Qui sont vraiment les nouveaux guerriers du climat ?

Le Vif.be – 22/03/2019 – Mélanie Geelkens –
Ils ont défilé par dizaines de milliers le 15 mars. Ils comptent recommencer le 31. Et cela ne va pas s’arrêter avant les élections, ni même après. Jusqu’à ce que les politiques les entendent et agissent. Tour d’horizon de cette nouvelle galaxie climatique, aussi déterminée qu’hétéroclite. Entre jeunes, ONG, activistes, fonctionnaires, patrons…
Qui sont vraiment les nouveaux guerriers du climat ?Un réveil citoyen porté par l’air du temps. Au centre, Adelaïde Charlier. © FRANÇOIS DVORAK
Lire également « Climat : jeunes, ONG, activistes… Qui fait quoi, qui aide qui, qui finance quoi ? »
Ils disaient : peu importe le nombre de manifestants. Ils pensaient : pourvu qu’il y ait du monde, pourvu qu’il y ait du monde, pourvu qu’il y ait du monde ! Car ils savaient qu’  » on  » les observait : les politiques, les médias, les détracteurs… La Terre entière, même. Parce que le 15 mars était une journée de grève mondiale dans 123 pays et que, ces derniers mois, le nôtre s’est retrouvé au centre de l’univers climatique. Leonardo DiCaprio et Hillary Clinton n’avaient-ils pas tweeté leur admiration ? Emmanuel Macron n’avait-il pas reçu une délégation de jeunes ? Les coups de fils ne pleuvent-ils pas chez Greenpeace Belgique ?  » Qu’est-ce qui se passe, chez vous ? questionnent les confrères internationaux. Amazing ! « 
Du monde, il y en a eu, le 15 mars : 30 000 personnes à Bruxelles, 3 000 à Gand, Anvers, Louvain-la-Neuve et Mons, 1 000 à Liège, 600 à Namur… Alors, même s’ils ne disaient rien mais qu’ils n’en pensaient pas moins, les nouveaux guerriers du climat ont savouré. Hey, élu-de-peu-d’éco-foi ! Tu l’as vue, notre démonstration de force ? ! Toute mobilisation mitigée aurait été d’autant plus indigeste que, pour la première fois, toute cette galaxie émergente avait aligné ses planètes. Les jeunes de Youth for Climate (Anuna De Wever, Adélaïde Charlier & Cie) étaient aux manettes, répondant à l’appel mondial de leur égérie suédoise, Greta Thunberg, mais tous les autres  » for climate  » avaient enrôlé leurs troupes. Etudiants, fonctionnaires, travailleurs, professeurs, rebelles…
Ça fait du monde, sur la photo de famille.  » On réussit l’objectif qu’on poursuivait depuis dix ans ! On ne doit plus tirer le mouvement, les citoyens s’organisent eux-mêmes « , jubile Nicolas Van Nuffel, responsable du plaidoyer au CNCD-11.11.11 et président de la Coalition Climat. Celle-ci regroupe une soixantaine d’organisations environnementales, syndicats, mouvements de jeunesse, qui répète, depuis douze ans, que le monde politique n’en fait pas assez, que la société civile doit se réveiller.
Nicolas Van Nuffel : "J'ai reçu des tonnes de messages de gens en colère."Nicolas Van Nuffel : « J’ai reçu des tonnes de messages de gens en colère. » © DIRK WAEM/BELGAIMAGE
La ruche et les abeilles
C’est fait. Ces derniers mois, tant de groupements émergent qu’eux-mêmes ont du mal à se dénombrer. Nés à l’initiative de citoyens lambda, popularisés grâce à une simple page Facebook. Pas de structuration en asbl, pas d’aspiration politique, une volonté d’indépendance à l’égard des associations environnementales existantes.  » C’est comme une ruche, compare Céline Tellier, secrétaire générale adjointe d’Inter-Environnement Wallonie. Beaucoup d’abeilles s’activent, partout, mais aucune ne fait le même boulot.  »  » On ne veut pas d’une organisation verticale, le côté horizontal nous plaît. On veut que les gens soient au centre des décisions « , plaide Kim Lê Quang, co-organisateur du mouvement citoyen Rise for Climate Belgium. L’une des nouvelles garnisons d’éco-soldats, qui a organisé dans l’empressement la marche du 27 janvier dernier : 75 000 personnes ! Même eux étaient surpris. Personne n’imaginait que le succès du 2 décembre 2018 (entre 75 000 et 100 000 participants) puisse être réitéré. Car cet événement-là, était initié par des acteurs bien établis (Coalition Climat et Climate Express), planifié depuis le printemps précédent et promotionné depuis le mois d’octobre, à coups de tracts, de réseaux sociaux et de soutiens externes, telle la vidéo du YouTubeur Félicien Bogaerts, Je peux pas, j’ai climat, vue plus d’1,8 million de fois.
Quand bien même : d’habitude, 15 000 manifestants, c’est le maximum que peuvent rassembler les organisations environnementales. Beaucoup (beaucoup ! ) de mobilisations précédentes ne les atteignaient pas. Mais il s’est passé un truc.  » Incroyable. Inédit. Un jour, des sociologues ou des anthropologues se pencheront là-dessus « , pressent Juliette Boulet, porte-parole de Greenpeace. Ce réveil citoyen,  » si seulement on savait comment l’expliquer ! s’exclame Céline Tellier. Nous, associations, nous menons un travail de fond depuis des dizaines et des dizaines d’années, ça porte sans doute ses fruits. « 
Sans doute. Mais pas que. Souviens-toi, l’été dernier, de cette incroyable canicule ! Et de tous ces dérèglements météorologiques, ici comme à l’autre bout du monde. D’un coup, le réchauffement climatique serait devenu tangible. Concret. Indéniable. Puis il y eut le rapport du Giec, publié en octobre et fortement médiatisé, sur les conséquences d’une hausse de 1,5 degré d’ici à 2050. En résumé, ce ne serait pas joli-joli et il serait temps de se remuer pour l’empêcher. Puis la démission de Nicolas Hulot du gouvernement français, fin août. Puis la glorification de Greta Thunberg, Suédoise, 16 ans, en grève scolaire chaque vendredi depuis septembre.
Mais plusieurs de ces nouveaux mouvements citoyens étaient déjà en gestation bien avant. Et en colère. De voir défiler les conférences internationales sur le climat sans qu’elles soient suivies d’effets. D’entendre les scientifiques alerter sans qu’ils soient écoutés. De constater que les gens en font, eux, des efforts quotidiens, sans que le politique prenne le relais.  » Beaucoup ont déjà mis en place leur propre transition « , analyse Juliette Boulet, qui rappelle que les préoccupations climatiques étaient déjà prégnantes il y a quelques années. Al Gore et sa Vérité qui dérange (en 2006), la mode des constructions passives, le boom des panneaux photovoltaïques, tout ça… Devant le manque de réponse politique, les  » écoconvaincus  » dépités se seraient repliés sur eux-mêmes. Agir sur son quotidien pour changer le monde, comme le préconisait en 2015 le film Demain. Consommation locale, mouvement zéro déchet, végétarisme et véganisme…  » Quand on pose soi-même des actes concrets, ça engendre de la fierté et on devient d’une certaine manière activiste, reprend la porte-parole de Greenpeace. Or, des études ont montré que la somme des changements individuels était nécessaire, mais insuffisante. « 
La jeune Suédoise Greta Thunberg, égérie des nouveaux guerriers du climat.La jeune Suédoise Greta Thunberg, égérie des nouveaux guerriers du climat. © WOUTER MAECKELBERGHE/ID PHOTO AGENCY
Ces élections-ci ou jamais
Retour à la case politique.  » Peut-être aussi que tout ça arrive maintenant car on se dit : si rien ne se produit ces élections-ci, on ne veut pas attendre cinq ans à ne rien faire « , interprète Koen Verwee, co-initiateur de la campagne Sign for my Future, qui ambitionne de recueillir un maximum de signatures pour donner un mandat aux élus afin qu’ils n’aient pas/plus peur de réfléchir plus loin que le bout de leur échéance électorale.  » On leur demande simplement un futur « , résume Bakou Mertens, cofondateur de Students for Climate.
Durs de la feuille, nos édiles.  » Replanter des arbres comme on l’a annoncé en Flandre, les coachs climat dans les écoles de Marie-Christine Marghem… Ce n’est pas ça qu’on veut « , poursuit l’étudiant. Elle en a pourtant beaucoup fait pour la galaxie climatique, la ministre fédérale de l’Environnement (MR) ! Le jet privé qu’elle a affrété pour un aller-retour à la Cop 24 de Katowice, le lendemain de la marche du 2 décembre à laquelle elle avait participé, parce qu’elle devait prêter serment le soir à Tournai… Oh, la boulette ! Puis la Belgique qui ne soutient pas plusieurs directives européennes dans la foulée…  » J’ai reçu des tonnes de messages de gens en colère, se souvient Nicolas Van Nuffel. Se demandant ce qu’il fallait faire, si marcher à 75 000 dans les rues ne suffisait pas. « 
Désobéissons !
Juliette Boulet (Greenpeace) : "Nous répondons aux demandes."Juliette Boulet (Greenpeace) : « Nous répondons aux demandes. » © JEAN MARC QUINET/REPORTERS
Se rebeller, peut-être. Parallèlement aux mouvements citoyens, des groupes plus radicaux émergent. Extinction Rebellion et Act for Climate Justice,  » mais aussi toute une série de groupuscules qui n’ont parfois même pas de nom  » (dixit Juliette Boulet) et qui appellent à la désobéissance civile et à l’action directe non violente. La campagne de sms aux ministres, cette année, c’était eux, comme l’occupation de la rue de la Loi et de la cour du Parlement fédéral l’an dernier.  » Il ne faut pas se méprendre sur le sens du mot radical, précise Guilherme Serodio, membre d’Extinction Rebellion. Il signifie, pour nous, qu’il faut s’attaquer à la racine du problème – le système de croissance infinie – et non aux symptômes.  » Les rangs des deux organisations ne cessent de grossir, affirment-elles. Des fâchés, des déçus, des femmes, des jeunes, des vieux, souvent vierges de tout militantisme.
 » Les élections ne sont qu’une échéance parmi d’autres, prévient Johan Verhoeven, d’Act for Climate Justice. On ne va pas s’arrêter après le 26 mai.  » Les autres mouvements non seulement déclarent qu’ils veilleront à ce que le prochain accord du gouvernement soit ambitieux, mais ajoutent qu’ils poursuivront les mobilisations s’il ne l’est pas. Les deux échéances communes à venir sont la marche du 31 mars et une mobilisation le 12 mai. Entre-temps, chaque planète de la galaxie climatique poursuivra ses propres initiatives.  » Et tout le monde parle et collabore avec tout le monde, relève Charlotte Scheerens, coordinatrice de Climate Express. Notre but n’est pas de savoir qui fera la plus belle action !  »
 » Nous pensons que ça ne va pas s’arrêter, car le mouvement démontre une intelligence collective, une réflexion sur le fait de ne pas s’essouffler « , admire Juliette Boulet, de Greenpeace. Si l’ONG n’est à la manœuvre en rien, elle se retrouve malgré tout un peu partout. Elle a relu le texte de la vidéo de Félicien Bogaerts, elle a honoré les factures de la sonorisation de la manif du 27 janvier, elle aide ceux qui le lui demandent à établir un parcours de marche, recrute les indispensables stewards, négocie avec la police, prête ses talkies-walkies, met ses camionnettes à disposition pour aider les jeunes à aller chercher du matériel, dispense un media training à un jeune paniqué avant un débat télévisé avec un ministre…  » Nous ne suscitons rien, nous répondons aux demandes, souligne la porte-parole. Pour le moment, on en est submergés, c’est incroyable ! Et ça fait partie d’une stratégie que nous avons adoptée en 2015 au niveau mondial, qui s’appelle the seven shift. Nous voulons être des héros parmi les héros, aider les petits groupes à réaliser ce dont ils ont envie. Parfois, on nous demande aussi de ne pas intervenir.  » Les jeunes, particulièrement, tiennent à ne pas afficher ces coups de main, craignant qu’ils soient interprétés comme une subordination.
C’est un sursaut pour assurer l’avenir, éviter que la Terre ne soient littéralement dévorée par ses habitants, inconscients et désinvoltes. Loin d’une attente résignée de la fin du monde, ces jeunes entendent prendre leur destin en main. Ce faisant, ils tournent le dos aux différentes chapelles écologistes, refusent les clivages qui opposent ceux qui croient à la droite et ceux qui croient à la gauche; ceux qui croient au marché et ceux qui n’y croient pas. Leu message est beaucoup plus simple et radical. Il ressemble à un cri : Au secours !
 » Tous les mouvements sociaux ont fini par s’essouffler, recontextualise Bruno Frère, sociologue à l’ULiège. Mais ils déposent quelque chose dans l’imaginaire collectif et dans l’esprit des politiques.  » Dans l’imaginaire collectif, c’est sûr. Et dans l’esprit des politiques ?

Planet earth. High detailed satellite view of the Earth and its landforms, isolated on white background. 3D illustration, elements of this image furnished by NASA.

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Après l’attentat de Christchurch, Facebook, Youtube et Twitter accusés de mal modérer les discours haineux

La diffusion en direct de la tuerie en Nouvelle-Zélande et la circulation de copies de la vidéo rappellent la facilité avec laquelle les messages néonazis peuvent circuler en ligne.
Le Monde Par Michaël Szadkowski et Damien Leloup 21 /03/2019
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A Christchurch, en Nouvelle-Zélande, lundi 18 mars, trois jours après l’attentat contre deux mosquées. DAVID MOIR / AFP
Vingt-neuf minutes. C’est le temps qu’il a fallu, vendredi 15 mars, avant qu’un utilisateur de Facebook n’appuie sur le bouton « Signaler » de la vidéo du terroriste d’extrême droite australien Brenton Tarrant. Ce dernier avait décidé de diffuser, en direct, sur le réseau social, grâce à une caméra connectée, l’attaque qu’il a menée contre deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, et au cours de laquelle il a tué cinquante personnes.
Quelques jours plus tard, la société fondée par Mark Zuckerberg a donné les chiffres du nombre de visionnage de cette vidéo ; elle a été vue « 200 fois pendant sa diffusion en direct », et près de 4 000 fois au total, avant sa suppression. Le réseau social note que personne ne l’a « signalée » avant la fin du direct du massacre, qui a duré dix-sept minutes en tout.
Les faits sont là : Facebook est une plate-forme où un terroriste peut diffuser le meurtre en direct de cinquante personnes pendant dix-sept minutes, sans en être empêché. Et cela, sans qu’aucun des « spectateurs » des faits (ces derniers ont vraisemblablement trouvé le lien vers cette vidéo sur le forum 8chan, connu pour son extrémisme) ne songe à avertir les équipes de modération.
Lire aussi Attentat de Christchurch : 8chan, vivier en ligne du terrorisme d’extrême droite
Suppressions à la chaîne de la vidéo de l’attentat
C’est ce qui motive, désormais, la pluie de critiques qui touche les réseaux sociaux occidentaux – principalement Facebook et YouTube – depuis cet attentat.
Les plates-formes sont notamment accusées de ne pas avoir agi assez vite ni efficacement pour empêcher la diffusion de ces images. Au point que des parlementaires américains ont de nouveau demandé à YouTube et à Facebook qu’ils viennent s’exprimer devant les élus sur la manière dont ils ont géré ces contenus.
Depuis le massacre, l’axe de défense de YouTube (dans un entretien au Washington Post) et de Facebook (dans un communiqué) s’est concentré sur les défis que représentait la modération de la vidéo, ou plutôt, du nombre industriel de copies ayant circulé après sa première diffusion. La demi-heure de présence sur Facebook du « live » de Brenton Tarrant a suffi à ce que d’autres utilisateurs la sauvegardent. Des milliers de personnes, au moins, ont ensuite cherché à la dupliquer, à la copier, à la republier, dans sa totalité ou en partie, sur Facebook, YouTube, Twitter et ailleurs sur Internet.
Les plates-formes ont donné, à ce propos, des chiffres qui donnent le tournis. « En vingt-quatre heures, nous avons supprimé 1,5 million de vidéos de l’attaque », a expliqué Facebook, ajoutant : « Plus de 1,2 million de ces vidéos ont été bloquées dès leur chargement. » Une précision laissant en creux comprendre qu’en tout, près de 300 000 vidéos du massacre ont pu être publiées sur son réseau en une journée. YouTube a, de son côté, évoqué des « dizaines de milliers de vidéos », tout en expliquant avoir dû renforcer ses équipes pour tenter de juguler le flux des copies tentant de se déverser sur son réseau.
Ces copies se sont aussi retrouvées sur des plates-formes de téléchargement, comme The Pirate Bay, et de nombreux sites alternatifs de partages de vidéos, plus permissifs que YouTube sur les contenus publiés. Au point qu’en Australie, des fournisseurs d’accès à Internet ont décidé, le 19 mars, de bloquer l’accès aux sites qui hébergent une copie : parmi eux, les forums 4chan, 8chan, et la plate-forme vidéo LiveLeak.
Au bout du compte, la plupart des visionnages de la vidéo (dont le chiffre exact est impossible à déterminer) sont le fait de répliques du « live » de Brendon Tarrant. Elles ont été publiées par d’autres utilisateurs, en dépit des appels des autorités à ne pas le faire.
Lire
Les appels à la haine génèrent beaucoup d’audience
Absence de volonté politique
La « prime à la peur »
Cet article est paru dans la newsletter La lettre éco du 21 mars. Si vous êtes abonné au Monde, vous pouvez vous inscrire à cette nouvelle lettre quotidienne en suivant ce lien. Chaque jour dès 12h30, vous y retrouverez, outre cet article, les informations du Monde et son regard sur l’actualité économique.
Michaël Szadkowski et Damien Leloup
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Affaire Orban : il faut choisir

Le Monde 20/03/2019
Orban : le Parti populaire européen ne peut plus garder l’enfant rebelle dans la famille
ÉditorialFace aux écarts croissants du premier ministre hongrois et notamment aux « risques de violation grave de l’Etat de droit », le PPE se doit d’être ferme ce mercredi.

A Budapest, le 15 mars. LISI NIESNER / REUTERS
Longtemps, Manfred Weber a préféré temporiser avec Viktor Orban. Le chef du groupe du Parti populaire européen (PPE), qui rassemble les eurodéputés des partis démocrates-chrétiens et de centre droit, a préféré faire le dos rond devant les écarts croissants du premier ministre hongrois et de son parti, le Fidesz, affilié au PPE, avec les règles de la démocratie. Garder l’enfant rebelle au sein de la famille, pensait-il, était plus sûr que de le rejeter, avec le risque de le voir échapper à tout contrôle.
Mais plus le camp des nationalistes s’est renforcé dans l’Union européenne, plus M. Orban s’est senti intouchable – notamment grâce à la protection du PPE – et plus la posture de M. Weber est devenue intenable. Un premier avertissement, le 12 septembre, n’a pas suffi, lorsque le Parlement européen a adopté une résolution dénonçant les « risques de violation grave de l’Etat de droit » en Hongrie et ouvrant la voie à une possible procédure de sanctions. Divisé, le groupe du PPE, le plus important au Parlement, n’avait pas reçu de consigne de vote, même si Manfred Weber avait personnellement voté en faveur de la résolution.
Cette fois, c’est de l’intérieur du PPE que vient la contestation. Les partis de 13 pays membres ont demandé l’expulsion du Fidesz de leur groupe ; la campagne d’affichage en Hongrie attaquant le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, lui-même membre d’un parti affilié au PPE, a été la provocation de trop. C’est sur cette demande d’expulsion que devaient se prononcer les membres du PPE, mercredi 20 mars.
Formuler clairement les règles de l’Etat de droit
Weber, lui-même membre de la CSU bavaroise et candidat à la succession de M. Juncker, n’a pas ménagé ses efforts pour tenter d’éviter cette expulsion. Les voix des députés du Fidesz ne seront pas de trop pour son éventuelle élection à la tête de la Commission. Il s’est rendu à Budapest dans l’espoir d’amener Viktor Orban à la modération, mais le premier ministre hongrois n’a que partiellement répondu à ses demandes.
Pour le PPE, dont font partie la CDU d’Angela Merkel et d’Annegret Kramp-Karrenbauer et Les Républicains français, le moment est venu de trancher. Il ne s’agit pas de contester la légitimité de M. Orban, confortablement réélu dans son pays. Il s’agit de formuler clairement les règles du pluralisme et de l’Etat de droit, auxquelles tout parti doit se soumettre s’il veut faire partie des groupes parlementaires démocratiques. On aimerait à cet égard entendre la position de LR, dont le numéro trois sur la liste aux élections européennes, Arnaud Danjean, s’était abstenu le 12 septembre.
Cela vaut aussi pour le groupe socialiste, qui doit affronter les écarts de partis membres comme le PSD roumain, tout aussi répréhensibles que ceux du Fidesz : à laisser s’installer la confusion sur les valeurs fondatrices de l’Union, les partis démocratiques traditionnels creusent leur tombe. L’argument mis en avant par M. Weber, selon lequel exclure le Fidesz l’inciterait à créer un bloc de droite anti-immigration avec les nationalistes polonais, slovaques et tchèques, ne convainc pas les authentiques démocrates de ces pays, qui se battent pour des règles claires et pour l’Etat de droit. Quant à l’hypothèse de la simple suspension du Fidesz, qui permettrait d’éviter une scission du PPE, elle sera interprétée comme un recul de plus. Louvoyer n’est plus possible, il faut choisir.
Le Monde
Le regard de Plantu

 

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Quelques aphorismes (01)

Il demande « un autre » et on lui apporte la même chose

 

Visite du village d’artistes ou je ne vois que des commerçants

 

La nuit porte conseil mais seulement si on dort

 

Aujourd’hui  la colère des anciens et des modernes ne concerne plus que le mobilier
Olivier Hervy
Olivier Hervy est né à Nantes le premier juin 1968, «fort peu courageusement» et le calme revenu, affirme-t-il, ce que personne nʼa pour lʼheure contesté. Il vit à Cholet où par chance il est documentaliste afin de rester aussi près que possible dʼune étagère de ces livres qui le soutiennent. Il est lʼauteur dʼune Expertise (2007), dʼun Formulaire (2014), et à LʼArbre vengeur dʼAgacement mécanique (2012), ce qui lui permettra avec ce nouvel opus de disposer dʼune tétralogie dʼaphorismes qui fera de lui un cas unique dans la littérature contemporaine. Il porte un nom de plume qui nʼest pas celui de son état-civil, ce qui le distingue des autres écrivains de sa famille. Cʼest dire sʼil est discret.
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Elections européennes : les gauches sont en voie de dislocation

Dans l’incapacité de s’unir, les partis de gauche vont aller à la bataille les uns contre les autres, avec des prévision calamiteuses. Et le PS, qui fait liste commune avec Place publique, risque la dilution de son identité sociale-démocrate, explique Michel Noblecourt, journaliste au « Monde ».
Le Monde 21/03/2019 Par Michel Noblecourt
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Analyse. Les élections européennes du 26 mai, c’est déjà l’histoire d’un naufrage, celui des gauches engagées sur la voie d’une dislocation. Dans le Parlement de Strasbourg sorti des urnes en 2014, la gauche et les écologistes comptaient 23 sièges sur les 74 députés français. Dans deux mois, ce chiffre risque d’être divisé par deux. Après ses lourdes défaites à la présidentielle et aux législatives de 2017, la famille progressiste est plus que jamais fracturée.
En perte de vitesse, La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon n’a pu éviter d’étaler au grand jour ses dissensions internes. Europe Ecologie Les Verts (EELV) peine à préserver l’unité des écologistes. Dernier épisode en date, Pascal Durand, son secrétaire national de 2012 à 2013, s’apprête à rejoindre la liste de La République en marche (LRM). Génération.s, le mouvement lancé par Benoît Hamon après son cuisant échec à la présidentielle de 2017 (6,36 %), ne décolle pas. Le Parti communiste, miné par ses divisions, tente de ne pas mourir avant son centenaire en 2020. Et le Parti socialiste (PS), en survie artificielle, a abandonné, pour la première fois depuis 1979, la tête de liste aux européennes, à un non encarté, Raphaël Glucksmann, qui a créé Place publique (PP) il y a quatre mois.
Le jeu des places perdues
Cinq listes de gauche vont donc aller à la bataille les unes contre les autres, et les enquêtes sont calamiteuses. Selon le sondage quotidien de l’IFOP-Fiducial, réalisé le 19 mars auprès d’un échantillon de 1 500 personnes, EELV et LFI sont à égalité à 7,5 %. La liste PP-PS est créditée de 5,5 %, celle de Génération.s de 3,5 % et celle du PCF de 2 %, soit un total pour l’ensemble des gauches de 26 %… En d’autres termes, les gauches vont jouer dans le futur Parlement européen au jeu des places perdues. Il faut pourtant donner acte à Olivier Faure, qui fêtera le 7 avril le premier anniversaire de son élection au poste de premier secrétaire du PS, de n’avoir cessé depuis un an de plaider pour un rassemblement de la gauche non mélenchoniste et des écologistes, jugeant à juste titre que la division s’avérerait mortifère.
Telle était aussi l’ambition de Raphaël Glucksmann, un intellectuel peu connu du grand public – « en dehors du cercle des bobos parisiens de Saint-Germain-des-Prés, c’est un parfait inconnu », relève méchamment un ancien ministre socialiste – qui voulait unir la gauche non mélenchoniste et les écolos. Même M. Hamon, bien que réticent à s’allier avec le PS, son ancien parti, avait imaginé une « votation citoyenne », aux contours très flous, pour faire l’union de ces gauches. Mais son initiative a rapidement pris l’eau.
A l’arrivée, M. Faure et M. Glucksmann ont échoué. La liste que conduira le fondateur de Place publique, loin du large rassemblement espéré, sera composée pour moitié de candidats estampillés PS et pour moitié des candidats venus de PP, de la société civile et de divers groupuscules – Nouvelle Donne, Cap21, le parti de Corinne Lepage, ancienne ministre de Jacques Chirac, l’Union des démocrates et des écologistes (UDE), voire ce qu’il reste du Parti radical de gauche – qui s’y agrégeront.
« C’est une mauvaise plaisanterie », a taclé l’ancien ministre Stéphane Le Foll, pour qui Place publique « n’a ni ligne, ni portée, ni consistance »
 la suite
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Michel Noblecourt
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« Petit Futé: Corée du Nord »: l’auteur du guide nous raconte son aventure

Huffington Post – 20/03/2019 – Claire Tervé –
Dominique Auzias est le cofondateur du « Petit Futé » qui présentait ce 19 mars son guide sur la Corée du Nord.
« En venant en Corée du Nord, j’ai été heureux deux fois: quand j’y suis entré et quand j’en suis parti ». Dominique Auzias est le cofondateur des guides touristiques « Le Petit Futé » et ce mardi 19 mars, il a pu présenter son nouveau bébé « Le Petit Futé: Corée du Nord ».
Il s’agit du premier guide touristique Français dédié à ce pays où quelque 400 touristes hexagonaux seulement se rendent chaque année. Le créateur du bouquin s’est confié au HuffPost sur son voyage au nord de la péninsule coréenne qu’il a effectué il y a quelques années, et notamment sur les difficultés d’écrire un guide de 190 pages -et dont la parution est prévue le 27 mars- sur un État totalitaire où les libertés n’existent pas.
Pablo Bonfiglio via Getty Images – Pyongyang –
Des astuces pour faire perdre leurs repères aux touristes
« En venant dans ce pays, il faut savoir qu’à aucun moment vous êtes seul. Jamais ». Voilà qui en dit long. Comment donc écrire un guide sur un pays où tout est surveillé, interdit d’accès et contrôlé ?
« C’est difficile. Pour écrire ‘Le Petit Futé’, on doit découvrir, tester, chercher, déambuler. À Pyongyang et en province c’était impossible puisque les lieux accessibles aux touristes sont très restreints, il y a très peu d’hôtels, de restaurants et de lieux publics où ils sont acceptés. On n’est pas libre, alors trouver ‘le petit coin pittoresque au coin de la rue qui va vous faire rêver’, ce n’est pas possible », déplore-t-il. « Mais d’un autre côté, tempère Dominique Auzias, ce fut très facile d’écrire ce guide, car justement, il n’y a pas beaucoup de choix et tout est réalisé en amont. Une cinquantaine de restaurants, d’hôtels, on a vite fait le tour ». Ce qui n’empêche pas, par ailleurs, que le guide soit très complet.
« Le manque de liberté est omniprésent. Dès que je sortais, j’avais toujours une demi-douzaine de personnes avec moi pour m’accompagner, voir ce que je faisais, me demander où j’allais. Quand je demandais si l’on pouvait faire un détour, on me disait ‘non, ce n’est pas intéressant, on va vous montrer autre chose’. Ou lorsque je demandais une excursion ou que je voulais voir la ville le soir, on me répondait ‘personne ne sort la nuit, c’est trop dangereux. On vous fera visiter la ville demain’. Puis la visite était reportée deux jours plus tard, puis encore… et finalement elle n’avait pas lieu ».
Autre difficulté pointée par l’auteur: l’impossibilité de se repérer sur place. « Comme on se déplace en bus, transporté d’un point à un autre, c’est compliqué de reconnaître le chemin », explique l’auteur. D’autant que, sauf dans de rares cas, les véhicules ont uniquement le droit de tourner à droite. Ce qui rallonge les trajets considérablement et complique la mémorisation de la géographie urbaine. D’ailleurs, si les rues ont un nom, la numérotation est très compliquée voire inexistante.
Surveiller les paroles… et les actes
Dans le guide, il est bien précisé à plusieurs reprises qu’il faut être particulièrement vigilant en Corée du Nord, car certains impairs peuvent coûter cher et « les sanctions peuvent être lourdes (…) comme ce fut le cas pour l’étudiant américain Otto Warmbier« . D’où une conduite prudente conseillée aux voyageurs, comme « ne pas prendre de photo des aéroports, routes, ponts, gares » ou « ne pas jeter à la poubelle ou ne pas plier un journal où figure une représentation » des dirigeants actuels ou passés, mais « le rouler » ou le donner à son guide qui saura quoi faire.
Il faut ensuite faire très attention à ce que l’on dit, dans les lieux publics ou par téléphone, car rien ne garantit que vous n’êtes pas écouté. Il vaut mieux donc s’abstenir de critiquer le régime, le pays ou les habitants, sous peine de se retrouver dans une situation délicate. D’ailleurs, vous n’aurez pas beaucoup d’occasions de parler avec des habitants, voire pas du tout.
« De toute façon, les Nord-Coréens ne veulent pas rencontrer d’étrangers car ces derniers sont très mal vus. Le régime les a persuadés depuis des générations que les personnes extérieures sont des espions qui transportent des maladies, ou qui veulent détruire leur beau pays. Du coup ils restent à l’écart », précise Dominique Auzias. De plus, les guides eux-même sont intransigeants, car s’il se passe quoi que ce soit de suspect avec les touristes qu’il a à sa charge, c’est contre lui que le régime peut également se retourner.
Des paysages magnifiques et la démesure de la famille Kim
Malgré toutes ces restrictions, l’auteur a pu voir de nombreux lieux qui l’ont marqué et qui sont désormais soigneusement répertoriés dans le guide :
« Il y a des choses à voir. La Corée du Nord a des paysages magnifiques, des grandes montagnes, des vallées, des pains de sucre comme en Chine… Et à Pyongyang, il y a les grandes statues en hommage aux Kim, le mausolée de la famille, grand d’une quarantaine d’hectares où ont été enterrés le père et le grand-père de Kim Jong-un avec le train offert par Staline, leurs voitures de luxe et des millions de cadeaux. Il y a des monuments très anciens aussi« , énumère le globe-trotteur.
L’idée de consacrer un volume à ce pays si controversé est née de l’ambition « un peu folle » de publier un guide sur tous les pays du monde. « Voilà plusieurs années que nous y travaillons, bien avant que Donald Trump et Kim Jong-un décident de se rapprocher. Il ne sort que maintenant car il nous a fallu du temps pour trouver les bons interlocuteurs et parce que, au vu du nombre de touristes français annuels, ce n’était pas un pays prioritaire », nous explique le fondateur du « Petit Futé ».
Gavin Hellier / robertharding via Getty Images
Pourquoi donc faire un guide que peu de personnes, à priori, vont acheter? « Vous serez étonnée, mais nous avons remarqué que ce ne sont pas les voyageurs qui achètent le plus nos guides, nous répond Dominique Auzias. Ce sont aussi et surtout des gens qui veulent se renseigner sur un pays, ou se remémorer des voyages qu’ils ont déjà faits. C’est ce qu’il s’est passé avec notre édition Afghanistan par exemple. En l’occurrence, la Corée du Nord est aujourd’hui encore un pays très secret, mystérieux. Les gens vont avoir envie d’en apprendre plus et seront peut-être d’avantage tentés d’y aller ».
Le créateur du « Petit Futé » conclut: « Quoi qu’il en soit, lorsque vous revenez en France, vous êtes heureux de rentrer chez vous, où vous pouvez marcher seul sans que personne vous surveille ou vous en empêche. Où vous pouvez sortir le soir -car c’est interdit là-bas-, parler de tout et aborder des gens dans la rue. Où vous pouvez vivre, tout simplement. On ne se rend pas compte de la chance que l’on a. La Corée du Nord, c’est une vie en noir et blanc ».
HuffPost France / « Petit Futé » Corée du Nord / Au moment de la publication, le prix était de 17,95€
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le lac Érié devient une personne juridique

Charlie Hebdo – 13/03/2019 – Fabrice Nicolino –
Le lac Érié est l’un des cinq grands lacs d’Amérique du Nord. Il est bordé à l’est par les États américains de l’Ohio, de Pennsylvanie, de New-York au sud, du Michigan à l’ouest et de la province canadienne de l’Ontario au nord. Mesurant 388 km de long, d’ouest en est, sur 92 km du nord au sud, il s’étend sur 25 700 km2 et présente 1 377 km de rives. Il est le deuxième plus petit des Grands Lacs (le lac Ontario) étant le plus petit), mais néanmoins le 13eme lac naturel du monde. Il demeure le plus exposé aux effets de l’urbanisation, de l’industrialisation, de l’élevage et de l’agriculture intensive. En raison de ses sols fertiles, il est intensivement cultivé et s’avère le plus urbanisé des cinq bassins des Grands Lacs. En conséquence le lac Érié est l’une des étendues d’eau parmi les plus polluées d’Amérique du Nord.
Un lac peut-il avoir des droits ? Des défenseurs montant à l’assaut des tribunaux, réclamant des amendes monstres, des condamnations, exigeant qu’on foute la paix au géant de l’eau ? La réponse est oui, mais commençons par faire un saut aux Amériques, entre États-Unis et Canada. 
Le lac Érié est une dépression, raclée par le recul des glaciers, il y a quatre mille ans. C’est le moins profond et le plus chaud des cinq Grands Lacs, mais il est bordé par plus 11 millions d’habitants, auxquels il apporte une partie de leur eau potable. Le menu souci, c’est qu’il meurt, asphyxié par des apports en phosphore qui provoquent des explosions d’algues toxiques. Ces cyanobactéries bleu-vert prolifèrent aux beaux jours, empoisonnent l’eau, tuent les poissons, souillent les plages et, en se décomposant, épuisent l’oxygène de l’eau. Vaut mieux ne pas se baigner, sauf si l’on aime les troubles neurologiques, les dermatites, les vomissements et les diarrhées. 
En 2014, on a frôlé l’état d’urgence et l’on a interdit aux riverains de boire de l’eau du robinet pendant plusieurs jours. A Toledo (Ohio), une habitante enceinte jusqu’aux yeux qui voulait prendre une douche s’est entendu dire par son gynéco : « Don’t even touch the water, it could make you and your baby very sick. » Même toucher l’eau aurait pu rendre malades la mère et le bébé.
Et c’est justement à Toledo – 300 000 habitants quand même – que tout a commencé. Les révoltés de l’eau brune créent alors le groupe Toledoans for Safe Water (facebook.com/ToledoansForSafeWater), qui se décide à demander un référendum local sur le droit pour le lac « d’exister, de prospérer et d’évoluer naturellement. » 
La grande surprise, c’est que la ville accepte. Et organise, le 26 février un vote qu’il faut bien appeler historique. Certes, 9 % des électeurs se déplacent, mais dans un pays où l’on vote si mal dans les élections les plus générales, ce n’est pas si mal. Et 61 % des votants disent oui à une déclaration des droits du lac et, ipso facto, la ville de Toledo fait entre le texte dans sa charte municipale. Une formidable bagarre juridique et judiciaire commence, car pour plaider en justice, selon la Constitution américaine, il faut démontrer un dommage personnel. Mais un lac, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas une personne. 
En attendant l’épreuve du tribunal, c’est l’emballement. Ainsi que l’explique Thomas Linzey, qui a beaucoup contribué à l’opération, »Il faut lancer une étude sur les plus gros pollueurs du lac, et engager des poursuites pour faire cesser ces pollutions. » Certains, qui ont le nez fin, savent déjà à quoi s’en tenir. Une famille de paysans industriels de la région, pompeusement auto-intitulée de la cinquième génération, a déjà déposé une plainte fédérale. La quelle évoque une atteinte aux droits fondamentaux des fermiers de la région du lac. D’évidence, la confrontation sera rude. 
L’initiative du lac Érié s’inscrit dans une histoire déjà longue dont on ne peut omettre le génial John Muir. Dans un livre de 1916, traduit chez Corti en 23006, Quinze cent kilomètres à pieds à travers l’Amérique profonde, il s’exclame : « How blind to the rights of all the rest of création ! » Comme nous sommes aveugles aux droits du reste de la Création !
Depuis, un mouvement qui n’aura pas de fin a pris corps partout dans le monde. Le fleuve sacré des Maoris de Nouvelle-Zélande, le Whanganui (1), a été doté de droits légaux, de même que l’immense Gange en Inde. La nation Ponca de l’Oklahoma a inscrit dans son droit coutumier la reconnaissance des droits de la nature. La Colombie, pourtant sinistre à bien des égards, admet l’existence de droits pour la partie amazonienne de son territoire.
Une initiative française pourrait bien voir le jour en cette année 2019. Il s’agit d’une rivière outragée, brisée, martyrisée, que des amis chers envisagent de libérer enfin. Y arrivera-t-on ? C’est une tout autre affaire, mais décidément, le vent souffle désormais dans la bonne direction.
(1)/ Le fleuve Whanganui, 3ème cours d’eau de Nouvelle-Zélande, déclaré par le parlement « entité vivante ».   Neoplanète – mars 2017
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Le « Président  » ?

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Pourquoi la Finlande est le pays le plus heureux du monde ?

Ouest-France – 21/03/2019 – Hasson-Fauré –
Les Finlandais sont les plus heureux du monde. C’est ce que révèle le dernier Rapport mondial du bonheur, publié par l’Onu, mercredi. La Finlande occupait déjà cette première place l’an dernier. Mais comment fait-elle ? Décryptage.
Le Pays des Mille Lacs est aussi celui du bonheur. La Finlande est toujours le pays le plus heureux du monde, selon le Rapport mondial sur le bonheur, publié par l’Onu ce mercredi. La France, elle, se classe à la 24e position. Le pays nordique arrivait déjà en tête de ce classement l’an dernier.
Cette première place ne surprend pas Gaël Brulé. Sociologue, auteur de l’ouvrage Le bonheur nest pas là où vous le pensez (Dunod), il est aussi conseiller scientifique de la Fabrique Spinoza, un groupe de réflexion économique et politique consacré au bonheur. Il décrypte, au téléphone, les ressorts qui font des Finlandais le peuple régulièrement présenté comme le plus heureux de la planète.
Une évaluation personnelle
Pour comprendre ce classement, il faut revenir à la définition du bonheur. Cette notion se construit autour de plusieurs éléments, souligne Gaël Brulé. Il y a « l’assouvissement des envies » et « une partie affective », autrement dit sur le ressenti.
Dans ce classement, les personnes interrogées donnent leur ressenti sur leur niveau de satisfaction quant à leur vie. (Photo d’illustration : Onni Ojala / Lehtikuva / AFP)
Et justement, le classement publié mercredi par l’Onu est bâti, en bonne partie, autour de « l’évaluation de sa vie ». Les personnes interrogées dans le cadre d’une vaste enquête doivent notamment déterminer « à quel point leur vie est proche de celle qu’elles voudraient avoir », explique-t-il encore.
Ensuite, rappelle le sociologue, le bonheur est une notion « très subjective mais en même temps très liée à certains critères objectifs, comme le confort matériel, le respect, les relations interpersonnelles », et « conditionnée par des structures sociales et culturelles ».
La Finlande est surnommée le Pays des Mille Lacs. (Photo d’illustration : Jamo Images / stock.adobe.com)
Autrement dit, « une grande partie du bonheur se construit à un niveau collectif ». Et la Finlande est un pays « relativement riche, qui mise beaucoup sur l’éducation, avec une pédagogie très douce, et où il y a assez peu d’inégalités entre les sexes et les classes sociales », souligne encore Gaël Brulé.
Tous ces facteurs contribuent à « développer une estime de soi un peu plus poussée que dans d’autres pays », pour les habitants, qui s’estiment donc plutôt heureux.
Une question de modèle social
Alexander Gamerdinger, chercheur à l’Institut de recherche sur le bonheur danois, évoque lui aussi, spontanément, le modèle social finlandais. « La Finlande tente beaucoup d’améliorer le sort de ceux qui sont moins satisfaits, en général, nous explique-t-il, joint par téléphone. Des systèmes de sécurité sociale et éducatif forts, des impôts progressifs Tout cela contribue à créer plus de cohésion sociale. »
Au-delà de la Finlande, il décrit là le « modèle scandinave », adopté par les autres pays nordiques, qui complètent le podium de ce palmarès du bonheur et représentent cinq des dix pays les mieux classés dans celui-ci (voir ci-dessous).
Mais il y a presque un paradoxe, derrière cette première place de la Finlande au classement des pays les plus heureux du monde. Le taux de suicide y est traditionnellement très élevé… Selon les dernières données publiées par Eurostat, l’autorité statistique européenne, avec 13 suicides pour 100 000 habitants tous les ans, la Finlande reste au-dessus de la moyenne de l’Union. Même si ce taux « a chuté ces trente dernières années », relève la radiotélévision publique finlandaise Yle.
Difficile d’expliquer ce phénomène, mais Alexander Gamerdinger avance une piste de réflexion : « Le bonheur est une notion relative. Si vous êtes malheureux dans un pays très heureux, c’est encore plus dur. C’est l’une des explications possibles de ce taux de suicide si élevé. »
Les pays les plus heureux du monde sont…
1er : Finlande
2e : Danemark
3e : Norvège
4e : Islande
5e : Pays-Bas
6e : Suisse
7e : Suède
8e : Nouvelle-Zélande
9e : Canada
10e : Autriche
… la suite : voir le  Rapport mondial du bonheur,édition 2018
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# dessin – Affrontement

Quand les dessins de Kak épousent l’actualité, pour le meilleur et pour le rire.
Affaire Benalla : le Sénat va au clash avec Macron

L’Opinion 22/03/2019 Caroline Vigoureux
En saisissant la justice des cas des plus proches collaborateurs du Président, Gérard Larcher assume jusqu’au bout son rôle de contre-pouvoir. Au risque d’en payer le prix lors de la réforme des institutions.
Les faits
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Les cinq salopards du Brexit

Charlie Hebdo – 20/03/2019 – Jacques Littauer –
C’est un affreux club des cinq : Arron Banks, Jeremy Hosking, Peter Hargreaves, Robert Edmiston et Crispin Odey ne sont pas seulement de richissimes britanniques. Ils ont accompli l’impensable : faire croire à leurs compatriotes que quitter l’UE allait leur rapporter des milliards, alors que la sortie va coûter cher, très cher, aux Anglais. Dans ces conditions, pas difficile de comprendre pourquoi tout « accord » est impossible. Comment nos chers amis ont-ils convaincu les électeurs ? Grâce à ce moyen universel si puissant : l’argent. A eux cinq, ils ont versé au moins 15 des 24 millions de livres sterling qu’à coûté la campagne du « Leave », et peut-être même bien plus tant cela est trouble. 
Le plus marrant dans toute la bande est Robert Edmiston qui a fait fortune dans l’automobile. Chrétien évangélique à fond la caisse, il a créé Christian Vision, une organisation visant à encourager 1 milliard de personnes  dans le monde à « devenir de vrai fidèles de Jésus« . Il s’était opposé au mariage homosexuel (adopté en 2013) parce qu’il ouvrait, selon lui, la porte au mariage entre membres d’une même famille. Tous les autres travaillent à la City, le centre des affaires et de la finance mondiale. Arron Banks a fait fortune dans l’assurance, créant pas moins de 37 sociétés portant toutes le même nom à une variante près, pour des raisons encore non élucidées. Il est le fondateur de l’organisation Leave.EU (groupe de campagne politique fondé en 2015 et qui a soutenu le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne en 2016), tellement clean et bien gérée qu’elle a été condamnée deux fois, notamment pour avoir enfreint la loi sur la confidentialité des données personnelles.
La City de Londres avec de gauche à droite : Les grattes-ciels Walkie-Talkie, Leadenhall building et Gherkin - Photo de Diego Delso La City de Londres avec de gauche à droite : Les grattes-ciels Walkie-Talkie, Leadenhall building et Gherkin – Photo de Diego Delso
Mignon tout plein lui aussi Jeremy Hiosking est un financier condamné à 10 millions d’euros de pénalités en 2016 pour avoir trahi son employeur de l’époque. Autre prolétaire de la finance, Peter Hargreaves disposerait de 2 milliards d’euros. Mais comme il cultive lui-même ses légumes, le Guardian le qualifie de « multimillionnaire modeste« . Enfin Crispin Odey a gagné 30 millions d’euros durant la seule année 2008, en spéculant sur les difficultés des banques qui ont failli mettre à bas le capitalisme. Il a aussi gagné pas mal d’argent en spéculant contre la monnaie de son pays, affectée par… le vote du Brexit.
Mais le plus beau, c’est qu’à côté de cette bande, on trouve encore pire. Prenons le cas de Jim Ratcliffe, lui aussi militant actif en faveur du Brexit, et qui est l’homme le plus riche du pays ( 23 milliards d’euros). Ratcliffe a fait fortune dans la pétrochimie – verte, bien entendu -, mais il nourrit quelques inquiétudes quant à l’avenir post-UE. Il a donc décidé de s’installer à Monaco, où il n’y a pas d’impôt sur le revenu pour les étrangers. Il faut dire qu’il avait précédemment délocalisé le siège de son entreprise en Suisse. Bien entendu , on imagine que l’homme est un parfait patriote, qui chante à pleins poumons God Save the Queen tous les matins en buvant son thé.
Cette petite histoire peut nous faire sourire, comme si souvent avec nos excentriques voisins, Mais elle nous arppelle les dangers de l’accumulation de fortunes, qui permettent à leurs détenteurs d’influencer les choix politiques. Heureusement, ce n’est pas en France que l’on verrait, par exemple, un président se précipiter pour baisser l’impôt sur la fortune payé par ses riches amis (1)…
(1) France TV Info, « ISF : comment une réunion secrète a précipité la réforme sous la pression d’économistes et de grands patrons », 21 février 2019.  
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Europe – Le retour du président chinois Xi Jinping

Ouest-France 22/03/2019 Par Philippe Le Corre

Le président chinois Xi Jinping, le 15 mars 2019 à Pékin. | THOMAS PETER – REUTERS
Le président chinois Xi Jinping effectuera une visite d’État de dimanche 24 à mardi 26 en France. Face à l’Amérique de Trump, qui cherche à en découdre, il doit trouver des alliés. Lisez le point de vue de Philippe Le Corre, chercheur à la Harvard Kennedy School.
Xi Jinping est de retour en Europe. Après l’Espagne et le Portugal fin 2018, il a choisi de revenir en France et en Italie, avant d’accueillir à Pékin en avril un nouveau forum Belt and Road (BRI), du nom de son initiative parfois appelée nouvelles routes de la soie, et peut-être de rencontrer ensuite Donald Trump pour tenter de résoudre l’inextricable conflit commercial. Mais un accord de long terme avec les États-Unis semble improbable, Washington étant résolument combatif et le conflit avec Pékin étant à la fois politique, économique, technologique et sociétal.
D’où le choix de l’Europe pour ce premier voyage présidentiel à l’étranger en 2019. L’Europe, et pas n’importe quelle Europe : deux pays fondateurs de l’UE, de surcroît membres de l’Otan et du G7, et qui peuvent d’une certaine manière redorer le blason de la Chine dans le monde occidental à l’heure où les difficultés se multiplient, que ce soit sur le plan économique avec une baisse de la croissance ; sur le plan technologique avec la polémique autour de Huawei (télécommunications) sur la 5G ; ou sur le plan géopolitique avec les aléas du BRI dans plusieurs pays, du Sri Lanka aux Maldives, en passant par la Malaisie et la Sierra Leone.
L’affirmation de la puissance chinoise, mélange d’autoritarisme (la situation en matière de droits de l’homme est particulièrement mauvaise) et de désir de conquête alimenté par le nationalisme, n’est pas bien perçue en Occident en dépit de la multiplication des investissements chinois.
Selon l’institut de recherche Pew, l’importance de la Chine dans le monde ne se traduit pas par un regain de popularité de ses dirigeants en Occident. Bien au contraire : seulement 39 % des Américains, 30 % des Allemands, 26 % des Français et 14 % des Italiens, déclarent faire confiance à Xi Jinping pour régler les affaires du monde (1). Et d’ailleurs, Xi a-t-il vraiment envie de devenir le leader du monde en lieu et place de son homologue américain ? Rien n’est moins sûr.
À Chine nouvelle, réponse nouvelle
Mais face à l’Amérique de Trump, qui cherche à en découdre, il doit trouver des alliés. Depuis deux ans, le régime chinois se présente comme le chantre de la mondialisation face à une administration américaine qui critique le multilatéralisme. C’est peut-être la chance des Européens qui viennent d’adopter une stratégie défensive vis-à-vis de Pékin, « rival systémique », et s’apprêtent à tourner une nouvelle page de leur relation avec ce pays lors du sommet UE-Chine, le 9 avril. L’une des nouveautés de 2019 est le réveil des Européens face aux grandes puissances, États-Unis et Chine.
La Chine peut-elle être davantage à l’écoute de ses interlocuteurs européens ? C’est ce qu’Emmanuel Macron découvrira, le 25 mars, en recevant un Xi Jinping qui a dû, depuis un an, essuyer quelques critiques internes au sein des élites chinoises. La « renaissance chinoise » ne doit pas se traduire par une défiance du monde occidental, disent-elles en substance.
Le président français – qui s’était rendu en Chine début 2018 – peut se targuer d’avoir obtenu une première réciprocité, en matière de visites protocolaires. Mais cette fois, face à un Xi Jiping très sûr de lui, il faudra davantage que des paillettes et des dîners à Versailles pour avancer. À Chine nouvelle, réponse nouvelle. Le concept de réciprocité, martelé efficacement ce mois-ci par la Commission européenne dans son dernier document stratégique, doit être entendu des deux côtés.
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Endiguer la diffusion de la haine sur les réseaux sociaux

Le Monde 22/03/2019
Après la diffusion en direct de la vidéo du massacre de Christchurch en Nouvelle-Zélande, il est urgent de responsabiliser les plates-formes du Web afin qu’elles ne servent pas de caisse de résonances aux propos haineux.

Memorial dressé à la mosquée Al Noor, à Christchurch (Nouvelle-Zélande), le 21 mars 2019. EDGAR SU / REUTERS
Éditorial  du « Monde ». La mort en direct. C’est le spectacle nauséeux que des centaines de milliers de personnes ont partagé sur Internet, le 15 mars. Le terroriste d’extrême droite Brenton Tarrant, qui a massacré 50 personnes dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, avait en effet pris la cynique initiative de filmer et de diffuser en temps réel son acte sur Facebook pour lui donner encore plus de résonance.
Le réseau social a mis près d’une demi-heure pour réagir, le temps qu’un premier internaute signale le contenu de la vidéo. Trop tard. Grâce à la viralité du Web, l’ignominie s’est répandue comme une traînée de poudre après avoir été partagée sur Facebook, YouTube et différentes plates-formes alternatives.
Ce scandale montre les limites du contrôle des contenus diffusés par les réseaux sociaux et les plates-formes de partage de vidéos. Le groupe de Mark Zuckerberg affirme avoir supprimé 1,5 million de copies de la vidéo de l’attaque, dont 1,2 million avant le chargement sur la plate-forme. Nécessaire, mais pas suffisant. Outre les centaines de milliers qui ont été effectivement visionnées, des sites de téléchargement à la réputation plus ou moins recommandable ont eu tout le loisir de dupliquer et de partager le contenu incriminé.
Lire aussi Après l’attentat de Christchurch, Facebook, Youtube et Twitter accusés de mal modérer les discours haineux
Le problème ne se limite pas à l’incitation à un voyeurisme extrêmement malsain. Il participe d’un prosélytisme des plus dangereux. Quelques heures seulement après la tuerie, sympathisants de l’alt-right américains, néonazis et extrémistes de droite partageaient massivement la vidéo pour célébrer leur nouveau « héros », certains appelant à s’inspirer de son acte.
Eradiquer l’écosystème extrémiste
Sous le couvert du respect de la liberté d’expression, principe fondateur du Web et valeur cardinale aux Etats-Unis, d’où sont issues la plupart de ces grandes plates-formes, celles-ci contribuent, à leur corps défendant, à la diffusion des discours de haine.
Après des années d’irresponsabilité, les géants de l’Internet se sont attelés au renforcement de la modération avec plus ou moins de succès. Le filtrage automatique pour lutter contre la pédophilie en ligne fonctionne globalement bien. Depuis 2016, ce procédé a été adapté aux contenus terroristes. Le drame de Christchurch montre qu’on est encore loin du compte.
La difficulté est que cette dérive est intrinsèque du fonctionnement de ces grandes plates-formes. Il s’agit de faire appel à l’émotion, à l’indignation permanente pour augmenter sa visibilité, susciter le plus de réactions possible, pour le meilleur, mais trop souvent pour le pire. Les communautés, organisées en silo, deviennent le royaume de l’entre-soi, ce qui incite à échanger avec ceux qui vous ressemblent et finit par lever les inhibitions en encourageant une parole libérée de toute contradiction. Force est de constater que ces outils de viralité sont plus efficaces pour diffuser les idées extrémistes que les positions modérées.
Lire aussi Attentat de Christchurch : 8chan, vivier en ligne du terrorisme d’extrême droite
Il sera très compliqué d’éradiquer l’écosystème extrémiste en ligne qui prospère sur les forums ou les messageries cryptées où islamistes radicaux et militants d’extrême droite ont tout loisir de disséminer leur paranoïa mortifère au nom d’un choc des civilisations. L’urgence consiste à empêcher que les grandes plates-formes ne leur servent de caisse de résonance. Celles-ci doivent consacrer leur puissance technologique à endiguer le phénomène. Quant aux dirigeants politiques, ils doivent les responsabiliser au travers d’une législation suffisamment dissuasive pour qu’un drame comme Christchurch ne soit jamais plus utilisé ni instrumentalisé.

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Insolite – La curieuse rencontre entre une perruche et un chat.

Ouest-France 20/03/2019

Pour la perruche, ça ressemble à un jeu. Le chat, lui, semble avoir un autre projet. Heureusement pour le premier, une vitre les sépare… Cette drôle de rencontre, filmée par un internaute, a fait le bonheur des réseaux sociaux ce week-end.
Vidéo
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Le temps des bulles

La grande jungle médiatique n’est peut-être devenue qu’une gigantesque machine à bulles
Ouest-France 21/03/2019 par Jean-Pierre GUENO, écrivain

Bulles financières, bulles Internet, bulles immobilières… Depuis l’an 2000, les bulles se succèdent et se multiplient. On parle aussi de bulles médiatiques.

La machine à bulles médiatiques favorise la propagation des informations fausses ou truquées. | FOTOLIA
Elles nous ont fait grandir en nous initiant à l’éphémère, qui caractérise notre condition humaine. Qui n’a pas le souvenir des bulles de savon de nos enfances, plus poétiques que celles de nos chewing-gums ? Du rêve qui scintille, de l’âme qui exulte lorsque la bulle s’envole et du coeur qui se brise lorsque la bulle éclate ?
Depuis l’an 2000, les bulles se succèdent et se multiplient. Pareilles aux tumeurs cancéreuses, elles peuvent récidiver. Bulles financières, bulles Internet, bulles immobilières… Bon nombre de start-up et de levées de fonds sont perchées sur des bulles.
La grande jungle médiatique
On parle aussi de bulles médiatiques. Les commerçants des rues piétonnes ont conçu des machines à bulles cachées dans la tête d’oursons souffleurs… La grande jungle médiatique des réseaux sociaux, des chaînes d’information n’est peut-être devenue rien d’autre qu’une gigantesque machine à bulles.
Ces bulles si bien irisées sont autant de miroirs aux alouettes, d’outils du pouvoir de la communication. Elles entretiennent l’illusion de la démocratie participative H24 à travers la loi du buzz, du zapping et de l’éphémère : chaînes d’information continue, déferlement des talk-shows entre « spécialistes » de tout, sondages en rafales, tentation des référendums permanents.
Ces bulles procèdent du mouvement de foule et de la loi de Panurge. Imprévisibles, ingérables et cyclothymiques, elles épousent la logique de propagation et de contamination. Elles favorisent la propagation des informations fausses ou truquées, des « fake news ». Elles donnent au premier venu comme au premier vendu, aussi isolés soient-ils, un pouvoir nucléaire de destruction, de manipulation et de calomnie.
Prise de recul de la presse écrite
Les chevaux de Troie, les virus informatiques, et à présent les virus médiatiques sont des agents toxiques, des poisons qui risquent de tuer la démocratie en prétendant la libérer. La machine à bulles médiatiques est un navire sans capitaine, incontrôlable.
Elle peut devenir l’outil de la meute, la mère de toutes les rumeurs, et à terme, le vecteur de la terreur et de la barbarie. Jour après jour, la machine à bulles détruit de la valeur.
Nous en payons le prix fort : c’est un peu la rançon, la face obscure des nouveaux moyens de communication, heureusement compensés par la prise de recul de la presse écrite, qui sait bien à quel point la nuit porte conseil, pour mieux transmettre la lumière.
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