Indre-et-Loire – Tours : Ces légumes qui pousseront au-dessus de vos têtes

La Nouvelle République 09/12/2016
Tour(s)Habitat lance un projet mêlant logement social et maraîchage urbain. Et cherche dès à présent des candidats pour cultiver 2.000 m 2 au sol et sur le toit.

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Développer une offre agricole en milieu urbain en utilisant les toits pour cultiver carottes et salades. L’idée est dans l’air du temps : certaines villes nord-américaines (New York, Boston, Montréal) l’ont déjà mise en œuvre et en France, Paris et Lyon travaillent également sur l’accueil de fermes urbaines.

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A Tours, le bailleur Tour(s)Habitat planche sur un projet similaire, les Jardins Perchés, une résidence d’habitat social de 75 logements qui comprendra également plus de 2.000 m2 de surfaces cultivables.
Jusqu’à 2.000 euros de revenus
C’est à Tours-Nord, au chemin de la Miletière que cette résidence d’un nouveau genre verra le jour. Constituée de trois bâtiments basse consommation reliés par des passerelles aériennes, elle offrira deux espaces de culture : le premier sur la toiture, principalement sous serres, avec des vergers et cultures sur treilles ainsi que des jardinières ; le second au sol, à proximité immédiate de l’habitation.
Le bailleur supportera les investissements de départ (installation des serres, substrat, locaux techniques, forage pour l’eau d’arrosage) avant de confier la gestion sous la forme d’un prêt gratuit à un maraîcher professionnel.
Ce dernier aura ensuite toute liberté pour gérer son exploitation et vendre sa production. En contrepartie, il devra entretenir les espaces verts de la résidence, ce qui permettra d’alléger les charges des locataires.

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Selon une étude menée par Fermes d’avenir – l’association gère l’exploitation maraîchère de la Bourdaisière, à Montlouis, et accompagne Tour(s)Habitat sur le projet – la vente des produits permettrait de dégager un salaire d’environ 1.000 euros au début et jusqu’à 2.000 euros à terme. A condition toutefois de mener des activités annexes précise l’étude.
Circuits courts économies d’énergie…
Les avantages du projet sont nombreux : sur le plan du développement durable tout d’abord avec une production privilégiant les circuits courts, une consommation d’eau nettement inférieure à une culture en plein champ, un besoin de chaleur moindre (celle-ci provenant en partie de la dissipation de chaleur du bâtiment), et, à l’inverse, une isolation supplémentaire pour la résidence.

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Sur le plan social, les habitants auront un accès privilégié à des produits de qualité. Ils pourront également fournir leur propre compost au maraîcher et participer à des ateliers.
Après avoir mené les études et l’avant-projet, Tour(s) Habitat vient de lancer l’appel à candidatures de maraîchers. Ces derniers ont jusqu’au 28 février pour se faire connaître. Le permis a été déposé et le lancement du chantier est prévu pour juillet 2017 avec une livraison en septembre 2019.
les chiffres clés :
> Bâtiment de 4 niveaux (rez-de-chaussée et 3 étages).
 > 4.600 m2 de surface habitable.
 > 75 logements répartis entre T1 bis (3), T2 (34), T3 (16), T4 (15), T5 (7).
 > Une place de parking par logement (64 en sous-sol, 11 en aérien).
 > 2.100 m2 de surfaces cultivées dont 1.200 au sol et 900 sur la toiture (776 sous serres, 220 hors serres).
> Coût de l’opération : 9,75 millions d’euros.
Nicolas Rimbaux
Indre-et-Loire

 

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Ave Maria chanté dans la rue

Qui ne connaît pas l’Ave Maria de Schubert ? Mais ici l’interprétation est exceptionnelle.

L’art dans la rue c’est aussi ce partage magnifique que nous offre Martin Hurkens chanteur d’opéra néerlandais. C’est un ancien boulanger incroyablement talentueux du sud des Pays-Bas qui réchauffe l’âme et nous remplit d’émotions avec la beauté de sa voix.
Quant à l’enfant, qui le regarde, il est plein d’admiration et doit se dire : « Quand je serais grand, je serais, comme lui, un chanteur de rue de luxe ».
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Pourquoi installer un navigateur internet alternatif ?

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L’âge de faire – 24/11/2016 –
Pour aller sur Internet, vous utilisez un « navigateur », en ouvrant une page à partir de laquelle vous allez taper directement une adresse, ou utiliser un moteur de recherche. C’est un outil crucial en terme de protection des données personnelles car il constitue la porte qui relie votre ordinateur (ou téléphone, ou tablette…) à l’extérieur. Or, les navigateurs propriétaires (Internet Explorer pour Microsoft, Safari pour Apple… ) se financent grâce à la collecte de vos informations personnelles qu’ils revendent au meilleur prix.
Pour mieux vous « connaître », les entreprises recueillent :
– L’heure de mise en service et de fermeture du navigateur.
– Tout ce qui « tapé » dans le navigateur, même si vous ne validez pas.
– Les types de modules installés, et les infos qui vont avec.
– La taille de votre écran ! Et oui, quand vous utilisez le navigateur avec une fenêtre maximisée, vous transmettez la résolution de votre écran. Cela donne une indication sur votre matériel et donc, la possibilité d’identifier le modèle de l’ordinateur et de se servir d’une faille.
– Si vous naviguez dans vos données personnelles avec le navigateur, alors là c’est la fête : vous faites visiter votre disque dur !
Portes dérobées
moteur-rechercheComme ce sont des logiciels propriétaires, on ne sait pas exactement comment ils fonctionnent, mais nous ne voyons pas pourquoi ils ne se serviraient pas des données qui sont saisies dans le navigateur (renseignement d’un formulaire, mot de passe…) pour les utiliser à leur compte. De plus, ces logiciels ont, comme tous les logiciels, des failles, des portes dérobées. Sont-elles réparées quand elles sont trouvées, ou sont-elles communiquées à des tiers, comme les agences fédérales pour les programmes de surveillance de masse (1) ? Le navigateur permet de pister votre itinéraire sur Internet, mais il peut être aussi utilisé pour pénétrer dans votre ordinateur.
Firefox et Chromium, les géants
Le mieux est donc d’utiliser des navigateurs libres : Firefox (de la fondation Mozilla) et Chromium (version libre de Google Chrome) sont les plus performants. Ils permettent aussi d’installer des greffons qui vous donnent accès à plusieurs moteurs de recherche en un clic, au blocage des publicités, à l’anti-pistage, au contrôle parental, et à bien d’autres fonctions facilitant et sécurisant votre navigation.
Voilà pour les bons côtés… car ces poids lourds du libre entretiennent des relations ambiguës avec les poids lourds « propriétaires » du net. Pour Firefox, Mozilla aurait des accords avec Google pour être son moteur de recherche par défaut dans la barre URL en haut à droite. C’est ainsi que Mozilla se financerait. Ainsi, en 2014, Mozilla aurait touché de Google de l’ordre de 300 millions de dollars. Aujourd’hui, Mozilla a remplacé dans certains pays Google par d’autres, comme Yahoo : la fondation a diversifié ses financeurs (2).
Pour Chromium, libre mais qui sert de base à Chrome, celui-ci a été mis en place par Google pour fédérer des développeurs libres et l’aider à mettre sur pied un navigateur concurrent à Firefox, en situation de quasi-monopole. Avec plus de 60% de parts de marchés, Mozilla était en position de force pour imposer à Google un « partenariat » pour que le moteur de recherche apparaisse par défaut.
Si l’on regarde qui est propriétaire du nom de domaine de la plate-forme de chromium.org, c’est Google (3). Mieux : Google a acheté ce nom de domaine en 2002, soit l’année de naissance officielle de Firefox !

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Pale Moon et QupZilla, plus radicaux
Si vous ne voulez utiliser ni Firefox, ni Chromium, il existe d’autres navigateurs libres et sans compromis : Pale Moon, par exemple, ou QupZilla, qui intègre un bloqueur de publicité par défaut.
Autre habitude à prendre pour protéger votre vie privée : utiliser un navigateur différent selon l’usage, en séparant par exemple la gestion de vos données administratives sur l’un et l’accès aux réseaux pas très sociaux et aux sites de commerce en ligne sur l’autre.
(1) Wikipédia : Révélations d’Edward Snowden 
(2) Next Inpact : Mozilla coupe les ponts financiers avec Google
 (3) Whois : Chromium.orgCollectif EmmabuntüsarpinuxGPL V3
Vous pouvez lire aussi :
Quel est l’intérêt d’un bloqueur de pub ?
Moteurs de recherche alternatifs
Reprendre le contrôle de votre ordinateur
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Affaire Cahuzac, la justice française fait un exemple / Estonie : incertitudes / Chef sioux Renard Courageux

Les lourdes condamnations prononcées jeudi contre Jérôme Cahuzac, son ex-épouse et la banque genevoise Reyl ont avant tout pour but de punir les mensonges de l’ex-ministre, et de dissuader les futurs fraudeurs et leurs banquiers
Affaire Cahuzac, la justice française fait un exemple
Le Temps : Newsletter du 09.12.2016
Cahuzac ou la France sans pitié
En condamnant l’ancien ministre du budget Jérôme Cahuzac à trois ans de prison ferme, la justice française a lancé un signal fort sur sa détermination sans faille à combattre la fraude fiscale. Pas de pitié non plus pour les complices, les banques et les conseillers financiers, qui n’ont pas encouragé leurs clients à régulariser leur situation: la preuve avec la condamnation de la banque genevoise Reyl à payer une amende de 2 millions de francs.

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A lire dans «Le Temps» ce matin, le reportage de notre correspondant en C Dans les Pays baltes, l’élection de Donald Trump a ouvert une période de peurs et d’incertitudes où les Etats-Unis sont les principaux garants de la sécurité du pays face à la Russie.

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Vous trouverez aussi le récit du combat victorieux mené par le chef sioux Renard Courageux contre la construction d’un oléoduc sur la terre de ses ancêtres.

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Economie – La pantoufle, un « impôt » mieux appliqué : Entre 1993 et 2011, 37 anciens élèves de l’ENA ont réglé cette indemnité

L’ancien ministre de l’économie, Emmanuel Macron, doit payer cette indemnité due par les démissionnaires précoces de la fonction publique. La somme à verser s’élèverait, selon lui, à environ 50 000 euros.
Le Monde | 05.12.2016 | Par Bertrand Bissuel
C’est désormais effectif : Emmanuel Macron ne fait plus partie de la fonction publique. Un mois après avoir dit qu’il quittait définitivement l’Inspection générale des finances (IGF), sa démission a, comme le veut la procédure, été validée par un décret du président de la République, publié au Journal officiel du samedi 3 décembre.
L’ex-ministre de l’économie avait justifié un tel départ par le souci de l’« exemplarité ». Alors qu’il vient d’annoncer sa candidature au scrutin présidentiel de 2017, M. Macron veut, par là même, montrer qu’il renonce aux « protections » accordées « tout au long de la vie » par son ancien statut – notamment l’assurance d’avoir « un droit au retour permanent » dans le corps prestigieux où il a évolué de 2004 à 2008, après sa sortie de l’ENA.
D’autres personnalités politiques, qui avaient également débuté leur vie professionnelle dans la haute fonction publique, ont déjà agi de la sorte. Ainsi, Bruno Le Maire a mis fin, en 2012, à sa carrière de conseiller des affaires étrangères. Valérie Pécresse, elle, a rompu les amarres avec le Conseil d’Etat en 2015. Et Nathalie Kosciusko-Morizet a démissionné, la même année, du corps des ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts.
Mais M. Macron se distingue de ces trois figures du parti Les Républicains sur au moins un point : il doit payer la « pantoufle », cette indemnité réclamée aux anciens élèves de grandes écoles qui n’ont pas servi l’Etat durant dix années, contrairement à l’engagement qu’ils avaient pris à l’issue de leur formation, gratuite et rémunérée. Elle correspond « au remboursement des frais de leurs scolarité » explique Emmanuel Aubin professeur de droit public à l’université de Poitiers …
Entre 1993 et 2011, 37 anciens élèves de l’ENA ont réglé cette indemnité
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Au fil de l’Histoire : Ça s’est passé un … 10 décembre

10 décembre 1848

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Élection de Louis-Napoléon Bonaparte
Le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte (40 ans) est élu président de la République au suffrage universel (masculin) après une violente mais courte campagne électorale.

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Le neveu de Napoléon 1er est porté par le prestige de son nom, le discrédit de l’Assemblée conservatrice qui anime la IIe République et ses propres options socialisantes…

10 décembre 1901

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 Attribution des premiers prix Nobel
Le 10 décembre 1901, le roi de Suède et le Parlement de Norvège décernent les cinq premiers prix de la fondation Nobel.

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Au roi revient l’attribution des Prix Nobel de physique, de chimie, de médecine et de littérature ; au Parlement l’attribution du Prix Nobel de la paix. Ces cinq Prix annuels résultent de la volonté posthume d’Alfred Nobel (1833-1896)…

10 décembre 1936

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Édouard VIII annonce son abdication

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Le 10 décembre 1936, Édouard VIII annonce son abdication. Le roi d’Angleterre cède son trône pour pouvoir épouser la femme qu’il aime, l’Américaine Wallis Simpson, doublement divorcée.

PKT932 - 62246 LP3D KING GEORGE VI AND QUEEN ELIZABETH (THE QUEEN MOTHER) EARLY PORTRAITS - UP TO 1952 Official photograph of His Majesty the King, 1937

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Il devient duc de Windsor et son frère cadet, le duc d’York, lui succède sous le nom de George VI. Il lui incombera de garder le trône dans une Europe à feu et à sang. En apprenant la nouvelle, il manque de défaillir.
C’est un véritable séisme, notamment quand Édouard s’explique à la radio, dès le lendemain, dans une allocution à ses sujets : « J’ai estimé impossible de porter le lourd fardeau de responsabilités et de remplir les devoirs qui m’incombent en tant que roi, sans l’aide et le secours de la femme que j’aime ».

10 décembre 1948

 Déclaration universelle des droits de l’homme
Le 10 décembre 1948, les 58 membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) siègent pour la dernière fois à Paris, au palais de Chaillot, avant de gagner New York et les rives de l’Hudson.

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Ils adoptent pour l’occasion la Déclaration universelle des droits de l’homme (en anglais : Universal Declaration of Human Rights)…

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La Déclaration est rédigée sous l’égide d’Eleanor Roosevelt, veuve du président américain, avec le concours éclairé du juriste français René Cassin
Ce texte exprime la pensée occidentale du XXe siècle dans ses deux volets, communiste et libéral. Il reprend dans les grandes lignes les principes universels de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.

10 décembre 1957

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 Albert Camus Prix Nobel de littérature

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Né 44 ans plus tôt dans une famille pauvre de Mondovi (Algérie), Albert Camus se voit remettre le Prix Nobel de littérature à Stockholm le 10 décembre 1957, pour l’ensemble de son oeuvre, notamment deux romans : L’étranger et La peste, et un essai philosophique sur l’absurdité de la condition humaine : Le mythe de Sisyphe.
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Impôts sur les sociétés, toujours moins

Charlie Hebdo – 07/12/2016 – Jacques Littauer – 
C’est la course à l’échalote en ce moment entre les pays développés pour savoir qui diminuera le plus son taux d’imposition sur les sociétés. Un jeu idiot qui prive les États de ressources indispensables pour faire fonctionner leurs services publics et mener de véritables stratégies de développement économique.
Sont-ils tous devenus fous ? Le Royaume-Uni, les États-Unis, la Hongrie, le Luxembourg, le Mexique, la Chine, l’Australie, Israël et même la France, tous ont récemment annoncé une baisse de leur taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés. Avec parfois de vrais plongeons : ainsi, Thérésa May, la Première ministre du Royaume-Uni a-t-elle annoncé in novembre que son pays aurait un taux d’impôt sur les sociétés parmi les plus faibles des pays développés. Il doit en effet passer de son niveau déjà bas de 20 % (contre 25 % en moyenne en Europe) à 17 % d’ici à 2020, et on murmure même qu’un taux à 15 % serait envisageable. Histoire sans doute de concurrencer l’Irlande et son taux plancher de 12,5 %, qui a su attirer les multinationales chez le « Tigre celtique » (quand celui-ci ne faisait pas disparaitre purement et simplement l’impôt, comme on l’a vu avec Apple.
Aux États-Unis, où l’imposition sur les sociétés figure parmi les plus élevées des pays riches (35 %), Donald Trump a promis une baisse massive pour ramener ce taux à 15 %, avec même un taux à 10 % pour les multinationales américaines qui accepteraient de rapatrier leurs liquidités placées à l’étranger. En effet, la législation américaine ne taxe les profits mondiaux que si ceux-ci sont rapatriés sur le territoire national, ce qui permet une joyeuse « optimisation fiscale » des grands groupes qui localisent leurs profits dans des territoires extra-américains, comme les Bermudes.
dessin-augmentation-des-patronsEn France, seuls les profits réalisés dans l’Hexagone sont soumis à l’impôt sur les sociétés, ce qui a pu expliquer qu’un groupe comme Total ait pu échapper à l’impôt en France plusieurs années de suite en dépit de profits importants réalisés à l’étranger. Mais le groupe a néanmoins versé 8 milliards d’euros d’impôts sur les sociétés en 2014 à divers pays qui pratiquent des taux élevés comme le Nigeria (85 %) ou la Norvège (78 %), le taux moyen de l’entreprise atteignant 67 %. Mais les taux « officiels » de l’impôt sur les sociétés sont à prendre avec précaution tant ils sont mités par divers avantages fiscaux. Ainsi, loin du record de 33,3 % affiché par notre beau pays et qui est censé faire fuir les investisseurs, une étude du cabinet PwC et de la Banque mondiale de 2014 établissaient un taux d’imposition effectif de seulement… 8,7 % en France. De même, le taux réel ne serait que de 23 % en Allemagne, le record étant détenu par le Luxembourg à 4,1 %. Pas besoin donc de baisser les taux, ils sont déjà très bas ! D’ailleurs, les grands groupes dépensent bien plus en versement de dividendes à leurs actionnaires.
3288365-4712740Et pourtant, c’est ce que viennent de décider le gouvernement et la majorité parlementaire socialiste. Alors que le taux de l’impôt sur les sociétés est passé de 50 % en 1985 à 33,3 %  aujourd’hui, et qu’il ne rapportera cette année plus que 30 milliards d’euros, contre 40 milliards en 2012, le gouvernement a décidé d’étendre le taux réduit de 15 % déjà en vigueur sous certaines conditions pour certaines PME à l’ensemble des petites et moyennes entreprises. Par ailleurs, le taux baissera à 28 % pour toutes les entreprises d’ici à 2020, pour une facture totale de 7 milliards d’euros : ça coûte cher les cadeaux de Noël aux entreprises !
Bien sûr, si l’Europe fonctionnait, tout ça n’arriverait pas, les pays coopéreraient plutôt que de se faire concurrence… Mais malheureusement, l’Europe aggrave la concurrence au lieu de la limiter. Car tout ça pour quoi, finalement ? Attirer des multinationales. Mais ces grands groupes, c’est pour nos infrastructures, notre main-d’œuvre qualifiée, nos chercheurs qu’ils viennent, pas pour nos impôts à la sauce irlandaise ou luxembourgeoise. Il est donc idiot de renoncer à des  rentrées fiscales qui nous permettent de développer nos avantages comparatifs nationaux. et à force de baisser les impôts sur les entreprises, on n’aura bientôt plus que deux possibilités : soit matraquer les ménages en augmentant la TVA (coucou Fillon), soit dépecer les services publics (re-coucou Fillon). Voire faire les deux en même temps.
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Environnement – Pékin-sur-Seine

Pollution à Paris : des faux-airs de Pékin-sur-Seine
 Les pics de pollution atmosphérique enregistrés ces derniers jours montrent qu’il est désormais indispensable de s’attaquer résolumment à ce fléau et d’éviter les querelles partisanes.
Le Monde | 08.12.2016
Editorial du « Monde ». C’est le scandale sanitaire de demain : la pollution atmosphérique, qui menace la santé des Français, en particulier celle des Franciliens et des Lyonnais. Les chiffres peuvent être contestés, mais l’ordre de grandeur est établi : ce fléau provoque près de 50 000 morts prématurées par an, soit autant que l’alcool.

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Paris et sa région ont ces jours-ci des faux airs de Pékin-sur-Seine, même si les taux relevés sont sans commune mesure avec la capitale chinoise. Il faudrait donc s’attaquer résolument à la pollution atmosphérique. Les causes sont multiples, en particulier le chauffage, l’industrie et la voiture dont il convient de réduire drastiquement l’usage et de la convertir rapidement à l’électrique. Voilà pour les principes.
Un cas d’école
Reste à passer à la mise en œuvre. Les autorités ont voulu donner le sentiment qu’elles s’attaquaient au problème en imposant la circulation alternée. C’est un fiasco, parce que la mesure, mal appliquée, n’a réduit le trafic qu’à la marge et peu influé sur le niveau de pollution. Surtout, elle a mis en évidence la défaillance structurelle des transports publics, RATP et SNCF. S’il faut parfois prendre des mesures coercitives pour changer les habitudes de transport, celles-ci seront vouées à l’échec et provoqueront la révolte des citoyens si aucune offre alternative n’est proposée.
Mardi, premier jour de circulation alternée, a été un cas d’école, avec la rupture de caténaires qui a conduit à l’interruption du trafic des RER B et D. Ces incidents ont mis en lumière le quotidien des usagers des transports en commun franciliens et parisiens. Défaillances techniques permanentes, rames bondées à toute heure du jour, fréquence souvent très insuffisante, retards systématiques, crasse du réseau, bus coincés dans les embouteillages faute de voies réservées sur tout le trajet. Ces incidents ne sont pas un malheureux hasard, mais liés à une tiers-mondisation du service public français.
Il convient d’abord d’accuser le sous-investissement passé, notamment à la SNCF. De 1980 à 2010, l’Etat et la direction de la SNCF n’ont eu d’yeux – et d’argent – que pour la grande vitesse, oubliant le réseau francilien qui, s’il ne représente que 10 % du réseau ferré français, supporte à lui seul 40 % du trafic voyageurs national. Le résultat fut un sous-investissement chronique de 500 millions d’euros par an en Ile-de-France.
Faire preuve de pédagogie
Corriger cette dérive est l’affaire d’années, voire de décennies. La Cour des comptes l’a rappelé dans son rapport annuel en février 2016, l’état général des infrastructures ferroviaires en Ile-de-France continuera de se dégrader jusqu’en 2020 et ce n’est qu’en 2025 qu’on retrouvera le niveau – pourtant calamiteux – du début 2016. Ainsi, il faudra attendre 2023 pour inaugurer enfin la desserte rapide de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle.
Ce temps long ne doit pas empêcher les politiques de préparer l’avenir et de faire preuve de pédagogie. A cet égard, la guerre que se livrent la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, et la présidente de région, Valérie Pécresse (Les Républicains), est consternante. La crise intervient après des mois de polémiques sur la fermeture des voies sur berge décidée par Anne Hidalgo, pour les habitants du centre-ville de Paris, sans se soucier des conséquences sur les banlieusards et les quartiers périphériques. Ce blocage risque malheureusement d’être durable. Les querelles partisanes et l’atomisation des pouvoirs de Paris et de sa région l’empêchent de devenir une métropole moderne et écologique.
Lire aussi :   La France désarmée face à la pollution de l’air
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International – Une tragédie européenne : Xi Jinping, Trump, Poutine : un trio de durs face à une Europe trop douce

Chronique. Les Européens n’ont guère d’illusion à se faire : ces trois nationalistes convaincus veulent façonner le monde à leur main.
Le Monde | 08.12.2016
Ces trois-là ont tout pour se comprendre. Donald Trump à Washington, Xi Jinping à Pékin et Vladimir Poutine à Moscou s’entendent sur un point clé : « la communauté internationale », c’est eux – et personne d’autre.

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L’ancien promoteur new-yorkais, le « communiste aux caractéristiques chinoises » et l’ex-officier du KGB ont la même méthode de travail : le rapport de force. Ils ont la même vision du monde : une affaire de brutes.
Les doux Européens, volontiers confiants dans l’extension de la notion d’Etat de droit à la vie internationale, n’ont guère d’illusions à entretenir. Poutine, Trump et Xi Jinping, nationalistes convaincus, veulent façonner le monde à leur main. Un peu partout, l’idéal démocratique-libéral est en perte de vitesse et, avec lui, celui d’un ordre international qui serait régi par la norme de droit. Il n’y a qu’à Bruxelles qu’on cultive encore ce dernier rêve.
Les « Trois » se retrouvent dans la défense de leur zone d’influence – chacun la sienne. Durant la campagne électorale américaine, Trump a laissé entendre qu’il n’avait rien à redire à ce que la Russie reprenne la Crimée à l’Ukraine. Il veut bien que Pékin étende sa présence militaire en mer de Chine, dès lors que les Chinois s’abstiennent de commenter les relations de Washington avec Taïwan. Tout est affaire de négociation – de deal, dirait Trump – plutôt que de droit international.
« National-égoïsme »
Brut de décoffrage, cet état des lieux a été dressé à la World Policy Conference (WPC), présidée par son fondateur Thierry de Montbrial et réunie, pour sa 9e
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« National-égoïsme »
Brut de décoffrage, cet état des lieux a été dressé à la World Policy Conference (WPC), présidée par son fondateur Thierry de Montbrial et réunie, pour sa 9e édition, fin novembre au Qatar. A Moscou, Pékin et Washington, l’idéologie montante est le bon vieux national-égoïsme, pas l’isolationnisme.
Le monde est appelé à rester global, la mondialisation est portée par la technologie. Mais, plus trompeuse que jamais, l’idée d’une gouvernance mondiale, incarnée dans des institutions internationales, est battue en brèche par la réalité des Etats. Les plus puissants d’entre eux l’entendent bien ainsi.
Une fois de plus, ce devrait être l’heure de vérité pour l’Europe, a constaté la WPC. Ce devrait être le moment du réveil pour les Européens, la prise de conscience de « l’impossibilité d’une île » : ils ne s’isoleront pas des crises, ils ne vivront pas comme dans une « grande Suisse ».
Dans ce monde de brutes, les épreuves à venir commanderaient de les trouver unis. Pour exister à côté de la « bande des Trois », négocier avec les grands émergents (Brésil, Inde), affirmer une singularité européenne dans la mondialisation. Seulement voilà, au moment précis où elle devrait être forte, l’Union européenne (UE) est au plus bas. Elle est victime d’une crise interne. Le projet européen va fêter son 60e anniversaire drapeau en berne.
Le mal est profond, peut-être terminal, diagnostique Hubert Védrine dans son dernier livre, Sauver l’Europe ! (Liana Levi, 96 pages, 10 euros). L’UE périt de l’intérieur : elle a perdu la confiance des peuples. Avant même le Brexit, elle était dans un état de « déréliction avancé ».
Pourquoi cette désaffection populaire ? L’ancien ministre des affaires étrangères – jamais eurolâtre, plutôt euroréaliste – incrimine une UE devenue à la fois trop vague et trop ambitieuse. Mal préparé, trop rapide, trop étendu, l’élargissement post-guerre froide l’a diluée dans une masse informe et sans cesse en mouvement.
Retisser du lien entre les peuples et l’Europe
L’instauration du marché unique s’est traduite par un déluge incontrôlé de directives, de « normes intrusives et tatillonnes » émanant de la bureaucratie bruxelloise. Celle-ci n’est pas si nombreuse que ça ni si antidémocratique qu’on veut bien le dire (elle applique des décisions prises par des gouvernements élus).
Mais la mise en musique de l’ensemble au son d’une partition ridiculisant les notions d’identité nationale et de souveraineté, pour célébrer à satiété les mérites d’un européisme élitiste, a fait le reste : les peuples ont décroché. L’euroscepticisme est majoritaire.
De la crise de l’euro à Schengen et à l’immigration, le livre passe en revue les difficultés traversées par l’UE. Il y a la manière Védrine : « no nonsense », dirait-on anglais – rester pragmatique, ne pas se payer de mots, éviter les batailles théologiques. Il ne se résout pas à la dislocation du projet européen. Une obligation : retisser du lien entre les peuples et l’Europe. L’originalité du livre est dans une proposition à double détente. D’abord décréter une « pause » à la fois dans l’élargissement et dans « la furie normalisatrice » de Bruxelles.
Ce serait le temps d’un bilan de la construction européenne : ce qu’il faut garder, ce qui ne marche pas. Ensuite convoquer une conférence « refondatrice » qui accoucherait d’un document politique de réorientation de l’ensemble du système : redéfinition stricte de la répartition des compétences entre les institutions européennes et les Etats ; redéfinition du rôle des dites institutions ; redéfinition d’un projet européen qui respecterait les espaces nationaux et resituerait l’ambition de l’Europe dans le monde de demain.
5045291_7_c476_donald-trump-lors-d-un-meeting-electoral-a_551ae91fcd05813983e2a2ac4dfc41a1Védrine est souvent convaincant. Il est aussi convaincu de l’impérieuse nécessité de l’Europe pour préserver le mode de vie européen dans le monde de demain. Configuration géopolitique nouvelle : l’Europe a peu d’amis. Dans toute l’UE, Vladimir Poutine finance les partis d’ultra-droite qui veulent détruire le projet européen. A Washington, Trump est du côté des « brexiters » : il n’a que mépris, au mieux de l’indifférence, pour l’UE.
A Pékin, Xi Jinping serait le moins anti-européen de « la bande des Trois », mais les Chinois savent jouer de la division des Européens entre eux. Dans la multipolarité conflictuelle qui s’annonce, la désintégration du projet européen serait une tragédie. Pour les Européens.
Alain Frachon Journaliste au Monde
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neuf-quinze – l’affaire Cahuzac

neuf-quinze@arretsurimages.eu 09/12/2016.
Cahuzac : peine à moitié pleine ? A moitié vide ?
09h15 – Trois ans ferme ! s’exclame Frédéric Seys, éditorialiste politique sur France Culture. Et il est vrai que ces trois ans ferme, prononcés la veille contre Jérôme Cahuzac pour fraude fiscale, blanchiment de fraude fiscale, et omission de déclaration de son patrimoine, provoquent dans l’immédiat, à l’unisson du Monde qui titre sur la « fermeté » de la peine (1), un réflexe de sidération. Trois ans ferme ! Ainsi donc, oui, les politiques peuvent aller en prison. Vraiment en prison. Ferme. Ainsi donc, tout procès intenté contre des puissants, pour des actes de délinquance financière, ne dure pas forcément dix ou vingt ans. Ainsi donc, les rares politiques qui se retrouvent devant un prétoire ne sont pas octo ou nonagénaires. En voilà, une bonne nouvelle, pour tenter de lutter contre les progès du « populisme ».
Jérôme Cahuzac ira-t-il « vraiment » en prison ? Oui, mais non. Mais oui, peut-être. Tout dépend de ce que l’on appelle « vraiment ». L’ancien ministre est « vraiment » condamné à de la vraie prison ferme, ce qui ne signifie pas qu’il ira « vraiment » en prison. Oui : le tribunal a jugé que la peine ne serait pas aménageable. Mais non : si Cahuzac fait appel (et son avocat a annoncé que ce serait le cas), cet appel sera suspensif, c’est à dire qu’il suspendra la peine. Ce n’était pas une fatalité. Le tribunal aurait pu délivrer un mandat de dépôt à l’audience. Il ne l’a pas fait.
Frédéric Seys a-t-il entendu, quelques minutes plus tôt, sur sa propre antenne, la réaction enregistrée de Monique Pinçon-Charlot ? La sociologue des riches et des puissants (voir ici son débat avec Hubert Védrine sur la gouvernance mondiale de l’oligarchie) (2), a assisté au procès Cahuzac. Elle rappelle que Cahuzac encourait en fait une peine de sept ans de prison (législation alourdie depuis…l’affaire Cahuzac). La peine prononcée, trois ans, est non seulement très inférieure à ce maximum, mais même inférieure au maximum qui était encouru…avant l’affaire Cahuzac (cinq ans). Mais alors ce procès ? La dureté du réquisitoire ? La dureté des termes du jugement ? « Nous sommes face à une classe sociale avec des effets de manche, des concurrences, de fausses querelles, qui reste malgré tout extrêmement solidaire et mobilisée dans la défense de ses intérêts » expliquait-elle lors du réquisitoire (3). Peine à moitié pleine, peine à moitié vide ? Tout est affaire de perspective.

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(1) http://abonnes.mobile.lemonde.fr/politique/article/2016/12/08/le-tribunal-preside-par-peimane-ghaleh-marzban-a-marque-une-opportune-distinction-entre-ce-qui-releve-de-son-role-la-fermete-de-la-condamnation-penale-et-ce-qui-ressort-de-l_5045853_823448.html?xtref=&xtref=http://www.lemonde.fr/teaser/
(2) http://www.arretsurimages.net/emissions/2016-08-12/Le-systeme-mediatico-mondial-ne-supporte-pas-la-discretion-id8934
(3) http://www.francetvinfo.fr/politique/affaire/cahuzac/proces-cahuzac-il-y-a-un-decalage-entre-le-discours-du-parquet-et-ses-requisitions-regrette-monique-pincon-charlot_1825015.html
Daniel Schneidermann
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Dessin de Serguei – La primaire à gauche

Le Monde 08/12/2016

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Education – 10 bonnes raisons d’apprendre le latin – “Les langues anciennes font de meilleurs informaticiens”

L’Obs Publié le 04 /12/ 2016 /
Avec la réforme du collège 2016, le latin et le grec disparaissent comme disciplines à part entière. Mais que vont y perdre les élèves? Revue de détail.
Il n’était pas question, pour Najat Vallaud-Belkacem, de laisser les collégiens français continuer d’apprendre le latin, qui n’était pourtant plus qu’une option. Une «option facultative», comme on disait au ministère, car le ministère aime à redonder. Dans un élan de civisme, elle le réduisit à l’état d’EPI, comprenez enseignement pratique interdisciplinaire. Par exemple, le professeur de latin et le professeur d’arts plastiques pourraient élaborer un cours sur les temples de Rome.

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C’est plus attrayant («attractif», dit le ministère) que les verbes déponents et l’ablatif absolu. Sur huit EPI proposés (environnement, corps, santé et bien-être…), un collégien doit faire au moins six EPI dans sa scolarité, à raison de deux par an, ou trois dans le meilleur des cas. Un EPI doit déboucher sur une réalisation pratique: une expo, un temple en carton, un blog, une affiche (sur tablette, le plus souvent, vu l’emprise de Microsoft sur la Rue de Grenelle).
Mme Vallaud-Belkacem, qui a «fait du latin», et connaît les vertus de cet apprentissage, a déclaré: «Il ne s’agit pas de supprimer un droit ou une possibilité pour quelques-uns. Il s’agit de le généraliser.»
Jacques Drillon  Lire 87 % restants
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“Les langues anciennes font de meilleurs informaticiens”
L’obs 06/12/2016
Emmanuel G., professeur de latin dans un lycée, plaide pour l’efficacité de son enseignement.
« En décapitant l’enseignement des langues anciennes, le ministère se trahit doublement. D’abord il avoue que la fin de l’Education nationale est programmée. Bientôt, il n’y aura plus qu’une vague institution publique, assurant le minimum, et une multitude de petits établissements privés et payants, où les futurs meneurs feront de véritables études. Ensuite, il montre sa volonté de rompre avec le passé. Il ne sait plus que le commémorer. Un anniversaire par-ci par-là…
Pendant vingt siècles, on n’a rien commémoré: on avait l’Antiquité dans le sang. De Montaigne à Baudelaire, de Louis XIII à Léon Blum, les hommes politiques, les savants, tout le monde respirait par le latin et le grec. La fameuse photo de Gide, couché avec son bonnet de nuit, lisant un petit Virgile, dit cela: une intimité, un silence, une méditation, un émerveillement.
Il y a mille manières de détruire le passé: il n’est pas nécessaire de brûler des bibliothèques, il suffit de les vider. Dans cette nouvelle trahison des clercs, je vois la peur que les élèves inspirent. En fait, l’Etat rêve d’une Education nationale sans élèves: ils gênent tout le monde, ils parlent mal, ils sont violents, ils téléphonent, on ne sait plus comment les prendre. Et surtout ils coûtent horriblement cher.
Je vois aussi qu’on veut adapter l’enseignement aux besoins de l’industrie. C’est à la fois criminel et stupide, car ces besoins ne sont absolument pas analysés, pas plus que les moyens de les satisfaire. Les langues anciennes font de meilleurs scientifiques, de meilleurs vendeurs et même de meilleurs informaticiens. Je le sais ! Je fais du bien à mes élèves, à tous !
Laisserons-nous mourir le grec et le latin ?
D’ailleurs, voyez où sont élevés les enfants des petits génies de la Silicon Valley, les enfants des patrons de Google, d’Amazon, de Wikipédia ! Dans des écoles Montessori, des écoles Waldorf: pas de connexion internet, des tableaux noirs, des livres… Vous pouvez être sûr qu’eux ne vont pas faire d’EPI [enseignements pratiques interdisciplinaires] une heure par semaine. Steve Jobs interdisait les écrans à ses enfants. Nous, on nous les impose.»
Propos recueillis par Jacques Drillon
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Au fil de l’Histoire : Ça s’est passé un … 9 décembre

9 décembre 1905

aristide-untitledLe 9 décembre 1905, la loi concernant la séparation des Eglises et de l’Etat est votée, à l’initiative du député socialiste Aristide Briand, alors âgé de 43 ans. Un texte de conciliation censé garantir à chacun les moyens d’exercer librement sa religion dans le respect de celle d’autrui.
Avec elle prend fin le Concordat napoléonien scellé en 1801, qui reconnaissait la religion catholique comme étant celle « de la grande majorité des Français » (et non pas celle de l’Etat).

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La loi de 1905 souleva également les passions à l’occasion de l’inventaire des biens de l’Eglise par les agents de l’Etat et fut à l’origine d’affrontements avec les forces de l’ordre
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Caricature représentant l’initiative conciliatrice de Briand
Le Monde 9 décembre 2016

9 décembre 1893 

Une bombe à la Chambre  !

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Le 9 décembre 1893, l’anarchiste Auguste Vaillant lance une bombe dans l’hémicycle de la Chambre des députés, à Paris, pour protester contre l’exécution de Ravachol, le 11 juillet 1892.
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 François Ravachol, ( arrestation )
Cet attentat témoigne de la flambée terroriste qui frappe les sociétés occidentales à la fin du XIXe siècle au nom de l’anarchisme :
attentats de François Ravachol,
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de Émile Henry

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et Caserio, « lois scélérates » de Casimir-Perier,

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attentats également de Brescia contre le roi d’Italie Humbert 1er etc.

9 décembre 1955

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 Adoption du drapeau européen

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Le 9 décembre 1955, le Conseil de l’Europe adopte le drapeau européen. L’emblème a été conçu par l’Autrichien Arsène Heitz,  (1908 – 1989) modeste fonctionnaire, artiste à ses heures et fervent catholique.
Selon ses dires, il s’est inspiré de la médaille miraculeuse de la rue du Bac (Paris)…

 

Hérodote
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Nous vivons une époque formidable (ou pas)

Fredcavazza.net – 08/12/2016 –
Ces derniers mois, j’ai passé beaucoup de temps à anticiper ce qui allait se passer après. Après l’avènement des smartphones et des chatbots, après la mise sur le marché des premiers casques de réalité virtuelle et enceintes connectées, après la généralisation des intelligences artificielles… Comme nous approchons de la fin de l’année et ses traditionnelles bilans et récapitulatifs, je vous propose de faire le point sur la place des outils et supports numériques dans notre quotidien.
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« Y’a deux ans je comprenais pas grand-chose, maintenant c’est pire » (Orelsan)
Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression que nous avons franchi un cap dans notre rapport quotidien avec le web et les NTIC en général. En témoigne, cette sélection d’actualités et articles qui ont été publiés dans la semaine :
– YouTube permet maintenant de diffuser en direct des vidéos 4K à 360° (YouTube now supports 4K live-streaming for both 360-degree and standard video) ;
– Les balises de proximité, qu’Apple nous a présentées il y a 3 ans comme une authentique révolution, se confrontent à la dure réalité du quotidien des mobinautes (‘Beacons are dead,’ says CEO of a retail analytics firm) ;
– Les influenceurs d’Instagram sont des gens comme nous (Confessions of an Instagram Influencer) ;
– L’application Yelp demande à ses utilisateurs de se prendre en photo devant leur assiette pour plus d’authenticité (Yelp wants you to add a ‘Yelfie’ to your restaurant reviews) ;
– La Maison-Blanche a sorti une application de réalité augmentée à laquelle on peut jouer grâce à un billet de 1$ (The White House’s new app builds 1600 Pennsylvania Ave on a real $1 bill) ;
– Amazon ouvre une supérette sans caisses ni caissiers (Amazon launches a beta of Go, a cashier-free, app-based food shopping experience), la première d’une longue série (Amazon reportedly hopes to open a massive chain of 2,000 grocery stores) ;
– Les passagers d’Air France écoutés par les espions américains et britanniques ;
– Un voleur s’est fait piéger à distance dans la voiture qu’il avait volée (BMW remotely locked a vehicle to trap a thief inside the car he stole) ;
– Un logiciel distribué gratuitement permet de trouver le code de sécurité d’une carte bancaire en quelques secondes (A new tool can crack a credit card number in six seconds) ;
– La police scientifique néerlandaise va expérimenter la réalité augmentée sur certaines scènes de crime (Dutch police looking to fight crime with augmented reality) ;
– Les sites d’informations bidon sont plus prolifiques qu’on ne le pensait (The Huffington Post has a fake news problem)…
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Comme vous pouvez le constater, nous avons là un beau florilège d’actualité qui nous aurait fait réagir, ou à minima tiquer, il y a quelques années, mais qui passe quasi inaperçu maintenant. Comme si tout cela était normal, naturel, comme si nous étions devenus insensibles à toutes ces dérives. Car oui, vous pouvez l’interpréter comme vous voulez, mais il y a bien une dérive dans notre sur-utilisation des outils et supports numériques. À un point où j’en viens à me demander si la technologie nous facilite ou nous complique la vie au quotidien.
Certes, il y a du bon et du moins bon dans toutes ces nouvelles technologies et ces usages innovants, mais la question de savoir si le bilan est globalement positif ou négatif ne se pose pas dans la mesure où le numérique domine notre quotidien, il faut donc faire avec.
Des sentiments et comportements très ambivalents
Les consommateurs et citoyens entretiennent un rapport paradoxal avec le numérique : d’un côté ils veulent encadrer les usages, légiférer sur le droit à l’oubli et la confidentialité ; et de l’autre, ils passent leurs journées, soirées et vacances à s’afficher sur les médias sociaux et scotchent sur les services de messagerie mobile.
Trois études récentes illustrent bien l’ambivalence de leurs comportements :
– L’étude de l’Institut ViaVoice sur les Français et leur rapport au numérique (Français et réseaux sociaux : le grand désenchantement ?), où l’on apprend que pour 2/3 des sondés les médias sociaux ne contribuent pas à renforcer la démocratie et pour 61% qu’ils ne renforcent pas le lien social (un sacré paradoxe !) ;
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L’étude Deloitte sur Les Français et la santé, qui nous montre que 78% des Français sont favorables au développement de dispositifs de suivi et de consultation à distance pour la médecine préventive, mais plus de 40% ne font pas confiance dans les nouveaux acteurs de la e-santé ;
– Le dernier rapport d’Ericsson sur les 10 hot consumer trends, selon lequel 20% des sondés seraient favorables à l’idée de remplacer un dirigeant politique, un patron ou un manager par une intelligence artificielle, mais ont peur des potentielles destructions d’emplois.
w_funny-satirical-evolution-charles-darwin-day-251-700Je ne sais pas pour vous, mais je trouve ces chiffres particulièrement alarmants, et surtout symptomatiques d’une société qui subit la technologie. Le fond du problème est que le rythme d’innovation a largement dépassé la capacité d’assimilation du grand public. Du coup, on se retrouve avec des terminaux et supports numériques très largement déployés, mais pas du tout maitrisés (ex : la prolifération des fakes news qui ont visiblement influencées l’élection présidentielle US). Peut-être est-il temps de ralentir le rythme de mise sur le marché de nouvelles technologies et/ou de nouveaux services numériques ? Loin de moi l’idée de vouloir jouer les censeurs, mais force est de constater que rajouter plus d’innovations ne va faire qu’empirer les choses. La question me semble de plus en plus légitime, surtout que les éditeurs ne s’encombrent pas de ces considérations et poussent pour une adoption à marche forcée de la réalité virtuelle, de la réalité augmentée, des intelligences artificielles, de la blockchain…

Comprendre et maitriser la technologie, c’est réussir sa transformation digitale
Encore une fois, le but de cet article n’est pas d’endosser le rôle d’une quelconque forme d’autorité qui jugerait du bienfondé de la mise sur le marché de telle ou telle innovation (une sorte de CSA des NTIC), mais de nous questionner sur cette fuite en avant technologique. Cela fait vingt ans que je travaille dans le milieu du web, et je n’avais jamais ressenti une telle effervescence dans l’innovation.
Nous reprenons ici une réflexion que j’avais initiée il y a quelques mois à propos des dernières pratiques de programmatic buying : La publicité en ligne en pleine crise de croissance. Ma conclusion est la même : il nous faut reprendre le contrôle, car l’important n’est pas d’essayer de rattraper son retard, mais de comprendre après quoi on court et surtout pourquoi on court.
Conclusion : nous vivons une époque formidable, essayons de ne pas la gâcher avec des technologies et services numériques mal maitrisés qui peuvent au final abaisser notre productivité ou exposer nos données personnelles. Vous remarquerez que l’air de rien, c’est bien de transformation digitale dont je suis en train de parler : adopter de nouveaux usages, services et supports numériques, mais en ayant conscience de leurs limites et des dérives potentielles.
La transformation digitale implique nécessairement l’adoption de nouvelles technologies, mais elle se fait également sur le plan culturel (comprendre l’évolution des usages) et émotionnel (accepter les changements). Réussir une transformation digitale, c’est aider les uns et les autres à exploiter toutes ces nouveautés au quotidien, et ne laisser personne en retrait. Ceci est valable à la fois pour le plan personnel, mais surtout professionnel, car c’est bien là que la fracture numérique se creuse.
En synthèse : mettre l’effort sur l’éducation pour que l’innovation soit inclusive et non source de conflits entre les sachants (ou ceux qui pensent l’être) et les autres.
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Élitisme : le peuple doit se ressaisir

Charlie Hebdo – 07/12/2016 – Guillaume Erner –
« Révolution », dit Emmanuel Macron dans l’ouvrage du même nom. Il n’a pas entièrement raison mais presque. Il faut que cela change : la roue de l’histoire est en train de tourner, et c’est celle d’une Bentley.
Le français moyen se dit surpris par le renoncement de François Hollande, et dans cette surprise, tout est dit. Notre président n’avait-il pas maintes fois évoqué sa volonté de faire connaître sa décision en décembre ? Au moins, au temps de Louis XIV, les manants savaient écouter, même lorsque c’était aux portes. Et quand ils pénétraient dans la chambre visiteurs03du roi, ils savaient voir, même si le roi était nu. Il est loin le temps où les pouilleux ne se formalisaient pas des décisions de leurs dirigeants, parce qu’ils se considéraient tout simplement comme habitants du même royaume. Serfs et nobles vivaient côte à côte, les mansardes collées aux châteaux, le lien social était encore solide, en somme le contact n’était pas rompu. Mais aujourd’hui, les pauvres s’éloignent de plus en plus de leurs dirigeants dans un coupable entre-soi. D’où leur difficulté de plus en plus grande à comprendre le monde qui les entoure. Malgré les efforts de BFM, la traduction du langage des grands commis de l’État en bas français, le fossé se creuse entre les gueux et leurs protecteurs.
Les Français nous méritent-ils ? Il est temps de piétiner un tabou : ce peuple est déconnecté de l’élite. Impossible de persévérer dans cet entre-soi populaire, les classes moyennes – et même les « sans-dents » – doivent être à l’écoute de l’élite. Depuis la victoire du « non » au référendum sur la Constitution européenne jusqu’à l’élection de Donald Trump, le peuple a acquis une assurance qui confine désormais à l’arrogance. Masse critique, dit-on. C’est bien cela le problème.
le-riche-et-le-pauvreJe m’en voudrais de faire le procès du peuple, mais enfin, certaines vérités doivent être posées. Avec élégance et sans acrimonie, certes, mais sans se cacher sous son foulard Hermès. Si les salaires à quatre chiffres persistent à demeurer dans leurs bistrots, leurs restaurants à thème et les vilains endroits de villégiature – La Grande Motte, pays infesté de djihadistes l’été, stations de très moyenne montagne l’hiver -, la conversation nationale se déroulera sans eux. On ne peut pas toujours demander aux même de faire des efforts. Ce qui est en cause, c’est la cohésion nationale ! faute d’être attentif aux souhaits de l’élite, le petit peuple découvre sur le mode de la surprise l’évolution du pays. Hier, ils ont été surpris par l’obligation faite aux Parisiens d’abandonner leurs vielles voitures. Demain, ils se déclareront étonnés par la disparition de l’ISF si François Fillon entre à l’Élysée.
Ça va craquer 
Il faut que les Français fassent preuve d’un peu de curiosité, qu’ils osent quitter leur zone périurbaine pour oser pousser la porte d’un magasin Vuitton, qu’ils viennent comprendre les conditions de vie et de travail des riches. Bien sûr, les embouteillages sur l’A1, ça existe, mais a-t-on pensé à la manière dont la fermeture des voies sur berges isole l’île Saint-Louis ? un chauffeur met maintenant six minutes de plus pour relier la rue du Faubourg Saint-Honoré au marché Saint-Germain, dix neuf minutes de trajet, presque autant qu’en chaise à porteurs.
La démocratie doit s’émanciper de tous les lobbies, y compris le lobby majoritaire. Faut-il rappeler à cette masse informe à quels errements ont mené les démocraties dites populaires ? Il est temps de remettre l’église au cœur du village, comme ont dit, et les classes supérieures au-dessus de la piétaille. On se souvient fort bien de la mise en garde Bertolt Brecht : « Le gouvernement estime que le peuple a trahi la confiance du régime et devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités. A ce stade, ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ?  » La France d’en haut craque, celle d’en bas doit se ressaisir. L’élite soutient encore la masse, mais pour combien de temps encore ?

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