Science – L’oubli, mécanisme clé de la mémoire

C’est parce que les détails de nos souvenirs s’effacent que nous pouvons agir, nous adapter au quotidien, acquérir de nouvelles connaissances. Immersion dans les mécanismes de l’oubli qui, lorsqu’il se fait massif, peut être le symptôme d’une maladie ou d’une lésion cérébrale. Lire la suite
L’oubli, mécanisme clé de la mémoire
LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 21.08.2017

Dans le film « Je t’aime, je t’aime » d’Alain Resnais, l’employé Claude Ridder (Claude Rich) participe à une expérience de voyage dans le temps. FOX EUROPA / PROD DB
« Dans sa chute, il avait perdu ­connaissance ; quand il était ­revenu à lui, le présent ainsi que les souvenirs les plus anciens et les plus banaux étaient devenus intolérables à force de richesse et de netteté. Il s’aperçut peu après qu’il était infirme. (…) Sa perception et sa mémoire étaient maintenant infaillibles. »
Cette fiction de Jorge Luis Borges (1899-1986), Funes ou la ­mémoire (1942), est inspirée d’une histoire vraie : celle d’un patient, « S. », suivi par le psychologue russe Alexandre Luria (1902-1977). Funes ou l’impossible oubli. Peut-être ­enviez-vous ce jeune homme pour sa capacité quasi illimitée de stockage et de rappel de ses souvenirs ? Eh bien, vous avez tort. Le cadeau était empoisonné.
Nous devrions bénir nos facultés d’oubli. Car une « bonne mémoire » doit certes nous permettre de retenir durablement l’essentiel de nos savoirs et de nos expériences. Mais elle doit aussi, et c’est primordial, parvenir à effacer ­l’accessoire, le superflu. Les Grecs anciens, déjà, l’avaient pressenti. Mnémosyne, déesse de la mémoire, n’a-t-elle pas enfanté les Muses, « qui procurent l’oubli des maux et la fin des douleurs », selon Hésiode dans La Théogonie ?
« En dehors du contexte très particulier des maladies de la mémoire, les deux termes “mémoire”et “oubli” sont loin de représenter deux fonctions ­antagonistes. Ils répondent aux mêmes objectifs, car l’oubli est indispensable au bon fonctionnement de la mémoire », résume Francis Eustache, neuropsychologue, directeur d’une unité Inserm (université de Caen-Normandie) et directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE), dans Mémoire et oubli (Le Pommier, 2014).
« La condition même de l’action »
Cet oubli « positif » rend notre mémoire performante, nous permet de forger des ­concepts et d’adapter nos comportements aux situations nouvelles. Bref, il nous rend plus intelligents !
A première vue, c’est paradoxal. Pourtant, plusieurs philosophes et psychologues en ont eu l’intuition. « L’oubli, sauf dans certains cas, n’est pas une maladie de la mémoire, mais une condition de sa santé et de sa vie », écrivait Théodule Ribot, un des pères de la psychologie, dans Les Maladies de la mémoire (1882).
« Pour Henri ­Bergson, l’oubli est la condition même de l’action. Son filtre ne laisse passer que les souvenirs utiles à l’action présente », notent le neurologue Antoine Lejeune et le psychiatre Michel Delage dans La Mémoire sans souvenir (Odile Jacob, 336 p., 25,90 euros).
Publié dans Neuron le 21 juin, un article en ­offre une éclatante démonstration : il récapitule les données accumulées depuis près de cent cinquante ans. « Il est capital que le cerveau oublie les détails sans importance pour se focaliser sur ce qui compte vraiment dans nos prises de décision quotidiennes », résument Blake Richards et Paul Frankland, coauteurs, de l’université de ­Toronto (Canada).
Lire aussi :   Notre cerveau est-il fragilisé par Internet ?
Ces chercheurs rendent d’abord hommage aux patients souffrant de divers troubles de la ­ mémoire, qui ont inspiré nombre de découvertes. Il y a, d’abord, ceux qui n’oublient pas. Dont le fameux « S. » : Solomon Cherechevski de son vrai nom.
« C’était probablement un synesthète [un individu capable d’associer différents sens, par exemple un son à une couleur] et il utilisait spontanément la méthode des lieux [qui apparie les connaissances à retenir à des lieux bien ­connus] », précise le professeur Robert Jaffard, du Centre national de la recherche scientifique, à l’université de Bordeaux.
Les ravages d’une mémoire insatiable
Destin funeste, en vérité, que celui de ce Funes, alias « S. ». Voici ce qu’en dit Borges : « Non seulement il lui était difficile de comprendre que le symbole générique chien embrassât tant d’individus dissemblables et de formes diverses ; cela le gênait que le chien de trois heures quatorze (vu de profil) eût le même nom que le chien de trois ­heures un quart (vu de face). (…) Il avait appris sans effort l’anglais, le français, le portugais, le ­latin. Je soupçonne cependant qu’il n’était pas très capable de penser. Penser, c’est oublier des différences, c’est généraliser, abstraire. »
La nouvelle illustre bien les ravages d’une mémoire ­insatiable, absorbant et retenant tout – monstrueuse et paralysante. « Les cas d’hypermnésie sont rarissimes et très ­intrigants. Ce sont sans doute des troubles neuro-développementaux. Personnellement, je n’en ai ­jamais rencontré », ­témoigne Francis Eustache.
En 2006, le neurologue James McGauch, de l’université de Californie, a décrit le cas d’une jeune femme, Jill Price, qui considérait sa ­mémoire autobiographique exceptionnelle comme « un fardeau ». Une dizaine de cas similaires ont été rapportés.
Paradoxalement, ces as de la mémoire autobiographique ont des performances médiocres dans des tests de mémoire. Ils se distinguent des champions de la mémoire, ces « mnémonistes » capables de retenir, à la suite d’un entraînement ­intense, une masse d’informations impersonnelles : par exemple, des dizaines de milliers de décimales de Pi. Certains, comme Raymond dans Rain Man, sont des « savants autistes ». Sur le plan neurobiologique, ces hypermnésies sont des mystères.
Retombées pédagogiques

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Inefficace, coûteux, mortel, l’emmurement du monde se poursuit

The Conversation – 06/07/2017 – Elisabeth Vallet –
Le mur frontalier entre les États-Unis et le Mexique, près de Tijuana et San Diego. Les croix représentent les migrants qui ont trouvé la mort lors de leur traversée. Tomascastelazo/Flickr, CC BY-SA
Chaque mois paraît amener son lot de murs frontaliers. En Europe, où les États baltes, craignant un voisin envahissant et l’instabilité qu’il génère, érigent une barrière à leur frontière orientale. En Asie, le président chinois Xi Jinping appelle à la construction d’un mur d’acier autour de la région du Xinjiang.
En Amérique latine, l’Équateur a, semble-t-il, amorcé la pose de panneaux de ciment à sa frontière avec le Pérou. En Afrique, le mur de barbelés, de pylônes et de ciment entre la Somalie et le Kenya est en voie de parachèvement.
On est loin de l’illusion créée par la chute du mur de Berlin et des utopies d’un monde sans frontières portées par les années 1990.
Le mur, nouvelle norme des relations internationales
Alors qu’à la fin de la guerre froide, il n’y avait que 15 frontières murées, elles sont désormais 70 à travers le monde : Le mur est devenu une nouvelle norme des relations internationales.
Plus de murs dans un monde sans frontière.
Au point où, avec la prolifération du mur frontalier dans le monde et sa normalisation à travers le discours du nouveau président américain, les démocraties se sont appropriées ce procédé, comme s’il s’agissait d’un outil classique de la politique étrangère et de défense.
Pour autant, le coût de cette fortification rampante est élevée – tant pour les États et les relations internationales, que pour les populations et les économies locales concernées. Pour les plus vulnérables, pour les classes moyennes, pour les ex-murés (les « expulsés » de Saskia Sassen), le prix est exorbitant.

Symptômes d’une rupture de l’ordre international, manifestations des ratés de la coopération internationale, les murs représentent également un coût pour ceux qu’ils isolent, pour les « intouchables » du globe. Leur liberté de circulation, pourtant consacrée en droit international, n’a en effet pas tout à fait la même valeur que pour les autres : chaque passeport emporte en fait des droits différents.
Le coût financier des murs frontaliers
Il y a tout d’abord le coût financier des murs frontaliers. Tous représentent une manne pour les industries de sécurité (qui se sont, pour beaucoup, adaptées à l’évolution du marché de la défense post–guerre froide) et celles de la construction.
C’est aux États-Unis que l’information est la plus accessible et permet de se faire une idée du coût d’une gigantesque infrastructure frontalière. Elle n’est en effet pas seulement un mur physique avec des fondations maçonnées, des pylônes, des panneaux en béton, voire des barbelés hérissés de rasoirs, mais aussi des caméras thermiques, des senseurs, des capteurs, des drones, des patrouilles humaines, canines, robotisées…
Car le mur ne suffit pas : il est aisé de l’escalader, d’y appuyer une échelle, de déployer des rampes par-dessus une barrière pour y faire passer une voiture, d’héliporter la drogue par drone, ou encore de la passer par des tunnels étroits, forés au moyen de la technique de fracturation hydraulique..Les agents de la patrouille frontalière des États-Unis de la station Yuma ont déjoué une tentative de contrebande lorsque des suspects ont tenté de conduire un véhicule sur la clôture de la frontière. Customs Border Protection
Ainsi en 2009, le Government Accountability Office a évalué le seul coût de construction du mur le long de la frontière californienne de 1 à 6,4 millions de dollars canadiens par kilomètre. Dans des terrains plus difficiles tant géologiquement que juridiquement, comme le long de la frontière texane, son coût de construction pourrait atteindre 21 millions du kilomètre.
Son entretien a été évalué à 8,5 milliards sur 20 ans : il s’agit donc d’une gigantesque infrastructure publique, un peu l’équivalent d’une gigantesque autoroute, qui ponctionne les finances publiques d’un pays et forcément le revenu global disponible (que le financement soit public ou partiellement privé).
Ce poids financier est donc aussi un poids économique, qui pèse tant sur le revenu global du pays, que sur l’économie locale. Celle-ci, souvent substantiellement affectée par le ralentissement et la redéfinition des échanges transfrontaliers – légaux ou pas –, est parfois placée sous respirateur artificiel, via l’arrivée de contingents militaires ou de patrouilles, d’équipes de construction, et des services afférents (restauration, hôtellerie, etc.).
L’emmurement du monde : un coût humain
Des migrants près du mur frontalier entre le Mexique et les États-Unis. qbac07/Flickr, CC BY-NC
À ce coût économique s’ajoute une composante humaine. En effet, il y a une corrélation de facto entre la fortification des frontières et le nombre d’individus qui meurent en tentant de les franchir. Aux États-Unis, où les groupes communautaires sont actifs et veillent à obtenir et divulguer l’information, 6 000 cadavres ont été recensés depuis 16 ans dans les déserts frontaliers.
Depuis le durcissement des politiques européennes, la Mare Nostrum est devenue une « mer morte » pour reprendre les termes du cartographe Nicolas Lambert qui cartographie l’hécatombe des migrants en Méditerranée, où le nombre de décès augmente alors même que le nombre de traversées décline.

En effet, pour franchir une frontière durcie et fortifiée, les trajectoires possibles sont souvent beaucoup plus dangereuses, plus risquées et requièrent de recourir à des coyotes, des passeurs parfois en lien avec des groupes mafieux ou criminels.
La militarisation de la frontière y génère une violence accrue. D’abord parce qu’elle légitime la perception de la zone frontalière comme un théâtre d’opérations, une zone de guerre, et justifie donc les opérations de groupes paramilitaires, comme en témoigne les déploiements à la frontière hongroise.
Ensuite, parce qu’en déployant des militaires ou des vétérans dans les forces frontalières (ils représentent un tiers des équipes de patrouilles frontalières aux États-Unis), les méthodes qui y sont appliquées correspondent à celle d’une zone de guerre – et avec elle, une violence et une absence d’impunité manifeste, telles que les décrivent des auteurs comme Todd Miller et Reece Jones.

Enfin, en condamnant le passage clandestin de la frontière à devenir encore plus invisible, en forçant le franchissement de la frontière à devenir plus souterrain, ces mesures renforcent le poids des groupes mafieux et des criminels organisés, mais aussi les procédés violents d’extorsion ou de coercition de migrants vulnérables (kidnappings et demandes de rançons) : des frontières de l’Asie du Sud-Est à la région sahélienne en passant par les corridors qui mènent de l’Amérique centrale aux États-Unis, de la Turquie à la Grèce continentale, les migrants les plus vulnérables subissent le contrecoup de l’emmurement du monde.
Ainsi, les femmes intègrent l’agression sexuelle dans leur trajectoire migratoire, puisque 80 % d’entre elles seront agressées lors de leur migration vers les États-Unis, et que les ONG sur leur chemin leur proposent systématiquement l’accès à des contraceptifs.
La séparation comme coût politique
Enfin, il y un coût politique à l’érection des murs. Puisque la construction d’un mur est un acte unilatéral – très éloigné de la logique bilatérale du tracé d’une frontière –, il induit une séparation et non une coopération avec un État voisin.
Le mur de séparation israélien, situé en Cisjordanie, est source d’une grande tension entre Israéliens et Palestiniens. La Cour internationale de justice a jugé sa construction illégale en 2004. tgraham/Flickr, CC BY-NC 
La rupture créée par le mur génère des ondes de choc qui se répercutent parfois dans d’autres sphères de la relation de voisinage. Dans le cas du mur de Trump, le coût de la rupture avec le Mexique est élevé, en raison de l’importance de ce partenaire commercial pour l’économie américaine, mais aussi pour les États frontaliers. Sur les routes migratoires de plus en plus parcourues par des réfugiés en nombre croissant, les États voisins jouent souvent le rôle de filtres.
Ériger un mur à leur frontière peut avoir un effet sur la manière dont ces pays jouent ce rôle de postes frontaliers avancés d’une part, mais aussi sur la définition même de leurs propres politiques de défense et de sécurité, menant parfois à une forme d’extraversion – c’est-à-dire d’une forme d’appropriation du discours de l’État emmuré aux dépens de l’intérêt national de l’État ex-muré.

De tout cela, le Canada n’est pas tout à fait immun. En effet, en décembre 2016 et à la demande de l’équipe de transition du président nouvellement élu, le US Customs and Border Protection a réalisé un rapport sur l’état des frontières dans lequel il a établi la nécessité de murer plus de 640 km de frontière, au sud des États-Unis… mais aussi au nord, entre le Canada et le Maine, le New Hampshire, le Vermont, New York, le Montana, l’Idaho et Washington.
The Economist publiait le 3 juin dernier un article sur la nécessité de murer la frontière canadienne, notamment pour lutter contre le trafic de drogue.Le mur d’Hadrien, construit au IIᵉ siècle apr. J.-C. dans le nord de l’Angleterre. Alan Bloom/Flickr, CC BY-NC-ND
Or aucun mur n’a jamais permis d’enrayer durablement la contrebande : rampes, catapultes, drones, tunnels, sous-marins, mules… ou parfois un simple réseau de gardes frontaliers corrompus assouplissent toujours à terme la frontière et ne font que déplacer les flux… Reportant ainsi la nécessité de toucher le cœur du problème, de le prendre à la racine, de traiter la pathologie et non pas seulement les symptômes.
Alors que les murs contribuent à étioler la coopération et la communauté internationale, les problèmes globaux progressent : insécurité alimentaire, conflits, insécurité environnementale, changements climatiques, déplacements massifs de population… nombreux sont les enjeux qui mènent à la construction des murs, vains paravents qui finiront, à terme, par tomber.
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L’Aïd-el-Kébir aiguise ses couteaux

Charlie Hebdo – 16/08/2017 – Luce Lapin –
Comme chaque année, plus de 200 000 ovins et bovins seront égorgés sans être étourdis, en toute conscience, donc en grande souffrance (ces sacrifiés peuvent agoniser pendant quatorze minutes), ainsi que le permet cette dérogation (1964) à la loi (1) qu’est l’abattage rituel – casher pour la religion juive, halal pour la religion musulmane. Pour ce qui nouq intéresse ici, je rappelle que le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui fut président du CFCM, Conseil français du culte musulman pendant plusieurs années, n’est pas opposé à l’étourdissement préalable à l’abattage. 
Notre République laïque permet à toutes les religions de s’exprimer, et la liberté de culte est précieuse dans une démocratie. Mais cette liberté s’arrête lorsque la pratique religieuse, la plupart du temps au nom de la sacro-sainte tradition, cause de la douleur à des êtres sensibles qui la ressentent, quels qu’ils soient, humains ou animaux, et quelle qu’en soit la nature. C’est aussi simple. J’ajoute qu’il est possible aujourd’hui de ne plus consommer d’animaux, ni de produits qui en soient issus, et de rester en bonne santé grâce à des repas équilibrés composés de protéines végétales. Les animaux sont des individus à part entière, ils ne sont pas « de la viande ».
« Fête du sacrifice », l’Aïd-el-Kébir, ou AÏd-el-Adha, la si mal nommée « Fête du mouton », se déroulera au tout début septembre. Ainsi que l’exige la loi, les égorgements doivent être pratiqués dans un abattoir agréé. C’est loin d’être le cas, comme l’indique l’OABA, (Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs) : « Chaque année, ce sont environ 60 000 animaux, très majoritairement des moutons, qui sont sacrifiés en dehors de toute structure agréée […] Outre le risque sanitaire encouru, ce sont les conditions qui sont inacceptables car elles occasionnent d’importantes souffrances chez les animaux. »
Cette année encore, il faut s’attendre à de nombreux abattages clandestins. Depuis plusieurs semaines, les sites de petites annonces regorgent d’offres d’animaux « pour faire la fête »… De nombreux éleveurs n’hésitent pas à vendre à des particuliers leurs animaux transportés dans les coffres des voitures.
(1) Lire :  Abattage « humanitaire », 1964 : au commencement était la loi (01/2015)
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Politique – Brigitte Macron cantonnée à un rôle de représentation

La Nouvelle République 22/08/2017
La charte de transparence clarifiant le rôle de l’épouse du président, rendue publique lundi, lui reconnaît essentiellement un rôle de représentation.

Par ses actions, Brigitte Macron contribuera au « rayonnement international de la France ». – (AFP)
Brigitte Macron a désormais une existence officielle sur le site de l’Élysée. La présidence a publié lundi la « charte de transparence relative au statut du conjoint du chef de l’État » qui précise son rôle, ses thèmes d’action et les moyens qui lui sont attribués.

Ce texte lui reconnaît principalement un « rôle de représentation au côté du président », en particulier lors des réunions internationales, ainsi qu’un rôle de « supervision » des réceptions à l’Élysée.

Un rôle «  d’épouse de  »

« Son rôle reste extrêmement traditionnel : il se résume à être «  l’épouse de  » », commente Mariette Sineau, politologue pour le CNRS. La charte précise que Brigitte Macron devra « maintenir un lien continu d’écoute et de relations avec les acteurs de la société civile dans les domaines du handicap, de l’éducation, de la santé, de la culture, de la protection de l’enfance ou encore de l’égalité homme-femme ».

Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait promis la « fin d’une hypocrisie française » et assuré vouloir offrir un statut juridique officiel à la Première dame, comme aux États-Unis où le rôle de la First Lady a été institutionnalisé dès 1978. Peine perdue.
Le président s’est retrouvé confronté à une pétition, qui avait recueilli plus de 300.000 signatures en juillet, dénonçant l’octroi d’un budget officiel à la Première dame.
Face au tollé, la présidence a fait machine arrière, annonçant la rédaction d’une simple « charte ». L’entourage de Brigitte Macron précise : Il ne s’agit pas d’un statut juridique mais d’un engagement, qui ne vaut que pour Brigitte Macron et pour la durée du mandat d’Emmanuel Macron, et qui ne sera pas contraignant pour ses successeurs ni leurs conjoints

L’épouse du président ne bénéficiera d’aucune rémunération. Elle dispose cependant de trois collaborateurs et deux agents de sécurité, dont le coût n’a pas été précisé dans la charte. Chaque année, la Cour des comptes publiera « les coûts de fonctionnement associés » à Brigitte Macron.
En 2014, ceux de Valérie Trierweiler, qui disposait de cinq collaborateurs, avaient été évalués à 482.000 €
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Disparition – Mort de l’écrivaine et psychanalyste Marie Depussé

L’auteure de multiples récits intenses aux échos autobiographiques est morte mardi 15 août à Blois (Loir-et-Cher), à 81 ans.

LE MONDE DES LIVRES | 18.08.2017 | Par Raphaëlle Leyris
« Née un 31 décembre 1935 et vivante jusqu’à ce jour » : telle était la succincte biographie rédigée par Marie Depussé pour le site Internet de la maison d’édition POL.
Ecrivaine, professeur de littérature, psychanalyste, elle est morte le mardi 15 août à Blois (Loir-et-Cher), à 81 ans. Interrogée en 2006 par Le Monde sur sa manière aussi brève que surprenante de se présenter, elle disait : « Je suis obsédée par le côté funéraire des gens. Accumuler les petits faits d’armes les uns derrière les autres me semble si proche du cimetière. On n’attend plus que la date qui viendra clore la liste… Je préfère dire que je suis vivante. »
Vivante, cette femme grande et élégante l’était résolument, à l’image de ses textes d’une finesse et d’une intelligence rares, récits admirablement tenus et intenses aux échos autobiographiques, dont les titres évoquent souvent la fin : Est-ce qu’on meurt de ça, Là où le soleil se tait, Qu’est-ce qu’on garde ?, Les morts ne savent rien, La nuit tombe quand elle veut (POL, 1996, 1998, 2000, 2006, 2011)

L’écrivaine et psychanalyste Marie Depussé en novembre 2011. THIBAULT STIPAL/OPALE/LEEMAGE
Deux pôles : la littérature et la psychanalyse
Elle évoque dans Les morts ne savent rien, texte tissé dans ses souvenirs mêlés à ceux de ses deux frères et de sa sœur, une enfance choyée, entre l’Yonne et Paris, malgré les dangers de l’Occupation – la judéité du père finit par devenir un tabou. Très vite, son existence tourne autour de deux pôles : la littérature et la psychanalyse.
La première, la normalienne et agrégée de lettres classiques l’enseigne, commençant sa carrière aux Etats-Unis (à Mount Holyoke, Massachusetts, puis à l’université Howard, Illinois), avant de revenir à Paris, à la Sorbonne, qu’elle quitte au tournant des années 1970 pour Paris-VII-Jussieu. A côté, il y a ceux qu’elle appelle tendrement « les fous », « pour ne pas avoir à poser de diagnostic ».

A 20 ans, ainsi que le raconte son premier texte, Dieu gît dans les détails (1993), elle découvre la célèbre clinique de La Borde, fondée par le docteur Jean Oury dans un château du Loir-et-Cher, lieu ouvert, où les patients vivent en liberté, mêlés aux soignants et à leurs familles ; en 2003, elle signera un passionnant texte d’entretiens avec le médecin : A quelle heure passe le train… (Calmann-Lévy). Dans le parc de La Borde, elle se fait construire « une cabane » où elle vit quand elle n’est pas à Paris. Elle participe à la vie des lieux, assure des « permanences » auprès des hôtes de l’institution, partage les corvées de vaisselle et de cuisine… Plus tard, elle y propose des « séminaires » de littérature : celle qui, dans le cadre de son contrat à Jussieu, enseigne en prison, a le goût de faire cours hors la fac. Dans Qu’est-ce qu’on garde ?, magnifique récit, plein d’humour, des illusions politiques et intellectuelles déçues, déclaration d’amour à la littérature, elle raconte que l’enseignement en milieu carcéral est sans doute ce qui lui reste de ses espoirs post-68.
« Une certaine méfiance à l’égard du roman »
Très marquée par l’œuvre du critique littéraire et écrivain Maurice Blanchot (1907-2003), elle raconta au Magazine littéraire, en 2003, ce qu’elle lui devait comme lectrice et enseignante (il lui avait appris « cette vérité que le travail de commentaire pouvait être un travail de rhapsode »), et comme écrivaine, attachée à la forme brève et éprouvant « une certaine méfiance à l’égard du roman ».
L’écriture lui est venue tardivement : « Vers 45 ans, confie-t-elle au Magazine littéraire, j’ai entrepris d’écrire chaque jour, et depuis, si je n’ai pas écrit un jour, il n’y a pas eu de jour. C’est une façon de lutter contre le retour à l’insignifiance, contre la peur de l’“existence anonyme” (…). J’éprouve une grande douceur à déposer chaque jour, dans un cahier, le jour qui précède. Ce dépôt, j’ai l’impression de l’arracher à l’être. » Après ses textes sur l’amour, l’enfance, la folie, la prison et la littérature, elle consacre son dernier livre, La nuit tombe quand elle veut, à la mort de son frère Jean. Elle s’était mise à l’écrire parce qu’elle allait se faire opérer du cœur et craignait de mourir sur la table d’opération avant d’avoir raconté cette histoire. « Comme pour laisser une trace, confiait-elle au « Monde des livres » en 2011. L’éternité, on n’y peut rien. Mais l’immortalité, il faut s’en occuper. »
Marie Depussé en six dates
31 décembre 1935 Naissance
1956 Découvre la clinique psychiatrique de La Borde
1993 Premier livre, « Dieu gît dans les détails. La Borde, un asile » (POL)
2000 « Qu’est-ce qu’on garde ? » (POL)
2006 « Les morts ne savent rien » (POL)
15 août 2017 Mort à Blois
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Le regard de Plantu – Brigitte : question statut …

Le Monde 23 août 2017

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Insolite du jour – Mieux vaut se méfier de l’hippopotame qui dort…

Ouest-France 21/08/2017
Le lion a beau être le roi des animaux, il n’inspire pas la crainte à toutes les espèces ! Dans cette courte vidéo, on peut voir une lionne s’approcher doucement d’un énorme hippopotame… Celui-ci qui était couché sur le sol, se dresse très vite sur ses quatre pattes et n’hésite pas à charger le fauve ! Impressionnant.
Vidéo
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Au fil de l’Histoire – Ça s’est passé un … 22 août

Dans la nuit du 22 au 23 août 1791.

 La plus grande révolte d’esclaves qui ait réussi débute à Saint-Domingue, colonie française des Antilles.

 Prenant au mot la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen adoptée par les députés français, des « nègres marrons » ayant fui les plantations pour se réfugier dans la forêt revendiquent l’abolition de l’esclavage et s’insurgent, sous la direction d’un prêtre vaudou, Boukman.

 S’ensuivent destructions et massacres. Les esclaves seront bientôt rejoints dans leur bataille par les Noirs affranchis, dont Toussaint Louverture. Haïti proclamera son indépendance le 1er janvier 1804.

Le Monde 22 août 2017
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L’homme qui a stoppé l’avancée du désert au Burkina Faso

Un doigt dans l’actualité – Août/septembre 2017 –
« A la fin des années 1960, les prédicateurs ont annoncé que nous ferions face à une sécheresse sans pareille dans notre localité « , explique Yacouba Sawadogo, 80 ans, au journal l’Économie du Faso. « Face à ce malheur annoncé, j’ai décidé de laisser tomber mon commerce de pièces détachées afin de me mettre à l’agriculture. Afin de comprendre comment la nature se régénère, j’ai mis deux ans à sillonner les terres de mon village, souvent à pied, souvent à cheval« .
C’est au bout de ces deux années de »communion » avec la terre que lui est venue l’idée du « Zaï », une technique qui consiste à préparer le sol en saison sèche. « Pour ce faire, il y creuse de petits trous, les remplit de déchets organiques. Ces débris à leur tour attirent les termites, naturellement présents dans cet environnement. En s’installant dans les petites cavités, les termites creusent des galeries, ce qui permet de retenir l’eau de pluie lors de la saison des pluies. Il ne reste plus qu’à semer les graines. Mais l’innovation ne s’arrête pas là.  Au fil des saisons, Yakouba Sawadogo est passé maître dans la technique du Zaï. C’est désormais de la matière organique composée de compost ou de fumier associée à des tiges de mil concassé qu’il met dans ses petits trous. En plus des graines pour son champ, il y ajoute des graines d’arbres ».
 
En bordure de son champ s’érige désormais une forêt de 25 à 27 hectares, qui attire de nombreux oiseaux rapportant à leur tour de nouvelles graines et contribuant à la diversification faunique ». Oiseaux, rongeurs, reptiles et autres lièvres sont ravis de vivre là. En tout cas, le bon sens de Yacouba Sawadogo devrait nous inspirer et nous servir d’exemple !

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A Hongkong, les partisans de la démocratie sous pression

Le Monde 21/08/2017
A Hongkong, Joshua Wong, Nathan Law et Alex Chow, les trois figures de proue du mouvement de protestation dit « des parapluies », ont été condamnés à de la prison pour « rassemblement illégal » en 2014. Le reflet de la pression accrue qui pèse sur les partisans de la démocratie.

Joshua Wong (au centre), entouré par Nathan Law (à gauche) et Alex Chow (à droite), s’adresse aux médias avant l’énoncé de la peine des trois figures de proue du « mouvement des parapluies », à Hongkong, le 17 août 2017. ANTHONY WALLACE / AFP
C’est une double peine, au sens littéral du terme. Joshua Wong, Nathan Law et Alex Chow, les trois figures de proue du « mouvement des parapluies » à Hongkong – un courant de protestation prodémocratique –, ont été condamnés en fin de semaine à respectivement six, huit et sept mois de prison ferme pour « rassemblement illégal » organisé en 2014. Une sentence qui en amène une autre : cinq ans d’inéligibilité aux élections locales. Hong Kong Free Press, South China Morning Post
En août 2016, MM. Wong et Law avaient été condamnés en première instance à des travaux d’intérêt général et M. Chow à trois semaines de prison avec sursis. Mais, dans un geste inédit, le parquet avait interjeté appel de ces deux décisions, jugées trop clémentes. Ce raidissement judiciaire – qui a drainé des milliers de manifestants dans la rue, dimanche, aux cris de « désobéissance civile, aucun regret » – représente un revers patent pour le territoire chinois semi-autonome dans son combat en faveur d’une émancipation accrue vis-à-vis de Pékin, estime le New York Times.
Lors du rassemblement du 26 septembre 2014, les trois militants avaient protesté devant le siège du gouvernement contre la volonté des hiérarques chinois d’imposer, par le biais d’un suffrage universel tronqué, une personnalité docile (sous-entendu : soumise à la doxa du PCC, le Parti communiste chinois) à la tête de l’exécutif local lors des élections de 2017. La police était intervenue pour les déloger, ce qui avait provoqué une vaste mobilisation populaire de soixante-dix-neuf jours.
Le risque, aujourd’hui, est que ces jeunes hommes deviennent les tout premiers prisonniers de conscience de la Région administrative spéciale (rétrocédée par les Britanniques à la Chine le 1er juillet 1997), ce qui ne manquerait pas d’écorner la réputation de celle-ci en tant que havre des libertés civiles.
Comme en écho, le site en ligne Quartz observe que les efforts déployés pour sanctionner les militants politiques se sont accentués au cours des derniers mois. De fait, de nombreux législateurs favorables à la démocratie ont été récusés au motif que leur prestation de serment posait problème – une manœuvre visant, selon certains, à réduire à quia les réfractaires et autres insoumis à la ligne idéologique fixée par le PCC.
Les associations de défense des droits de l’homme abondent dans ce sens. Pour elles, la posture adoptée par la justice hongkongaise a clairement des allures de vendetta. « La traque incessante et vindicative des leaders étudiants en invoquant des charges pour le moins vagues s’apparente à des représailles politiques de la part des autorités », cingle Mabel Au, directrice d’Amnesty International Hongkong.
Et maintenant ? A l’énoncé de sa peine, Joshua Wong a publié sur le réseau social Twitter un message dénué de toute ambiguïté quant à son état d’esprit : « Ils peuvent étouffer les manifestations, nous expulser du Parlement et nous enfermer. Mais ils ne parviendront pas à gagner le cœur et l’esprit des Hongkongais. (…) Nous n’abandonnerons pas. » Un défi lancé directement au pouvoir central de Xi Jinping. BBC, Time
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Etats-Unis – Environ 40 000

C’est le nombre de manifestants qui ont foulé le pavé de Boston, samedi, pour dénoncer le racisme et la haine, selon le chef de la police locale, William Evans.
Ils avaient été appelés à se mobiliser dans ce bastion progressiste du nord-est des Etats-Unis contre un rassemblement convoqué en défense de la « liberté d’expression » et auquel l’extrême droite promettait de se joindre.
Cette marche de protestation, émaillée d’accrochages avec les forces de police, se tenait une semaine après les violences de Charlottesville (Virginie) mettant aux prises néonazis et militants antiracistes et qui avaient coûté la vie à une jeune femme.

Le Monde 21/08/2017
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Back to the White House – Donald Trump de plus en plus isolé

L’Opinion 21 Août 2017  Elisabeth Guédel
Le président américain qui rentre de vacances ce lundi doit affronter une situation politique comme il n’en a jamais connue. Ses soutiens le lâchent, y compris dans le milieu des affaires. Wall Street s’inquiète.

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Réfugiés – Le jardin partagé de Jacques Lenoir, une oasis pour les réfugiés de Vichy

Ce retraité met à la disposition des nouveaux arrivants un bout de terre où, ensemble, ils cultivent tomates et herbes aromatiques.
LE MONDE | 18.08.2017 | Par Maryline Baumard (envoyée spéciale à Vichy)

Jacques Lenoir approuve la qualité du son avant le concert des Soudan Célestins Music, dans le parc des Bourrins, à Vichy, le 14 juillet 2017. SANDRA MEHL POUR LE MONDE
Un matin, Jacques Lenoir a été tiré de son sommeil par une idée fixe. Celle que Rezan devait être protégé par la France. C’est ce qu’il s’est encore répété en avalant un petit-déjeuner et en s’attelant au dossier de ce jeune Kurde pour qui il prépare un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA).
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À 67 ans, ce Vichyssois d’adoption né à Paris vient de finir une formation pour défendre les migrants qui font appel de leur refus du droit d’asile. Durant des semaines, il a observé et interrogé une bénévole chevronnée de la Cimade, à Clermont-Ferrand, retenant ses arguments juridiques, sa façon de monter les dossiers. À la rentrée, après un stage en droits des étrangers à Paris, il ouvrira à Vichy une annexe de l’association pour que les exilés de sa ville aient un espace juridique où se référer. Un nouveau combat pour cet homme qui en est déjà à sa seconde vie.
Cultures biologiques
Avant 2013, ce maître d’œuvre en bâtiment, qui gagnait bien sa vie dans le Jura, n’avait rien contre la société de consommation. « Je ne renie pas cette période où j’évoluais dans le confort matériel, mais je suis passé à autre chose », explique celui qui, il y a quatre ans, a troqué l’avoir pour se centrer un peu plus sur l’être et porte désormais sur le monde un regard plus protecteur, plus respectueux de la terre et des hommes.
« Avant, je n’aurais sans doute pas prêté attention aux réfugiés. Aujourd’hui ils font partie de mon environnement », commente celui qui, comme eux, a vu la mort de près. Son ennemi à lui, ce n’était pas un gouvernement liberticide, mais une maladie. Une expérience qui les rapproche sans doute, inconsciemment, et les rend plus enclins à célébrer ensemble la première « fête de la vie » que Jacques veut organiser dans le jardin partagé, à l’automne, quand la terre aura donné ses récoltes estivales.
Car pour les réfugiés, Jacques est devenu l’homme du jardin, celui qui a mis à leur disposition un lopin de terre et tout ce que celui-ci peut offrir : des herbes aromatiques, des tomates ou des courges. Des cultures bios, respectueuses du sol. Ce n’est pas pour rien que Jacques s’est offert une semaine de stage chez le pionnier de l’agriculture biologique Pierre Rabhi. Il n’en est pas sorti expert mais il a appris « à aimer la terre », dit-il. « Et j’essaie aujourd’hui de transmettre cet amour. »
Cette année, son jardin vivote doucement. Mais l’an dernier, c’était un pôle de rencontre, de partage et un espace pour souffler un peu, oublier la pression quotidienne. « Quasiment tous les Soudanais en attente de leur statut de réfugié, et quelques Afghans aussi, sont venus régulièrement arracher l’herbe, arroser », observe le maître des lieux, qui a même pu faire de la confiture de tomates avec Mohamad Omar, l’un d’entre eux, tant la récolte était abondante.
Pour lancer cette aventure, les Jardins de Cocagne – une entreprise solidaire où travaille désormais un autre réfugié, Hassan – ont offert des graines, des plants, et prêté les services d’un jardinier professionnel afin que le lieu démarre sur de bonnes bases. Mais cette année, les plantes poussent un peu moins. Devenus réfugiés, les acteurs initiaux du projet se sont focalisés sur l’apprentissage du français, la quête d’un emploi, et ont consacré moins de temps à ce lieu. La relève n’est pas encore arrivée.
Un noyer et deux pommiers
Entre Jacques et les migrants, l’histoire avait commencé un soir de réunion. « Nous avons un rendez-vous régulier, baptisé Confluences, où les associations se rencontrent pour mettre en commun des combats. Nous discutions un soir du lancement d’une monnaie locale, au printemps 2016, quand un gars a déboulé au milieu, nous a présenté le groupe de Soudanais qui l’accompagnaient, nous disant qu’ils avaient besoin d’une aide pour s’intégrer, et est reparti comme il était venu », se souvient-il.
Embarqué dans un divorce compliqué, logé dans un petit appartement, bénéficiaire d’une maigre retraite, Jacques ne voyait pas bien ce qu’il pourrait donner. Jusqu’au moment où il a imaginé offrir un bout de son terrain. En périphérie de Vichy, Jacques est propriétaire de 2 hectares où broutent ses deux ânes, Véliotte et Wiwi, et où Effie aime dégourdir ses petites pattes de chihuahua. Un carré de verdure vallonné avec un noyer et deux pommiers, sur lequel il rêve de s’installer lorsqu’il aura remis sur pieds la petite cabane en bois qui y sert pour l’heure aux ânes. Sa proposition a plu. Son lieu a séduit pour la paix qu’il offre à deux pas de la ville.
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Faute de disposer d’une salle de répétition, c’est aussi sous le noyer que les musiciens des Soudan Célestins Music (le groupe de réfugiés dont Le Monde suit les premiers pas en France) travaillent leur voix, parfois le soir, accompagnés par Hassan au clavier. À l’heure où le soleil se couche sur Vichy, des mélodies soudanaises rebondissent sur les deux côtés du vallon. Chapeau sur la tête, assis sur sa couverture à carreaux, Jacques profite de ce moment.
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Politique / Effectifs – « réduction massive » : La machine gouvernementale au bord de la rupture

 Cent jours après l’arrivée à l’Elysée d’Emmanuel Macron, qui a décidé de réduire drastiquement les effectifs des cabinets ministériels, ministres et conseillers sont déjà à bout de souffle.
LE MONDE | 21.08.2017  | Par Bertrand Bissuel, Emeline Cazi, Gaëlle Dupont, Julia Pascual, Solenn de Royer et Audrey Tonnelier
Un avertissement. A peine trois semaines après l’installation du nouveau gouvernement, une conseillère du ministre de l’économie Bruno Le Maire a fait un burn-out et quitté le ministère. « Ce n’était pas une question de compétence mais de rythme, précise une source à Bercy. Avec la pression, les délais très courts, le job ne lui convenait pas. »
La jeune femme ayant été discrètement remplacée, l’affaire est restée confidentielle. Mais cet incident en dit long sur l’ambiance tendue qui règne au sein de la machine gouvernementale depuis l’arrivée à l’Elysée d’Emmanuel Macron, il y a tout juste cent jours.
Comme il s’y était engagé pendant la campagne présidentielle, le chef de l’Etat a décidé d’une « réduction massive » des effectifs dans les cabinets ministériels. Un décret publié le 19 mai au Journal officiel limite à dix le nombre de conseillers pour un ministre, huit pour un ministre délégué et cinq pour un secrétaire d’Etat. Mais cette règle s’avère compliquée à tenir. A peine trois mois après la passation des pouvoirs entre François Hollande et Emmanuel Macron, le dispositif semble déjà à bout de souffle.
« C’est 7 heures-23 h 45 »
Dans ce contexte, manœuvrer le « paquebot » Bercy – particulièrement exposé – relève de la gageure. En comparaison, le dernier cabinet de Michel Sapin comptait une trentaine de collaborateurs et celui de Christian Eckert (budget), quinze. Entre les polémiques liées au budget 2017 (APL, défense…), les arbitrages fiscaux en prévision du projet de loi de finances de l’automne, et les nombreux chantiers en cours (loi sur le droit à l’erreur, expérimentation du prélèvement à la source…), Bercy a connu un premier été en surchauffe. A titre d’exemple, le ministère a dû assurer pas moins de 37 réunions interministérielles à Matignon, fin juin. « On est débordés », souffle-t-on dans les couloirs de l’hôtel des ministres. « Tous les jours, c’est 7 heures-23 h 45, renchérit un conseiller. Pour les ministres, c’est pareil. C’est l’enfer. On verra combien de temps ça durera. »
La nomination, fin juin, de Benjamin Griveaux au poste de secrétaire d’Etat sans attribution précise devait notamment répondre à ce problème d’effectifs. Les deux ministres entendent se répartir les dossiers industriels : M. Le Maire a géré le dossier délicat de l’équipementier creusois GM&S, quand M. Griveaux s’est occupé du cas du fabricant nordiste de cabines d’engins de chantiers TIM. L’ancien porte-parole d’En marche ! compte également plancher sur l’attractivité de la place de Paris, post-Brexit.

Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie, Benjamin Griveaux (à dr.), lors d’une réunion ouverte aux photographes, dans son bureau de Bercy, le 28 juillet. JOEL SAGET / AFP
Mais l’arrivée de M. Griveaux n’a apporté que peu d’oxygène aux équipes de Bercy : une fois nommés directeur, chef de cabinet, conseillers politique et communication, seul un conseiller technique supplémentaire est venu renforcer la machine sur les sujets PME, artisanat et commerce. « On frôle l’embolie, assure un conseiller qui travaille dans la citadelle de verre. Les ministres sont acculés, ils peuvent à peine traiter les urgences médiatiques. »
Viabilité du dispositif
Bercy n’est pas le seul ministère à souffrir du décret du 19 mai. Au Quai d’Orsay, qui chapeaute la diplomatie, les affaires européennes, le tourisme et la diplomatie économique, certains conseillers ne quittent pas leurs bureaux avant 2 heures du matin. « Le rythme est très éprouvant physiquement », admet volontiers le directeur de cabinet d’un autre grand ministère, qui souhaite rester anonyme. Ce responsable enchaîne des journées « de dix-huit à vingt heures » pendant la semaine et travaille « environ cinq heures » le samedi et le dimanche. « Les nuits sont courtes, poursuit-il. J’essaie de rentrer chez moi trois soirs dans la semaine pour l’heure du dîner et pour coucher mon fils. Puis je me remets au travail jusqu’à 1 ou 2 heures du matin. » Ce haut fonctionnaire, qui assume son choix de « servir le pays », ne se plaint nullement. Mais il s’interroge sur la viabilité du dispositif.
Place Beauvau, les équipes ont dû se contorsionner pour composer le cabinet en tenant compte de la limitation des effectifs. « On prend le temps de cerner les profils, on réfléchit à ce qui est essentiel », concède-t-on au cabinet de Gérard Collomb, où les conseillers se sont vu attribuer des portefeuilles plus larges : le budget et l’administration territoriale, par exemple, sont entre les mains d’un seul conseiller. Le ministre de l’intérieur et sa secrétaire d’Etat, Jacqueline Gourault, partagent également plusieurs collaborateurs.
A la santé, la ministre Agnès Buzyn chapeaute aussi les personnes âgées, l’enfance, la famille, l’exclusion, les handicapés ou encore la réforme des retraites. « C’est colossal », explique l’ancienne ministre en titre, Roselyne Bachelot, pour qui diriger ce « ministère difficile » avec « seulement dix conseillers » est « ingérable ». Elle l’a dit à Agnès Buzyn, avec laquelle elle a dîné fin juillet, avenue de Ségur. « Je ne sais pas comment vous allez faire, lui a-t-elle glissé. C’est mission impossible. » La ministre de la santé a expliqué à Mme Bachelot qu’elle avait supprimé le conseiller diplomatique, qu’elle n’avait pas de plume et qu’elle s’appuyait désormais sur les directions du ministère.
« Super fliqués »
En 2007, François Fillon avait déjà tenté de « dégraisser » les cabinets, pour atteindre moins de vingt collaborateurs par ministre. En 2012, Jean-Marc Ayrault avait fixé par circulaire le plafond à quinze collaborateurs par ministre et dix par ministre délégué. La règle, qui se voulait stricte, n’a pas été respectée. Trois ans plus tard, seuls cinq ministres sur seize étaient dans les clous posés par Matignon. Les gouvernements usaient alors de stratagèmes pour contourner la limitation des effectifs, avec le recours à des chargés de mission, qui rejoignaient le cabinet sans apparaître au Journal officiel. A Bercy, entre 2014 et 2016, Emmanuel Macron avait lui-même constitué un cabinet pléthorique.
Cette fois-ci, plus moyen de ne pas respecter les règles. D’abord parce que les consignes de l’exécutif ont été passées par décret et non à travers une simple circulaire, comme c’était le cas précédemment. Ne pas respecter la règle fixée par Matignon n’est donc pas légal. Ensuite parce que le secrétaire général du gouvernement (SGG) se montre très vigilant. « En plus des difficultés à travailler sous tension, le SGG passe son temps à nous contrôler, on est super fliqués », soupire un conseiller. « C’est vrai, ce n’est plus possible de prendre des CDD en cachette, ce que tout le monde faisait avant », assume-t-on à Matignon.
Mais si l’emploi de chargés de mission pour venir grossir les effectifs des cabinets n’est plus possible, d’autres subterfuges ont été imaginés pour éviter que la machine s’arrête ou casse. Au ministère de l’intérieur, les trois conseillers police, gendarmerie et sécurité civile, ainsi que leurs six chargés de mission, ont été sortis du cabinet et affectés, par un arrêté du 16 juin, à une « mission opérationnelle de sécurité et de défense ». « On considère que ce sont des techniciens et pas des politiques, qui assurent la continuité du ministère », justifie le cabinet. Pour la réforme des retraites, la ministre de la santé Agnès Buzyn devrait quant à elle bénéficier d’une délégation à la réforme des retraites, une « task force » libérée des affaires courantes. Cette délégation devrait débuter ses travaux en décembre.
Ces dernières semaines, plusieurs ministres ont fait remonter à l’Elysée et Matignon les difficultés liées à cette réduction drastique des effectifs. Mais la position des deux têtes de l’exécutif est restée inflexible. « Ils nous demandent de tenir. Ils disent que sinon, on n’arrivera pas à changer les habitudes », raconte un conseiller. Dans l’entourage du chef de l’Etat, on rappelle en effet que « la philosophie des cabinets réduits est de travailler au plus près des administrations ». « Quand il y avait plus de ministres et plus de cabinets, ça fonctionnait moins bien », se persuade-t-on à l’Elysée, où l’on défend un dispositif centralisé et intégré comme gage de rapidité et d’efficacité. Mais « on ne change pas tout du jour au lendemain », admet-on. « C’est effectivement tendu, reconnaît-on à Matignon. Pour que ça fonctionne, il faut faire confiance à l’administration. »
Au pied du mur, les équipes tentent de s’adapter. « Le fait d’avoir un staff limité à dix membres accroît le nombre de dossiers à traiter, explique le directeur de cabinet d’un gros ministère. Cela nous amène aussi à solliciter davantage les administrations centrales – parfois dans l’urgence ou à une heure avancée dans la soirée. Elles sont plus impliquées, assistent à des réunions interministérielles. C’est un changement de culture, pas toujours simple à opérer, mais chacun se dit qu’on ne peut pas se louper, ça crée une dynamique. »
Vision stratégique
Place Beauvau, pour absorber la charge de travail, les chefs d’administration centrale sont également mis à contribution directe : « Ils sont associés de très près et pas seulement d’un point de vue technique, explique-t-on au ministère de l’intérieur. On leur demande de se positionner dans une vision stratégique, de nous remettre des notes directement exploitables et ils peuvent se rendre à des réunions interministérielles où le cabinet n’est pas présent. » Ainsi, le directeur des libertés publiques et des affaires juridiques est allé représenter la position du ministère de l’intérieur en « RI » sur le projet de loi de sécurité intérieure. De même que le directeur général des étrangers en France a « tenu la plume » sur le plan asile et migration de Gérard Collomb.
A Bercy, un conseiller admet carrément que les directeurs d’administration font désormais « partie du cabinet ». Au moins une ou deux réunions ont lieu chaque jour entre un ministre (ou un proche collaborateur du cabinet) et un directeur d’administration. La direction de la législation fiscale, celle du budget, et bien sûr le Trésor, impliqué dans les grandes décisions de stratégie économique et de finances publiques, se retrouvent ainsi en première ligne. « Il faut trouver un nouvel équilibre, sans perdre la capacité d’expertise et de simulation approfondie des directions », explique-t-on à Bercy.
Les ministres commencent à intégrer la contrainte. A tous ses rendez-vous, le secrétaire d’Etat Benjamin Griveaux est désormais accompagné d’un fonctionnaire des services. Il voit également les directeurs d’administration toutes les semaines. « Avant, pour n’importe quel dossier, le conseiller du cabinet recevait cinq ou six notes des services et il devait faire la synthèse, raconte un conseiller de Bercy. Là, on demande à l’administration de faire elle-même la synthèse et le cabinet ne reçoit plus qu’un seul papier. Cela pose tout de même la question sur ce qui relève du cabinet ou pas. L’administration n’est pas responsable, alors que s’il y a une crise ou un problème, le cabinet saute. »
Au ministère de la santé, Agnès Buzyn a cherché la meilleure organisation pour pallier cette limitation d’effectifs. Tous les lundis, la ministre réunit autour d’elle un comité de direction, comprenant les membres de son cabinet, les directeurs d’administration centrale (santé, offre de soins, Sécurité sociale, cohésion sociale, recherche et études) ainsi que le secrétaire général du ministère et le directeur de la Caisse nationale d’assurance-maladie. « Cela facilite les échanges et crée un lien direct entre la ministre et les DAC, qui sont très impliqués, explique-t-on avenue de Ségur. Le fait de constituer une équipe limitée à dix membres est gérable, à condition de travailler autrement avec les services, de se faire confiance et de ne pas vouloir être dans le contrôle en permanence. Les journées sont longues et cela demande une organisation exigeante mais on y arrive en étant réactifs et coordonnés. »
Choc des cultures
Mais au-delà des déclarations d’intention et des premières expérimentations, la réalité reste nuancée. Au ministère de l’économie, si le Trésor travaillait déjà en lien étroit avec l’exécutif, le changement de méthode est moins bien vécu dans d’autres administrations du ministère. « Certains cabinets n’ont pas de conseiller budgétaire, d’autres pas de conseiller juridique. Il y a beaucoup moins de personnes en capacité de décider, donc on attend davantage les retours d’arbitrages et au final les décisions sont plus longues à prendre », peste un haut fonctionnaire.
Un choc des cultures qui vaut autant sur la forme que sur le fond. « Avant, les notes envoyées par les directions étaient d’abord “digérées” par les conseillers qui les transmettaient ensuite aux ministres. Aujourd’hui, il nous arrive de recevoir des notes de plusieurs pages, qui auraient besoin d’être écrites dans un langage plus clair et synthétique », raconte-t-on à Bercy. L’administration ne peut pas non plus se substituer à l’échelon politique. « A un moment, l’administration dit “stop !”, ajoute-t-on dans un autre ministère régalien. Le soir ou le week-end, ils nous font comprendre qu’ils ne font pas partie du cabinet et ne veulent pas être soumis au même rythme ! »
Les anciens ministres et conseillers jugent la nouvelle règle édictée par M. Macron avec sévérité. « Avant, le système était déjà à l’os, note un ancien conseiller de Matignon. Cette réduction des effectifs n’a pas de sens. Pour Macron, c’est un moyen de dire : “Vous voyez ? Je fais mieux avec moins !” C’est aussi le moyen de dépolitiser les dossiers et de tenir les ministres bride courte. Il peut décider de tout, tout contrôler. »
En contrepartie d’une plus grande intégration de l’administration, le chef de l’Etat avait promis un spoil system à l’américaine – le remplacement des directeurs d’administration en fonction de leur tendance politique. Les ministres ont jusqu’à la fin de l’année pour auditer leurs services et changer les têtes, s’ils le souhaitent, rappelle-t-on à l’Elysée. En attendant, la méfiance reste de mise dans certains ministères entre le cabinet et les services.
Ainsi, l’entourage de la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, est persuadé qu’une fuite sur l’amputation du budget du ministère de 25 % a été organisée depuis le ministère. « Les administrations n’ont souvent qu’une idée : torpiller la réforme, met en garde un ancien ministre. La réforme doit être portée politiquement. Là, on introduit le renard dans le poulailler ! » Un ministre résume : « Même si c’est dur, il va falloir changer de logiciel, nous n’avons pas le choix. Car sinon, tout le monde va mourir. »
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Le regard de Plantu – Proposition du Retour de la « police de proximité »

Le Monde 19 août 2017
Celle-ci a été supprimée au niveau de la police nationale en 2003 par Nicolas Sarkozy, nouveau ministre de l’Intérieur 

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