Planter des arbres pour ne pas planter la planète

Siné Mensuel – avril 2019 – Maxime Carsel –
Savez-vous combien il y d’arbres sur Terre ? 3 000 milliards. Et savez-vous combien il faudrait en planter pour qu’on respire enfin et qu’on envisage un avenir pour l’espèce humaine ?
La forêt est la seule solution d’envergure qui permette d’agir sur le climat, reconnaissent tous les spécialistes. Qui dit climat dit avant tout concentration de CO2 dans l’atmosphère. Celle-ci est mesurée en PPM (partie par million). En 1850, on mesurait 250 PPM de CO2, aujourdhui nous avaons atteint 411,8 PPM. Du jamais-vu. Une étude récente parue dans Nature Géoscience montre que si cette teneur devait atteindre les 1200 PPM, nous verrions disparaître les nuages de basse altitude, entraînant une montée en flèche des températures et la disparition de toute vie sur terre. 
Du coup, bonne nouvelle, plusieurs pays se sont mis à l’œuvre en créant des forêts entières : 200 millions d’arbres plantés au Mexique, 700 millions en Éthiopie, 1 milliard au Pakistan ! Ce dernier veut même aller plus loin en affichant un score de 10 milliards d’arbres. Beau palmarès. En France, la ville de Voinsles en Seine-et-Marne, a planté 10 000 arbres pour sensibiliser à l’importance des forêts sur le climat.  « Cette forêt va nous permettre de stocker 50 tonnes de CO2 pendant la période de croissance des arbres, de recréer un écosystème forestier, de purifier l’air, de filtrer l’eau… » explique Stéphane Hallaire, le président de Reforest’Action, qui en a déjà planté 3 millions depuis 2010.
 © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP Quelque 10.000 arbres sont actuellement en train d’être replantés à Voinsles, en Seine-et-Marne. Une opération aux multiples bénéfices, notamment pour la biodiversité.
La Terre compte à ce jour 3 000 milliards d’arbres. Ce comptage a été réalisé par l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS) en traitant des données issues d’études de terrain et satellites à l’aide de machine learning.  Le chercheur Thomas Crowther, de l’école polytechnique de Zurich, a commenté ces résultats en estimant qu’il serait nécessaire d’en planter 1 200 milliards de plus pour absorber l’équivalent d’une décennie d’émission de CO2.
Loin d’être farfelue, cette proposition est tout à fait envisageable. Il suffirait que 120 pays soient volontaires pour planter 10 milliards d’arbres. Prenons exemple sur le Pakistan, la mission est loin d’être impossible. Ensuite, si l’on observe le record détenu par l’Inde qui a planté 66 millions d’arbres en douze heures, nous pouvons donc imaginer en planter 10 milliards d’autres en cent jours.
juillet 2017 ; 66,75 millions d’arbres plantés en 12 h en Inde : record mondial ! Shivraj Singh Chouhan /
Si les différents gouvernements s’organisent avec les scientifiques et les associations compétentes pour choisir les essences les mieux adaptées à leur milieu, le coup d’envoi pour cette plantation géante et simultanée pourrait rapidement se concrétiser. Cent jours pour bâtir notre meilleur rempart contre le réchauffement climatique, c’est inespéré. « L’intelligence, c’est la capacité de s’adapter au changement« , déclarait le physicien Stephen Hawking. Soyons réalistes, devenons intelligents.
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Ministère de l’intérieur / Interview – Non, je n’ai rien oublié

Christophe Castaner: «Je garde mon âme et mon parcours d’homme de gauche»
L’Opinion 19/04/2019 Ivanne Trippenbach
Six mois après sa nomination, en octobre 2018, le ministre de l’Intérieur dresse un premier bilan dans un entretien accordé à l’Opinion

Christophe Castaner, dans son bureau ministériel place Beauvau. © Sipa Press
Octobre, inondations dans l’Aude. Novembre, début des Gilets jaunes. Décembre, violences dans les lycées, fronde des policiers, attentat de Strasbourg et traque de Chérif Chekatt. Janvier, explosion de gaz dans le IXe arrondissement de Paris. Février, polémique autour des lanceurs de balles de défense (LBD). Mars, retour du chaos sur les Champs-Elysées, décapitation de la préfecture de police. Avril, incendie historique de Notre Dame… Depuis sa nomination, le ministre de l’Intérieur enchaîne les crises.
Vous fêtez vos six mois à la tête du ministère de l’Intérieur. Quel a été le moment le plus éprouvant ?
Le 1er décembre, lors de l’acte III des Gilets jaunes, le préfet de police m’appelle et me dit : «C’est terrible». Il y a un moment de doute. Va-t-on tenir les grilles de la maison ? Plusieurs fois, on reprend l’Arc de Triomphe. Quand le préfet explique qu’on ne peut plus tenir, je prends la décision de lâcher pour éviter un mort. Entre le 1er et le 8 décembre, je donne des instructions pour adapter le dispositif… Voilà un moment parmi d’autres. C’est un ministère de tensions. Vous vous battez pour préserver le droit fondamental de manifester et on vous lit comme voulant empêcher les manifestations. Vous êtes sur le fil du rasoir.
Depuis les violences du 16 mars sur les Champs-Élysées, avez-vous comme Brice Hortefeux préparé vos cartes de visite d’«ancien ministre» ?
Il est certain que c’est le ministère le plus exposé. J’en avais conscience, je le vis. Ici, c’est le règne de l’immédiateté, du quotidien, autant que de l’exceptionnel. Le «merci» d’une femme que vous avez désincarcérée d’une voiture accidentée a autant de valeur que le regard du monde sur Notre-Dame de Paris. Vos décisions sont lourdes parce qu’elles touchent la citoyenneté et les libertés publiques. Vous appuyez sur un bouton et la machine peut être extrêmement puissante, jusqu’à la neutralisation d’un forcené ou d’un terroriste.
Avez-vous réussi à vous faire accepter de la maison ?
L’Intérieur, c’est le ministère de l’incarnation, qui a besoin d’un chef. La difficulté, c’est qu’il faut être à la fois chef des préfets et des gardiens de la paix. Vous êtes forcément aimé des uns, détesté des autres. Mais Bernard Cazeneuve avait 61% de mauvaise opinion lorsqu’il est devenu Premier ministre… Etre aimé, ce n’est pas le sujet.
Quelles erreurs ont été commises en matière d’ordre public, notamment à Paris ?
Ne cherchons pas à culpabiliser la préfecture de police de Paris. Il y a eu des violences et de la casse partout. La première des erreurs, c’est qu’on a désarmé l’ordre public en France, ce n’était plus un sujet jusqu’aux manifestations contre la loi El Khomri. Il a fallu adapter la doctrine. Dans l’art de la guerre, le renseignement est majeur et face aux Gilets jaunes, on avait des publics qu’on ne connaissait pas. Défaut d’adaptabilité de la gestion de l’ordre, défaut d’information et hyperviolence : même en Mai-68, on n’avait pas ces actes de guerre.
Regrettez-vous des mots jugés brutaux à l’égard des Gilets jaunes ?
Ce que j’ai dit dès le départ, c’est qu’il fallait protéger les manifestants. Le 17 novembre, il y a eu 1 200 manifestations non déclarées. Au total, neuf morts en marge des blocages. Un blessé qui porte un gilet jaune ou un képi bleu est un blessé de trop. Mais le ministre de l’Intérieur doit nommer les choses. Quand un individu arrache à un policier un fusil-mitrailleur HK et le frappe au sol, qu’est-ce, sinon un acte de guerre ? Trop de fois, j’ai entendu des policiers et de gendarmes dire : «Ils ont voulu nous tuer». Quand on attaque violemment les policiers et que je les défends, j’assume parfaitement de ne pas dire ce que les gens ont envie d’entendre.
Vous avez été salué par l’extrême droite après avoir qualifié les ONG de «complices» des passeurs, aux côtés de l’Italien Matteo Salvini. Quel était le but ?
Je n’enlève rien à cette déclaration. Devant Matteo Salvini, je cite son prédécesseur pour expliquer que la baisse des arrivées de migrants en Italie est due à des mesures prises par le précédent gouvernement. Je le fais à dessein. Cela se traduit par une information tronquée : Castaner s’aligne sur Salvini. Il y a un sujet lié à la société médiatique. Le ministère de l’Intérieur est aussi celui de l’immigration — je rentre d’un déplacement à Mayotte sur la question migratoire….
«La rivalité avec Laurent Nuñez n’existe pas. Il est politique de façon différente, et je maîtrise les dossiers techniques. Je ne suis pas un techno, ni un fonctionnaire. Je suis le patron de ce ministère»
Vous êtes justement à Mayotte lorsque l’incendie de Notre-Dame de Paris se déclare. Comment gérez-vous la crise ?
C’était dur de ne pas être sur place. Mais cet incendie exceptionnel a été géré par les meilleurs : la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), sous l’autorité du général Jean-Claude Gallet, ainsi que l’ensemble des forces mobilisées sous l’autorité du préfet de police. Je me souviens d’avoir été aux côtés du général Gallet, rue de Trévise [après l’explosion de gaz qui a fait 4 morts et 50 blessés en janvier]. J’ai vu l’intelligence des situations et le courage de cet homme. Dans l’immeuble en feu, trois pompiers sont entrés, deux sont morts, le troisième était sous les gravats. On l’aperçoit, on ignore s’il respire. Le général Gallet me dit : «Voilà Monsieur le ministre ce que je vais faire, je vais demander aux sapeurs-pompiers professionnels s’il y a des volontaires et s’ils assument d’y aller». Sa force, c’est qu’il ne demande pas comme d’autres : «Voilà Monsieur le ministre ce qu’on pourrait faire, qu’est-ce qu’on fait ?». Lui, il prend toute sa responsabilité. Il sait que c’est la bonne décision, il m’en informe, il sait que je peux lui dire non. Ça, c’est le vrai courage. Avec 20 pompiers qui montent dans la tour nord de Notre-Dame, lundi, des minutes décisives se jouent où tout peut s’effondrer. Ils ont sauvé Notre-Dame.
Dans votre duo avec Laurent Nez, êtes-vous le politique et lui le technicien?
La rivalité n’existe pas. Il est politique de façon différente, et je maîtrise les dossiers techniques. Je ne suis pas un techno, ni un fonctionnaire. Je suis le patron de ce ministère. Qui est celui de la sécurité, mais aussi celui de la protection, de la citoyenneté.
Même en période de crise permanente ?
Heureusement ! L’arbre des Gilets jaunes ne doit pas cacher la forêt de la citoyenneté.
La loi anticasseurs était-elle nécessaire ?
Je l’ai défendue. L’article sur l’interdiction de manifester nous aurait aidés. Mais celui qui nous permet de réaliser des contrôles et des fouilles est essentiel. De même, le fait de masquer son visage doit se cumuler avec la violence pour constituer un délit. C’est un outil nouveau dont nous nous sommes servis samedi dernier, où il y a eu 35 interpellations pour ce motif, dont 17 à Toulouse où des groupes de casseurs ont cherché à commettre des violences.
Et donc, cette loi reflétait-elle votre pensée ?
Je garde mon âme et mon parcours d’homme de gauche. Je ne me sens pas mal à l’aise avec ce texte. Au PS, je faisais partie de ceux qui ne se sentaient pas gênés par les caméras de vidéoprotection. La loi anticasseurs n’est pas liberticide. Les Black blocs sont liberticides. L’ordre, s’il est juste, est nécessaire. Ce n’est pas une valeur de droite. La sécurité est un droit.
Quelles décisions avez-vous prises dans la lutte antiterroriste ?
Après l’attentat Strasbourg, j’ai demandé à ce que soit déclinée une doctrine de suivi de la radicalisation par département. J’ai aussi assumé d’être un politique. Juste après l’attaque, je vais à Strasbourg et je décide de rouvrir le marché de Noël. J’aurais pu laisser le maire de Strasbourg assumer seul, une décision extrêmement compliquée puisque le terroriste est en cavale. Mais j’assume, parce que c’est une victoire symbolique. Je suis la traque pendant 48 heures. Quand le terroriste est abattu à 23 heures, je suis le premier à vérifier son identité afin d’informer le Président et le Premier ministre.
Vous qui avez suivi Emmanuel Macron dès le début, craignez-vous qu’il soit isolé ?
Il y a un vrai courage chez Emmanuel Macron. Il ne navigue pas à vue selon l’opinion publique. Il l’a montré dès le début avec les ordonnances travail et l’abrogation de l’ISF. Mais on est dans un phénomène d’hystérisation collective. Il est le président de la République, il est au sommet de la pyramide, alors oui, il prend la lumière… et les coups. Mais c’est lui qui a créé un mouvement qui dépasse les clivages.
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Le difficile dialogue entre Berlin et Paris

Ouest-France 19/04/2019 par Laurent MARCHAND.

Angela Merkel et Emmanuel Macron lors du sommet européen extraordinaire à Bruxelles, le 11 avril 2019. | EVA PLEVIER / REUTERS
Commentaire – Il y a une semaine, à Bruxelles, pour la première fois depuis le début de la négociation sur le Brexit, des brèches sont apparues dans l’unité européenne. Paris et quelques pays voulaient plus de fermeté sur le calendrier. Berlin et une majorité de partenaires, eux, étaient disposés à donner à Theresa May plus de temps. Un an même. Un compromis (six mois) a été trouvé.
L’avenir nous dira qui avait raison. Si ce délai a effectivement permis aux Britanniques de clarifier leur situation, ou s’il n’a fait qu’embourber les Européens. Mais ces divergences ont montré combien les priorités de Paris et celles de Berlin sont aujourd’hui distantes.
En septembre 2017, juste avant les élections allemandes, le président Macron avait, dans son discours de la Sorbonne, mis sur la table une série de propositions ambitieuses pour réformer l’Europe. Le résultat du vote allemand, et les six mois de négociations pour accoucher d’une nouvelle grande coalition, avaient laissé l’appel de la Sorbonne sans réponse.
De nouveau, à quelques semaines des élections européennes, Emmanuel Macron vient d’écrire le mois dernier une lettre aux Européens, censée remettre le thème des réformes à l’agenda. Certes, en 2017 comme aujourd’hui, il y a une visée politique à ces propositions. Mais il y a aussi des idées.
Or, de nouveau, Berlin ne relance pas. Ou plutôt, c’est la dauphine de la Chancelière, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), qui a pris la plume le mois dernier.
Ralentissement allemand
Sur un ton très inamical, puisque la nouvelle patronne de la CDU a, sans raison crédible, attaqué la France sur deux sujets sensibles : le prétendu partage du siège de la France au Conseil de Sécurité, et la question du rapatriement du Parlement européen à Bruxelles. Au moment où Berlin est demandeur d’une défense européenne, c’est pour le moins contradictoire.
La motivation avancée côté allemand par ceux qui tentent, tant bien que mal, de récupérer la situation, serait la faiblesse d’AKK à la tête de son parti, sous pression de son aile droite. Soit. Le positionnement d’En Marche, qui n’est le parti frère ni de la CDU ni du SPD, n’aide pas. Soit. Mais l’explication est courte et confuse. D’autant plus qu’en matière de réforme de la zone euro, c’est toujours un non ferme que Berlin oppose.
En fait, les priorités allemandes sont d’abord d’ordre commercial. Les menaces explicites lancées par Donald Trump contre le secteur automobile allemand, dans un contexte de risque majeur de repli protectionniste, ont amené Berlin à placer au second rang son ambition européenne. D’autant que cette année, l’Allemagne ne va croître que de 0,5 %. Trois fois moins que la France. Du jamais vu depuis dix ans.
Aussi, après avoir vu une Allemagne très réticente à mutualiser l’investissement en Europe durant la crise financière – malgré d’énormes excédents commerciaux – on risque de voir une Allemagne toujours aussi frileuse et plus que jamais repliée sur ses seuls intérêts.
Tous les pays défendent leurs intérêts, c’est normal. Mais lorsque l’on a en partage une monnaie et un marché unique, le premier de la classe se doit d’avoir une ambition commune. Sinon, il impose uniquement sa force. Dans le cas de l’Allemagne, c’est s’exposer à un très haut risque de rejet. Comme le montre la demande de réparation des dettes de guerre avancée cette semaine par le Parlement grec.
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Le gouvernement bloque l’interdiction du marketing ciblant les enfants pour la malbouffe !

Biocontact magazine – avril 2019 – Foodwatch France –
Après le fiasco de la loi Alimentation, une proposition de loi débattue le 21 février dernier offrait une vraie occasion de prendre cette mesure en France : la loi « Protéger la population des dangers de la malbouffe », présentée par le député Loïc Prud’homme, président de la récente commission d’enquête parlementaire sur l’alimentation industrielle. Après quelques couacs de départ, cette proposition a abouti à des débats et amendements vers un consensus de nombreux députés, dont Michèle Crouzet, rapportrice de cette même commission. Mais le Gouvernement a fait barrage.
© Ivan Karpov/AdobeStock.
L’enjeu est pourtant de taille. Un enfant sur six en France est en surpoids ou obèse. Pour les protéger, tous les experts recommandent des règles claires pour interdire la publicité et le marketing qui ciblent les enfants, pour les produis trop sucrés, trop gras, trop salés, sur tous supports.
Foodwatch y a cru… jusqu’à ce que le représentant du Gouvernement intervienne pour faire supprimer l’article de la loi sur la publicité, purement et simplement, coupant court à tout débat. Et malheureusement, cette intervention de Marc Fesneau, ministre auprès du Premier ministre chargé des relations avec le Parlement, a, elle, bien été votée par la majorité. Pourquoi le Gouvernement s’est-il opposé ? Parce que « les pouvoirs publics ont toujours privilégié une démarche pédagogique » à coups de chartes volontaires. Or ni la charte CSA, qui n’a rien de contraignant, ni les engagements volontaires des multinationales telles qu’EU Pledge, qu’elles ne respectent pas elles-mêmes, ne suffisent à faire changer les pratiques. C’est aux autorités publiques de protéger la santé publique !
Qu’attend-on pour interdire les pratiques irresponsables des industriels de la malbouffe, qui ciblent nos enfants à travers leur marketing ? Foodwatch met en ligne une pétition à cet effet, parce que votre action compte.
Foodwatch est une organisation à but non lucratif qui se bat pour une alimentation sans risques, saine et abordable pour tous et toutes. Nous faisons entendre la voix des consommateurs∙rices, nous militons pour plus de transparence dans le secteur alimentaire, et défendons notre droit à une alimentation qui ne porte atteinte ni aux personnes, ni à l’environnement. foodwatch est un contre-pouvoir citoyen et lanceur d’alerte dans le secteur alimentaire.
Foodwatch France 53, rue Meslay – 75003 Paris Tél. : 09.67.10.86.49 Site : www.foodwatch.fr
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Mais pourquoi la date de Pâques change chaque année ?

Ouest-France – 19/04/2019 – Correspondance Nicolas Montard –
Le dimanche de Pâques le 21 avril ? Une date tardive alors que l’an dernier, la célébration religieuse était le 1er avril. Mais comment cette date est-elle choisie ?
21 avril cette année. 12 avril en 2020, 4 avril en 2021, 17 avril en 2022… Et l’an dernier, c’était un 1er avril… Si Noël est toujours un 25 décembre, pour le dimanche de Pâques, la donne est un peu plus compliquée. Cocher d’office la date dans son agenda est impossible, puisqu’elle oscille entre le 22 mars et le 25 avril.
Pour comprendre comment la date de la célébration de Pâques a été déterminée, il faut d’abord avoir en tête une donnée : le pouvoir des calendriers. « La question du temps a toujours été très politique, estime Régis Burnet, historien et enseignant à l’Université Catholique de Louvain en Belgique. Quand un souverain ou une autorité religieuse met en place un calendrier, c’est une manière d’asseoir son pouvoir. »
Pour comprendre, il faut avoir en tête le pouvoir des calendriers, estime Régis Burnet, historien et enseignant à l’Université Catholique de Louvain en Belgique. (Photo : DR)
Particularité de Pâques, elle est célébrée par les chrétiens, mais aussi par les juifs. Sauf qu’elle n’a pas le même sens.
À l’origine la fête juive, Pâque – sans « s » – commémore la sortie des Hébreux d’Égypte. Elle est fixée le jour de la pleine lune de printemps. La résurrection du Christ ayant eu lieu pendant cette fête de Pâque juive, les premiers chrétiens instituent donc leur célébration de Pâques (avec un « s ») au même moment. Sauf qu’au fil des années, selon les communautés chrétiennes, les lieux d’habitation et les tendances théologiques, on se met à commémorer la résurrection à des jours différents…
De la difficulté d’instaurer une date de Pâques
« Le problème, c’est que si vous ne célébrez pas les fêtes au même moment, vous ne pratiquez pas la même religion », reprend Régis Burnet.
En 325, le pouvoir chrétien décide d’harmoniser le tout… pour ses pratiquants et de bien marquer sa différence avec les juifs. Lors du concile de Nicée, l’empereur romain Constantin institue que « Pâques est le dimanche qui suit le 14e jour de la Lune qui atteint cet âge le 21 mars ou immédiatement après ». Soit le premier dimanche qui suit la pleine lune de printemps, donc forcément après le 21 mars. Aussi simple que ça… Ou presque.
Parce qu’à l’époque, on utilise le calendrier julien. Un calendrier qui décale légèrement les saisons par rapport à l’année astronomique. Sur une année, l’écart est ridicule, mais sur des siècles, c’est une autre histoire. L’équinoxe de printemps, en théorie le 21 mars et qui détermine donc la date de Pâques comme édicté à Nicée, s’avance dans le temps (en 1572, c’est un 11 mars). À force, on finira par fêter Pâques en automne…
Le pape Grégoire XIII résout le problème. Privilège des puissants, il rééquilibre le calendrier par une année plus courte : en France, on est passé directement du 9 décembre au 20 décembre 1582 ! Par la même occasion, on adopte le calendrier grégorien, encore en vigueur aujourd’hui. Calendrier que les chrétiens orthodoxes rejettent. Voilà pourquoi depuis ils fêtent Pâques en décalage avec nous.
Une erreur cette année ?
« La date de Pâques reste abstraite, c’est une convention », conclut Régis Burnet. (Photo d’illustration : Phovoir)
Récemment, un Breton, Howard Crowhurst, a remis ce calcul en cause. Il estime que Pâques aurait dû correspondre cette année au dimanche 24 mars. Ses raisons : la date d’équinoxe de printemps 2019 était le 20 mars. Il a écrit au pape et attend toujours une réponse.
Son argumentaire laisse sceptique Régis Burnet : « Ce qu’il faut retenir, c’est que la fête de Pâques est mobile parce qu’elle dépend de la lune, mais d’une lune ecclésiastique ou théorique. La date de Pâques reste abstraite, c’est une convention. »
Bref, se fier à une astronomie exacte n’a pas de sens pour déterminer Pâques. Une chose est en tout cas sûre : l’Ascension et la Pentecôte suivent bien Pâques, respectivement quarante et cinquante jours après.
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Castaner, épreuves en cascade

Six mois déjà…

L’Opinion 19/04/2019 Ivanne Trippenbach
Alors que le ministre de l’Intérieur enchaîne les crises, ce samedi de mobilisations fait figure de nouveau test pour le patron des flics sorti fragilisé des dernières violences. Dans une interview à l’Opinion, il assure «garder son âme d’homme de gauche»
Les faits
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Des produits ménagers qui ne font pas bon ménage avec votre santé

Générations futures – 12/04/2019 –
Les produits ménagers du quotidien présentent un danger pour la santé et polluent notre environnement intérieur.
C’est ce que vient confirmer la nouvelle enquête de 60 Millions de consommateurs, qui dénonce la présence d’un cocktail de substances chimiques toxiques pour la santé et l’environnement dans la plupart des produits ménagers. L’analyse de 60 produits ménagers révèle la présence de nombreuses substances allergisantes, irritantes, perturbatrices endocriniennes, cancérogènes ou reprotoxiques pour l’homme. Ces substances polluent non seulement l’air intérieur, mais aussi l’environnement.
Parmi les composés nocifs, on retrouve des substances acaricides, biocides, destinées à tuer les bactéries, les virus, les champignons (ammoniums quaternaires, benzalkonium), des conservateurs toxiques et allergisants (benzisothiazolinone et isothiazolinone, ce dernier étant présent dans 67% des produits).
La rédactrice en chef adjointe de 60 Millions de consommateurs a déclaré à France info : « Dans les publicités, il suffit d’un pschitt pour que tout brille. Monsieur Propre ne vous dit pas tout ce que vous mettez dans vos poumons, dans ceux de vos enfants et de la planète ».
Rappelons que le décret relatif à l’encadrement de certaines catégories de produits biocides, dont les produits désinfectants ménagers, est actuellement en cours d’élaboration. Ce décret, destiné à la mise en application de l’article 76 de la loi Agriculture et alimentation, vise à mieux encadrer la commercialisation de certains produits biocides destinés aux particuliers, en interdisant leur vente libre-service, la publicité et les pratiques commerciales avantageuses telles que les remises, les rabais et les ristournes. Néanmoins, le Gouvernement ne semble pas vouloir saisir l’occasion offerte par ce décret pour protéger véritablement les consommateurs et l’environnement. En effet, en l’état actuel des discussions, la mesure la plus protectrice, à savoir l’interdiction de la vente libre-service, est reportée probablement à 2020.
« Une nouvelle fois, cette enquête vient montrer la présence alarmante de produits toxiques pour la santé et l’environnement dans des produits d’usage quotidien, dont on ne se méfie pas et que l’on utilise en pensant assainir son intérieur. On ne peut pas tolérer la présence d’autant de substances dangereuses dans des produits vendus librement en grande surface. Il est tout aussi inacceptable que la responsabilité des industriels ne soit pas engagée et qu’ils ne soient pas contraints à substituer ou retirer les substances les plus dangereuses de leurs produits » déplore François Veillerette, Directeur et porte-parole de Générations Futures.
« Plus largement, nous réitérons notre demande au Gouvernement de revenir sur sa position actuelle et d’agir préventivement en retirant de la vente libre-service tous les produits contenant des substances classées en raison de leur toxicité aigüe ou chronique pour l’homme et pour l’environnement, ou de leur potentiel perturbateur endocrinien. De très nombreux produits ménagers sont concernés. » ajoute-il.
En attendant des mesures protectrices fortes, nous vous conseillons avant tout de bien aérer (matin et soir) votre logement et de privilégier l’utilisation de produits simples tels que le vinaigre blanc, le bicarbonate de soude et le savon noir.
Pour plus d’informations sur la présence des perturbateurs endocriniens dans notre quotidien et les moyens de s’en protéger, référez-vous à notre brochure.
Lire notre brochure :  » Perturbateurs endocriniens s’informer pour se protéger »
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Complotisme – Après Notre-Dame, pas de trêve pour la haine

L’opinion 16 avril 2019 Nicolas Beytout
C’est devenu un réflexe obligé, en pareille circonstance : tous les partis politiques ou presque ont annoncé suspendre leur campagne pour les élections européennes, le temps que retombe un peu l’émotion provoquée par le désastre de l’incendie de Notre-Dame de Paris. Une forme de délai de décence avant que ne reprenne le cours de la vie publique, les annonces du chef de l’Etat et la bataille politique quotidienne. Comme toujours.
Pas de trêve, en revanche, pour le complotisme le plus crétin sur les réseaux sociaux : le sinistre se déclare dans les combles de la cathédrale quelques dizaines de minutes avant une intervention capitale d’Emmanuel Macron, c’est bien que le chef de l’Etat doit avoir quelque chose à cacher ; une silhouette est aperçue, immobile sur le toit en feu, et cette unique statue épargnée par la Révolution française devient un terroriste ; un pompier en chasuble circule sur les balcons d’une tour de la cathédrale et ce sera, vu de loin, un homme en djellaba. Il n’y a pas de frein au morbide, pas de limite à l’insinuation répugnante.
Pas de trêve, non plus, pour la haine, celle qui s’est déversée par dizaines et dizaines de milliers de messages sur les réseaux sociaux contre « les-milliardaires-qui-préfèrent-donner-pour-des-vieilles-pierres-plutôt-que-pour-les-pauvres ». Pas de pause dans le combat viscéral contre ces très riches Français : ils offrent, ce n’est pas assez ; ils donnent, c’est la preuve qu’on pouvait leur prendre. Dans les caisses vides d’un Etat surendetté, cet argent a beau être une aubaine et la seule condition d’une reconstruction rapide de Notre-Dame, la jalousie ne fait jamais relâche.
Partout dans le monde, on applaudit ceux qui donnent pour les arts, qui financent la culture ou sauvent un pan d’histoire. Partout, les mécènes sont remerciés pour leur générosité. Rares sont les sociétés où on les déteste. Ce sont des pays tristes.
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Réflexion sur les énergies de la constellation du Bélier (deuxième Pleine Lune dans ce signe en 2019)

     
      Le monde entier traverse une crise profonde qui dévoile tout un pan de dévastations et qui, en même temps, réamorce la Vie. Quels que soient les choix humains et leurs résultats, le rythme immuable des cycles naturels perdure. La végétation fleurit, verdit, une nouvelle vie s’éveille suite à l’hiver plus obscur.
     De cette seconde impulsion donnée dans le signe du Bélier émane un regain supplémentaire d’énergie qui se propagera tout au long de l’année. Cette énergie est globale et elle stimule l’intelligence collective qui, actuellement, pousse les êtres humains à penser en termes de projets communautaires et à s’engager activement.
      A partir des forces de reconstruction, émane dans le monde physique des énergies de régénération spirituelle et Pâques nous offre l’opportunité de nous concentrer sur le miracle de cette Vie lumineuse sans cesse renouvelée. Le désir de résurrection, de libération de la forme, au début inconscient, puis conscient, est un aspect intrinsèque de la qualité énergétique du Bélier. Le point important dans ce cas, n’est pas la mort mais la résurrection qui s’ensuit, symbolisant l’émergence d’une nouvelle étape de Vie sur Terre.
      Le Bélier signe de feu,  est étroitement lié au mental et nous savons que « l’énergie suit la pensée : une loi assez puissante et universelle. Quand l’humanité considérera les causes subjectives plutôt que des raisons objectives superficielles, un progrès réel sera fait dans le procédé par lequel l’être humain se libérera de la servitude et de l’étroitesse de la civilisation présente, comme de l’influence des forces responsables de la situation. Ensuite, en connaissant mieux la nature de ces énergies, les êtres pourront les employer correctement et les diriger vers des fins constructives et désirables.
      Cette grande loi fondamentale selon laquelle « l’énergie suit la pensée » est l’un des facteurs de la pression et de la tension actuelle, le fait que tant de millions d’individus commencent à réagir à leurs conditions de vie. Cela signifie que l’ancienne simplicité, maintenue depuis cinq cents ans, ne gère plus les affaires mondiales tant la situation est devenue plus complexe. Car dans l’ancien temps, les forces de la spiritualité, ainsi que la pensée d’une poignée d’hommes évolués appartenant à toutes les nations, n’étaient pas aussi puissantes.
     Aujourd’hui, en raison de l’éducation si répandue des masses et des nombreux moyens de communication dans le monde entier, les humains pensent librement par eux-mêmes, ou bien alors sous l’emprise exercée sur leur pensée par des esprits puissants qui cherchent à garder le contrôle des événements mondiaux. D’où la difficulté croissante du problème, difficulté aussi grande pour les tenants de l’évolution que pour les forces conservatrices. Mais le temps et le cours des choses sont en faveur de l’évolution. Les obstacles apparents ne sont là que pour tester la force des êtres sur le sentier du développement.
     En rappelant la note-clé du Bélier : « J’avance et je régis depuis le plan mental », où en sommes-nous nous-mêmes dans tout cela ? Pensons-nous librement et par nous-mêmes ? Ou sommes nous aussi sous l’emprise exercée par des esprits influents ? Dans un monde qui est aujourd’hui dominé par une avalanche d’informations de toute sorte – dont une grande partie est tout simplement fausse et une autre partie très colorée – la note-clé du Bélier prend toute son ampleur : régir depuis un plan mental ! Il va de soi que si nous voulons penser librement, qu’il faut que nous nous alignions sur les énergies nouvelles.
     Ainsi, les étudiants de la méditation et de la contemplation dont le mental qui ne vacille pas iront toucher les univers de l’esprit. Construire des murs autour de soi amène dans la suffocation et la limitation. Il existe tellement de groupes, tellement d’organisations qui ressentent le mirage de leurs identités spéciales. Alors, ressentons l’Univers Unique, la Conscience Unique, l’Existence Unique. Rejoignons l’immense grandeur de l’Unité.
« Derrière la saleté s’étalant devant nous, derrière les yeux plissés et les visages mous
Au-delà de ces mains, ouvertes ou fermées qui se tendent en vain ou qui sont poings levés
Plus loin que les frontières qui sont de barbelés, plus loin que la misère Il nous faut regarder
Il nous faut regarder ce qu’il y a de beau, le ciel gris ou bleuté, les filles au bord de l’eau
L’ami qu’on sait fidèle, le soleil de demain, le vol d’une hirondelle, le bateau qui revient… » 
                                                                                                                       Jacques Brel
2éme Pleine lune du Bélier–  vendredi 19 avril 2019 à  13 h 12
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Le poète se trompe

En 780 signes, un regard décalé, piquant et ironique sur l’actualité
Le billet de Michel Schifres
L’Opinion 16 Avril 2019
Ce chiffre, on ne doit pas l’oublier, il faut même l’inscrire au fer rouge dans nos mémoires. Sur une cinquantaine d’années, depuis 1970, il a « manqué » au moins 23 millions de filles dans le monde. Disparues, anéanties, niées. Il ne s’agit évidemment pas d’un processus naturel mais d’une sélection voulue : aujourd’hui encore, dans nombre de pays, la priorité est donnée au descendant mâle. C’est lui qui est souhaité et souvent, sa sœur éventuelle ne verra même pas le jour. La Chine et l’Inde sont les champions de ces assassinats programmés mais la prédominance de nouveau-nés masculins est sensible ailleurs aussi, notamment depuis le développement de l’échographie. Autrefois, on jurait que la femme est l’avenir de l’homme. Il arrive, hélas, que les poètes se trompent.
Michel Schifres
mschifres@lopinion.fr
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La bêtise puissance 5G

Charlie Hebdo – 17/04/2019 – Jacques Littauer –

The Mobile World Congress (MWC) in Barcelona on February 25, 2019.(Photo by Josep LAGO / AFP)

C’est amusant comme nous vivons au milieu de sigles dont nous ne comprenons pas le sens. Qui serait capable de dire précisément ce qu’est la « 5G » ? La 5G, c’est la « cinquième génération de standards pour la téléphonie mobile », après -hé ! hé ! – la 4G. Une technologie qui pourrai permettre des débits de télécommunication jusqu’à 100 fois plus rapides que la 4G, et… 1 000 fois plus rapides qu’en 2010, à l’époque de la bougie.
Pour nous autres simples mortels, la 5G, ce sont des films en haute définition téléchargés -légalement – en quelques secondes. Mais pour le monde, c’est, nous promet-on, l’entrée dans l’intelligence : avec la 5g, nous aurons enfin des voitures autonomes (fini pépé qui s’endort au volant), des villes intelligentes (les rues seront éclairées seulement là où il y a des passants), des opérations chirurgicales réalisées à distance, etc.
Les frigos nous préviendrons que la salade au fond du bac à légumes est bientôt périmée, et -véridique – la couche de bébé enverra un petit signal à papa et maman lorsque leur merveille aura déféqué. Et, bien sûr, les usines seront dirigées par des robots au lieu de tous ces chefs incompétents, qui commanderont d’autres robots au lieu d’ouvriers syndiqués à la CGT.
Mais tout cela ne représenterait-il pas un juteux marché ? Si fait. Les opérateurs de téléphonie mobile ont les paumes sèches à force de se frotter les mains. On parle d’un investissement de 500 milliards d’euros  rien qu’en Europe, mais personne n’en sait rien au juste.
De sérieuses accusations d’espionnage.
Problème : l’Europe et la Rance en particulier, est terriblement en retard sur la technologie de nouvelles antennes. Le leader  mondial dans ce secteur est le chinois Huawei, grâce auquel pas moins d’un tiers de la population mondiale se connecte à un réseau. Mais Huawei a le gros défaut d’être beaucoup trop incorporé au pouvoir chinois, ce qui lui vaut de sérieuses accusations d’espionnage. 
Après l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le japon, la France a elle aussi adopté une loi permettant au Premier ministre de refuser à un opérateur mobile d’installer des équipements radioélectriques. Une loi taillée sur mesure contre Huawei qui prouve, pour la millième fois, que quand on veut se prémunir contre la mondialisation, on,peut.
La 5G, concrètement, ce sera donc des dizaines de milliers de nouvelles antennes, beaucoup plus puissantes que celles d’aujourd’hui, à installer. Et ce alors que l’OMS classe les ondes électromagnétiques comme possiblement cancérigènes pour l’humain, et que les expériences menées sur des rats a laissé les bestioles en piteux état. Des nouvelles antennes, il y en aura partout : sur les toits, sur le mobilier urbain, et même certaines installées à hauteur d’homme.
Et, évidemment, aucune étude épidémiologique n’a été effectuée  par l’UE, en dépit du principe de précaution qu’elle a officiellement adopté. Heureusement, il existe encore certaines personnes lucides, comme Céline Fremault, ministre de l’Environnement de la région Bruxelles-Capitale, qui a interdit la 5G, estimant que « les Bruxellois ne sont pas des rats de laboratoire » dont elle « [vendrait] la santé au prix du profit (1). En revanche, nous autres couillons de français…
Ah oui !  Au fait : ça vous fait quoi de penser que le continent européen va dépenser500 milliards d’euros dans une technologie qui va faire exploser la consommation d’électricité » pour alimenter tous ces appareils connectés en permanence ? Si je vous dis « 5G » et « transition énergétique », est-ce que, comme moi, vous voyez une légère contradiction ?
(1) lire le passionnant et très complet article de Leila Milano, « Big data, multiplication des antennes et des ondes : bien venue dans le monde merveilleux de la 5G » (Bastamag.net, 11 avril 2019)

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Politique étrangère : « Donald Trump joue avec le feu »

Le Vif.be – 15/04/2019 – Ernesto Rodriguez Amari / Journaliste et Politologue –
« Il est rare que Donald Trump ne soit pas en mode campagne », déclare le diplomate américain Bill Richardson. Tour d’horizon de la politique étrangère du président américain.
Donald Trump et Kim Jong-un © Isopix
La nomination de Bill Richardson au prix Nobel de la paix au début de cette année n’avait rien de surprenant. Tous louent l’ancien gouverneur du Nouveau-Mexique pour ce qu’il appelle lui-même sa « diplomatie informelle ». Il est particulièrement apprécié pour son rôle de médiateur entre les États-Unis et la Corée du Nord, un pays avec lequel il entretient des liens particuliers. « J’y suis déjà allé huit fois », dit-il. « La première fois, c’était dans les années 1990, lorsque, en tant que membre du Congrès, j’ai essayé de faire revenir deux pilotes américains capturés. Par la suite, à chaque visite, j’ai tenté d’acquérir un peu plus de confiance, y compris au cours des conversations sur le désarmement nucléaire. Ce n’était pas facile, car les Nord-Coréens sont de durs négociateurs. Ils ont l’habitude de poser de grosses exigences et de recevoir beaucoup, sans avoir à faire beaucoup en retour. »
« Cela dit, la Corée du Nord a besoin des États-Unis et de l’Europe pour relancer son moteur économique – les problèmes d’infrastructure et d’énergie sont nombreux et les sanctions contre ce pays sont lourdes. Du coup, le dirigeant Kim Jong-Un est moins réticent à parler de désarmement nucléaire au cours de l’année écoulée : elle peut être un levier pour attirer les investissements. »
Le président Donald Trump et lui se sont déjà rencontrés à deux reprises : en juin de l’année dernière à Singapour et à la fin février au Vietnam, où les pourparlers ont été interrompus prématurément. Comment jugez-vous le rapprochement jusqu’ici ?
Richardson : Il a apporté la paix. La pression sur l’archipel coréen a diminué. Mais rien d’autre n’a changé, j’en ai peur. Prenons la déclaration d’intention signée à Singapour : travailler sur « le désarmement nucléaire complet de la péninsule coréenne », telle était l’intention. Mais la capacité nucléaire des Nord-Coréens n’a pas diminué et ils développent encore des missiles intercontinentaux.
Le sommet au Vietnam a été bon pour Trump et Kim. Le premier faisait face à une baisse de popularité dans son pays, à la fermeture partielle du gouvernement et aux tensions entourant l’enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans les élections présidentielles de 2016. Le second voulait montrer à son peuple qu’il pouvait contrôler l’homme le plus puissant du monde. Ils avaient besoin l’un de l’autre. Mais la diplomatie, c’est bien plus qu’une poignée de main devant la presse mondiale, n’est-ce pas ? Malgré les avertissements de son personnel, Trump s’attendait à pouvoir séduire Kim, mais les Nord-Coréens ont immédiatement exigé la levée de toutes les sanctions internationales. En aucun cas, les Américains ne pouvaient accepter cela. Enfin, notre président aime particulièrement être photographié. Pour lui, les séances de pose avec Kim semblent plus importantes que les progrès concrets.
Avez-vous bon espoir que ces progrès soient réalisés ?
Oui, à condition que les deux parties respectent certains principes diplomatiques. Tout d’abord, nous devons impliquer beaucoup plus de diplomates expérimentés dans le processus. Ces diplomates doivent d’abord élaborer un cadre opérationnel, avec un calendrier, des définitions claires des concepts clés, etc. L’absence d’un tel cadre signifie que les Nord-Coréens et les Américains ne sont tout simplement pas sur la même longueur d’onde.
J’aimerais également commencer par fixer des objectifs réalistes et modestes. Pensez à récupérer les dépouilles de soldats américains morts pendant la guerre de Corée, en échange d’argent. Cela permettrait aux soldats des deux camps d’entrer en contact l’un avec l’autre – ce qui est toujours une bonne chose. Je continuerais d’encourager les retrouvailles des familles de Corée du Nord et de Corée du Sud séparées depuis la guerre, ce qui peut contribuer à la paix entre les deux pays. Et, étape par étape, c’est ainsi que nous nous rapprocherons de l’épineuse question du désarmement nucléaire.
Quand il s’agit de paix dans l’archipel coréen, on ne peut ignorer la Chine. Comment voyez-vous la guerre commerciale que Donald Trump mène contre ce pays ?
Trump joue avec le feu. L’arrestation de Meng Wanzhou, numéro deux de Huawei, en est un exemple (elle a été arrêtée au Canada en décembre, à la demande des États-Unis ; le géant chinois de la technologie aurait violé les sanctions américaines contre l’Iran, NDLR). Si nous continuons à nous ingérer aussi fortement dans les affaires chinoises, nous risquons de perdre le soutien de la Chine aux sanctions économiques contre la Corée du Nord. Parler et travailler ensemble : c’est la seule façon d’y parvenir, y compris avec les Chinois.
Entre-temps, Trump menace à nouveau d’imposer des droits de douane sur les produits européens.
C’est un euphémisme de dire que les relations entre l’UE et les États-Unis sont compliquées, en particulier en raison des droits d’importation que Trump a instaurés sur l’acier et l’aluminium il y a un an. Ensuite, il y a la querelle avec les Européens au sujet de l’accord avec l’Iran, que Trump a unilatéralement annulé, même si, selon les organisations internationales, l’Iran respectait ses accords nucléaires. Nous abandonnons nos alliés.
Le président commet également une erreur à l’OTAN. Il met trop l’accent sur les obligations financières des États membres. Il ferait mieux de s’efforcer de coopérer davantage afin d’accroître l’efficacité de l’alliance. Après tout, c’est également très important pour la sécurité de l’Amérique, ce que Trump oublie parfois.
Un autre dossier délicat: les relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite. La semaine dernière, le Washington Post dénonçait que Trump n’avait toujours rien fait depuis l’assassinat de son journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul.
L’enquête semble montrer que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane est le principal responsable du meurtre. Bien que l’Arabie saoudite soit stratégiquement très importante pour les États-Unis et le monde, nous ne pouvons pas laisser cela impuni. Je soutiens l’Allemagne, qui a mis fin à ses exportations d’armes vers le peuple saoudien. Je ne prétends pas que les États-Unis devraient suivre cet exemple, mais nous ne pouvons pas nous permettre de ne rien faire du tout.
En décembre, Trump a tweeté qu’il retirerait les troupes américaines de Syrie – l’une de ses promesses électorales. « L’EI a été vaincu », raisonne-t-il. Qu’avez-vous pensé ?
Que c’était la plus grosse gaffe qu’il pouvait faire – une preuve de plus qu’il est rare que Trump ne soit pas en mode campagne. La démission du ministre de la Défense James Mattis en est la conséquence directe. Pour commencer, il n’y a même pas beaucoup de soldats américains en Syrie (environ 2000, NDLR). À court terme, on a besoin d’eux pour stabiliser la région. Et quand l’Amérique quittera la Syrie, il sera très difficile à long terme d’aligner la Russie, l’Iran et la Turquie.
Une autre promesse que Trump veut tenir à tout prix, c’est la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique. En tant qu’ancien gouverneur de l’État frontalier du Nouveau-Mexique, que pensez-vous de ce plan ?
Eh bien, ce mur est du gaspillage pur et simple. Vous n’arrêterez pas l’immigration, car généralement elle se fait par le biais d’opérations de contrebande. Il faut plus de contrôles aux frontières, plus de personnel et une meilleure technologie. Le mur ne sert que les fins politiques de Trump. Malheureusement, il ne se soucie guère d’hypothéquer nos relations avec le Mexique, l’un de nos partenaires les plus importants.
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Retards de paiement trois agriculteurs bio attaquent l’État en justice

Biocontact – avril 2019 – Fnab –
Le 22 février dernier, trois agriculteurs, accompagnés par la Fnab (Fédération nationale d’agriculture biologique), ont lancé des recours administratifs concernant le retard de paiement de leurs aides bio. Après plusieurs années d’alertes sur la situation, le 25 octobre dernier, la Fnab saisissait le Défenseur des droits. Le ministère de l’Agriculture avait jusqu’au 21 février pour répondre. Pourtant, à ce jour, 25 % des aides 2016, 50 % des aides 2017 et 100 % des aides bio 2018 n’ont toujours pas été versées, aucune réponse n’a été apportée à la saisine de la Fnab.
Trois référés-provisions ont déjà été déposés devant les tribunaux administratifs de Lyon, Nantes et Poitiers. Cette procédure d’urgence permet au juge des référés d’enjoindre l’État de payer sous quinze jours sa créance dans les plus brefs délais.
Guillaume Riou, président de la Fnab et polyculteur-éleveur bio dans les Deux-Sèvres, fait partie des trois premiers requérants qui, accompagnés par la Fnab, attaquent le ministère de l’Agriculture et subsidiairement leurs conseils régionaux et l’Agence de services et de paiement. « Cette situation est intolérable, estime Guillaume Riou, des promesses ont été faites, des contrats ont été signés, rien de tout ça n’a été honoré. Depuis 2016 on a tout tenté pour pousser le Gouvernement à l’action, la dernière chose qu’il nous reste, c’est le recours à la justice ».
Un premier recours indemnitaire a aussi été engagé par un des trois premiers producteurs. Adressée au ministre de l’Agriculture et au président du conseil régional d’AuvergneRhône-Alpes, la requête, gracieuse dans un premier temps, vise à demander réparation des préjudices subis.
En effet, les retards de paiement ont mis les agriculteurs et agricultrices biologique dans des situations économiques et financières difficiles, parfois même intenables. « On a contracté des prêts à court terme pour assurer nos obligations comme payer nos fournisseurs, nos salariés et nos impôts. On a été handicapés sur nos investissements. Certains ont rogné sur leurs revenus et on commence même à voir des cas de faillite. Les paysans bio ont été sacrifiés sur l’autel de l’immobilisme » continue Guillaume Riou.
« Notre démarche n’est pas individuelle et égoïste, elle est hautement politique, cette situation ne doit jamais se reproduire » conclue Guillaume Riou.
La Fnab demande la création d’une cellule de crise chargée de régler au plus vite les sommes dues et d’identifier et réparer les préjudices subis par les paysans et paysannes bio de France du fait de la défaillance de l’État.
Fnab 40, rue de Malte 75011 Paris Tél. : 01.43.38.38.69 Site : www.fnab.org

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Vive l’Europe de la bagnole et du blindé

Charlie Hebdo – 10/04/2019 – Jacques Littauer –
On va vous le seriner d’ici aux élections européennes, ‘Europe, c’est la paix, le progrès social, la coopération, et, bien sûr, la protection de l’environnement. Enfin, ça c’est ce qu’il y a de marqué sur les dépliants publicitaires. Parce que la réalité est un poil moins rose. Quel es à votre avis, le sujet qui agite les dirigeants européens en ces temps de noyades de migrants, de destruction de nos conditions matérielles de vie et de déstabilisation de nos démocraties ? 
La bagnole. Oui, la bagnole. Les allemands dont l’économie est tirée par les quatre roues – jantes chromées –  des Audi, Mercedes,  BMW Volkswagen, sont animés d’une sainte trouille : que The Donald leur impose des droits de douane à l’entrée du marché américain, où la berline teutonne se vend bien. L’automobile allemande est un mastodonte, qui représente 13 % du PIB allemand et près d’un cinquième des exportations du pays. Nos amis germaniques veulent donc vite, vite, vite signer un accord commercial avec le pays de la liberté.
Chaîne de production automobile dans l’usine de Volkswagen à Wolfsburg, le 9 mars 2017. Chaîne de production automobile dans l’usine de Volkswagen à Wolfsburg, mars 2017. Fabian Bimmer / REUTERS
Mais un obstacle majeur se dresse sur leur route : le président de la république française, celui qui, l’année dernière, a reçu le prix Champion de la terre des mains d’Erik Solheim, le directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement.  Or, Manu l’a dit : « Je ne suis pas favorable à ce qu’on ait des nouveaux accords commerciaux […] avec des partenaires qui n’ont pas les mêmes exigences climatiques que nous. » Nathalie Loiseau, qui dirige la liste gouvernementale aux européennes l’a réaffirmé : « Il n’y aura aucun accord avec  les États-Unis, ‘ils ne reviennent pas dans l’accord de paris sur le climat. » Les allemands vont donc devoir essayer de vendre leurs diesels truqués aux Suédois ou aux Espagnols. 
A moins que… Vous vous souvenez de Jamal Khashoggi, ce journaliste saoudien travaillant pour le Washington Post et qui, le 2 octobre 2018, s’est fait bêtement assassiné, découper, puis dissoudre dans les locaux du consulat saoudien d’Istanbul ? A cause de ce malencontreux incident, des idéalistes d’Allemands ne veulent plus vendre d’armes à l’Arabie saoudite, au prétexte du « respect des droits de l’homme ». On croit rêver. Parce que les droits de de l’homme,c’est quand même nous qui les avons inventés. Et donc quand nous autres français vendons des armes à l’Arabie saoudite pour qu’elle massacre pépère au Yemen, ce n’est pas pour faire tourner notre énorme industrie d’armement, mais c’est au nom des droits de l’homme.  
Or il suffit que les beaux engins de mort gaulois contiennent une seule minuscule pièce allemande pour qu’ils soient frappés par l’embargo. La France a ainsi déjà perdu deux énormes contrats : des missiles air-air (système de propulsion allemand) et des blindés (boitiers de vitesse germaniques). Anne-Marie Descôtes, ambassadrice de France en Allemagne, a de ce fait accusé nos alliés allemands de traiter la question des exportations d’armements « comme un sujet de politique intérieure » alors qu’elle a « des conséquences lourdes pour […] la souveraineté européenne (1) ». Mais on n’en a pas trop entendu parler de ce côté-ci du Rhin, n’est-ce pas ? 
Et donc, d’ici aux élections européennes, la France va s’opposer au traité commercial avec les États-Unis, au nom de « la défense du climat ». Et puis, une fois les élections passées, l’accord sera signé, au nom de « la construction européenne ». Parce que les bagnoles et les missiles, ça n’attend pas.  
(1) Sébastian Seibt, « L’embargo allemand sur les ventes d’armes à Riyad agace Paris » (France24, 29 mars 2019).
Lire aussi : Des documents classés confidentiels détaillent les armes françaises utilisées dans la guerre au Yémen – (France24 – 15/04/2019)
Des chars Leclerc français, de la coalition dirigée par les Saoudiens, déployés dans le district de Dhubab, le 7 janvier 2017, au Yémen.Des chars Leclerc français, de la coalition dirigée par les Saoudiens, déployés dans le district de Dhubab, le 7 janvier 2017, au Yémen. Saleh Al-Obeidi, AFP
Des armes made in France utilisées dans la guerre au Yémen. Le nouveau site d’information Disclose, en partenariat avec Mediapart, Konbini, Radio France, Arte et The Intercept, a publié, lundi 15 avril, des documents classés secret-défense apportant la preuve de l’utilisation d’armes françaises vendues à l’Arabie saoudite dans le conflit au Yémen, notamment dans des zones où des dizaines de civils ont été tués.
Intitulés « Yémen – situation sécuritaire », ces documents transmis, selon Disclose, à Emmanuel Macron, à la ministre des Armées, Florence Parly, au Premier ministre, Édouard Philippe, et à celui des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, détaillent l’arsenal français utilisé par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis contre les rebelles houthis au Yémen.
Chars Leclerc, obus-flèche, Mirage 2000-9, radar Cobra, blindés Aravis, hélicoptères Cougar et Dauphin, frégates de classe Makkah, etc., la liste des armes françaises dressée par les auteurs de ces « Yémen Papers » est longue. Et les ventes françaises ne devraient pas s’arrêter là puisque l’enquête révèle, en outre, que des exportations d’armes vers l’Arabie saoudite vont se poursuivre, selon un nouveau contrat signé en décembre. Signé par le groupe industriel français Nexter, le contrat prévoit notamment la livraison  de véhicules blindés et de canons au royaume wahhabite entre 2019 et 2024.
L’Arabie saoudite pose les fondations de son programme nucléaire (France24 – ) – L’Arabie saoudite s’apprête à lancer son programme nucléaire, jugé nécessaire par Riyad pour réduire sa dépendance énergétique envers le pétrole. Certains mettent en garde contre le danger de ces ambitions nucléaires.
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Les médicaments sont-ils des biens communs ?

Ouest-France – 15/04/2019 – Isabelle Moine-Dupuis –
Photo d’illustration. | ARCHIVES OUEST-FRANCE
Isabelle Moine-Dupuis, maître de conférences à l’Université de Bourgogne et spécialiste du droit pharmaceutique, s’interroge sur la « valeur » des médicaments. S’ils répondent à un besoin essentiel de la communauté humaine, ils sont conçus et vendus au sein d’un marché concurrentiel.
Les biens de santé sont-ils des biens privés ou communs ? On se limitera à l’exemple des médicaments. Ils sont des produits industriels, pour lesquels rentabiliser en aval les investissements lourds consentis en amont commande le comportement des entreprises. Mais nous les regarderons aussi comme des objets susceptibles de répondre à un besoin essentiel de la communauté humaine. À ce titre, on peut les qualifier de biens communs.
Le problème se pose de la manière suivante : l’idéal d’une protection mondiale de la santé n’est-il pas contredit par l’existence d’une industrie du médicament libérale et ultra-concurrentielle, à l’instar de celles de l’automobile, de la mode ou de la téléphonie ?
Il faut rappeler que le médicament est un bien privatif, au sens où il est l’objet de droits exclusifs. Sa commercialisation s’effectue sur un marché et doit être lucrative. Les laboratoires pharmaceutiques ne sont pas des organismes humanitaires et ne poursuivent pas les mêmes objectifs que ces derniers. Ils comptent sur la rentabilité des brevets qu’ils détiennent sur les principes actifs – molécules – des médicaments qu’ils ont inventés.
Quand près de douze ans sont nécessaires pour mettre sur le marché une nouvelle molécule, et que près de dix « candidats médicaments » doivent être testés pour qu’un seul soit finalement autorisé à la commercialisation, il est crucial d’assurer la rentabilité maximale de ce « Winner ».
Des produits plus chers
Sur le marché mondial des médicaments, les entreprises sont ainsi engagées dans une course à l’inventivité qui, en soi, profite à la santé, mais aboutit aussi à un renchérissement des produits. Cette logique de marché ne va certes pas dans le sens d’un statut de bien commun, orienté vers la satisfaction des demandes essentielles des patients.
En effet, la constitution d’une offre à l’aune du marché potentiel, s’adapte a priori davantage à la capacité de financement qu’aux besoins réels des populations : les pathologies endémiques des pays du Sud ne présentent pas d’attrait, tout comme les médicaments destinés à soigner les maladies « rares ».
Alors que faire ? Il n’y a pas de « remède miracle ». Il existe par exemple la possibilité d’imposer des licences d’office, que beaucoup de lois nationales (dont la loi française) permettent d’imposer aux laboratoires innovants : ces derniers doivent concéder une part de leurs droits d’exclusivité contre une part des ressources produites par la vente de génériques.
Par échelon successif, le meilleur de cette volonté peut devenir international. Les États et les organisations du type Unitaid négocient, s’ils le peuvent, les prix avec les laboratoires, en jouant notamment sur une sensibilité croissante du public à leur image.
Si un accord global est difficile, une convention adoptée dans le cadre du Conseil de l’Europe mais ouverte à la signature des pays non européens serait plus envisageable. La voie de la lutte contre le trafic de faux médicaments (convention Médicrime) semble ainsi un premier terrain d’entente pour les laboratoires et les États.
Pour aller plus loin, on peut se rappeler ce que fut le « pari » de la création de l’assurance maladie. Elle a libéré, étape par étape, l’ensemble de la population française de la vulnérabilité sanitaire qui affectait la plus grande partie d’entre elle.
Ce type d’expérience suppose une volonté politique affirmée, qu’il convient de susciter ou d’encourager. N’est-ce pas une manière de dire que les biens, même objet de propriété privée, ne nous appartiennent jamais totalement et appellent notre responsabilité, au regard de valeurs qui nous dépassent ?
Lire le texte intégral dans la revue Études d’avril 2019. En kiosque, 12 €.
Et si le pharmacien remplaçait parfois le médecin ? Un député LREM va déposer un amendement à la loi santé pour autoriser les pharmaciens à délivrer, sans ordonnance, des médicaments habituellement prescrits par les généralistes.
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