Philosophie – « Marcher, c’est faire preuve de dignité »

Penser la marche 3|6. Le philosophe et écrivain Frédéric Gros analyse le sens politique que peut revêtir la marche, individuelle ou collective, mode d’expression populaire par excellence.

LE MONDE | 19.07.2017 Par Propos Recueillis par Nicolas Truong
Philosophe, professeur de pensée politique à l’Institut d’études politiques de Paris, Frédéric Gros élabore une œuvre politique, éthique et esthétique dans le sillage de Michel Foucault, qu’il a édité dans « La Pléiade ». Egalement romancier (Possédées, Albin Michel, 2016), il est l’auteur d’un livre remarqué de réflexions et de méditations philosophiques sur la marche, Marcher, une philosophie (Paris, Carnets Nord, 2008, et Flammarion, 2011) et publiera, le 1er septembre, Désobéir, chez Albin Michel.
En marche !, le mouvement du président Emmanuel Macron, n’est-il qu’une formule destinée à mobiliser les électeurs (type Debout la France, de Nicolas Dupont-Aignan) ou bien le recours au vocabulaire à la fois martial et pédestre a-t-il une autre signification ?
Il y a évidemment dans « En marche ! », comme d’ailleurs dans « Debout la France », cet appel à la mobilisation que vous évoquez. Il s’agit de faire entendre, dans un slogan qui claque, un dynamisme, de susciter des énergies, de forcer à l’éveil les forces assoupies ou soumises.
Rimbaud avait eu, dans un autre contexte, une autre formule, bien plus poétique : « En avant, route ! », pour exprimer l’enthousiasme des départs, le saut ivre vers l’inconnu des chemins de traverse.
Dans le « En marche ! » d’Emmanuel Macron, on doit évidemment supposer moins de fraîcheur ou de détermination naïve. Le point d’exclamation est immédiatement conquérant : il s’agit de marcher sur, de marcher contre, comme dans le « Marchons, marchons » de La Marseillaise. C’est une marche vers et pour le pouvoir.
En même temps, « En marche ! » laisse entendre moins d’urgence que « Debout la France », qui évoque davantage un sursaut. « En marche ! » retient de la métaphore pédestre l’élément de résolution calme : on se met « en marche », après une pause réparatrice, une réflexion aboutie, et surtout quand le moment est venu, le « bon » moment, le moment opportun.
La marche du Louvre de M. Macron n’est-elle qu’un fade et égotique remake de celle de François Mitterrand au Panthéon, avec culte de la personnalité et « Hymne à la joie », ou une façon de remettre en scène la monarchie républicaine et la verticalité du pouvoir ?
Emmanuel Macron choisit clairement une mise en scène qui, sans se surimposer complètement au souvenir de la marche de François Mitterand, fait signe vers elle, ne serait-ce que par un accompagnement musical commun.
Cela dit, la marche d’Emmanuel Macron appuie davantage sur le contraste entre une silhouette isolée mais déterminée, marchant d’un pas égal et sûr, et un cadre somptueux qui l’enveloppe sans l’écraser, jusqu’à apparaître même comme faire-valoir.
Il s’agissait moins, je crois, comme pour la marche au Panthéon, de manifester une allégeance pieuse envers des morts prestigieux, de montrer un recueillement méditatif, que de mettre en scène l’homme marchant fièrement et sans faillir à la rencontre de son destin, s’exposant d’emblée et par avance au jugement de l’Histoire.
Pourquoi cette référence à la marche est-elle une constante en politique, de Mao à Gandhi en passant par Martin Luther King ?
La marche est certainement le mode d’expression populaire par excellence. On l’a oublié un peu sans doute, à l’heure où le marché lucratif des randonnées sensationnelles et autres trecks explose, mais qui va « à pied » témoigne d’abord de sa misère. Qu’on soit prêt à dépenser beaucoup aujourd’hui pour se payer le luxe d’aller sur ses deux jambes constitue en soi tout un symbole.
Cela dit, organiser une marche collective, comme c’est le cas pour toutes les manifestations, c’est d’abord, je crois, mettre en scène l’occupation de l’espace public par son premier propriétaire légitime et naturel : le peuple.
Gandhi, avec sa « marche du sel » – il parcourt près de 400 kilomètres à pied accompagné de disciples et… de journalistes !, traversant les villages et appelant silencieusement à la désobéissance pacifique –, illustre une autre dimension, un autre style.
Marcher longuement, lentement, résolument, pendant des jours, des mois, c’est faire preuve d’une forme précise de courage : cette endurance, qui n’est pas de l’ardeur explosive, mais une manière de tenir bon sur la durée. C’est faire preuve aussi de dignité : celui qui marche se tient debout et avance. La marche symbolise une humilité qui n’est jamais humiliante.
D’autres grandes marches politiques du XXe siècle s’organisent davantage comme des pièces tactiques dans une stratégie générale : la « longue marche » de Mao, qui constitue une diversion et transforme un mouvement de retraite en affirmation victorieuse ; la « marche sur Rome » des faisceaux italiens de Mussolini, qui a représenté un moyen de pression formidable sur un gouvernement hébété, affaibli, divisé.
Il faut bien comprendre que ces grandes marches politiques ont des styles irréductibles, mais surtout qu’elles sont ­traversées par une ambiguïté indépassable : elles peuvent insister sur l’aspect martial, conquérant, agressif, ou au contraire sur un pacifisme irréductible.
De la « marche des Beurs » à la « marche pour les sciences », en passant par des initiatives individuelles, comme celle de Jean Lassalle, quelles sont les marches qui ont gardé une importance singulière dans la France d’aujourd’hui ?
La France retient dans son histoire, c’est vrai, un certain nombre de marches spectaculaires. La « marche des Beurs » de 1983 (« pour l’égalité et contre le racisme ») s’est construite comme un appel vibrant, une prise de conscience progressive, une interpellation au plus proche des gens rencontrés. La marche met en scène, en effet, la proximité : celui qui marche est à hauteur de son semblable.
La « marche pour les sciences », organisée le Jour de la Terre (22 avril), témoigne encore d’autre chose : notre condition terrestre, notre finitude corporelle, notre appartenance au vivant. Elle illustre la constitution d’une communauté politique nouvelle, inédite, sensible, irréductible aux communautés nationales classiques : celle des habitants de la Terre.
De manière plus personnalisée, cette fois, un certain nombre de marches « individuelles » ont scandé notre actualité : celle de Jean Lassalle, où il s’agissait précisément de rencontrer les Français au plus près de leurs préoccupations, sans superficialité, en prenant le temps de voir et de comprendre.
Mais on peut penser aussi à celle de Jérôme Kerviel, qui met en scène un pèlerinage inversé puisque Rome constitue son point de départ, et où la dimension de transformation spirituelle, d’ascèse, est constituée en contrepoint de l’existence du tradeur. La marche comme mise en scène de la rupture avec « la vie d’avant ».
Y a-t-il quelque chose d’éthique, voire de politique dans le fait de marcher sur les chemins balisés des GR français ou les sentiers de traverse ? N’est-ce qu’une façon de faire l’expérience de sa propre liberté, ou aussi une forme de résistance au monde de la vitesse et de la rentabilité ?
La pratique de la grande randonnée ou des promenades interminables ne constitue pas en soi un acte de résistance politique. Cela dit, elle est traversée par des vecteurs éthiques qui peuvent se retrouver au cœur de l’action politique dans ce qu’elle a de plus authentique.
Je pense d’abord évidemment, et votre question même le suggère, à la résistance aux valeurs contemporaines de vitesse, et même à l’impératif de connectivité indéfinie. Marcher, c’est faire le choix de la lenteur, c’est se promettre des plaisirs simples et gratuits (beauté des paysages, ivresse des passages de col, douceur des sentiers forestiers) ou même des fatigues apaisantes, à l’opposé de l’énervement citadin.
C’est se donner l’occasion, dans la monotonie immense des pas répétés, de redécouvrir un mode privilégié de présence à soi, aux autres, au monde sensible, de s’arracher finalement à l’absorption par les écrans et les connexions.
Rien de tout cela n’est proprement politique, si par « politique » on entend simplement la gestion-transformation des affaires publiques. Mais la marche porte avec elle, comme l’atteste encore une fois l’exemple des pèlerinages, un espoir, une volonté de bouleversement intérieur, de conversion intime ; or la politique engage la transformation du monde à partir d’une transformation de soi.
Vous publiez à la rentrée, chez Albin Michel, un essai intitulé « Désobéir ». Quel lien construisez-vous entre la désobéissance et la marche à pied ?
De manière factuelle, je note déjà que le philosophe américain Henry David Thoreau est l’auteur à la fois du premier essai se donnant comme objet explicite de réflexion la marche à pied (Walking, 1862) et du premier grand texte consacré à la désobéissance civile – même si Thoreau n’a jamais employé cette expression ; le titre a été donné de manière posthume –, dont la lecture a représenté pour Tolstoï, Gandhi, Luther King un moment de révélation décisif.
Marcher, on l’a déjà dit, c’est résister fortement à la part maudite de la modernité (obsession pathologique de la performance, culte de la vitesse, existences parallèles dans des univers numériques, évitements de la présence), mais c’est aussi se proposer soi-même comme aventure, rompre avec les inerties du présent.
Je reviens pour conclure à Rimbaud (que Verlaine, sidéré par ses capacités de marcheur, appelait « l’homme aux semelles de vent »). Dans une Illumination, précisément intitulée « Démocratie », Rimbaud écrit : « Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorants pour la science, roués pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C’est la vraie marche. En avant, route ! »
——————-
Randonnée, trek, balade urbaine ou périple littéraire…« Le Monde » organise dans le cadre du « Monde Festival » une rencontre sur la marche, le samedi 23 septembre à l’opéra Bastille. Réservez vos places en ligne sur le site du Monde Festival
———————-
Six pas de côté
Fonction organique de l’espèce humaine, la marche est aussi une pratique sportive ou spirituelle, touristique ou thérapeutique qui connaît de nombreux adeptes. Echappatoire au monde de la vitesse, pas de côté face au règne de la virtualité, la marche interroge notre actualité. En six épisodes, Le Monde donne la parole à des historiens randonneurs, des écrivains aventuriers, des philosophes flâneurs et des anthropologues marcheurs afin de comprendre pourquoi et comment la marche est devenue un véritable phénomène de société.
Sylvain Tesson : « La marche est une critique en mouvement »
Martine Segalen : « La marche et la course sont porteuses de valeurs différentes »
Prochain article : « La muse pédestre des écrivains ».
Frédéric Gros
Né en 1965, Frédéric Gros est philosophe, professeur de pensée politique à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po). Auteur des Etats de violence : essai sur la fin de la guerre (Gallimard, 2006) et du Principe sécurité (Gallimard, 2012), il a notamment publié Marcher, une philosophie (Paris, Carnets Nord, 2008, et Flammarion, 2011) et, le 1er septembre, Désobéir paraîtra chez Albin Michel.
———————
La saison 4 du Monde Festival vous invite à rêver
La quatrième édition du Monde Festival aura lieu du 22 au 25 septembre sur le thème, « Rêver », à la fois poétique et dynamique, tourné vers l’action et l’avenir.
Rêver le monde, l’imaginer, le changer, le rendre plus vivable collectivement, plus équitable, plus juste, plus audacieux…
De nombreux débats, spectacles, ateliers, expositions, animeront ces journées. Accédez au programme et à la billetterie.
Et rendez-vous sur la « chaîne Festival » pour y retrouver des portraits, enquêtes, vidéos sur des initiatives et des engagements qui transforment le monde.
Par Propos Recueillis par Nicolas Truong
Publié dans Culture, réflexion | Tagué , ,

Disparition – Le comédien Claude Rich est mort

L’acteur est décédé jeudi 20 juillet à l’âge de 88 ans, après avoir joué dans une cinquantaine de pièces de théâtre et près de 80 films.

LE MONDE | 22.07.2017
Le comédien Claude Rich est mort, jeudi soir 20 juillet, à l’âge de 88 ans, a annoncé sa famille vendredi 21 juillet. Sourire gourmand et regard malicieux, l’acteur a vécu mille et une vies en soixante ans de carrière, des Tontons flingueurs à Panoramix au cinéma en passant par quelques grands personnages historiques au théâtre.
« Messieurs Claude Rich », comme l’avait surnommé le journaliste Claude Roy, était l’un des derniers Tontons flingueurs (1963). Dans le film de Georges Lautner, il incarnait l’impertinent Antoine, marié à la « nièce » de Lino Ventura.

« Je m’amuse beaucoup »
Passionné d’histoire, Claude Rich, né le 8 février 1929 à Strasbourg, affectionnait les rôles de grands personnages – Talleyrand, Mazarin, Voltaire ou Blum. Il a joué au total dans une cinquantaine de pièces et près de quatre-vingts films. « Je m’amuse beaucoup à faire ce métier, parce que je suis moi tel que je l’ai toujours été mais je suis aussi quelqu’un d’autre », confiait de sa voix subtile, un peu voilée, cet Alsacien grandi à Paris après la mort précoce de son père.
« Je n’ai jamais été un saint », ajoutait-il avec une pointe de regret teinté d’ironie. Catholique convaincu, il confessait avoir rêvé de jouer Charles de Foucauld (moine français mort en 1916), dont il a longtemps gardé la photo dans son portefeuille en raison de « son besoin d’absolu ». Claude Rich restait marqué par son enfance – « je ne m’en suis jamais vraiment remis » – et par sa mère, qu’il ne quittera que pour se marier avec la comédienne Catherine Renaudin, avec laquelle il a eu deux filles, Nathalie et Delphine.

Claude Rich en 1968. – / AFP
A la Libération, il a 14 ans et goûte le bonheur sur le boulevard Saint-Michel, où sa famille habite : « Je découvrais d’abord les filles, les femmes, je découvrais le chocolat, les Gauloises, tout ce qu’il y a d’extraordinaire ! » Il commence à travailler comme employé de banque mais lorgne le théâtre. En 1953, il sort du Conservatoire avec un deuxième prix de comédie. Sur les planches, il jouera aussi bien l’aristocrate dans Château en Suède, de Françoise Sagan (1960), que l’enfant dans Victor ou les enfants au pouvoir, de Roger Vitrac (1963).
Un Talleyrand d’anthologie
Très vite, le cinéma l’appelle aussi, avec Les Grandes Manœuvres, de René Clair (1955). « Le grand écran m’apporte beaucoup, mais le théâtre, c’est le vrai métier de l’acteur », observait-il. « On vit au théâtre, avec la troupe, on va boire des verres, on dîne ensemble, on reparle de la représentation et on espère, le lendemain, refaire la même chose en progressant. »
En 1975, pour le théâtre justement, il se lance dans l’écriture avec Le Zouave. Le mauvais accueil de la critique ne l’empêche pas d’écrire trois autres pièces (Un Habit pour l’hiver en 1979, Une chambre sur la Dordogne en 1987 et l’adaptation du roman de Sandor Marai, Les Braises, en 2003).
Il contribue aussi au travail du dramaturge Antoine Rault, pour lequel il est le philosophe Louis Althusser dans Le Caïman (2005), le cardinal Mazarin dans Le Diable rouge (2008) ou un scientifique faustien dans L’Intrus (2011). En 1989, il campe un Talleyrand d’anthologie dans Le Souper, de Jean-Claude Brisville. Mais c’est la transposition de la pièce au cinéma qui lui offre un César du meilleur acteur en 1993.

Vidéo le souper dailymotion
« Je suis heureux »
Au cinéma, il joue souvent les seconds rôles et passe du jeune premier des années 1960 à l’acteur élégant prisé des plus grands réalisateurs : Le Crabe-Tambour (1976), L’Accompagnatrice (1992), Le Colonel Chabert (1994). Il n’hésite pas à devenir le druide Panoramix d’Astérix et Obélix (2002).
« Il est comme un joueur de jazz qui fait chaque fois des variations différentes, pour le plaisir, pour épater », dit de lui Bertrand Tavernier, avec lequel il a tourné plusieurs films et qui aime « sa jeunesse, sa folie, son inventivité », mais aussi « ses angoisses et ses doutes, sa discrétion » et puis « ses fous rires ».
Claude Rich a été actif sur les planches comme sur grand écran jusqu’à l’âge de 86 ans. Sa dernière apparition au cinéma remonte au Ladygrey (2015) d’Alain Choquart.
« Je suis heureux », confiait-il encore récemment en revenant sur les rôles de sa vie, reconnaissant jouer chaque pièce comme si c’était la dernière : « J’ai la chance de jouer sans me fatiguer et celle, surtout, de continuer à m’amuser. »
Publié dans Culture | Tagué ,

Politique – Après l’euphorie de la victoire, l’épreuve de vérité pour Macron

Les foyers de crises intérieures se multiplient, provoqués par l’annonce gouvernementale d’un serrage de vis budgétaire global en 2017.
LE MONDE | 18.07.2017  | Par Bastien Bonnefous
Après l’euphorie de la victoire et l’état de grâce des premières semaines, l’épreuve de vérité commence réellement pour Emmanuel Macron. A l’aise sur le plan international, le chef de l’Etat voit se multiplier les foyers de crises intérieures, provoqués par l’annonce gouvernementale, la semaine dernière, d’un serrage de vis budgétaire global en 2017, avec une baisse prévue de 4,5 milliards d’euros des dépenses de l’Etat. Défense, enseignement supérieur, collectivités territoriales… les critiques affluent.
La première fronde du quinquennat Macron n’est pas venue de là où on l’attendait. Alors que beaucoup prédisaient des contestations rapides à la politique présidentielle sur le front social, à l’occasion de la réforme du code du travail menée par ordonnances, c’est du champ militaire que la défiance s’est exprimée.
En annonçant une coupe de 850 millions d’euros dans le budget 2017 de la défense, Emmanuel Macron et son gouvernement ont provoqué un large mécontentement dans les rangs militaires, au point que la « grande muette » est sortie de son silence pour critiquer, par la voix du chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, les choix de l’exécutif. Quelle que soit son issue – départ ou maintien du général de Villiers – le bras de fer entamé depuis quelques jours entre le haut gradé et la présidence, devrait laisser des traces dans les futures relations de confiance entre les armées et le Château.
Pour la défense, les économies réclamées dès cette année sont d’autant plus dures à digérer que le candidat, devenu le président Macron, avait multiplié les signaux favorables en direction des militaires avant et après l’élection présidentielle. Durant la campagne, il avait séduit les treillis en rappelant sans cesse qu’il consacrerait 2 % du PIB à l’effort de défense d’ici à 2025. L’objectif est certes maintenu, mais il ne laissait pas présager à l’époque aux militaires que des sacrifices budgétaires seraient nécessaires au préalable.
Terrains minés
Le même sentiment d’une douche froide financière existe dans l’enseignement supérieur et la recherche. Alors que le candidat Macron avait promis de sanctuariser les budgets de ces deux secteurs, l’annonce, la semaine dernière, de l’annulation de 331 millions d’euros de crédits pour 2017 a provoqué la colère des syndicats d’étudiants et de professeurs. Une perte qui tombe au plus mauvais moment, alors que le gouvernement a dû entamer lundi 17 juillet une concertation pour réformer au plus vite le système d’entrée à l’université.
La plate-forme informatique d’Admission post-bac ne permet plus en effet d’absorber la démographie étudiante en pleine croissance. Résultat, près de 87 000 candidats attendent toujours une place dans l’enseignement supérieur. « Un énorme gâchis », a reconnu lundi la ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal, qui pourrait provoquer des tensions lors de la prochaine rentrée universitaire.
Troisième terrain miné pour le gouvernement : les économies réclamées aux collectivités territoriales. Si les associations d’élus se sont félicitées de la méthode d’un « pacte » entre l’Etat et les collectivités locales, annoncé lundi par l’exécutif à l’occasion de la Conférence nationale des territoires, les restrictions financières demandées par le gouvernement ne passent toujours pas.
Les collectivités vont devoir réaliser 13 milliards d’euros d’économies d’ici à 2022, soit trois milliards de plus que prévu dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron. Cette réduction des dépenses, dénoncée par la droite et la gauche confondues, est rendue encore plus compliquée par la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des contribuables dès 2018, réaffirmée lundi par le chef de l’Etat et par le premier ministre Edouard Philippe devant le Sénat. Un calendrier trop précipité et un manque à gagner trop important pour de nombreux élus locaux. Et ce n’est pas l’engagement d’Emmanuel Macron d’avancer de deux ans, de 2022 à 2020, la couverture de l’ensemble du territoire en Internet haut débit qui leur fera avaler la pilule.
Plus les jours passent, plus le duo exécutif est contraint de sortir de l’ambiguïté de son double discours devant le Congrès à Versailles, le 3 juillet, pour le président de la République, et le lendemain devant l’Assemblée nationale, pour le chef du gouvernement. Peu précis devant les parlementaires, MM. Macron et Philippe doivent désormais détailler leurs choix budgétaires pour atteindre un déficit public à 3 % du PIB à la fin de l’année et préparer le projet de loi de finances 2018. Une injonction réclamée à la fois par les milieux économiques et par l’opinion publique.
Le chef de l’Etat et ses proches préfèrent assumer pour ne pas donner l’impression de flou ou d’hésitation qui a tant desservi François Hollande lors du précédent quinquennat. « Macron a été élu parce qu’il a transgressé sur beaucoup de sujets pendant la campagne. Si une fois au pouvoir, il se met à tergiverser comme Hollande, il va le payer cher auprès des Français », estime un conseiller gouvernemental qui ajoute « si on ne fait pas les réformes tout de suite, on ne les fera jamais ». Une volonté d’agir et de trancher, qui présente néanmoins un risque, celui d’ouvrir plusieurs fronts explosifs en même temps.
Publié dans Débats Idées Points de vue, Economie, Politique | Tagué

#dessin / Macron bouscule la technostructure

L’Opinion 21 juillet 2017

Publié dans Humour, Politique | Tagué

Médecine énergétique : se reconnecter à la terre

Alternative Santé – N°48 juillet/août 2017 – Pierre Ferdin –
Bitume, lits métalliques, semelles isolantes : le mode de vie moderne a rompu le lien qui rattachait nos ancêtres aux énergies du sol. À l’aide de quelques gestes simples (marcher pieds nus, se baigner, étreindre un arbre…), reconnectez-vous aux courants telluriques et profitez de leurs bienfaits !
Nous vivons dans une société de raison et de progrès où il est impératif d’avoir les pieds sur terre. Pourtant, cette terre qui est sous nos pieds, nous nous en isolons toujours davantage. Nous la recouvrons de bitume et de béton, nous portons des chaussures dont les semelles sont en caoutchouc isolant, et nous dormons dans des lits dont les armatures métalliques sont des pièges électriques, des circuits fermés qui bloquent la circulation des courants d’énergie provenant du sol.

Un besoin fondamental
En somme, nous perdons de vue ce besoin simple, fondamental et ancestral, de marcher pieds nus dans la nature, de nous allonger sur la terre, d’être en contact avec elle. Nous voulons avoir les pieds sur terre, mais sans les y poser directement. Et alors que nous nous préoccupons de mettre à la terre nos appareils ménagers, nous n’avons pas ce souci pour nos propres personnes. Cette connexion semble indispensable pour le réfrigérateur, mais apparemment superflue pour notre organisme…
Penchons-nous sur l’enjeu que représente pour notre bien-être l’énergie qui circule (quand on ne la bloque pas…) entre la terre et nous.
Ainsi, certaines cérémonies initiatiques amérindiennes impliquent de dormir à même la terre pour que les rêves soient visités par les esprits. En Afrique du Nord, le sable de certaines dunes est reconnu comme curatif ; des malades s’y font enterrer jusqu’au cou pour guérir leurs rhumatismes.
Mais les références à la terre comme source de régénération énergétique ne sont pas seulement spirituelles. Les sables nord-africains bons pour les rhumatismes n’ont pas de connotation mystique, leur usage est simplement curatif. Comme cela est le cas  d’innombrables sources naturelles d’eaux minérales. La plupart sont réputées pour leurs bienfaits indépendamment de toute croyance spirituelle. La science positiviste (peu connue pour ses tendances mystiques !) n’hésite pas à vanter leurs vertus thérapeutiques en s’appuyant sur des mesures, expériences et analyses validées scientifiquement. Or, l’eau est un excellent conducteur électrique, et bien plus encore lorsqu’elle jaillit du sol et qu’elle est chargée de minéraux.
Et puis, les arbres aussi sortent du sol. En plus des propriétés médicinales qui leur sont attachées, ils conduisent l’énergie du sol et peuvent aussi être comme des tiges de mise à la terre qui à la fois s’échappent de la terre et y plongent. C’est pourquoi certains électro-hypersensibles prennent des arbres dans leurs bras. Par ce moyen, qui peut surprendre au point d’entraîner des moqueries, ils se déchargent de l’excès de charge électrique qu’ils subissent en raison de leur hypersensibilité électromagnétique.
Terre-Mère nourricière
Si certains des exemples donnés dans cet article sont des mythes, des croyances, d’autres sont des pratiques curatives (traditionnelles ou récentes) dont l’efficacité se vérifie empiriquement. Ce qui est remarquable, c’est que tous soulignent que la terre n’est pas seulement un support que nous arpentons et sur lequel nous bâtissons nos villes, mais aussi une source et un relai d’énergie. La Pachamama, cette Terre-Mère nourricière et protectrice que révéraient les civilisations andines, est une gigantesque pile électrique depuis et vers laquelle circule un lien énergétique qui englobe tout, nous y compris.
Mais, au fur et à mesure de la marche des siècles, l’humanité s’est éloignée de ce contact direct à la terre. Le port des chaussures s’est généralisé, les matériaux sont devenus moins organiques et conducteurs : du cuir et du tissu, on est passé au caoutchouc et au plastique, pour des semelles toujours plus épaisses et isolantes. Pour ce qui est du couchage, les litières de feuilles et de paille à même la terre ont cédé la place à des lits en partie métalliques où nous dormons en hauteur. Le revêtement des sols, extérieur et intérieur, et le fait de vivre dans des habitations toujours plus hautes et isolées de la terre vont dans le même sens. Même chose pour nos voitures et autres véhicules qui sont des structures métalliques closes, donc isolantes. Cette distanciation d’avec la nature est un fait social, historique et culturel indéniable.
Les phénomènes électriques sont affaire de particules (électrons, ions…) chargées négativement ou positivement, qui s’opposent ou s’annulent, et qui globalement s’équilibrent. Ces particules positives ou négatives sont présentes partout dans la nature, dans les océans comme dans les cellules de notre corps, dans les orages comme dans nos muscles en mouvement.

Charge et décharge
Ce lien holistique entre toutes choses qu’est l’électricité naturelle qui circule et se renouvelle – et à laquelle s’ajoute l’électricité artificielle produite par la technologie – est amplement étudié par la science. Et il est aisément perceptible au travers de ces phénomènes courants que sont la charge et la décharge.
Si vous étiez enfant dans les années 1970, vous avez dû connaître ces pulls col roulé en synthétique (et aux couleurs criardes) qui étaient alors à la mode. Quand vous les enleviez, ils produisaient tellement d’électricité statique que vous gardiez les cheveux dressés sur la tête ! Cette matière n’est plus utilisée pour l’habillement, sans doute en raison de ses propriétés électriques… En effet, pour faire retomber vos cheveux, il vous fallait y passer vos mains pour les décharger de leur électricité, puis taper vos mains sur vos cuisses pour les décharger à leur tour, puis taper des pieds, ou bien toucher un objet conducteur, enfin bref, faire circuler cette électricité jusqu’à ce que la sensation se dissipe.
Bien sûr, ces effets électriques sont ressentis différemment d’un individu à l’autre, selon la sensibilité de chacun. Sensibilité qui varie en fonction d’une multitude de paramètres  individuels et contextuels. Mais ces ressentis sont d’une banalité quotidienne.
Question de rééquilibrage
Dans le livre de Clinton Ober, Stephen T. Sinatra et Martin Zucker, Connectez-vous à la terre (éd. Véga, 2013), les effets bénéfiques de la mise à la terre (lire encadré ci-dessous) sont détaillés au travers de nombreux exemples pratiques, et pour des pathologies telles que l’arthrose, les lombalgies, la fibromyalgie, l’électro-hypersensibilité… Sans oublier les propriétés anti-inflammatoires de la mise à la terre, qui soulagent muscles et articulations et accélèrent la guérison des blessures.
Bien sûr, il ne s’agit pas de croire aveuglement dans une nouvelle panacée qui résoudra miraculeusement tous vos problèmes. Le rétablissement du lien énergétique avec la terre ne dispense pas de poursuivre d’autres soins en parallèle, et surtout il doit être adapté à votre cas particulier.
Marcher pieds nus dans la rosée du matin, étreindre un arbre ou se baigner dans une rivière ou l’océan, ces actes (sacrés ou profanes, symboliques ou anodins…) sont pour toute personne sources de rééquilibrage énergétique, de charge et de décharge depuis et vers notre environnement électrique. Mais nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne.
Par exemple, pour certains électro-hypersensibles la mise à la terre est une nécessité thérapeutique. Plonger ses pieds dans l’eau d’un baquet métallique mis à la terre, se brancher sur une prise de terre au moyen d’un bracelet spécial prolongé d’un câble  électrique, pratiquer le « tree hugging », dormir sur un matelas conducteur à même le sol et sous un baldaquin anti-onde également mis à la terre… ce ne sont pas des précautions, mais des soins. Il s’agit d’abord de gérer un mal-être avant de tendre vers un mieux- être.
Mais pour la majorité, la mise à la terre ponctuelle relève davantage d’une hygiène de vie. Elle permet d’améliorer l’état général, tout en prévenant d’éventuels problèmes  potentiellement chroniques : syndrome prémenstruel, troubles intestinaux, allergies… Le rétablissement de ce lien énergétique, et le rééquilibrage qui en découle, peuvent se faire par des activités ponctuelles, sportives ou non, qui vous amènent à marcher ou courir dans l’herbe, à vous baigner, ou bien à grimper aux arbres.
Et pour les moins sportifs, il est possible de mettre son lit à la terre, le sommeil étant capital pour le rééquilibrage énergétique. Enfin, des chaussures munies de semelles  spéciales de mise à la terre sont également en vente, ainsi que des coussins spéciaux pour fauteuils de voiture, et quantités d’autres accessoires pour la vie quotidienne…
Rétablir la circulation
Le mythique géant Antée reprenait ses forces au contact de la terre. Un électro-hypersensible va s’y connecter pour se décharger. Dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas tant de se focaliser sur la charge ou la décharge, sur une seule étape de l’échange énergétique, que de laisser l’énergie circuler jusqu’à ce qu’elle s’équilibre.
De la terre à vous, de vous à la terre, il y a un cycle continuel qu’il s’agit tout simplement de ne pas entraver.
Les bienfaits de la mise à la terre
Le premier effet est un mieux-être général parfois difficile à définir.
Plus concrètement, on observe :
– une diminution du stress ;
– l’harmonisation des rythmes biologiques, notamment du sommeil ;
– le renforcement du système immunitaire, notamment face aux inflammations ;
– une amélioration de la circulation sanguine ;
– une meilleure digestion ;
– une diminution de l’électrosensibilité ;
– une meilleure capacité de récupération durant et après l’effort.
Informations, méthodes, produits et fournisseurs…
La littérature sur la mise à la terre n’est pas abondante. Le principal ouvrage sur le sujet est le livre de Clinton Ober, Stephen T. Sinatra et Martin Zucker, Connectez-vous à la terre (éd. Véga, 2013), qui est systématiquement présenté comme référence. On peut aussi consulter avec profit les sites suivants :
En anglais : http://www.earthinginstitute.net/ et https://www.earthing.com/
En français : http://www.groundology.fr/
Ou, plus généralistes : https://www.geotellurique.fr/56-accessoires-earthing
Publié dans Développement personnel, Social | Tagué

Ukraine. Et le droit international ?

Ouest-France 21/07/2017 Par Cécile VAISSIÉ.*
Il est temps d’en finir avec l’étrange aveuglement de certains Occidentaux qui acceptent tout du Kremlin, par naïveté, par lâcheté aussi.
Editorial – Le 30 juin 2017, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est intervenu à un forum d’experts à Moscou et a laissé échapper des propos qui n’ont peut-être pas été suffisamment relevés en France.
Le point de vue de Cécile Vaissié, professeur en études russes et soviétiques, de l’Université Rennes 2.
Il a, en effet, évoqué les «critiques selon lesquelles [ils se seraient] à tort mêlés aux conflits dans le Donbass et en Syrie». De façon certes assez confuse, le ministre reconnaissait ainsi publiquement, pour la première fois, l’engagement de la Russie dans la guerre se déroulant depuis le printemps 2014 sur le sol ukrainien. Si certains ergotent sur le sens à donner aux termes employés – «se mêler», «conflits» -, la responsabilité russe est déjà bien connue : le colonel Igor Strelkov, l’un des officiers russes envoyés pour déstabiliser d’abord la Crimée, puis le Donbass, a raconté ses missions en détail, dans la presse russe, dès novembre 2014.
Dans cette guerre qu’il a déclenchée, le Kremlin a violé les traités internationaux par lesquels la Russie s’engageait à respecter l’intégrité territoriale et les frontières de l’Ukraine : le mémorandum de Budapest de 1994 et le traité d’amitié russo-ukrainienne, signé le 31 mai 1997 et ratifié le 17 février 1999. En août 2008, même Vladimir Poutine affirmait encore que la Crimée n’était pas «un territoire disputé» et que la Russie avait «reconnu depuis longtemps les frontières de l’Ukraine actuelle». C’est donc la parole des autorités russes qui se trouve, de nouveau, décrédibilisée.
Occidentaux paralysés
Tout cela est connu, et le tandem franco-allemand tente, depuis plusieurs mois, de faire cesser cette guerre, dite hybride, qui a causé plus de dix mille morts, des milliers d’orphelins et des centaines de milliers de réfugiés. Mais ce qui sidère aujourd’hui encore, c’est l’obstination de certains Occidentaux qui continuent de nier l’implication de la Russie et justifient l’annexion illégale de la Crimée ainsi que les violations du droit international au nom de données historiques erronées. Et s’acharnent à insulter l’Ukraine et son peuple, en prétendant que ce pays, indépendant et souverain depuis 1991, n’est qu’une province russe et/ou un repaire de nazis.
Quelle arrogance, quelle ignorance fonde de tels propos, mensongers et injurieux ? Au nom de quoi interdire aux Ukrainiens ce que les Français et d’autres peuples européens ont su conquérir : le droit de choisir leur avenir et leurs alliances ? Et que les Ukrainiens désirent s’éloigner de la Russie impose de réfléchir à leurs raisons, car ils connaissent bien les pratiques de leur voisin oriental.
Il est temps d’en finir avec l’étrange aveuglement de certains Occidentaux qui acceptent tout du Kremlin, par naïveté, par lâcheté aussi. Certes, la Russie qui ne se résume pas au Kremlin est un grand pays. Elle mérite d’être mieux connue et il faut, bien évidemment, dialoguer avec ses dirigeants et ses habitants. Ce qui implique d’apprendre sa langue, son histoire, ses cultures. Mais la Russie est aussi un pays en pleine dérive autoritaire, corrompu comme jamais, qui tente de dissimuler une crise identitaire profonde en terrorisant ses voisins. Elle y réussit : en Ukraine, dans les Pays baltes, en Géorgie, même en Biélorussie et au Kazakhstan, on craint, à tort ou à raison, une expédition militaire russe qui aurait pour but premier de détourner l’attention de la population russe de ses difficultés matérielles. Le tout avec l’accord tacite d’Occidentaux paralysés. Ce qui rappellera certains souvenirs aux amateurs d’Histoire.
*Professeur en études russes et soviétiques. Université Rennes 2
Publié dans Débats Idées Points de vue, Police, Politique | Tagué , ,

Au Royaume-Uni, le ressort brisé du Brexit

Le gouvernement se déchire sur les négociations à mener, tandis que les effets économiques se font sentir.
LE MONDE | 21.07.2017  | Par Philippe Bernard (Londres, correspondant)

La première ministre britannique Theresa May, au 10 Downing street, à Londres le 18 juillet. TOBY MELVILLE / REUTERS
Lorsqu’ils retraceront l’épopée du Brexit, les historiens citeront probablement l’été 2017 comme le moment où son élan s’est brisé, où les doutes ont pris le pas sur les espoirs, où toutes les options, y compris celle d’une volte-face, se sont ouvertes.
A première vue, rien n’a changé : la première ministre britannique, Theresa May, défend toujours un divorce radical avec l’Union européenne (UE) – sortie du marché unique, fin de la libre entrée des continentaux au Royaume-Uni et de la suprématie de la Cour de justice de l’Union européenne.
En réalité, la défaite électorale de Theresa May, le 8 juin, a fait basculer le pays dans une zone de turbulence politique qui affaiblit sa position face aux vingt-sept autres Etats membres de l’UE et qui aggrave une réalité jusque-là soigneusement masquée : Londres ne sait pas quel Brexit il veut ni ce qu’il veut en faire.
La campagne électorale, quasi muette sur le sujet, n’a nullement tranché les controverses sur l’Europe qui traversent tant les tories que le Labour. Mais la crise politique qui suit la perte de sa majorité absolue, en ébranlant Theresa May, remet en cause sa conception à la fois extrême et vague de la rupture avec l’UE. Enfin, un vrai débat sur le contenu et les conséquences du Brexit se développe, et il est ravageur.
« Moi ou Corbyn »

Lire

Publié dans Débats Idées Points de vue, Europe, Politique | Tagué ,

Fausse polémique sur les « millions » que coûterait le portrait du président Macron aux mairies

Un élu local a affirmé que les 36 000 maires étaient contraints d’acheter un nouveau cadre pour un coût global de 2,77 millions. C’est faux.
Le Monde | 21.07.2017 | Par Les Décodeurs
C’est un simple coup de gueule qui a rapidement pris une dimension nationale. Un maire a affirmé, mercredi 19 juillet, sur Facebook, qu’afficher le portrait du président Emmanuel Macron allait coûter pas moins de 2,77 millions d’euros à l’ensemble des 36 000 mairies de France.
Selon lui, le format de la photographie officielle diffère des anciennes, ce qui forcerait les communes à racheter un nouveau cadre. En réalité, rien n’oblige les maires à racheter un cadre, pas plus qu’ils ne se doivent d’afficher le cliché dans leurs locaux. Explications.

CE QUE DIT LA RUMEUR
Tout est parti d’un message de Romain Senoble, maire de la commune de Forges (Seine-et-Marne) sur Facebook. Ce dernier y fait l’affirmation suivante :
« Jusqu’à présent, le format de la photo officielle du président de la République était de 50 × 65 cm, allez savoir pourquoi celle d’Emmanuel Macron est de 50 × 70, résultat les 36 000 communes vont devoir racheter un nouveau cadre. Tarif chez Sedi 77 euros HT fois 36 000 = 2 772 000 euros, ce même président qui a fustigé les communes hier [mardi 18 juillet] à la conférence des territoires en leur demandant de faire des économies. »
Ce message a rapidement circulé sur les réseaux sociaux. Il a notamment été relayé par le maire de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), James Chéron :
 Le changement de format de la photo officielle du Président va coûter 2,7M€ aux collectivités. Ce Président qui d… https://t.co/uzt29Yc4vK — jamescheron (@James Chéron)
De nombreux médias nationaux (Le Figaro, 20 Minutes, BFM-TV, etc.) et régionaux (L’Alsace, Le Télégramme, Le Bien Public, etc.) ont donné de l’écho, avec plus ou moins de distance, à cette critique. Valeurs Actuelles, puis des sites comme Wikistrike.com ou Lagauchematuer.fr, ont ensuite enfoncé le clou, écrivant que « 36 000 maires [sont] obligés de racheter un cadre pour le portrait officiel de Macron » ou que « Macron exige que les 36 000 maires achètent le nouveau cadre plus grand de sa photo présidentielle. Coût total 2,7 millions d’euros ».
POURQUOI C’EST FAUX
Le maire de Forges a raison sur un point : le portrait présidentiel officiel d’Emmanuel Macron est un peu plus grand que celui de son prédécesseur. Le reste de son message est en revanche erroné.
D’abord, il affirme que la photographie et le nouveau cadre coûteraient forcément 77 euros aux maires. C’est vrai chez Sedi, un fournisseur des collectivités, qui propose l’ensemble à ce tarif. Mais rien n’oblige les mairies à se fournir dans cette entreprise. Comme l’a expliqué L’Express, les 36 000 communes « reçoivent gratuitement un exemplaire du portrait du chef de l’Etat, adressé par les préfectures », qu’il est possible d’encadrer avec le produit de son choix.
Or, il existe de nombreux cadres au format 50 × 70 centimètres pour des prix bien inférieurs à ceux pratiqués par Sedi (on peut sans difficulté s’en procurer pour moins de 10 euros sur des sites d’e-commerce). Pour qui souhaiterait afficher deux photos du chef de l’Etat, le site de la documentation française commercialise également l’affiche seule pour 9,50 euros.
Rien n’interdit non plus de plier ou de découper une bande de 5 cm de large dans le portrait pour le faire tenir dans un cadre de 50 × 65 cm, voire d’épingler la photographie sans cadre.
Enfin, il est important de préciser que rien n’oblige les maires à afficher le portrait du président de la République dans leurs locaux. Il s’agit simplement d’une coutume républicaine, comme l’ont rappelé plusieurs ministres de l’intérieur en 2006 au Sénat ou en 2009 à l’Assemblée nationale.
La polémique sur l’ardoise que représenterait la photo d’Emmanuel Macron pour les mairies est donc largement exagérée.
Décodex : nos outils contre les fausses informations
Utilisez les outils développés par Les Décodeurs pour vous aider à éviter les fausses informations :
Fiable ou pas ? Testez les sites que vous consultez sur notre moteur de recherche (cliquez ici pour y accéder) ;
Pour savoir en un coup d’œil si vous êtes sur un site fiable ou pas, installez notre extension pour les navigateurs Chrome (à télécharger ici) et Firefox (à télécharger ici) ;
Vous voulez apprendre à vérifier l’info en ligne ? Lisez nos conseils pour éviter les fausses informations ;
Besoin d’aide pour vérifier une info ? Interrogez notre robot Facebook (cliquez ici pour y accéder).
Publié dans Débats Idées Points de vue, Politique | Tagué , , , ,

Au fil de l’Histoire – Ça s’est passé un … 21 juillet

Le 21 juillet 1954, les accords de Genève mettent un terme à la guerre d’Indochine, qui a éclaté à la fin de 1946, et partagent le pays en deux Etats.
En près de dix ans, le conflit aura coûté à l’armée française 92 000 hommes. Les victimes vietnamiennes ont été, quant à elles, évaluées à environ 500 000.
La rupture des accords de Genève va déboucher sur une deuxième guerre d’Indochine avec la participation active des Etats-Unis. Elle sera plus meurtrière et plus longue que la précédente. Ce sera celle du Vietnam…
Le Monde 21 juillet 2017

Publié dans Culture | Tagué , ,

Les déchets, reflets d’une société

Biocontact – magazine mensuel en magasins bio – juillet/août 2017 –
La production de déchets dans le monde s’élève à 4 millions de tonnes par jour et ne cesse de croître. En France, le traitement des déchets génère 4 % des émissions de gaz à effet de serre.

Parmi les objectifs de la loi d’août 2015 sur la Transition énergétique pour une croissance verte figurent la prévention, la gestion et le recyclage des déchets au niveau national et régional. La loi vise la réduction de 50 % des déchets stockés à l’horizon 2025, notamment
par la promotion de l’économie circulaire : il s’agit de « dépasser le modèle économique linéaire consistant à extraire, fabriquer, consommer et jeter en appelant à une consommation sobre et responsable des ressources naturelles et des matières premières primaires ainsi que, par ordre de priorité, à la prévention de la production de déchets, notamment  par le réemploi des produits, et, suivant la hiérarchie des modes de traitement des déchets, à une réutilisation, à un recyclage ou, à défaut, à une valorisation des déchets ».
Ces dispositions traduisent les priorités de la directive-cadre de l’Union européenne : d’abord éviter de produire des déchets, puis réemployer, recycler et finalement mettre en décharge les déchets résiduels. Le Programme français de réduction et de valorisation des déchets 2014-2020 prévoit ainsi le recyclage des déchets du bâtiment par le déploiement de déchèteries professionnelles ; la généralisation du tri des papiers de bureau dans les administrations et les entreprises ; 25 000 composteurs partagés en pied d’immeubles et la mise en place progressive du tri à la source des déchets alimentaires des ménages et des entreprises ; la lutte contre les filières illégales de traitement des déchets, notamment dans le domaine du recyclage des véhicules ou des déchets électroniques ; des projets de récupération des métaux rares des cartes électroniques…
Réorienter les modes de production et de consommation est un domaine où les politiques volontaristes et les interdictions peuvent être efficaces pour sensibiliser le public et réorienter les industries. Le discours industriel de « l’économie circulaire » tend à suggérer que tout déchet d’une production serait réinjectable comme ressource d’une autre production : a priori on pourrait donc continuer notre mode de vie consumériste de façon « propre ». Par ailleurs, le traitement des déchets – financé notamment par les écotaxes payées par les consommateurs – constitue une manne financière concentrée dans quelques multinationales. Il est pourtant possible de mettre en place des gestions locales créatrices d’emplois : ressourceries, services de réparation, magasins de vrac…
Il faudrait repenser ce qu’est un « déchet », qui en est à l’origine, qui est chargé de s’en occuper, etc. Appels à la responsabilité des citoyen-nes ou vision techniciste éludent nombre d’enjeux liés aux inégalités sociales et écologiques, aux processus de décision, à la nature même des différents déchets. Comment promouvoir les couches lavables pour bébé sans réfléchir en même temps à une répartition équitable des tâches domestiques, assumées à plus de 70 % par les femmes (et particulièrement la lessive et le soin aux enfants) ?
A quand un débat public et parlementaire sur l’accumulation de substances hautement toxiques pour des millénaires comme les déchets nucléaires, sur l’envoi de déchets électroniques dans des pays pauvres, sur les implications géopolitiques de l’extraction de minéraux ? Car les déchets sont à la fois locaux et globalisés. Une mission scientifique vient de découvrir que l’île Henderson, déserte au milieu du Pacifique, classée patrimoine Unesco, est jonchée de 37,7 millions de déchets plastique portés par les courants marins !
L’exemple des sacs plastique
L’interdiction des sacs de caisse à usage unique en juillet 2016, puis pour les fruits et légumes le 1er janvier 2017, a favorisé de nouvelles pratiques. Mais cet exemple illustre aussi la complexité du problème. Les sacs plastique compostables constitués d’au moins 30 % de matières premières renouvelables issues de la biomasse (fécule de pomme de terre, amidon de maïs, etc.) restent autorisés. Dans les faits, au niveau du compostage domestique, ils se fragmentent en morceaux qui ne se décomposent pas, d’autant qu’une partie de leurs composants reste issue de l’énergie fossile. Quant aux sacs papier proposés à la place, leur fabrication comme leur recyclage consomment de l’énergie et de l’eau. De toute façon se posera toujours la question de l’utilisation de surfaces agricoles pour toutes les productions non alimentaires. Ici, la seule solution sobre est d’utiliser des sacs en tissu réutilisables le plus longtemps possible.

© ladysuzi/Fotolia
Yveline Nicolas est Coordinatrice d’Adéquations, association de sensibilisation, formation  et soutien de projets en matière de développement durable, solidarité internationale, droits humains. contact : www.adequations.org
Publié dans Ecologie | Tagué

Budget de la Défense : fin 2012, il y avait 498 officiers généraux en activité et 5 500 autres payés à ne rien faire

Un article diffusé en mars 2013, sans doute encore d’actualité ?
Prorussia.tv – 8 mars 2013 –
Les généraux, une caste méconnue dont les avantages n’ont rien à envier aux meilleurs « golden parachutes » des PDG.
2009_06_04_General_de_brigadeUn général de brigade de l’armée française
On se doutait que les capacités opérationnelles de l’armée française, n’étaient pas à la hauteur du courage et des compétences des soldats français. Mais une lettre ouverte d’une dizaine de jeunes officiers éclaire sous un jour nouveau, et pour le moins déroutant, certains handicaps…
Imaginez… Il y aurait en France plus de 5 500 généraux, payés à ne rien faire… Autant que de légionnaires, tous régiments confondus. De quoi armer deux équipages d’un porte-avion comme le Charles de Gaulle…
Et ce ne sont là que des comparaisons d’effectifs… et non de solde. Car évidemment, un général planqué touche beaucoup plus qu’un caporal ou un marsouin engagé sous le feu, au Mali ou ailleurs.
  499818Une véritable armée mexicaine
Il y a en France, selon des chiffres arrêtés au 31 décembre 2012, 498 officiers généraux en activité dont 173 pour l’armée de terre, 74 pour l’armée de l’air et 52 pour la marine. Et 5 500 en section II, c’est-à-dire en pré-retraite, sans affectation…
Quand on sait qu’un général est un officier censé commander au moins une brigade, une division ou un corps d’armée, l’armée française devrait compter, avec 5 500 généraux, plus de… 2 millions 600 milles combattants, sans compter les personnels civils administratifs. Un tout petit plus que l’armée chinoise, autant que l’armée américaine et l’armée russe réunie… La France aurait ainsi la première armée du monde.
Tout çà pourrait prêter à sourire, si cela ne nuisait pas gravement aux capacités opérationnelles des régiments qui eux, doivent diminuer leur effectifs, militaires du rang et sous-officiers. Et il faut bien reconnaître que dans les conflits récents, aucun colonel ou général n’est tombé au champ d’honneur. Il n’y a plus, en France, de Colonel Le Drian pour mourir à la tête de ses hommes pour la défense de Verdun… Et pour ce qu’on a pu en voir, lors de l’affaire Mahé, l’honneur est d’autant plus vivace chez le soldat français, qu’il a un grade inférieur à celui de colonel !
Dénonçant également la baisse systématique du budget de la défense, variable d’ajustement au grès des humeurs syndicales du moment et des impératifs de Bruxelles, la lettre ouverte des jeunes officiers demande un « réarmement » de la France. Un réarmement qui doit prioritairement concerner l’équipement individuel des soldats. S’ils dénoncent le programme Félin, qui alourdit de dizaines de kilos les combattants mais remplit les poches des sociétés d’armement sans apporter de réels avantages sur le terrain, ils réclament, je cite « des gilets pare-balles, des chaussures, des robots, des drones, des munitions, des fusils d’assaut, des treillis de qualité ». Fin de citation. Ils veulent que ces choix stratégiques soient imposés par le Parlement aux groupes du complexe militaro-industriel car, je cite encore, «  La France a besoin de capacité opérationnelle. Pour retrouver une réelle capacité de projection, l’armée a besoin de transporteurs blindés, d’hélicoptères et d’un deuxième groupe aéronaval. Elle a besoin de blindés sur roues, de matériel chirurgical ».
On dit souvent que l’armée française est la meilleure infanterie au monde, maintenant on sait pourquoi, elle ne peut compter que sur la valeur de ses hommes, puisqu’elle n’a pas de matériel !
UMP--armee-mexicaineCerise sur le gâteau, pendant ce temps, les militaires du rang ne sont pas payés… Les dysfonctionnements du système informatisé Louvois, qui gère, enfin qui devrait gérer les paies, étaient pourtant connus avant même sa mise en service, mais rien n’a été fait pour corriger les 10 à 15 bugs majeurs qui plombent complètement un logiciel déjà obsolète. La situation est telle que des militaires en opération se font saisir leur maison, faute de pouvoir payer les mensualités de leurs crédits ! L’armée de Terre, mais aussi la Marine sont touchées.
Pourtant, il paraitrait que le problème pourrait être résolu si la DRH du ministère de la défense accordait à l’armée de terre la création de cinq postes d’informaticiens…
La France peut payer 5500 généraux à ne rien faire, mais rechigne à embaucher 5 informaticiens. Dans d’autres pays, il y a eu des coups d’état pour moins que cela…
100_5302Pourquoi la France a-t-elle promu autant d’officiers supérieurs, avec si peu de troupes ? Pourquoi ces officiers n’ont-ils pas terminé leur carrière au grade de lieutenant-colonel plutôt que d’être promus généraux juste avant leur départ ? Pourquoi n’ont-ils pas été rendus à la vie civile, alors que, de plus, nombre d’entre eux commencent une nouvelle carrière… dès leur arrivée en section II ?
Cela ressemble plus à du copinage fraternel qu’à une réelle nécessité opérationnelle.
Et c’est d’ailleurs une question qui peut se poser pour l’ensemble des « hauts »-fonctionnaires…
Publié dans * Train de vie de l'Etat, Défense | Tagué ,

Témoignage – « On ne les met pas au lit, on les jette » : enquête sur le quotidien d’une maison de retraite

Une dizaine d’aides-soignantes de la maison de retraite Les Opalines, à Foucherans, ne travaillent plus depuis 100 jours, dans le silence national absolu.
LE MONDE | 19.07.2017 | Par Florence Aubenas

A l’EHPAD Les Opalines à Foucherans (Jura), le 16 juin. Une partie du personnel est en grève depuis plus de 100 jours. ARNAUD FINISTRE POUR LE MONDE
C’était un matin comme les autres. Il était 7 heures en salle de relève, le début du service, les filles se tenaient prêtes dans leur uniforme blanc. Quelqu’un croit se souvenir que l’une pleurait déjà, mais pas très fort. Personne n’y faisait attention, l’habitude. La question rituelle est tombée : « Est-ce que vous êtes au complet ? »
La réponse, elles la connaissent toutes aux Opalines, un Ehpad – un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes – à Foucherans, dans le Jura. Chaque jour ou presque, les équipes d’aides-soignantes tournent en sous-effectif, pas de remplacement, ni des absentes ni des malades. Et toutes savent comment ça se passe dans ces cas-là derrière les portes fermées des chambres, ce qu’il leur faudra faire pour boucler le service à temps.
Une deuxième fille s’est mise à pleurer. C’était un matin comme les autres aux Opalines, mais peut-être le matin de trop. Depuis le 3 avril, une dizaine d’aides-soignantes mènent la grève la plus longue de France dans un silence national absolu.
Aux Opalines de Foucherans, 77 résidents, il faut savoir où on est. Certains ont vendu leur maison pour entrer ici. « Maman a élevé huit enfants seule, on voulait le mieux pour elle. On a attendu une place deux ans », raconte une fonctionnaire.
Dans cet établissement privé, les prix surplombent ceux de la région : 2 500 euros par mois contre 1 800 euros en moyenne, notamment dans le public. Le bâtiment a belle allure ; il a été inauguré il y a cinq ans, compte un jardin et de vastes chambres. Dans la salle à manger – on ne dit pas le réfectoire –, le personnel porte nœud papillon et chemise blanche, on sert du vin en carafe et l’apéritif le dimanche.
Salaires planchers
L’accès à la totalité de l’article est protégé

Le personnel en grève dénonce des conditions de travail incompatibles avec le respect de la dignité des patients et une absence de dialogue avec la direction. ARNAUD FINISTRE POUR LE MONDE
« Quand papa est arrivé, il était ébloui. Il répétait : “C’est plus beau qu’un hôtel !”, dit un fils. Lui se souvient pourtant d’impressions fugitives, des sonnettes appelant dans le vide, un lit resté souillé, le pas-le-temps, le pas-toujours-très-net. Mais dans ces endroits-là, on ne pose pas vraiment de questions et on n’a pas vraiment de réponses. Chacun regarde ailleurs, espérant se convaincre qu’on ne pourrait pas mieux faire. »
A Foucherans, aucun mauvais traitement n’a d’ailleurs été signalé, ni rien d’exceptionnel. Le tragique est là, d’une certaine façon : c’est la vie quotidienne dans un Ehpad qu’une poignée de filles à bout de souffle vient soudain de mettre à nu.
Sur le parking de l’établissement, un vent brûlant secoue la tente des grévistes. On dit « les filles » bien qu’il y ait aussi un garçon, tant le métier est estampillé « boulot de femme », avec son lot d’ingratitudes et ses salaires au plancher : 1 250 euros net à Foucherans, pour des journées de dix heures et deux week-ends travaillés.
« Les filles », donc, s’efforcent de paraître vaillantes, mais on les sent à cran à plus de trois mois de grève, balançant de l’euphorie au désespoir. A ce stade d’épuisement, elles se sont mises à raconter ce qu’on ne partage pas d’habitude, ou alors seulement entre soi, et encore pas toujours.
L’une commence, tout doux : « Le matin, on les lève sans leur demander leur avis. On sait déjà qu’on n’aura pas le temps : quinze minutes pour la toilette, l’habillement, le petit déjeuner, les médicaments. Alors, il faut choisir. Est-ce qu’on lave les cheveux ? Ou les dents ? La douche hebdomadaire, c’est rare qu’on la tienne. »
Certains résidents sont nourris à la cuillère, des plats mixés. « Il m’arrive d’en avoir cinq ou six en même temps », dit une grande brune. Elle tend les bras, mimant le buste qui pivote à toute allure. « J’ai l’impression de faire du gavage. »
Cadences infernales

Piquet de grève devant la maison de retraite Les Opalines, à Foucherans (Jura), le 16 juin. ARNAUD FINISTRE POUR LE MONDE
Et d’un coup, le piquet de grève ressemble à un confessionnal dans la fumée des cigarettes. « Quand je rentre à la maison, je suis une pile électrique, explique une autre. Je me sens mal d’avoir dit à celui-là : “Dépêchez-vous !” Comment il peut faire, il a 90 ans ! On cautionne. Je culpabilise. »
Soudain, les images se mettent à défiler sous la tente des grévistes, les couches qu’on change alors que le résident est debout, en train d’avaler son goûter. Tenir la cadence, toujours. Une autre raconte l’angoisse qui monte à mesure que le soir tombe dans les chambres des Opalines.
« Vous serez là demain ? », demande un homme à l’aide-soignante. Il est dans les choses graves, il veut raconter. La « fille » répond : « Je reviens tout de suite. » Bien sûr, elle ne revient pas. « On ne fait que leur mentir. » Temps du coucher : 3 min 41. « On ne les met pas au lit, on les jette. » Il faut trouver la bonne distance, ne pas s’attacher, recommandent les formateurs. « C’est difficile. On vit dans leur intimité, on leur lave le sexe », dit l’une. Elle se souvient de l’enterrement d’un résident, où elle en avait appris davantage sur lui que pendant ses années à l’Ehpad.
Il serait rassurant de voir Foucherans comme une exception. Pas du tout. Il se situe dans la moyenne nationale, avec environ 55 professionnels pour 100 résidents. Pas suffisant. Tout le monde sait qu’il en faut au moins 80. C’est le cas en Allemagne ; la Suisse ou les pays nordiques en sont à 1 pour 1. La France, en revanche, n’a entériné aucune norme – question de budget –, et le secteur compte plus d’accidents et de maladies professionnels que le BTP. Sous la tente des grévistes, une dame dépose en solidarité un sac de courses, pris au supermarché en face. Depuis trois mois, « les filles » vivent de collectes et de colis alimentaires. Elles ont de 20 à 50 ans.
A Foucherans, des résidents appellent les aides-soignantes « les courants d’air ». Des surnoms circulent, « la libellule » ou « la danseuse étoile ». « Vous avez vu comme elles sont fatiguées ? C’est à cause de nous. J’ai honte », dit madame Z., 91 ans. Parfois, elle voudrait qu’on la conduise aux toilettes : « Je vois qu’elles n’en peuvent plus. Alors je fais dans ma couche. »
Mais surtout, ne rien dire aux enfants. Ne pas les inquiéter. Monsieur D., 83 ans, est le seul à pousser le déambulateur jusqu’au piquet de grève. « On sait que vous allez les voir », lui aurait glissé l’encadrement. Lui se récrie : « C’est mon droit. » Certains auraient été convoqués pour avoir témoigné. « A table, personne n’en parle, on n’a pas de voix là-dedans », dit monsieur D.
Questions de principes
Et à leur tour, les résidents évoquent les histoires terribles et minuscules, qui forment ici leur univers. « Ceux dont les proches rouspètent arrivent à se faire entendre. Mais quand on est tout seul, sans visite, sans famille, on n’existe pas », dit l’une.
Pour l’inauguration de l’Ehpad, en 2012, « les huiles du département avaient été invitées à boire le champagne. Nous, on était parqués au premier étage sans une cacahuète. Rien de grave, bien sûr, mais ça donne une idée de notre place ici », raconte un autre.
Un grand soir, pourtant, reste dans les mémoires : « la révolte des raviolis ». Deux repas de suite, des raviolis avaient été servis, « et en petite quantité », se souvient une dame. Toute la salle à manger avait posé la fourchette. « On était fières d’eux », dit une aide-soignante. Pour pallier le débrayage, des vacataires ont été réquisitionnés et quatorze résidents transférés provisoirement.
Au-delà des Opalines, « c’est le système entier qui génère des formes de maltraitance, une situation totalement niée par notre société, explique Pascal Champvert, de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Je ne vous dirai pas le nombre de politiques qui m’ont expliqué : “Je ne veux pas le voir, ça me fait trop peur.” »
« On ne se bat plus seulement pour les sous, mais pour la dignité. »
Anne-Sophie Pelletier, porte-parole du mouvement
En 2012, une proposition avait fait scandale : Jean-Marie Delarue, alors contrôleur des lieux de privation de liberté, revendiquait d’inspecter les Ehpad, comme les prisons ou les hôpitaux psychiatriques. « Un risque important existe d’atteintes aux droits fondamentaux, y compris involontaires », plaide Delarue aujourd’hui encore. Refus du gouvernement.
Dans le bureau de Véronique Steff, directrice de Foucherans, on entend gazouiller les oiseaux dans la volière et la télé dans le salon. La directrice est à cran. Elle reconnaît « un planning tendu » depuis des mois, « une fatigue des salariées ».
Deux postes d’aides-soignantes ont été créés pour tenter d’apaiser la grève, grâce à Pierre Pribile, directeur général de l’Agence régionale de santé, qui finance le volet médical des Ehpad, y compris privés.
De leur côté, « les filles » ont abandonné une revendication : 100 euros d’augmentation par mois. Les pourparlers buttent encore sur la prime du dimanche, fixée à 23 euros, même pas de quoi faire garder les enfants. Les grévistes demandent qu’elle soit doublée. « Ce n’est pas grand-chose », laisse tomber Philippe Gevrey, directeur général de la SGMR-Opalines, dans une interview au Progrès (il n’a pas répondu au Monde). Mais il y voit une affaire de principe.
Huitième groupe privé français, la SGMR a prévu des négociations globales pour ses 46 Ehpad à l’automne : pas question de lâcher quoi que ce soit avant. Un accord sur une « indemnité exceptionnelle » pourrait débloquer la situation. « Les grévistes y sont d’autant plus attachées qu’elles veulent la reconnaissance par la direction qu’elles en ont bavé », explique la préfecture. Les filles demandent 600 euros. La SGMR bloque : ce sera 375 euros ou rien du tout.
« Vocation »
« On ne se bat plus seulement pour les sous, mais pour la dignité », dit Anne-Sophie Pelletier, porte-parole du mouvement. Longtemps, aux Opalines, les filles ne se plaignaient même pas entre elles, par peur d’un conseil disciplinaire.
Quand elles ont osé le mot « grève », au printemps, « la coordinatrice a posé son stylo et elle a rigolé », se souvient l’une. Puis un cadre leur a lancé : « Vous n’aurez rien, ni aujourd’hui ni demain ni jamais. » Anne-Sophie Pelletier reprend : « On ne s’est pas senties écoutées. » Les autres la regardent comme si elle avait traversé la ligne de feu : « Anne-Sophie est cramée. Qu’est-ce qui lui arrivera après la grève ? Et à nous toutes ? »
Ici, on se souvient de Melissa, une employée modèle, virée en 2015, alors qu’elle comptait monter une section CGT. « J’ai pas pleuré devant eux, j’ai attendu d’être dans la voiture », dit cette dernière.
A Foucherans, seules des salariées en contrat à durée indéterminée (CDI) font grève, mais aucune parmi la dizaine en contrat à durée déterminée (CDD). Cynthia ne se le serait pas permis non plus, à l’époque où elle bossait là.
D’août 2012 à février 2015, elle a enchaîné 79 contrats précaires. Sans permis, sans diplôme, elle ne disait jamais non. Elle a même fini sa vacation le jour de son licenciement, pour une histoire de planning. « Il faut s’écraser. On est des pions », dit-elle. Les prud’hommes lui ont donné raison ; à Melissa aussi. D’autres Ehpad ont déjà fait grève, sans fédérer de revendications nationales. A Foucherans, la CGT et la CFDT ont apporté leur soutien.
Sous la tente, « les filles » parlent de vocation. « On aime notre travail. » Et puis, il y a les crédits de la maison, de la voiture. « Ailleurs, il faudrait repartir en CDD, ça fait peur. » La grève vient de passer les cent jours, leurs familles en ont pris un coup. Les filles ont envoyé un SOS à la préfecture. « Qu’est-ce qu’il faudrait faire, maintenant ? Qu’une de nous se suicide sur le parking ? »
Publié dans Santé, Social | Tagué , ,

#dessin / Macron casse les codes militaires

L’Opinion 20 juillet 2017

Publié dans Défense, Humour, Politique | Tagué

8,3 milliards

C’est la quantité en tonnes de plastique qui a été produite entre 1950 et 2015, parmi lesquelles 6,3 milliards de tonnes sont devenus des détritus très peu biodégradables, selon une étude publiée mercredi dans la revue américaine Science Advances.
Sur ces 6,3 milliards de tonnes, seulement 9 % ont été recyclés, 12 % incinérés et 79 % se sont accumulés dans les décharges ou dans la nature, en particulier dans les océans, où plus de huit millions de tonnes de plastiques sont déversées tous les ans.
Si le rythme actuel persiste, il y aura quelque 12 milliards de tonnes de déchets plastiques dans les dépôts d’ordures ou dans la nature d’ici à 2050, soit l’équivalent de 35 000 fois la masse de l’Empire State Building de New York, prédisent les auteurs de l’étude.
Le Monde 20 juillet 2017

Publié dans Nature | Tagué ,

Défense – Démission inédite du chef d’état-major des armées

Le Monde 20 juillet 2017
Personnalité intègre et rugueuse, apprécié de ses hommes, le chef d’état-major Pierre de Villiers, s’était exprimé à huis clos, à l’Assemblée nationale, assurant qu’il n’allait pas se « laisser baiser ».

En désaccord avec Emmanuel Macron sur les ressources allouées à la défense, le chef d’état-major des armées françaises, Pierre de Villiers, a quitté son poste mercredi, une démission inédite synonyme de première crise du quinquennat. « Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français », a écrit le général de Villiers, 60 ans.
« Ce n’est pas le rôle du chef d’état-major » de défendre le budget des armées « mais celui de la ministre », a répliqué dans la soirée le président de la République, interrogé par la chaîne de télévision France 2. 

C’est le général François Lecointre, jusqu’à présent chef du cabinet militaire du premier ministre, qui succédera à Pierre de Villiers. M. Macron l’a qualifié de « héros militaire comme il y en a peu », de « grand général de l’armée de terre » qui « sera un grand chef d’état-major des armées ».
Cet homme athlétique de 55 ans issu de l’infanterie de marine associe une longue expérience du terrain (Irak, Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie…) à un parcours dans différents états-majors et ministères. « C’est un officier exceptionnel et expérimenté », a salué la ministre des armées, Florence Parly, qui a dans la foulée rendu « hommage à l’action du général de Villiers ».
Si M. Macron a lui aussi tenu à saluer Pierre de Villiers, un « militaire de grande qualité et qui a servi avec responsabilité et dignité l’Etat », sa démission, fait sans précédent sous la Ve République, intervient après plusieurs rappels à l’ordre présidentiels. A l’origine de ce courroux : les critiques du général sur les 850 millions d’euros d’économies réclamés cette année aux armées, dans un contexte de restrictions budgétaires générales, alors même que Pierre de Villiers plaide de longue date pour une hausse de son budget afin d’atteindre un objectif de 2 % du PIB. Personnalité intègre et rugueuse, apprécié de ses hommes, le général s’était exprimé à huis clos, à l’Assemblée nationale, assurant qu’il n’allait pas se « laisser baiser ».
En poste depuis 2014, il se plaignait régulièrement de l’insuffisance des moyens à l’heure où le pays est engagé sur plusieurs fronts, du Sahel au Moyen-Orient en passant par la France, avec l’opération Sentinelle. Dans ce contexte inédit, Emmanuel Macron se rend jeudi matin sur la base aérienne d’Istres, l’un des maillons de la dissuasion nucléaire, pour une adresse aux militaires très attendue. Le chef de l’Etat et des armées sera notamment accompagné du général François Lecointre. Après une présentation des Rafale, Mirage, AWACS et autres avions de ravitaillement qui participent à la composante aérienne de la force de dissuasion, une visite d’infrastructures sensibles et un déjeuner avec les équipages « d’alerte », M. Macron s’adressera au personnel de la base.
Note – Pierre de Villiers, est le frère de Philippe de Villiers  qui cré, en 1978,  le parc d’attractions du Puy du Fou
Publié dans Défense, Politique | Tagué , ,