multiséculaire de centralisation […] longtemps nécessaire à notre pays pour réaliser et maintenir son unité […] ne s’impose plus désormais. » Il fixait un nouveau cap, dans un discours prononcé à Lyon le 24 mars 1968. «Ce sont les activités régionales qui apparaissent comme les ressorts de sa puissance économique de demain. »
Au-delà du sort du Général et de son référendum de 1969, c’est le lexique qui frappe. À l’époque, l’enjeu était la puissance économique. Depuis, on a fait beaucoup de lois, déplacé beaucoup de frontières administratives, redécoupé ici ou là, débattu des étages du millefeuille. Sans inverser néanmoins la tendance.
Un chiffre donne la mesure du décalage entre les mots et la réalité d’un demi-siècle de décentralisation officielle. La part du PIB de la région Ile-de-France dans la richesse nationale est aujourd’hui de 31 %, pour 19 % de la population et 2 % du territoire. En l’an 2000, elle était de 28 %. En 1980, de 27 %. Le bilan est terrible. C’est la bureaucratie qu’on a décentralisée, pas la richesse. On a même souvent mis le système éducatif au service du processus de concentration, en déconnectant certaines filières de la tradition pourtant glorieuse de l’université.
Exemples vertueux
L’économie reste vivante dans les provinces, malgré tout. Le « désert français » est plein d’oasis. Mais les études montrent que les métropoles régionales produisent autour d’elles, aussi, un effet d’aspiration des ressources. La géographie de tous les scrutins, du Brexit à Trump, nous confirme, dans les urnes, ce processus.
Thomas Friedman, grande plume du New York Times, de passage à Paris récemment, s’interrogeait sur les similitudes entre le désarroi des Gilets jaunes et celui des électeurs de Trump dans les États désindustrialisés. « Il y a bien une fracture entre les centres urbains et les zones périphériques, chez nous aussi. Mais cela n’explique pas tout. Certaines villes, même du mauvais côté de la barrière, rebondissent. » Comme Lancaster, en Pennsylvanie, soixante mille habitants, où il s’est immergé pendant des semaines.
Le secret ? « Tous les acteurs du territoire se sont réunis avec deux mots d’ordre : laisser leur étiquette politique à la porte de chaque réunion, et parler de ce qui peut marcher sur place. Pas à Washington ou en Californie. » Des leaders ont émergé, hors des partis. « La société civile est déterminante, parce qu’elle peut adopter une approche de long terme, sans se soucier des mandats. » Surtout, « tout le monde est d’accord sur un point : ce n’est pas la technologie qui a permis des progrès, mais les relations humaines dans l’intérêt collectif ».
Nous avons, nous aussi, nos Lancaster. Aux Herbiers (Vendée) et à Vitré (Ille-et-Vilaine), la concertation cousue main a fait reculer le chômage. Dans le Mené (Côtes-d’Armor), les énergies nouvelles ouvrent un horizon. La solution est peut-être à portée de main. Sans doute davantage qu’à Bercy.
Le ministère des Finances à Paris. Photo d’illustration. | LUC NOBOUT – IP3 PRESS/MAXPPP

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Végétarien – Végan

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Vivre ensemble / Inégalités : Le mal est profond, et ancien. Il nourrit les dérives populistes. Il étouffe à petit feu notre Démocratie.

Ouest-France 18/01/2019 François-Xavier LEFRANC.
Ouest France organise ce vendredi 18 et samedi 19 janvier les deuxièmes assises nationales de la citoyenneté. Le thème retenu cette année est celui de l’égalité des chances. Le sentiment d’inégalités reste prégnant dans la société française. Comment y répondre ?

Ouest-France organise Vivre ensemble, les Assises nationales de la citoyenneté, les vendredi 18 et samedi 19 janvier 2019 au Couvent des Jacobins. | OUEST-FRANCE
Des choses vont bien ! Incroyable, non ? On pourrait l’oublier par les temps qui courent. Et pourtant, ouvrons les yeux, regardons autour de nous. Des millions de femmes et d’hommes, à titre individuels ou mobilisés dans les associations, chez les élus, dans les entreprises, les organisations professionnelles, les institutions, l’enseignement, font grandir l’idée de la citoyenneté. Ils agissent, souvent loin des feux de la rampe. Cette citoyenneté porte en elle des valeurs essentielles de solidarité, de fraternité, proposant à tous le cadre d’un destin commun. Mais ce ciment paraît fragile quand des citoyens se sentent rejetés, exclus ou ignorés, quand monte un fort sentiment d’inégalités. Qu’en est-il ?
Le sondage (1) que nous publions aujourd’hui à l’occasion des deuxièmes assises nationales de la citoyenneté organisées à Rennes par Ouest-France montre que le sentiment d’inégalités reste prégnant. 76 % des personnes interrogées pensent qu’elles ont augmenté en France. Ce n’est pas nouveau. La même question posée il y a dix ans donnait même un résultat légèrement supérieur. En tête des préoccupations, les salaires, l’emploi, les inégalités hommes femmes, les soins, l’accès au logement. Autant de thèmes qui ont nourri les revendications des Gilets jaunes depuis le mois de novembre. Le mal est profond, et ancien. Il nourrit les dérives populistes. Il étouffe à petit feu notre Démocratie.
Agissons !
Pour inverser les choses, les Français comptent sur les maires et les élus locaux (cités par 47 % des sondés), les agents des services publics (45 %), les associations (41 %), loin devant les entreprises (25 %), le gouvernement (24 %) et les syndicats (18 %). Ce sondage illustre s’il en était besoin la crise de confiance qui touche les différents gouvernements depuis de nombreuses années. Mais ce que l’on peut également y lire en creux, c’est une confiance réelle dans les réseaux de proximité, élus locaux, associations, services publics.
La sortie de crise passera incontestablement par la réaffirmation de l’échelon de décision local. Cela restera comme l’une des leçons du mouvement des Gilets jaunes. La proximité rassure, elle favorise l’expression directe de chacun. Elle est essentielle pour renforcer la citoyenneté. Oui, la démocratie locale a de beaux jours devant elle si nous en prenons les moyens. L’attention nouvelle portée par Emmanuel Macron aux maires de France va donc dans le bon sens.
En organisant pour la deuxième année « Vivre ensemble, les Assises nationales de la citoyenneté », Ouest-France veut ouvrir largement le débat et mettre en lumière de belles initiatives. Le thème retenu cette année est celui de l’égalité des chances. Oui, il reste tant à faire ! Mais les quelque quatre-vingts grands témoins présents à Rennes ce vendredi 18 janvier et samedi 19 janvier, au Couvent des Jacobins, nous rappelleront que, dans beaucoup de domaines, l’élan citoyen est largement engagé. Un élan citoyen que Ouest-France entend soutenir.Agissons ! Débattons ! Laissons enfin souffler un vent d’optimisme !
(1) Sondage Ifop pour Ouest-France et Public Sénat réalisé du 11 au 14 janvier à l’occasion des deuxièmes assises nationales de la citoyenneté.
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L’époque – Gérard, 72 ans, médecin malgré lui

Chaque semaine, Frédéric Potet sillonne la France pour relater les petits et grands événements. A Flers, dans l’Orne, un médecin à la retraite a repris du service pour aider une ancienne patiente, atteinte d’un cancer.
Le Monde 13-14/01/2019 Par Frédéric Potet

Gérard Meunier, 72 ans, ex-médecin généraliste de Flers. imprimée, à l’encre rouge, sur sur ses ­ordonnances, la phrase : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. » 
Quand un médecin arrête-t-il de l’être, médecin ? A la retraite ? Certainement pas, estime Gérard Meunier, 72 ans, ex-médecin généraliste de Flers (Orne), ayant fermé son cabinet en 2006. Il y a trois semaines, un peu avant Noël, une ancienne patiente, Monique, 82 ans, ­atteinte de diverses affections dont un cancer du sein, lui a confié son désarroi de ne pouvoir trouver un médecin traitant, le sien ayant fait valoir ses droits à la retraite un an auparavant. L’arthrose et une thyroïdite aiguë rudoyaient alors le corps de Monique ; suffisamment pour que Gérard Meunier décide de ­« reprendre du service ». Au débotté. Et sans carte professionnelle.
Sur Internet, l’ancien docteur a relu le serment d’Hippocrate. Il en a ­extrait une phrase – « Je ferai tout pour soulager les souffrances » – qu’il a ensuite imprimée, à l’encre rouge, sur une feuille blanche A4, vouée à devenir ­ordonnance. Sur celle-ci, il a prescrit ­divers médicaments que Monique est ensuite allée chercher à sa pharmacie habituelle, comme si de rien n’était. Sa mutuelle n’a pas réagi. La Sécurité sociale non plus. Idem du conseil de l’ordre des médecins auprès duquel Gérard Meunier est encore inscrit en tant que médecin retraité.
« Qu’on ne vienne pas me chercher des poux dans la tête : je ne prends les prérogatives de personne vu que personne, précisément, ne la ­soignait jusque-là. » Gérard Meunier
« J’ai le sentiment d’être dans ma mission, plaide celui qui exerça également au centre hospitalier Jacques-Monod de Flers. La seule question que je me suis posée est de savoir comment faire en sorte que Monique cesse de souffrir. Elle chiffrait sa douleur à 5 sur une échelle de 10. Qu’on ne vienne pas me chercher des poux dans la tête : je ne prends les prérogatives de personne vu que personne, précisément, ne la ­soignait jusque-là. » Dans le salon de sa petite maison d’un quartier de Flers où elle vit seule, Monique raconte ses déboires pour trouver un médecin traitant : « J’ai dû appeler une dizaine de cabinets. Tous m’ont dit que les docteurs étaient à flux tendu et qu’ils ne prenaient plus personne. »
L’ancienne institutrice a même élargi le rayon de ses recherches à 15 kilomètres autour de Flers, jusqu’à Tinchebray-Bocage : sans plus de succès. Elle s’est rapprochée entre-temps de son ­gynécologue, afin de se faire prescrire certains antidouleurs, mais ce dernier vient à son tour de partir en retraite. L’offre – gracieuse – du docteur Meunier fut une aubaine. Monique n’a pas oublié qu’il y a trente ans celui-ci lui avait vivement conseillé de passer une mammographie au prétexte qu’elle avait atteint la cinquantaine ; Monique avait alors découvert le début d’un (premier) cancer du sein, qu’elle avait réussi à vaincre.
Ordonnances aux proches
L’initiative de l’ex-praticien de « reprendre sa sacoche » vaudra peut-être à celui-ci des remontrances de la part de la profession. « Voire des hommes politiques, dans la mesure où ce que je fais est aussi un moyen de dénoncer leur incurie », explique-t-il. Sur le sujet de la pénurie de médecins, Gérard Meunier est intarissable pour dénoncer une stratégie visant à réduire l’offre de soins afin de combler le trou de la Sécu – politique qui remonterait selon lui à l’instauration, en 1988, d’un mécanisme d’incitation à la cessation anticipée d’activité (MICA) permettant aux médecins âgés de 57 ans de cesser leur fonction libérale en échange d’une indemnité financière.
Monique n’est pas la seule patiente que le retraité accompagne ­médicalement. Il est arrivé à Gérard Meunier de délivrer des ordonnances à des membres de sa famille et à des proches. Ses voisins, à Montsecret, le village où il habite, peuvent aussi compter sur lui. « En cas de pépin, ils savent que ma porte est ouverte, à toute heure de la journée ou de la nuit, confie-t-il. Le ­savoir médical est une compétence comme une autre. Il se doit d’être partagé à des fins de solidarité. »
Frédéric Potet
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Écoles du monde : Charles Gassot, le goût des autres

Intégrales – janvier 2019 – Clara Schmelk –
Ex-Producteur de films de publicités, de longs métrages et d’évènements. A l’occasion du tournage d’un film en 1996 à Madagascar, j’ai découvert des gens de brousse totalement délaissés, livrés à eux-mêmes. Après plusieurs conversations avec le Père Pedro, l’idée de créer Écoles du Monde est née !
 © Thomas Pietrucci © Thomas Pietrucci – Depuis 20 ans, le producteur de cinéma français Charles Gassot construit des écoles dans la brousse malgache. Un combat qui donne sens à sa vie.
En 1997, le producteur de la fameuse comédie « La vie est un long fleuve tranquille » lançait à Madagascar « École du Monde », un écosystème basé autour de la construction d’infrastructures scolaires en zone de brousse. Coup de projecteur sur un projet humain qui fête ses 20 ans en mai.
« Madagascar n’est pas une zone de conflit, enfin presque ! » sourit Charles Gassot, un grand bonhomme qui nous reçoit dans un bureau parisien visité par le soleil : « il y a les feux de brousse, qui, durant la saison sèche (d’avril à novembre), provoque la disparition de centaines de milliers d’hectares de forêts et de collines et brûlent des bâtiments. Autant dire que pour une ONG d’infrastructures destinées à la scolarisation des enfants de brousse, les feux représentent l’ennemi n°1.
Crédit Photo : Charles Gassot, pour Intégrales. Crédit Photo : Charles Gassot, pour Intégrales.
Produire La vie est un long fleuve tranquille et s’apercevoir qu’elle ne l’est pas partout. C’est l’histoire de Charles Gassot, producteur de comédies françaises, (La vie est un long fleuve tranquille, La Cité de la peur, Ceux qui m’aiment prendront le train, Le Goût des autres…) qui découvre, à l’occasion d’un tournage de six mois, un pays classé 155ème sur la liste des 187 pays les plus pauvres de la planète, Madagascar. Ecoles du Monde est né, il y a vingt ans. L’ association s’est donné pour objectif d’améliorer les conditions de vie en brousse dans la région de Mahajanga à Madagascar, afin de donner le choix aux populations de pouvoir continuer d’y habiter et à y travailler de manière autonome.
mada1En 2017, Écoles du Monde inaugure son école pilote dans le village de Besely, au Nord-Ouest de Madagascar. Ce site regroupera, à la fois des écoles maternelle et primaire, et un ensemble d’infrastructures (théâtre, terrain de sport, bibliothèque…).
Ecosystème
Dans un premier temps, le producteur a convaincu des entreprises, à l’instar de Veolia, de l’aider à construire les premiers puits destinés à fournir de l’eau potable, condition indispensable pour bâtir une première école primaire à Maromiandra, près de Majunga, ainsi que les infrastructures nécessaires à son fonctionnement : un château d’eau, un bloc sanitaire équipé de douches et toilettes, des puits, une maison pour les instituteurs, une infirmerie et une bibliothèque. « Une école en brousse, c’est tout un éco-système : l’enseignement, pour être durable, passe aussi notamment par la mise en place de programmes de sensibilisation à l’environnement et de formation à l’agriculture, explique Charles Gassot.
mada2Aussi, l’assiduité des enfants à l’école passe par la sécurité alimentaire des villages : Écoles du Monde a donc mis en place des rizicultures scolaires destinées à former les élèves aux techniques les plus performantes, qu’ils pourront transmettre à leur famille et par ce biais, à l’ensemble du village. Sur la plupart des sites, d’autres projets s’ajoutent à la riziculture : jardins potagers et plantation d’arbres fruitiers.
Bilan sur 20 ans : 15 écoles, 160 puits, 5 dispensaires et 1000 hectares d’arbres plantés. « Nous avons réussi la sédentarisation en brousse de 30 000 villageois sur 15 sites, dont certains avaient été dépeuplés, et la scolarisation de plus de 12 500 enfants en écoles maternelle et primaire. L’ONG a également construit plus de 160 puits et 20 châteaux d’eau, créé 5 dispensaires, permis le reboisement de plus de 1000 hectares d’acacias, et s’attache depuis 2014, à accompagner la scolarisation, dans le collège et le lycée publics de la ville de Majunga, des élèves issus des villages de brousse. » détaille le fondateur de l’association.
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En France, il peut s’appuyer sur une équipe de 6 bénévoles et une salariée, basée à Paris, et sur des associations antennes à Semur-en-Auxois, Dijon, Lusignan Petit, Le Mans qui se sont créées pour soutenir l’action d’EDM. L’équipe de l’ONG à Madagascar, installée à Majunga, comprend 7 salariés malgaches qui assurent le suivi des projets de l’association, dont Marie-Claire Ramanampisoa, ambassadrice d’EDM aux côtés de Charles Gassot. Cette équipe travaille en lien avec des agents de terrain : enseignants, médecins, sages- femmes, infirmières, agents de maintenance, agents agricoles.
« Le plus difficile est de former durablement des enseignants et du personnel qualifié issus du vivier local« , explique Charles Gassot à Intégrales. Pour ce faire, le producteur mise sur la génération à venir : certains anciens élèves sont déjà devenus des professeurs.
Sa filmographie :
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Toutes les infos pratiques pour soutenir le projet.
Les besoins pointés par Écoles du Monde en matière de compétences bénévoles : médecins, infirmières, dentistes, ophtalmologistes, pédagogues de la petite enfance, instituteurs, professeurs d’arts plastiques, ingénieurs agronomes, spécialistes en énergie et en eau ou stylistes et musiciens. L’ONG les accueille de mars à décembre, pendant la période sèche (les bénévoles voyagent par leurs propres moyens et sont pris en charge sur place). Concernant les dons matériels : des cahiers d’éveil pour la petite enfance, des cahiers de coloriage, des cahiers de vacances du niveau primaire et des jeux d’échecs.

 

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Bientôt un jardin d’Éden dans le désert égyptien ?

Courrier International – 
Dessin de Ale+Ale, Italie.
Un entrepreneur munichois assure pouvoir transformer les environs du Caire en une oasis luxuriante. Un projet démiurgique qui suscite beaucoup d’intérêt alors que la planète continue de se réchauffer.
Dieu est marchand de fleurs et sa boutique se trouve, on ne s’en étonnera pas, au 60 Himmelschlüsselstraße [littéralement, “rue de la clé du ciel”], dans un quartier quelconque du nord de Munich. Il y a une certaine logique dans le fait d’avoir rendez-vous avec Dieu dans la Munich céleste. Et il est tout à fait sympathique, voire riche de sens, que les locaux sans chichis de sa société de vente de plantes en gros, GKR Germany, soient installés dans une ancienne pépinière, dans un endroit banal, près [du quartier sensible de] Hasenbergl.
Wolfgang Plattner fait observer en toute modestie qu’il n’est ni fleuriste ni Dieu. Même si l’entrepreneur de 59 ans, visionnaire autodidacte et artiste à ses heures qui, dès l’âge de 14 ans, arrondissait son argent de poche en vendant des fleurs coupées, annonce : « Je vais faire pleuvoir dans le désert. Et puis j’y ferai pousser une grande forêt.”
En toute humilité, donc. Peut-être Dieu prise-t-il l’ironie, après tout. Wolfgang Plattner sourit. Saugrenue de prime abord, son idée de reverdir le désert à terme, pour y recréer ce qui existait il y a 2 000 ans dans d’autres conditions climatiques, à savoir une forêt luxuriante et fertile, est plus qu’une simple chimère. Au beau milieu du désert égyptien, à 30 kilomètres à l’ouest du Caire, le promoteur immobilier Palm Hills Developments entend bien concrétiser d’ici quelques années le projet Badya, du cabinet d’architectes et d’urbanistes francfortois Albert Speer und Partner (AS+P), soit une ville de 150 000 habitants sur 1 260 hectares de surface.
Il y a deux mille ans, le désert était une forêt. À 30 kilomètres à l’ouest du Caire, elle pourrait devenir une ville-jardin pour 150 000 habitants. (Photo: Albert Speer et partenaire)
Futuriste, mais pas irréaliste
Le projet est rattaché à la Ville du 6 Octobre, une des nombreuses cités satellites qui ont fleuri à la périphérie du Caire pour délester une […] (la suite est réservée aux abonnés)

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